DISETTES. — CAUSES DES DISETTES. XCU
tl d'Italie; j'ai eu égard aussi à l'augmentation progressive de la population par accroissement régulier et par l'annexion. Voici les lois que j'en déduis, avec les réserves que commandent les difficultés d'un pareil sujet : 1° Toutes choses égales, les mariages sont d'autant plus nombreux que le blé est meilur marché. 2° Les naissances diminuent dans les années qui suivent les années de cherté; -s conscrits sont en nombre moindre vingt ans après, conséquence naturelle de la diminution des naissances. 3" Dans les années de cherté excessive, toutes choses égales, la mortalité augmente, les naissances et les mariages diminuent. I Le chiffre de la mortalité des années de cherté excessive et moyenne s'étend sur les niées qui suivent cette cherté. Ce résultat s'accentue davantage quand les années de disette 63 succèdent.
Voici les considérations par lesquelles je termine mon travail :
Reconnaissons, avec tous les auteurs qui, de nos jours, ont agité ces graves questions, que !» notre temps les chances des famines ont considérablement diminué, et que, plus nous uançons, moins nous aurons à les redouter. Ces bienfaits, nous les devons à la liberté 10m merci aie qui tend à tout régulariser, à la fixité d'un droit très minime qui permet aux laissants spéculateurs de s'engager sans crainte de ruine dans de vastes opérations, qui
it pour résultat d'abaisser le prix du pain dans les pays où les récoltes ont faibli. Nous le esvons aussi à la rapidité des communications sur mer et sur les voies ferrées. Avec notre
ivigation commerciale à vapeur, qui, depuis quelques années, s'est élevée, grâce à iinitiative d'hommes de génie, à un si haut degré de puissance, on peut acheter des subsistances dans les contrées les plus lointaines et les plus opposées. Par un heureux contraste noi s'est vérifié à bien des reprises quand les récoltes ont été mauvaises en Amérique, .abondance a été grande dans les provinces de la Russie qui expédient au port d'Odessa.
ous dirigeons ainsi nos expéditions soit en Orient, soit en Occident, suivant que l'une ou
autre partie du monde a été favorisée.
IKe nous endormons pas cependant dans une trompeuse sécurité; n'oublions pas que les essoins de l'Angleterre en blé peuvent être énormes, que Londres est le grand marché ilateur des prix, et qu'il ne faut pas nous exposer à passer sous les fourches caudines eî la faim. Redoublons d'efforts pour n'être pas conduits à une position dépendant des uitres nations dans cette grande question des subsistances. Profitons des leçons du passé, ee large emploi de la pomme de terre dans notre Europe avait donné aux économistes une laisse sécurité que j'avais partagée dans un de mes premiers écrits. Le réveil a été rruel : la maladie de la pomme de terre a été la cause de cette désastreuse famine de 1847 noi, en Irlande et dans le nord de l'Europe, a enlevé un million iVhommes. D'autres muses que nous allons chercher à découvrir pourraient conduire à des désastres qui seront ririlés si l'on sait les prévoir et les prévenir. Des causes des disettes. — L'insuffisance des récolles peut être déterminée par des années
uvieuses et aussi par des années trop sèches; dans ces deux cas, mais surtout dans le rremier, la quantité des matières alimentaires est presque toujours diminuée par des aarasites de toutes sortes, parmi lesquels il faut citer en première ligne ces moisissures
ni ont si souvent détruit les récolles des pommes de terre et altéré celles des céréales.
près les moisissures, un des grands fléaux des années pluvieuses, c'est la coulure, car
est surtout à l'époque de la floraison des céréales qu'ont régné des pluies continuelles ians ces années désastreuses. La sécheresse continue pendant le printemps et l'été, si elle sut favorable au vignoble, amoindrit la récolte du blé, réduit presque à rien celle des J»enus grains, des racines et des tubercules.
Cette insuffisance des récoltes, par une des causes que je viens d'énumérer ou par
autres, s'est montrée en France à des époques pour ainsi dire régulières et qui semblent l' ées à des influences climatériques non encore étudiées. M. le comte A. Hugo a insisté sur
;ttc régularité dans un mémoire imprimé en mars 1853, intitulé : Sur la période de 'isette qui menace la France. Je vais citer l'introduction de ce travail :
xciv Al'l'E.NIllCE.
€ Le songe expliqué par Joseph renferme une vérilé éternelle. Toujours les vaches grasses sont dévorées par les vaches maigres; aux années d'abondance succèdent toujours des années de disette.
» L'observation avait-elle déjà fait reconnaître aux patriarches hébreux ou aux prêtres égyptiens, dont Joseph, pendant sa captivité, a pu recevoir les leçons, cette grande loi de la nature ? Leur avait-elle indiqué la règle permanente qui fixe le retour et la succession de ces époques alternativement heureuses et malheureuses pour les peuples? Nous l'ignorons.
ï Mais il est certain que l'étude des faits statistiques relatifs aux céréales, qui se sont produits en France depuis trente-sept ans, peut suffire à constater et à déterminer en quelque sorte la durée, et par conséquent la réapparition des périodes composées uniquement de bonnes années, ainsi que celles des périodes où les mauvaises années se suivent sans interruption.
» Si cette durée était septennale en Egypte, elle parait être quinquennale ou tout ait plus de six ans en France.
» Il est donc possible de prévoir les époques d'abondance et les époques de disette. Ea> effet, l'examen comparatif de la production et de la consommation, des importations et des exportations de froment en France depuis 1816, par le commerce spécial, prouvent que les années de disette succèdent régulièrement aux années d'abondance par périodes de plusieurs années. On ne voit pas les bonnes années alterner une à une avec les mauvaises, ou, en d'autres termes, une année d'abondance suivre une année de disette, à laquelle succède une année d'abondance suivie à son tour d'une année de disette. L'abondance et la disette n'alternent entre elles que par périodes de cinq ou six années au plus. »
La prévision de M. A. Hugo a été parfaitement vérifiée; en effet, les prix qui étaient eil 1852 de 17,23, se sont élevés en 1853 à 22,39; en 1854, à 28,82; en 1855, à 29,32; en 1856, à 30,55. Le déficit des bras agricoles est encore une grande cause de disette ; il s'est fait surtout sentir dans notre Europe à la fin de ces longues guerres qui ont enlevé aux travaux des champs la partie vraiment active de la population. Voici la succession habituelle des fléaux de l'humanité : la guerre, la famine et la peste. Ces effroyables désastres seront moins à redouter, il faut l'espérer au moins, dans notre Europe civilisée. Si les nations sont encore condamnées à se faire la guerre, ces guerres ne dureront plus trente ans. Une des grandes causes du déficit des bras agricoles, c'est l'impulsion, heureuse à tant de titres, donnée aux travaux des villes ou des chemins de fer. On crée ainsi une foule de consommateurs énergiques qui ne produisent pas de subsistances, mais qui consac rent leurs forces vives à d'autres branches utiles. Au lieu de producteurs, on a des consommateurs de pain blanc, auxquels il faudra penser quand viendra la période d'insuffisance. Parmi les causes les plus puissantes des disettes, il faut noter l'emploi insuffisant et mal étudié des engrais, et le mauvais aménagement des eaux. Le vrai moyen de prévenir les famines, c'est de faire produire le blé au meilleur marché possible par les agriculteur! nationaux; c'est aussi le plus sûr moyen pour éloigner la géne qui quelquefois marche À la suite de certaines années d'abondance. 11 faut, pour atteindre ce but, encourager les travaux agricoles; mais des difficultés sans nombre se rencontrent à chaque pas. La plus grande, c'est d'animer le travail particulier par un sngace emploi de la fortune publique. Quand on consacre 10 millions à jeter bas des maisons dans un riche quartier de Paris, on est sûr de créer pour 100 millions de travail par les efforts particuliers. Les sommes destinées aux améliorations agricoles ne produisent bien souvent qu'un effet isolé. Quoi qu'il on soit, c'est dans cette direction que doivent se porter les vues des hommes de l'avenir. Eludions maintenant avec quelques détails les moyens de prévenir les disettes et les famines.
Des moyens de prévenir les disettes. — Le premier moyen pour conduire à la prodm lioB économique des subsistances, et qui réclame un large emploi de la puissance publique, c'est un judicieux aménagement des eaux; leur excès ou leur Insuffisance, voilà les grands obstacles agricoles.