‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 329 sur 371 · HYGIÈNE INTERNATIONALE. — CHOLÉRA · texte numérisé non relu

HYGIÈNE INTERNATIONALE. — CHOLÉRA

graves objections peuvent être faites contre celte manière d'agir. On se heurte d'abord contre l'insuffisance du personnel médical, il faut compter avec le trouble que ces visites jetteraient dans la population, avec les tracasseries, le plus souvent sans but utile, qui les suivraient. Les secours médicaux doivent être sollicités et non imposés. Voilà sans doute les raisons qui ont éloigné, presque partout, la pensée de ces visites préventives générales. Si je me range à cet avis, je proclame au contraire l'absolue nécessité, dans les cas d'épidémies graves, de visites médicales dans les habitations qui constiuent des foyers intenses. La dispersion de ces foyers, voilà le premier remède et le seul vraiment efficace. Quand plusieurs cas de choléra se sont déclarés dans un garni encombré, il convient de fermer d'urgence ce garni et de donner d'abondants secours de route à ses pauvres habitants. Si l'encombrement est dangereux comme 1 dans les conditions ordinaires, il l'est comme 100 dans les temps d'épidémie, de maladies miasmatiques. Le danger devient encore plus grand si ce sont des non-acclimatés qui sont encombrés. Quand l'habitation sera vide, désinfectez-la par des fumigations ou des vapeurs nitreuses ou de chlore, rien de mieux. Réformez tout ce qui est contraire aux sages indications hygiéniques. Si l'épidémie se prolonge, éloignez, autant que possible, les non-acclimatés qui lui fournissent incessamment des éléments nouveaux, évitez surtout leur encombrement dans les garnis. La dispersion des foyers intenses, par l'éloignement des non-acclimatés, par la fermeture des garnis envahis, voilà la grande mesure de prophylaxie dont l'observation a constaté l'efficacité.

Je reviendrai plus loin sur les questions se rapportant à l'hygiène internationale et l'hygiène sociale. Un mot cependant avant de terminer. On a cru un moment que le microbe du choléra s'était conservé en Russie et que la maladie y était devenue endémique. La ténacité du choléra en Russie de 1862 à 1869 et les recrudescences épidémiques qu'on y a observées, ne sont pas, dit Fauvel, de nature à éloigner la crainte d'un acclimatement. Ajoutons cependant que, d'après des renseignements parvenus de Constantinople, l'épidémie de 1869 était de provenance persane.

Fièvre jaune. — Quand on aborde la question de l'étiologie de la fièvre jaune, on s'aperçoit, d'une part, qu'elle est entourée de très sérieuses difficultés, parce qu'elle comprend des éléments complexes; et, d'une autre part, que les dissidences par rapport à sa genèse et à son développement sont actuellement moins grandes qu'elles ne l'étaient, et qu'elles sont plus apparentes que réelles ; qu'enfin, sur le fait capital des mesures sanitaires, tout le monde est d'accord.

Un mot d'historique. Moreau de Jonnès nous a fait connaître les principales circonstances de 274 épidémies de fièvre jaune; elles parlent de

1493, époque de la deuxième expédition de Ch. Colomb. Parmi les épidémies dont nos contemporains ont encore souvenir, mentionnons celle de 1801, qui décima notre armée à Saint-Domingue; celle de Barcelone en. 1822, où Mazet trouva la mort, et où Rochoux, Pariset et Bailly méritèrent si bien de l'humanité; enfin, celle de Gibraltar, où se rencontrèrent dans la même et éminente commission, Chervin, Trousseau et mon vénéré maître Louis.

Dans l'étude étiologique de la fièvre jaune, nous avons à considérer les quatre éléments principaux qui concourent à son développement : 1° température extérieure; 2° influence des abus des aliments de la calorification; 3° élément spécifique; 4° élément de localité.

On peut formuler comme une loi conforme à tous les faits d'observation, « que la fièvre jaune jusqu'ici n'a jamais pris naissance au delà du 48e degré de latitude, et que même au delà de ce degré elle est très rare ». La moyenne de la température des localités où on la voit habituellement régner est de 25 degrés, comme à nos Antilles. On comprend alors sans peine comment, dans les contrées intra-tropicales, elle disparaît quand on s'élève suffisamment au-dessus du niveau de la mer. C'est ainsi qu'au Mexique on ne l'observe plus quand on arrive à une élévation de 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. On peut dire d'une manière générale que dans l'Amérique méridionale sa fréquence suit assez habituellement la progression de la température extérieure. Voici des résultats extraits d'un travail important de Valladeo-Pimentel, qui nous a donné une très bonne relation de l'épidémie qui a ravagé Hio-Janeiro en 1850; résultats qui s'accordent, pour cette localité, avec la loi de la fréquence en rapport avec l'accroissement de température. Du 10 au 30 mars, la température variant de 25 à 30 degrés centigrades, le nombre des entrées à l'hôpital a été de 435. Du 1er au 30 avril, la température étant de 25 degrés centigrades environ, le nombre des entrées a été de 351. Du 1er au 31 mai, la température variant de 18 à 25 degrés centigrades, le chiffre des entrées à l'hôpital s'abaissa à 84. Valladeo-Pimentel a remarqué, ainsi que plusieurs autres observateurs, que les vicissitudes brusques de température augmentaient la fréquence des cas et leur gravité. Sous ce dernier rapport, les orages étaient surtout à redouter.

Les abus de régime en général, et particulièrement les abus des matériaux de la calorification, viennent au premier rang parmi les causes prédisposantes de la fièvre jaune. A la Nouvelle-Orléans, dans nos Antilles, il est d'observation générale que, toutes choses égales, les ivrognes endurcis, désignés sous le nom caractéristique de sacs à vin. fournissent à la fois et les premières victimes et le plus large contingent au lléau américain. Après les buveurs d'eau-de-vie, viennent les non-acclimatés qui arrivent d'Europe. Ces nouveaux habitants conservent long-

Page 1