HYGIÈNE INTERNATIONALE. — PESTE
plus des êtres organisés vivants, mais dos produits de ces êtres, diffèrent cependant des diastases par le fait capital que leur activité n'est point épuisée, mais qu'elle se renouvelle et s'augmente bien souvent par le fait de leur transmission dans le milieu où elles agissent. Certes, cette considération est bien puissante pour faire croire à l'existence d'organismes vivants. Ce qu'il y a de mieux à faire pour trouver la vérité, c'est de marcher dans la voie qui a été si magistralement tracée par M. Pasteur. « Si j'étais appelé, dit-il, à étudier (Bull, de VAcad. de méd., séance du 4 mars 1879) la peste là où elle règne, je supposerais tout d'abord que la peste est due à la présence et au développement, chez l'homme, d'un microphyte ou d'un microzoaire. Partant de là, je m'occuperais exclusivement de la culture du sang et des diverses humeurs du corps, sang ou humeurs prélevés à la fin de la vie ou aussitôt après la mort, dans le but d'isoler et de purifier l'organisme infectieux, dans le but surtout de l'obtenir dans un milieu de culluredégagé de toute association quelconque avec les produits connus ou inconnus que l'imagination pourrait supposer exister en sa compagnie dans la gouttelette d'ensemencement de la première culture .
« Comment éprouver cette virulence? C'est facile, quand il s'agit des maladies contagieuses des animaux. Dans le cas de la peste, on sera dans la nécessité d'inoculer les animaux des diverses espèces, les rats qui, dit-on, disparaissent pendant les épidémies de peste, ainsi que le singe. »
D'après ce que j'ai exposé, on ne saurait décider si les microbes de la peste peuvent se conserver pendant quarante ans pour garder leur aptitude à se propager quand ils rencontrent un terrain convenable? ou plutôt si dans des conditions déterminées d'extrême misère et de localité, des cellules appartenant soit à la peau, soit à un autre organe d'un malade peuvent se modifier pour produire le microbe spécifique.
Régime sanitaire. — Maintenant que nous avons passé en revue les conditions étiologiques de genèse et de propagation des principales maladies dont les nations civilisées ont plus à redouter l'invasion, il ne nous reste plus qu'à faire connaître les dispositions prises en commun par les principaux gouvernements européens pour éloigner ces dangers. En France, jusqu'en 1822, les bâtiments venant des pays suspects de peste ne pouvaient aborder que dans les ports de Marseille et de Toulon, il n'y avait pas à s'occuper de régime sanitaire contre la peste sur le littoral de l'Océan et de la Manche. La fièvre jaune n'avait donné lieu, jusque-là, qu'à des mesures temporaires et locales, autorisées, suivant les circonstances, par l'administration. Le choléra-morbus de l'Inde était à peine connu de nom. L'apparition delà fièvre jaune en Catalogne, sur les frontières delaFrance,en 1821 , répandit l'effroi dans une partie de la population. A la date du 3 mars 1822 fut promulguée la première loi réglant le ré-
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gime sanitaire. Après de longues controverses parut un décret portant promulgation d'une convention sanitaire internationale conclue entre la France, la Sardaigne et diverses autres puissances maritimes (le 27 mai 1853). Une conférence sanitaire internationale s'assembla à Vienne. Après ces études, une commission fut instituée le 15 avril 1874, et le règlement français de police sanitaire maritime fut régulièrement lixé. Je donne en «ntier dans l'appendice (note n) ce document de la plus grande importance et qui résume très bien les règles de V hygiène internationale.
En lisant attentivement le règlement de police sanitaire internationale, on voit que les mesures de rigueur ou de prudence tendent continuellement à diminuer. Quand les anti-contagionistes proposaient l'abandon d'une foule de prescriptions coercitives, gênantes, dispendieuses, nuisibles, on se déliait d'eux. Aujourd'hui ce sont les contagionistes, et je suis avec ceux qui réclament ['examen rigoureux des faits et qui ne veulent conserver des mesures sanitaires que ce qui est utile.
Voici une disposition nouvelle que je crois bon d'ajouter au règlement international. Tout en laissant les médecins sanitaires, provisoirement au moins, dans leurs postes actuels indemnes de la peste, ne conviendrait-il pas de nommer des médecins adjoints, véritables voyageurs chargés de résider dans les localités nouvellement ravagées par la peste jusqu'à extinction définitive du fléau. Ces médecins surveilleraient l'application des mesures de police sanitaire internationale. D'après les allures des épidémies locales qui ont régné depuis quarante ans, cette résolution me paraît indispensable; elle répondrait aux sérieuses exigences de la préservation en n'apportant au commerce et aux voyageurs qu'un minimum d'entraves. Ces mêmes précautions pourraient être étendues au choléra.
Je dois reconnaître que cette mesure est en grande partie réalisée par l'institution de la commission sanitaire internationale de Constantinople, qui surveille avec grand soin les évolutions de la peste qui semble s'acclimater en Mésopotamie. Voici dans quelles conditions. Les Arabes de ces contrées vivent dans des huttes en boue séchée, encombrées d'ordures, et, à l'époque des travaux, dans les canaux qu'ils creusent pour irriguer leurs palmiers et leurs rizières. L'irrigation des rizières dure quatre mois. En hiver, le froid règne dans celte contrée qu'arrosent deux grands fleuves dont les débordements sont fréquents, et qui est couverte de lacs, de marais et sillonnée par une grande quantité de canaux dont bon nombre sont défectueux et favorisent ainsi l'inondation des villages. Le sol est presque partout au-dessous du niveau des deux fleuves qui l'enserrent. En été, la chaleur est excessive. Ajoutons que souvent la famine sévit dans ces contrées. Parmi les causes du fléau, il en est une qu'on doit signaler. C'est le transport à travers la Mésopotamie des milliers de cadavres que les Persans viennent enterrer chaque