BOUCHARD AT. — HYGIÈNE
soldats. La réunion successive et progressive de toutes ces misères peut bien avoir une même résultante que la famine, et nous expliquer paraitement l'origine de cette effroyable épidémie qui, à la fin du siège de Sébaslopol, fit tant de victimes. Toutes ces conditions, a-t-on dit, se sont présentées à Paris et à Metz : oui, mais dans une certaine mesure; nous allons, pour chacune de ces villes, énumérer les différences, et nous verrons qu'elles ont une grande importance. Commençons par ce qui se frapporte à Paris, parce que les misères endurées parla population parisienne nous sont bien connues. Sans doute, les privations alimentaires y furent aussi grandes que la résignation avec laquelle on les supporta, mais il n'y eut rien de pareil à la famine. J'ai suivi jour par jour avec mes collègues du Comité d'hygiène avec une ardente sollicitude tout ce qui se rapportait aux causes des décès, on n'y a pas vu figurer, ou très exceptionnellement au moins, cette terrible cause de mort de faim. En Irlande, pendant la période de la famine de 18-47, en Belgique, à la même époque, cette cause de mort était la plus commune; à Bordj, dans cette contrée si limitée de l'Algérie, à chaque journée mon fils constatait des décès déterminés par 1 'inanition. Ce facteur a heureusement fait défaut à Paris, grâce à la vigilance du Comité d'hygiène, à l'heureuse prodigalité avec laquelle les secours étaient distribués non seulement aux indigents, mais encore à tous les nécessiteux. Les maires, les administrateurs, les commissaires des bureaux de bienfaisance, secondés par des citoyens dévoués, étaient en permanence, souvent aux heures les plus avancées de la nuit, pour assurer les distributions aux boulangeries, aux boucheries, aux cantines, aux fourneaux. A aucune époque, le nécessiteux n'a été secouru avec plus de dévouement; sous bien des rapports le pauvre était mieux partagé que le riche, il y a eu une véritable égalité dans la misère. Dans les dernières journées de nos souffrances, quand la population était rationnée à 300 grammes de ce pain noir que personne n'oubliera, le Comité d'hygiène, l'administration eurent l'heureuse pensée de faire distribuer journellement à chacun des nécessiteux un demi-litre de vin. Si l'abus des alcooliques a causé bien des maux pendant le siège, la distribution générale d'un vin généreux pendant les derniers jours a produit les plus heureux effets dans la grande cité. Je reconnais que les maladies incidentes ne nous ont pas manqué : les non-acclimatés ont été moissonnés par la variole et la fièvre typhoïde (1). La dysenterie et la diarrhée faisaient de nombreuses Victimes, le scorbut s'accusait nettement par ses premières manifestations. Si cet étal s'était prolongé, Paris présentait la réunion des conditions qui ont déterminé l'effroyable épidémie de Crimée. Une condition
(1) État sanitaire de Paris et de Meti pendant le siège (Annuaire thérapeutique de
M BoûChardftl pour 1871-1872).