‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 347 sur 371 · UI · texte numérisé non relu

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ont. Ces établissements fonctionnaient publiquement, sans mystère ni précautions pour pustraire à la police chinoise ; ils portaient même un signe distinclif : c'était une feuille papier jaune qui avait servi à filtrer l'extrait d'opium. Nous avons visité un grand libre de ces fumoirs publics, et nous avons toujours été saisi de l'aspect repoussant de iréduils.

tu'on se ligure une salle sombre, noire et humide, ordinairement située au rez-deîissée, avec les volets et les portes hermétiquement fermés, ne recevant d'autre lumière ccelle des petites lampes à opium; le long des murs, noircis comme ceux d'une taverne jilernier ordre, sont suspendues, sur des rouleaux de papier, quelques sentences de juicius.

eas lits de camp, recouverts de nattes et portant des rouleaux de paille, servent à rece- 1 les fumeurs qui ont besoin de la position horizontale pour se livrer à l'aise à leur '>ste plaisir.

dq entrant, on est presque suffoqué par la fumée âcre et irritante de l'opium. Dans les li.iques que j'ai visitées, il y avait ordinairement de quinze à vingt fumeurs, couchés sur lit de camp, la tète appuyée sur un rouleau de paille, leur pipe à opium à la bouche, ut à la portée de leurs mains une tasse de thé : les uns paraissaient étrangers aux , ises du monde, leurs yeux étaient ternes, leur regard atone ; les autres, au contraire, «nt d'une loquacité extraordinaire, et semblaient sous l'influence d'une stimulation èème.

?! fumeur d'opium a, en général, la figure d'une pâleur mate et maladive; ses yeux sont ss, entourés d'un cercle bleuâtre, la pupille est dilatée ; le regard a une expression parîière d'idiotie hilarante, si je puis m'exprimer ainsi, quelque chose de vague et de gai à ii-is, tout à fait indéfinissable ; la parole est embarrassée, souvent tremblotante. Ordinaisnt le fumeur est silencieux ; quand il est sous l'excitation de sa pipe, il devient loquace, .gure s'anime, ses yeux prennent de l'éclat et de la vivacité; mais cette transformation que passagère et ne tarde pas à faire place à l'expression d'idiolie habituelle. La •ee est maigre ainsi que le corps, les membres sont grêles et sans vigueur; la marche eente, les mouvements incertains, la tète ordinairement baissée; la démarche ressemble 1. le des hommes ivres, souvent elle s'accompagne de claudication, qui indique un comccement de paralysie des extrémités inférieures.

ccet aspect, l'observateur attentif reconnaîtra toujours le fumeur d'opium; cependant ices signes ne se trouvent pas réunis au même degré chez tous les malheureux habitués ;iarcotisme. La maladie produite par l'opium a ses phases et ses périodes, auxquelles t'îspondent des manifestations extérieures spéciales, indices de lésions graves, (i fumeur passe, dans le cours de son existence, vouée à l'opium, par trois périodes bien actes :

i première, essentiellement passagère, est la période d'initiation, dans laquelle l'écoie, avant de s'habituer à l'opium, lutte, si je puis m'exprimer ainsi, contre le narco- •i, et où le fumeur ressent des symptômes tout à fait analogues à ceux que provoque 1 les premiers temps la fumée de tabac.

i seconde période, dans laquelle l'impression du narcotique produit quelquefois des komènes morbides momentanés, accompagnés, chez certains individus, de sensations ^tueuses ou agréables, et toujours d'une excitation factice qui fait rechercher ce daniiux plaisir, a été appelée par nous période d'excitation simple, puisque la stimulation du li:me cérébro-spinal nous en a paru le caractère prédominant, et qu'elle se montre génèrent sans complication. Quelquefois, cependant, la stimulation, sous l'influence d'un >> d'opium, dépasse la limite physiologique, et se traduit par une série de symptômes '•es qui peuvent amener la mort. Nous avons donné à cet état, qui n'est qu'un degré •élevé de la période d'excitation simple, le nom de narcotisme aigu, à cause de sa iode analogie avec l'alcoolisme aigu: c'est, en effet, l'ivresse avec ses deux phases d'exidon et de collapsus; seulement l'agent ébriant est ici l'opium au lieu d'être l'alcool.

lxiv APPENDICE.

La troisième période se caractérise par la désorganisation physique, morale et intell tuelle du fumeur; c'est alors qu'éclatent toutes les affections dont il avait contracté germe dans la première période : nous lui avons donné le nom de narcotisme chronique.

Ainsi, pour nous résumer, nous reconnaissons trois phases dans la vie du fume d'opium : une phase préparatoire, où l'économie se débat avant de s'habituer au narcotique; puis celle où le fumeur n'en ressent encore que les sensations agréables; enfin une troisième et dernière période, où éclatent les terribles suites de cette funeste habitude p3 une désorganisation lente qui finit par amener la mort.

Ajoutons, pour compléter cet effrayant tableau, que la passion de l'opium est cent fol plus irrésistible que la passion des alcooliques. Une fois qu'on est engagé dans cette voie il n'y a plus de salut, car la volonté, la résistance morale, sont bientôt complètement éneiv vées; l'idiotisme survient peu à peu : voilà pour le moral; quant au physique, l'opiun fumé détermine une constante anorexie, d'où un dépérissement général lent et inévitable Il n'y a pas de mort plus effroyable que celle d'un fumeur d'opium.

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