‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 354 sur 371 · DISETTES . - CAUSES. - REMÈDES. KG · texte numérisé non relu

DISETTES . - CAUSES. - REMÈDES. KG

1 Les travaux pour prévenir les maux de la sécheresse exigent encore un ensemble de eesures qu'on ne peut confier à l'initiative des particuliers. Le principe est celui-ci : t tenir pour les besoins les eaux pluviales qui tombent en excès dans un moment donné et liai font défaut aux époques où elles seraient le plus nécessaire. C'est pour concourir à ce ,mt qu'on a encouragé le reboisement des crêtes dénudées. Voiià sans doute une grande et pnne mesure, mais qui ne suffit pas. Développer les cultures telles que celles des vignes jBi'manentes avec fosses et tranchées, rien n'est plus efficace pour donner de la perméa-

lilé au sol, pour maintenir les eaux sur les hauteurs et assurer la permanence du débit >ts sources. Rendre obligatoires les fossés entourant les pièces de terre d'une certaine rendue; exiger une construction convenable, une profondeur suffisante pour retenir l'eau

la terre entraînée ; confier cette surveillance au corps des agents voyers des communes lai, en recevant une organisation plus forte, pourraient devenir de véritables ingénieurs pfpicoles. Voilà des mesures qui, mises en activité sur toute la surface agricole, maintien* raient l'eau où elle serait utile et mettraient un obstacle efficace à ce prélèvement de la iirtie la plus précieuse de la terre végétale par les pluies abondantes, et aux désastres des loondations. Joignez à cela, comme cela a été fait avec tant de succès, la construction dans >s parties les plus élevées d'immenses réservoirs destinés à contenir les eaux en excès, à fî les laisser écouler que lorsque leur intervention est salutaire, et favoriser du même iiuip ces belles entreprises de pisciculture, et vous aurez rendu à l'agriculture de grands

durables services.

: Épargner la force en effectuant les transports des subsistances, des amendements et des mgrais d'une façon plus économique et plus facile : voilà ce qu'il convient de perfectionner, tais, disons-le, depuis quarante ans, que d'heureux efforts la puissance publique n'a-t-elle ;i as faits dans celle direction! Les canaux, les chemins de fer, sillonnent aujourd'hui des (entrées jadis impénétrables; partout on a ouvert des routes merveilleusement entretenues; s s conseils généraux, les communes, ont rivalisé d'ardeur pour établir et tenir convena- Mement les roules de grande communication et les chemins vicinaux. Il ne faut pas s'arrôrr. C'est là vraiment un des premiers besoins de l'agriculture ; on a fait beaucoup, mais il 'este encore plus à faire. Pour cultiver convenablement la terre, deux choses sont nécesmires : des bras et de l'argent ; il faut s'efforcer de conserver le plus possible aux champs us deux moteurs.

La classification du recrutement de l'armée en première levée, destinée au service actif, I. en réserve laissée aux travaux des champs pendant la plus grande partie de l'année, les wngés semestriels donnés à l'époque des labours, l'emploi du soldat aux moissons, voilà Theureux efforts dans cette direction; mais combien on pourra faire mieux quand la famille uropéenne sera constituée démocratiquement (1)!

' Pour exécuter de grandes choses, il faut de gros impôts ; mais combien de sources de ovenus publics pourraient être ouvertes qui permettraient de dégrever les champs, et par mséquent de diminuer le prix de revient du blé! 11 suffit pour cela d'appliquer pruosmment et avec fermeté le principe de Vauban, que tout ce qui rapporte profit doit libul.

Avec des engrais et des amendements convenablement employés, on peut, avec un travail peine supérieur, décupler les récoltes. Combien doit être grande la vigilance du gouver- Bment pour favoriser tout ce qui peut développer dans une telle mesure la production nationale! Un mot, un seul sur notre législation douanière. Ne convient-il pas d'affranchir (oe toute espèce de droit l'importation du guano et tous Jes engrais de cet ordre? Partisan ee la liberté commerciale, je suis cependant convaincu que tant qu'il n'existera pas une (éciprocité absolue, on ne peut permettre l'exportatidn des tourteaux, des débris de corne, ee lainage et de tous les engrais riches ! Dans toutes les transactions avec les compagnies

(1) J'écrivais ces lignes en 18G6, M. Dlsmarck, hélas ! a changé tout cela.

xr.vi

APPENDICE

do chemins du fur, le gouvernement doit penser toujours à assurer le plus bas prix possible au transport des engrais cl amendements. Dans toutes ses relations avec les administrations communales, ne doit-il pas faire des efforts pour mettre des entraves au gaspillage des plus riches engrais dans la plupart de 'nos grands centres de population?

Je viens d'indiquer rapidement les moyens principaux que je regarde comme étant les plus efficaces pour abaisser le prix de revient du blé ; poursuivant un autre ordre d'idées, je vais rechercher quelles sont les mesures les plus certaines pour prévenir le retour des famines ou des disettes, ou du moins pour en amoindrir les rigueurs.

Le principe de la variété des cultures doit être placé en première ligne; les Chinois l'ont bien compris, car, à côté de leur immense production de riz, se place une culture maraîchère qui s'est emparée, sur la plus large échelle, d'un grand nombre de plantes susceptibles d'être utilisées pour l'alimentation de l'homme. Chez nous, si, depuis le commencement du siècle, nous avons enduré des disettes dont les suites ont été beaucoup moins funestes qu'en Belgique ou dans le nord de l'Allemagne, c'est qu'à côté des céréales se trouve la culture de la vigne, qui joue un grand rôle dans notre alimentation, directement et indirectement. Dans la Belgique, l'Allemagne du Nord, l'Irlande, les céréales, ou leur auxijiaire, la pomme de terre, forment non seulement la hase de l'alimentation solide, mais on en consomme des quantités considérables pour les convertir en bière et en eau-devie. La vigne, chez nous, comble cette lacune ; elle prospère souvent dans les années sèches, comme en 1846, lorsque les céréales font défaut. Les Belges et nos voisins les Allemands du Bhin trouveront donc une heureuse sécurité contre le plus grand des maux, la famine, par une complète assimilation avec nous. Nos forces se décupleraient en poursuivant le même but : bien-être assuré à tout travailleur de bonne volonté.

Une élude plus attentive des procédés de la culture maraîchère en Chine contribuera à créer des subsistances plus variées qui viendront combler le déficit des céréales. D'heureuses acclimatations sont déjà accomplies; mais il y a là de côté une mine féconde à mettre en valeur. L'étude philosophique des aliments nous permettra dans un temps de famine d'utiliser une foule de matériaux qui n'ont pas celle destination dans les périodes d'abondance. C'est un sujet que je traite avec soin, en parlant des herbes alimentaires ou des aliments fournis par le règne animal et qui sont habituellement négligés.

Greniers d'abondance. — M. Moreau de Jonnès a établi que sur trois récoltes dans les circonstances les plus heureuses, deux pouvaient suffire aux besoins des populations; nous n'en sommes plus là aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, il y a nécessité, dans un grand nombre de cas, de mettre en réserve des substances alimentaires de toute sorte, et surtout de céréales. L'art de les conserver est, a dit Michel Lévy, la prophylaxie des disettes; mais, il faut bien le reconnaître, cet art en France est généralement peu avancé. Les greniers qui nous servent communément, môme dans les conditions les plus favorables, offrent bien des inconvénients. Des pclletages (dix-huit par an), des criblages (un par an), que de frais, et tout cela ne garantit pas complètement des déprédations des animaux et surtout des ravages des insectes qui se multiplient en quelque sorte en raison de l'abondance des blés! Si les silos frais, complètement garantis de l'humidité, étaient plus communs en France qu'ils ne le sont; si les blés n'y étaient introduits que parfaitement épurés et secs, le problème de la conservation des aliments aurait fait un grand pas. Dans les années d'abondance, l'alucite ne causerait pas de si grandes perles. J'ai démontré [Opuscules agronomiques) que les œufs de cet insecte destructeur du blé n eclosaicnl pas à la température qui règne dans les silos frais.

L'emploi des silos de zinc dans lequel on peut faire le vide ; l'intervenlion de substances toxiques pour les insectes dévastateurs, et qui peuvent être facilement éliminées. Au premier rang de ces substances il faut placer le sulfure de rarbonc, que recommandent et son bas prix et sa facile volatilité. Voilà sans doute d'utiles découvertes qui permettront d'écarter bien des mécomptes qu'on a éprouvés chez nous lorsqu'on a voulu conserver les blés dans les silos; mais la marine à vapeur, les chemins de fer, feront une terrible concurrence à l'on-

DISETTES. x'.vii

: sillage des grains. La fécule, l'alcool, sonl conservés plus facilement que le froment. Ils peu- 'vent amoindrir leur consommation dans les époques de cherté, en rendant à l'alimentation Iles grains, les pommes de terre, qui seraient convertis en glycose ou en alcool.

Les farines se conservent moins bien que le blé, le riz beaucoup mieux, le manioc et la

fécule de pommes de terre mieux encore. On pourrait, dans les années d'abondance de i pommes de terre, fabriquer de la fécule et la conserver en nature; elle interviendrait ulileiment dans la préparation du pain en suivant les procédés que nous avons étudiés et décrits, IM. le duc de Luynes et moi (Mémoire sur la panification de la fécule de pommes de terre,

1832). Ces procédés consistent à faire moudre ensemble parties égales de blés durs et de

fécule (voy. p. 260), ou parties égales de blé dur et de riz.

Quand la disette sera menaçante, il sera alors infiniment utile de moudre le son, comme IMilon l'a proposé, pour le laisser dans la farine. Si, dans les temps d'abondance, je crois

préférable de distribuer du pain blanc et de donner le son aux animaux qui nous le rendent :sous forme de lait et de viande; si j'ai contribué à faire prévaloir celte opinion, lorsqu'on

agita la question de savoir s'il fallait distribuer aux pauvres de Paris du pain bis ou du pain Iblanc, je n'en ai pas moins reconnu que le mélange du son remoulu à la farine, pouvait i offrir, dans les temps de disette, une très précieuse ressource. (Voy. Deux notes sur le \pain bis et le pain blanc, in Bulletin de la Société d'agriculture, 1850.) Cette opération seirait surtout utile si, comme nous l'avons proposé, M. le duc de Luynes et moi, on mélan- .geait alors de la fécule au grain avant de l'envoyer au moulin. Le son, plus riche en manières grasses et en gluten, relèverait la valeur nutritive du pain, que le mélange de la féccule tendrait à abaisser. Heureusement les voies nouvelles de communication rapide et

économique, les progrès incessants de l'agriculture, diminueront les chances de disettes; telles seront surtout beaucoup atténuées si l'élève du bétail perfectionné s'étend de plus en i plus. Les animaux vivants, voilà une des réserves des meilleures et des plus profitables pour 1 les temps de disette.

Diminuons aussi autant que possible l'étendue des cultures, autres que le froment, qui l tendent à devenir exclusives. Voyez ce qui est advenu en Irlande quand la pomme de terre ia manqué. Dans les disettes, on peut chercher à utiliser les végétaux qu'on abandonne dans des temps heureux. C'est cette pensée qui, après la disette de 1846, nous avait fait entreprendre des recherches sur l'asphodèle, les tubercules de dalhias, la colocasse, Yarum d'Italie, etc. (Voy. Opusc. agronomiq.)

Lorsqu'on traite la question des disettes, il faut prévoir toutes les éventualités. Que ffaut-il faire pour maintenir dans les grandes villes le prix du pain à un taux assez peu élevé [pour que celui qui vit de son travail de chaque jour, et qui n'a que le fruit de ce travail pour nourrir ses enfants, n'éprouve pas de trop dures privations?

Bien des systèmes ont été tour à tour mis en pratique ; tous présentent des avantages spéciaux et des inconvénients.

Le système des bons à prix réduits pour les nécessiteux a pour résultat utile de restreindre Ile chiffre de la dépense en produisant les mêmes résultats; mais il entraîne à sa suite les embarras d'une comptabilité compliquée, il met à une rude épreuve la dignité du travailleur qui, forcé de perdre son temps et de tendre la main pour obtenir ces bons à prix rréduits, prend ainsi l'habitude des secours, et fait un apprentissage qui conduit au bureau ilde bienfaisance. J'ai exposé dans ma conférence les divers moyens auxquels la municipalité de Paris a eu et doit avoir recours pour vendre en temps de disette le pain aux nécessiteux à un prix relativement modéré : « J'ai montré comment on pouvait espérer d'obtenir un double résultat également désirable : Le pain à bon marché et le cultivateur dans l'aisance. Encourager sagement et énergiquement l'agriculture, c'est le moyen le plus sur Id'éloigner pour notre Europe, pour notre France, toutes les mauvaises chauces dont j'ai esquissé le tableau. L'agriculture, chez nous, ne se recommande pas seulement par les intérêts matériels qu'elle représente, elle louche à des intérêts moraux de l'ordre le plus élevé ; die ne fournit pas seulement à l'homme ce qui lui est le plus indispensable, mais par bouciiaudat. — HYGIÈNE. Appendice. — i\

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