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AIM'ENUICK.
le travail non interrompu de chaque jour, par la contemplation continuelle des merveilles de la création, elle l'élève, elle le moralise, elle lui donne l'amour du bien, de la famille, du pays; elle forme les citoyens, qui représentent de la manière la plus nette la force vive de la nation, et c'est sur cette base que reposent les principaux éléments de la grandeur et de la stabilité du pays.
» Mais n'oublions pas que les intérêts du travailleur des villes et du travailleur des campagnes se confondent; les uns et les autres souffrent, et souffrent vraiment, car ils ont plus de maladies et meurent en plus grand nombre, quand le prix des subsistances est élevé. Produire du pain à bon marché, voilà le but social que nous devons nous efforcer d'atteindre. »
Régime dea habitants au temps présent et il y a un Nicole et demi. — J'ai, dans un travail spécial (Alimentation des habitants des campagnes.'m Annales d'agriculture, 18i8) étudié les modifications qu'a subies, depuis un siècle et demi, le régime des habitants des campagnes travaillant à la terre: je me suis occupé spécialement d'une très petite contrée, l'ancienne élection de Vézelay; mais j'avais une base excellente à mon travail, c'était la statistique de cette élection, dressée il y a un siècle et demi par un des hommes les plus grands et les meilleurs dont notre patrie s'honore, le maréchal de Vauban. On peut conclure, des comparaisons que j'ai développées dans mon mémoire, que la nourriture des habitants des campagnes était complètement insuffisante, il y a cent cinquante ans : ils ne mangeaient pas de la viande deux fois par an; la plupart en mangent aujourd'hui deux fois la semaine (porc) ; ils n'avaient que du pain d'orge et d'avoine dont ils n'ôtaient pas même le son ; aujourd'hui il n'est pas rare de trouver, sur la table du laboureur, du pain de pur froment; ils n'avaient, avec leur pain, que des fruits sauvages et quelque peu d'herbes potagères cuites à l'eau avec un g^u d'huile de navette, le plus souvent sans ou avec très peu de sel ; les fruits, les plan-is potagères, dont la consommation est encore aujourd'hui considérable, se sont singulièrement améliorés par les progrès incessants de la culture maraîchère; les corps gras, qui sont indispensables à l'homme avec cette nourriture féculente et herbacée, consistaient presque uniquement en huiles de noix et de navette; le beurre, la graisse, le lard, qui ne sont pas exclusivement consommés dans les villes, ont apporté une amélioration considérable dans le régime de l'habitant de nos campagnes. Le laboureur ne buvait du vin qu'au cabaret ; la plupart en réservent pour les travaux excessifs des moissons et des vendanges. Les habitants des campagnes perdaient un grand nombre d'enfants par défaut de bonne nourriture; il en meurt moins aujourd'hui que dans les villes.
Il y a cent cinquante ans, huit mille quatre cent quatre-vingt-six personnes vivaient misérablement ou mouraient de faim et de froid sur le même pays qui en nourrit aujourd'hui dix-sept mille cent vingt-quatre dans un bien-être admirable, si on le compare à l'état ancien; mais un examen attentif de ce qui existe montre au médecin qu'il a encore de grandes améliorations à réaliser. Dans les campagnes comme dans les villes, c'est toujours la viande, cet aliment de l'aisance et de la force, qui tient une trop faible part dans l'alimentation.
Les études de M. Ch. Dupin, sur le mouvement de la population, sont venues montrer qu'en France le chiffre moyen de la vie tendait continuellement à s'élever : or, comme nous avons établi que le progrès était précisément le môme dans l'amélioration du régime, nous pouvons dire : Tout ce qui contribue à assurer aux populations une alimentation qui soit de moins en moins insuffisante, est ce qu'il y a de plus efficace pour accroître le chiffre moyen de la vie. Je crois, dans un autre travail (Influence du morcellement de la propriété sur le bien-être des citoyens, in Annales d'agriculture, 18i8), avoir trouvé la cause principale du progrès; c'est, je pense, pour beaucoup de localités la division de la propriété basée sur le travail. Pour devenir propriétaire, l'habitant des campagnes est devenu plus travailleur, plus industrieux; ouand il a été propriétaire, il est devenu plus travailleur encore, parce qu'on ressent moins la fatigue lorsqu'on améliore par elle le fonds qu'on