HYGIÈNE INTERNATIONALE. — CHOLÉRA MORRUS
qui ont traversé les épidémies cholériques ont pu faire, démontrent que c'est l'air qui est le véhicule ordinaire de sa transmission. D'où naît et quelle est la nature du miasme transmis? À cet égard, on est encore aux hypothèses; la plus prohable est celle qui consiste à admettre que c'est dans le tube digestif qu'il faut chercher l'origine de l'excrétion morbide, et dans quelques particules que l'air transporte le microbe spécifique ; mais rien ne démontre l'innocuité des particules organiques entraînées, soit du tégument externe, soit de l'appareil respiratoire du cholérique.
Les conditions générales de propagation du choléra présentent une foule d'obscurités que l'observation et le raisonnement n'ont point encore dissipées. Bien souvent on ne saurait dire pourquoi certaines localités ont été cruellement atteintes, et d'autres qui se trouvent dans des conditions semblables en apparence ont été préservées. Sans doute on peut avancer sans crainte d'erreur que toujours et partout toutes choses étant égales, la misère et l'encombrement sont des conditions qui prédisposent à la formation de foyers intenses. L'observation nous a appris que l'influence des saisons était au moins douteuse; le choléra de 1832 nous est arrivé au commencement du printemps, et celui de 1855 en automne. Une grande élévation au-dessus du niveau de la mer est une condition qui, jusqu'ici, s'est montrée favorable, et cela se comprend à bien des titres dans l'hypothèse du miasme spécifique, une particule matérielle tend plutôt à descendre qu'à s'élever. On s'explique ainsi l'influence relativement fâcheuse du voisinage des cours d'eau.
Il est une exception des plus remarquables que j'étudie dans la partie de mon cours consacrée à la géologie hygiénique : c'est l'immunité relative des terrains de cristallisation et en particulier des roches granitiques (voy. p. 698). Sans doute on trouve des exceptions à cette loi d'immunité, mais en comparant l'ensemble des observations sévèrement recueillies, on ne saurait jusqu'ici en nier l'importance.
. Si maintenant nous étudions les prédispositions individuelles, nous trouvons que, sous le point de vuedel'â^e, aucun n'en est exempt, que sous celui du sexe, l'influence est complexe ou nulle. Il est des dispositions individuelles qu'on ne saurait préciser, comprises sous le nom d'tdiosyncrasie, qui ont au contraire une influence indubitable. Certaines personnes résistent à l'action des virus les plus constants dans leurs effets, tels que ceux du vaccin, d'autres sont accessibles aux plus faibles manifestations miasmatiques. Dans les conditions les plus ordinaires, le miasme cholérique ne trouve qu'exceptionnellement un terrain préparé à son évolution. Quelques personnes s'imaginent que les maladies contagieuses le sont nécessairement. C'est là une grande erreur et une mauvaise manière d'observer et de raisonner.Très heureusement, pour beaucoup d'entre elles et des plus redoutables, il faut des condi-
lions d'imminence que nous allons examiner, puis nous étudierons les conditions de résistance et celles d'immunité.
Les individus qui sont, ou par suite de privations, de longues maladies, etc., dans cet état que j'ai décrit sous le nom de misère physiologique, sont toutes choses égales beaucoup plus exposés que les autres à subir les effets du miasme cholérique que les individus dans la plénitude d'action de l'ensemble des fonctions de nutrition. Cette loi d'immi?ience est démontrée par la fréquence des cas intérieurs qui se sont développés dans les salles d'hôpitaux, et par la diminution de mortalité dans l'année qui suit une épidémie meurtrière.
Une autre loi d'imminence, dont l'observation attentive a démontré toute l'importance, c'est le séjour pendant la nuit dans un foyer cholérique intense. Je donne le nom de foyer cholérique intense à des localités souvent très circonscrites dans lesquelles se développent successivement plusieurs cas de choléra. Dans les foyers intenses, l'immunité individuelle diminue, les faibles sont en général les premiers frappés, puis les hommes dans les meilleures conditions sont eux-mêmes atteints. La loi de résistance se déduit de la réalisation des conditions opposées à celles de la loi d'imminence. Ainsi la plénitude des fonctions de nutrition, de calorification, voilà à n'en pas douter les conditions de résistance sur lesquelles il est permis de compter, relativement au moins, j'y ajouterais la régularité des grandes excrétions.
La loi d'immunité relative est commune à toutes les maladies déterminées par un miasme spécifique formé dans le corps d'un malade. Cette loi d'immunité constitue un grand caractère étiologique sur lequel les pathologistes n'ont pas insisté. On réunit aussi dans une classe commune un groupe de maladies présentant les plus importantes analogies.
Voici l'énoncé le plus général de celte loi : Par le fait d'avoir subi l'influence d'un miasme spécifique on a moins à le redouter. Deux cas peuvent se présenter : 1° La maladie a subi son évolution complète et régulière. Dans ce cas il existe une incontestable immunité relative. 2° On a résisté à une première atteinte, mais on a séjourné pendant un temps plus ou moins long dans un foyer miasmatique. Dans ce cas, la préservation n'est point aussi générale' que dans le cas d'atteinte, mais l'observation nous prouve qu'elle est encore relativement incontestable. On a subi ainsi ou l'influence lente du microbe spécifique, ou bien on offre l'idiosyncrasie de résistance sur laquelle j'ai insisté. Loin de fuir une épidémie quand on est dans de bonnes conditions de résistance, je regarde cet acclimatement comme étant une condition de préservation et de sécurité future.