‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 332 sur 371 · HYGIÈNE INTERNATIONALE. — HYGIÈNE SOCIALE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE INTERNATIONALE. — HYGIÈNE SOCIALE

année dans leurs villes saintes de Kerbella et de Nedjeff. Ces convois disséminent les cadavres dans les diverses sépultures. Nedjeff en reçoit de dix à quinze mille, et le nombre total des cadavres ainsi importés de Perse n'est pas inférieur, chaque année et en moyenne, à trente mille. Les conducteurs des convois sont souvent décimés. Les bètes de somme elles-mêmes tombent malades et succombent en route. Kerbella est situé au sud-ouest de Bagdad, à une assez courte distance de la rive droite de l'Euphrate. La ville est entourée de marais. Le cimetière est dans son enceinte. Les sépultures ont lieu également clans les maisons particulières, de sorte que Kerbella n'est qu'une vaste nécropole.

Nedjeff est également situé sur la rive droite de l'Euphrate, à une assez grande distance de ce fleuve et non loin du grand lac de Nedjeff. Tout autour de la ville et à de très grandes distances s'étendent les cimetières où sont enterrés les chiites pauvres. Les cadavres des gens riches sont inhumés dans les immenses caveaux de la mosquée d'Ali, située au centre de la ville. Ces caveaux ont une profondeur de 100 mètres et une superficie de près de 400 mètres carrés. Les prix varient et sont tous très élevés pour les inhumations, qui sont divisées en trois classes, suivant le degré de profondeur où le cadavre est placé dans les trois galeries composant le caveau.

Voilà bien trois conditions importantes pour expliquer la quasipermanence de la peste dans ce foyer de la Mésopotamie : 1° retour fréquent des famines; 2° influence palustre; 3° accumulation inouïe de cadavres dont quelques-uns peuvent provenir de pestiférés.

Le conseil international de santé est composé de médecins distingués de toutes les nations européennes. C'est ainsi que l'Europe surveille elle-même par ses délégués tous les dangers d'épidémie de peste ou de choléra venant d'Orient qui pourraient la menacer. Les résolutions du conseil sont appliquées par un service exécutif qui relève du gouvernement ottoman. Le conseil a des médecins sanitaires sur tous les points du territoire considérés comme suspects au point de vue sanitaire, à Hodeidah, sur la mer Rouge, à Bassorah, à Bagdad, à Khaneguin et à Soleymanié, sur la frontière persane, chemin des convois de cadavres. Voici un document publié par la commission : « La peste sévit dans le district de Chamieh, au nord de l'Euphrate le long du canal Indié-Kuffé. La ville de Nedjeff en est le centre rayonnant sur quelques villages voisins et sur des fractions de tribus campées dans le territoire adjacent, elle n'a pas franchi les cordons militairement organisés. Le service d'isolement local est strictement surveillé, et s'il a été jugé opportun, dès le début de la peste dans ces parages, d'organiser des quarantaines plus éloignées, à Bassorah, à Damas, à Alep, ce n'est que pour offrir une plus grande somme de sécurité par rapport à la Syrie, et pour épargner à la navigation de la mer Rouge et de la Méditerranée de

grands préjudices que des mesures extrêmes n'auraient pas manqué de lui infliger, comme à l'époque de la peste d'Astrakhan. »

La peste de Mésopotamie a élé, dans quelques bourgades, très maligne. Ainsi dans tout le district de Chamieh elle a sévi d'une manière effrayante parmi les tribus Lebiebad-el-Zekra, Pjenabad, Rumella, Tevabi, Katta et Dessim. Dans celte dernière tribu, la moins importante, trente familles ont péri totalement, sur les cinquante dont elle est coinposée, et les survivants sont tous atteints par la maladie. Les Arabes de la contrée qui sont encore valides s'empressent de fuir. Les médecins du service sanitaire, en parcourant le pays, n'ont, dit-on, plus trouvé que des malades ou des cadavres. Partout les buttes ont été abandonnées ou brûlées. Tout nous fait espérer que ces épidémies qui se succèdent en Mésopotamie ne se propageront pas en Europe, grâces aux excellentes mesures de la commission internationale, au zèle des médecins sanitaires, et aux ressources alimentaires dont disposent tous les grands Etats. Ajoutons que le retour des chaleurs, comme cela a déjà élé observé dans ces contrées, a beaucoup atténué les ravages de la peste.

Hygiène sociale. — Pour prévenir l'évolution des maladies pestilentielles, il faut écarter les causes principales qui donnent naissance aux foyers primitifs. Parmi ces causes il faut placer en première ligne la lamine ou la misère extrême. J'ai indiqué les moyens que possèdent aujourd'hui les nations civilisées pour prévenir ce fléau. L'instruction universelle, le travail à tous les degrés de l'échelle sociale, la charité : voilà les armes principales que la civilisation doit mettre en usage. Quand notre Europe sera assise sur des bases rationnelles, les armées permanentes pourront être supprimées, ou comme aux Elats-unis réduites aux proportions les plus minimes ; des bras plus nombreux seront consacrés à la production. Les privations excessives qui marchent avec, les guerres, l'encombrement qui en est une nécessité, ne prépareront plus les hommes à l'invasion des maladies pestilentielles qui, par contagion, se communiquent aux plus valides.

Mouvement du la population en France. — Dans les siècles précédents, le mouvement de la population élail lié d'une manière intime avec le prix des subsistances; les recherches de Messance, de Mélier, le démontrent avec une grande netteté. J'ai donné le résumé de ces études dans la noie xi h la page xc de V Appendice (Voy . aussi p. 600). Déplus, dans un grand tableau sur la production du blé et sur son prix moyen annuel dans ses rapports avec le mouvement de la population pour la France, dansledixneuvîème siècle (voy. p. 10".»5), j'ai prouvé, que si le prix des substances exerçait encore une indubitable influence SUT le mouvement de la population, celte influence elait bien diminuéeel qu'elle se compliquait d'autres

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