HYGIÈNE INTERNATIONALE. — TYPHUS FEBER
a manqué : celle de la continuité. A Sébastopol, le typhus ne s'est développé qu'à la lin du siège, quand la dysenterie, le scorbut, avaient depuis longtemps ruiné les santés les plus valides. A cette phase nous y touchions, mais elle n'était point encore, venue. J'ajouterai une preuve à celle que je viens de donner : malgré de si rudes épreuves, le niveau de la santé générale se releva aussi promptement que l'ardeur au travail et le mouvement des affaires. Si l'on consulte les tables de mortalité depuis la fin des journées néfastes de la Commune jusqu'au mois de juillet 1872, jamais le chiffre de la mortalité ne s'abaissa autant dans les vingt dernières années. Je puis invoquer les mêmes considérations pour Metz ; la privation du sel y fut douloureusement ressentie, mais d'après le témoignage de mon fils, qui a passé tout le temps du siège à Metz ou dans les camps qui environnaient la malheureuse ville, il n'a rien vu de pareil à ce qu'il avait observé à Bordj-bou-Arréridj. Si la ration de pain est descendue plus bas qu'à Paris, la viande y a été distribuée en quantité beaucoup plus élevée ; puis, pour le temps le siège de Metz a été moins long que celui de Paris. Comme dans cette dernière ville, si la condition de continuité suffisante était venue s'ajouter aux autres, l'invasion du typhus était inévitable.
On croit généralement que le typhus exanthématique est endémique en Irlande. Sans doute il apparaît souvent dans cette île, dont la production alimentaire ne suffit pas aux besoins des habitants; mais avec une meilleure organisation sociale, avec un judicieux emploi des immenses ressources de l'Angleterre, le typhus disparaîtra de l'Irlande comme de la France. J'ai interrogé plusieurs médecins irlandais qui ne reconnaissaient pas la continuité de l'existence du typhus dans leur pays.
Je dois ajouter qu'on peut comprendre que le microbe du typhus ferer puisse s'acclimater dans une localité comme celui de la fièvre typhoïde. Des faits semblent démontrer qu'il a pu 'subsister pendant plusieurs aimées dans certaines localités des côtes de la Bretagne. Je me suis élevé contre les complications étiologiques qu'on voulait introduire dans l'étude du typhus fever, parce que ces complications faisaient surgir de nouvelles inconnues contre lesquelles nous étions impuissants; jusqu'à ce qu'on ait démontré avec précision quelles sont les races, quelles sont les localités que le typhus exanthématique envahit de préférence, je m'en tiendrai à l'étiologie que j'ai soutenue. Aux conditions fatales, mal définies, de race et de localité, je maintiens les deux causes rigoureusement déterminées : 1" famine ou ses équivalents; 2° encombrement. Faisons tous nos efforts pour les écarter, et nous aurons vaincu un des fléaux les plus redoutables de l'humanité. Le miasme du typhus fever s'éteignant, toute la prophylaxie consiste à éviter la formation de nouveaux foyers. Nous connaissons ces causes, évilons-les. On peu
ainsi prédire que c'est une maladie qui doit disparaître par la volonté seule de l'homme et parles bienfaits de la civilisation.
Choléra morbus asiatique. — La maladie pestilentielle importée qui a fait le plus de ravages en Europe depuis cinquante ans, est, sans contredit, le choléra morbus asiatique. Voilà pourquoi son étude étiologique et sa prophylaxie présentent le plus grand intérêt. Deux questions dominent l'étiologie du choléra : la première se rapporte à la genèse au foyer primitif, la seconde à son mode de propagation. Quant à sa genèse, nous en sommes encore, pour beaucoup de points importants, à des suppositions.
Un élément que nous retrouvons dans l'histoire de toutes les maladies pestilentielles, l'appauvrissement de l'économie par suite d'insuffisance ou de mauvaise nourriture alimentaire, de fatigues excessives, d'encombrement, se montrent de prime abord lorsqu'il s'agit de remonter à la formation des foyers primitifs du choléra contagieux. Il faut y ajouter, comme pour la fièvre jaune, l'influence des effluves des marais aides d'une température élevée. Puis, ce qui caractérise au premier chef l'étiologie cholérique, c'est une question de localité. C'est dans le délia du Gange qu'ont paru jusqu'ici se former les foyers primitifs sur lesquels l'attention des médecins de l'Europe s'est portée. Cet énoncé recèle plusieurs inconnues que nous sommes impuissants à dégager, mais qu'il importerait beaucoup de connaître; car c'est vers ce but que doit tendre la coalition des nations civilisées, afin d'épargner aux générations futures les invasions périodiques du fléau asiatique, en arrêtant le mal à son début. Le choléra se développe chaque année en Europe par suite d'écarts de régime souvent accompagnés de refroidissements non suivis de réaction ; mais ce choléra européen sporadique diffère de l'asiatique en ce qu'il n'est pas transmissible. Les foyers cholériques étant formés, il est évident, d'après la marche des différentes épidémies qui ont visité l'Europe, qu'on ne peut attribuer sa propagation successive à des effluves de ces foyers primitifs. C'est un fait en faveur duquel mille observations concordantes témoignent que la maladie naît de malades atteints, et qu'elle se propage par eux. Sans doute, dans une grande ville comme Paris, il est presque toujours impossible de remonter à l'origine du mal ; mais pour les localités restreintes, les preuves décisives sont tellement nombreuses, qu'il est superflu de les discuter aujourd'hui dans cet aperçu rapide. Peut-on toujours, à Paris, remonter à l'origine de la rougeole, de la scarlatine, etc., et cependant est-il un médecin aujourd'hui qui nie la spécificité et le mode de transmission de la rougeole, de la scarlatine, etc.? Ceci posé, comment le choléra se transmet-il? Est-ce une maladie contagieuse dans le sens primitif du mot contagion, commandant un contact immédiat? Aucun fait irrécusable ne permet aujourd'hui de l'affirmer. Au contraire, mille observations, que tous ceux