HYGIÈNE INTERNATIONALE. — CHOLÉRA
Les règles d'hygiène privée se déduisent des lois d/imminence et de résistance relative que je vient d'exposer.
L'alimentation préoccupe vivement dans un temps de choléra. Il ne faut rien changer à qui convient individuellement à l'appareil digestif, auquel il est habitué. Pas d'essai ; dans bien des conditions notre appareil digestif se révolte contre les innovations en apparence les plus inoffensives. Autant que possible, l'alimentation devra être variée, réparatrice, sans excès surtout en ce qui a trait aux alcooliques. Cependant pour les personnes sobres, je ne craindrais pas une légère augmentation dans la ration journalière du vin rouge, à la condition qu'on choisisse du vieux bourgogne de grande qualité ou un petit verre de saint-raphaël en commençant chaque repas. Si la diarrhée est à redouter rien ne la prévient mieux, après une bonne alimentation, que la régularité des selles. Celui qui peut normalement obtenir deux garde-robes, aux mêmes heures, chaque jour après chacun des deux principaux repas, augmente les conditions d'immunité. Il faut aussi éviter les fatigues excessives, les excès vénériens, les préoccupations tristes. On a dit que la peur était une condition fâcheuse ; je veux bien ne pas trop contredire cette remarque qui porte au courage, mais j'ai de trop bonnes preuves que l'on peut impunément faire son devoir dans les épidémies les plus intenses, tout en ayant la plus grande peur, pour admettre que ce soit là une condition aussi fâcheuse qu'on le dit. J'arrive maintenant à l'examen du remède qui se présente naturellement à l'esprit, Vèloignement. — Là il faut évidemment distinguer. Il est clair que je ne parle point de ceux qui par le devoir doivent rester dans une localité éprouvée. Quand on est soldat, ce n'est pas le jour du combat qu'on quitte l'armée. Occupons-nous des personnes inutiles ou dégagées par état; si ces personnes sont dans les conditions d'imminence que j'ai énoncées, dans leur intérêt et même dans l'intérêt public, elles feront bien de s'éloigner, car par leur présence elles pourraient former un aliment au fléau. Pour les personnes offrant de bonnes conditions de résistance ; si ce sont des vieillards au repos ou des femmes, laissons-les partir. Mais si ce sont des hommes jeunes, vigoureux, des adolescents qui sont en voie d'éducation, à moins de foyers intenses, je ne saurais donner un avis qui abaisserait le caractère de l'homme en l'engageant à fuir un danger le plus souvent imaginaire. Puis, je l'ai dit, en traversant une épidémie dans de bonnes conditions, on se crée une immunité relative. On se place dans des conditions qui ne sont pas sans analogie avec celles qu'on acquiert par vaccination par rapport à la variole. Se Irouve-t-on au milieu d'un foyer épidémique intense dans lequel les plus forts sont atteints, dans ce cas, à moins de devoir, je crois qu'il est de la plus haute importance d'abandonner ce foyer pendant les heures destinées au sommeil. J'ai la conviction la plus profonde qu'on peut chaque jour
donner les soins les plus constants, les plus intimes, les plus assidus aux cholériques, pouvu qu'on passe les sept ou huit heures destinées au sommeil dans une localité éloignée du foyer cholérique ; même pour les plus grandes villes, dans presque tous les cas, rien n'est plus facile à réaliser.
La première condition de l'hygiène des villes, c'est d'en écarter, autant que possible, la misère, en soutenant à un niveau convenable les travaux publics, et en augmentant pour ce temps les secours accordés aux enfants et aux invalides du travail. On doit aussi redoubler de zèle dans tout ce qui a trait à la régularité du service de l'alimentation et à la surveillance éclairée de la qualité des denrées alimentaires et particulièrement du pain et de la viande. Une instruction sur l'hygiène privée, avec l'indication des secours à donner avant l'arrivée du médecin, doit être rédigée par les Conseils d'hygiène et distribuée abondamment au besoin par l'administration. On a attaché, dans toutes les instructions, une importance considérable à la propreté des voies publiques et des habitations ; je ne puis qu'applaudir à ces excellentes mesures. C'est toujours une très bonne chose que d'écarter l'humidité des habitations et les mauvaises odeurs ; mais il ne faut point attacher à ses indications une importance exagérée. J'en dirai autant de cette prodigalité de chlorure de chaux. Cela peut avoir de l'utilité dans les épidémies, mais rien n'est moins sûrement prouvé. Cela peut rassurer certaines personnes. Chlorurez la ville si cela plaît aux édiles chargés de la voirie. L'opinion des observateurs rigoureux est peu favorable à l'emploi des désinfectants de l'air. Je ne veux pas dire que ces fumées, ces feux, si en usage dans les épidémies anciennes, soient complètement sans utilité. Si cela peut rassurer des populations démoralisées, ayez-y recours. Que d'espérances n'a-t-on pas eues dans les fumigations de chlore. Combien, depuis l'épidémie de 1832, le niveau de la confiance a baissé. Cependant, après avoir fait évacuer les locaux où se sont développés des foyers intenses, je conseillerais l'usage de fumigations de chlore convenablement faites. Peut-être dans ces conditions spéciales a-t-on trop négligé l'emploi des fumigations de vapeurs nitreuses, dont l'efficacité a été bien constatée par Smith pour désinfecter des foyers typhiques intenses. Que dire de l'acide phénique, du camphre, etc., comme agent prophylactique? Aucun fait bien observé n'en démontre l'utilité.
J'arrive à la grande mesure, à celle des visites préventives. Elles peuvent s'effectuer de deux manières : ou elles sont générales dans toutes les maisons d'une ville, ou elles n'ont lieu que dans les habitations envahies. Dans le premier mode, on trouve l'avantage de veiller préventivement à la salubrité des maisons, et de donner de précieuses indications pour s'opposer aux premières alteinfcs du mal. Mais de