HYGIÈNE INTERNATIONALE. - TYPHUS FEBEK
dénominations d'intendants de la santé à Marseille et à Toulon, de magistrats de la santé en Italie, parvinrent à se rendre à peu près indépendantes, et soulevèrent quelquefois les lulttes avec les municipalités de qui elles tenaient primitivement leurs pouvoirs. Cette sorte d'indépendance lut successivement consacrée en France par un grand nombre d'actes émanés des souverains; une certaine juridiction fut accordée à l'intendance sanitaire de Marseille, sur tout le littoral de la France méridionale. Marseille parvint, jusqu'à une époque récente, à conserver cette suprématie qui se liait pour elle au monopole du commerce du Levant.
Avant de donner les indications administratives qui règlent le régime sanitaire de l'hygiène internationale, je crois qu'il est indispensable de tracer les règles générales d'étiologie et de prophylaxie se rapportant aux principales maladies pestilentielles. Je commencerai par le typhus fever, quoiqu'il ne soit pas compris au nombre des affections pour lesquelles des mesures communes ont été adoptées. Mais sa genèse nous est mieux connue ; elle pourra nous guider lorsque nous traiterons des autres affections.
Typhus fever (typhus exanthématique, typhus des camps, fièvre de famine). — Parmi les grandes questions étiologiques qui, aujourd'hui, dominent l'étude de l'hygiène, celle de la genèse du typhus, selon moi, vient au premier rang. Doit-on s'en tenir à l'éiiologie si nette que j'ai depuis longtemps professée, et qui groupe par la synthèse les causes du typhus en deux termes : 1° ruine de l'économie; 2° encombrement? La ruine de l'économie est plus souvent causée, comme je l'ai démontré, par la famine, mais ce facteur famine peut être remplacé par un ensemble de causes déprimantes conduisant au même résultat physiologique. Voilà ce que nous allons chercher à examiner.
L'inûuencede l'encombrement est universellement et justement reconnue. Nous citerons plus loin des exemples qui démontrent la toutepuissance de cette cause, mais elle seule ne suffit pas pour créer des foyers typhiques. Ce n'est évidemment pas la cause dominante et primitive. Combien seraient nombreux les exemples qu'on pourrait citer d enormes agglomérations d'hommes qui n'ont pas donné naissance au typhus ! Le premier facteur de cette maladie, c'est la famine : Toutes les fois qu'on encombre des affamés, le typhus apparaît pour ainsi dire fatalement. C'est dans ces conditions que se produisent ces redoutables foyers qui moissonnent les populations. Pour démontrer la vérité de cette proposition, il n'est pas nécessaire de remonter aux désastres historiques, les faits contemporains suffisent complètement. La sécheresse excessive de l'été de 1846 réduisit considérablement le rendement normal des céréales; à cette cause vint se joindre l'invasion générale de la maladie de la pomme de terre; les contrées où cette culture avait pris
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un développement excessif Parent en proie à une famine des plus rigoureuses qui, partout, fut suivie du typhus. L'Irlande fut surtout éprouvée, niais plusieurs parties du nord de l'Europe ne furent guère plus ménagées. On estima à un million le nombre des victimes. En Irlande, l'influence de l'encombrement fut évidente. Quand les affamés, quittant leur pays, s'entassaient dans les transports qui devaient les conduire en Amérique pour y trouver du pain, presque tous succombaient pendant la traversée par suite des atteintes du typhus. Dans les Flandres belges, la famine engendra les mêmes maux. M. de Meersmann (voy. p. 009 et notes, p. xevu). qui nous en a tracé le tableau, ne donne pas le nom de typhus à la maladie qu'il a observée, il l'a désignée sous le nom de fièvre de famine. Mais il est un caractère qui nous montre bien que la famine avait donné naissance à une maladie du genre du typhus; les médecins, les vicaires des villages qui prodiguaient leurs soins ou portaient des secours aux pauvres affamés furent cruellement éprouvés, ils succombèrent en grand nombre, comme il arrive dans les épidémies de typhus. M. de Meersmann donne le nom de fièvre typhoïdes, la maladie qui moissonna les médecins et les prêtres qui se dévouaient ainsi. Mais évidemment ce n'était pas aux suites de la fièvre typhoïde que succombaient ces courageuses victimes, le typhus seul frappe à coups redoublés dans ces conditions. Il parait très vraisemblable que le miasme qui donne naissance au typhus prend naissance par suite des modifications dans les fonctions de la peau des affamés et de la putréfaction de l'excrétion épidermoïdale qui devient dominante par suite de la suspension des excrétions sudorales et graisseuses, chez des individus dont la vie ne s'entretient qu'aux dépens de leurs organes.
J'arrive à un second exemple. Je fus visité, il y a quelques années, par un des hommes les plus distingués delà Finlande; plusieurs années froides et pluvieuses s'étaient succédé, et dans presque toute la contrée l'orge n'avait pu mûrir, la famine était imminente, mon interlocuteur était très vivement préoccupé par cette éventualité. Si la famine survient, lui dis-je, le typhus la suivra. Mes prévisions se sont complètement réalisées, le typhus succéda dans la Finlande à la famine, et il s'étendit de là aux régions voisines et aux provinces septentrionales de Ja Prusse. Je reviendrai bientôt sur le fait de cette extension, mais avant de le faire j'arrive à mon troisième exemple. Une sécheresse excessive, l'invasion des sauterelles, détruisirent les récoltes dans une gïande partie de l'Algérie, une famine comparable à celle de l'Irlande en fut la suite; dès que cet énorme déficit des récoltes fut bien constaté, j'annonçai dans mou cours une invasion prochaine du typhus. Là l'influence funeste de l'encombrement fut encore parfaitement démontrée : tant que les pauvres Arabes mouraient de faim sous leurs tentes, ou dans le désert, le typhus n'éclata point ou ne fut pas remarqué, mais quand, à
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bout de toutes ressources, ils se rendirent en grand nombre dans les centres populeux, il se développa alors des foyers typhiques. Voici un exemple où l'encombrement fut évité, avec les maux qu'il amène à sa suite. Mon fils aîné, qui était alors au début pour ainsi dire de sa carrière de médecine militaire, se trouva dans un poste isolé à Bordj-bou- Arrérijd. En voyant ces malheureuses populations aux prises avec le choléra et la famine, d'accord avec le chef du bureau arabe, afin d'éviter l'encombrement, il eut l'heureuse pensée de créer trois ambulances à quelque distance de Bordj : l'une destinée aux soldats, l'autre aux habitants, et la troisième aux Arabes qui étaient amenés des contrées voisines. Cette dispersion des malades eut d'heureux résultats, Bordj-bou- Arrérijd fut relativement peu atteint par le choléra et le typhus. Dans les centres concentrés la mortalité fut beaucoup plus considérable. Dans cette occasion comme dans bien d'autres, nos médecins militaires furent la providence de ces populations malheureuses. Cette épidémie algérienne, quoique bornée par les secours tardifs mais énergiques de la mémélropole pour combattre la famine, coûta cependant la vie à plus de cent mille Arabes et au dixième environ de l'effectif médical (20 décès sur 200 médecins militaires présents en Algérie). C'est toujours ceux qui approchent journellement les malades que le typhus frappe le plus rudement.
L'influence dominante de la famine étant démontrée parles exemples (jue je viens de citer, je vais aborder un autre ordre d'idées. On ne manquera pas de m'objecter que dans les camps, dans les villes assiégées, le typhus s'est déclaré sans avoir été précédé par la famine. Le fait est incontestable, mais dans ces conditions le facteur famine est remplacé par une réunion de modificateurs qui par la continuité d'action néfaste, amènent comme la famine la ruine de l'économie. L'exemple le plus net et le mieux étudié nous est fourni par le typhus de Crimée qui a fait un si grand nombre de victimes. Je vais énumérer rapidement les causes principales dont l'influence s'est fait sentir. Il faut bien reconnaître que, pendant ce long siège, si les soldats n'ont pas enduré la famine, ils ont eu à supporter de grandes privations alimentaires. Les travaux excessifs dans les tranchées pour des hommes incomplètement réparés n'ont pas dû augmenter leur force de résistance. Le froid des hivers, de longues journées de pluies, le travail dans une terre détrempée : voilà encore des conditions de dépense qui n'étaient pas compensées par un surcroît d'alimentation. Joignez à toutes ces causes de débilitation, les maladies qui se succédèrent avec une implacable sévérité ; le choléra éprouva rudement plusieurs divisions môme avant le débarquement; quand les camps furent établis, la dysenterie ne larda pas à s'y manifester sous ses formes les plus graves. Les privations antérieures, la continuité du froid amenèrent le scorbut qui attaqua un grand nombre de