‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 356 sur 371 · FAMINES · texte numérisé non relu

FAMINES

possède et qu'on laissera à ses enfants. J'espère que tout homme qui voudra étudier sérieusement ces graves questions de l'histoire de l'économie sociale reconnaîtra que les moteurs d'un progrès incontestahle ont été les sentiments de propriété et de famille. C'est par eux et pour eux que l'homme a plus et mieux travaillé, et le bon travail est la source de tout progrès.

Famine dos Flandres en 184*. — J'emprunte à M. de Meersman la relation de la maladie de famine qui a régné dans les Flandres belges. Le premier degré était caractérisé par tous les signes qui sont propres à l'appauvrissement du sang : la pâleur, l'amaigrissement, la tristesse, le découragement, la difficulté de la digestion, l'existence de flatuosités, l'irrégularité des déjections, la distension du ventre, l'enflure des extrémités inférieures, la suppression ou l'abondance insolite du flux menstruel chez la femme, la stérilité, l'affaiblissement du système musculaire, et par suite la douleur dans les membres, les mouvements pénibles, le travail difficile. Dans cet état, l'homme végète et traîne une existence misérable, bientôt traversée par des épreuves plus cruelles encore; car à mesure que sa détresse se prolonge, et en raison directe de son affaiblissement, chaque individu voit se développer en lui les affections chroniques propres à sa constitution ou à sa profession; les maladies spécifiques qui étaient restées slationnaires, à l'état de germe ou même de simple prédisposition, se réveillent avec violence. C'est ainsi qu'on a remarqué des affections syphilitiques, psoriques, strumeuses, cancéreuses, herpétiques, dartreuses, exercer leurs ravages et abattre les premières victimes de la crise alimentaire. De toutes les cachexies, c'est la phlhisie pulmonaire qui a fourni le plus fort contingent aux registres de la mortalité; jamais aussi il n'y a eu plus de cas mortels de carreau parmi les enfants.

» Les infortunés qui ne succombaient pas à quelqu'une de ces affections que les privations avaient réveillées, ceux qui trouvaient encore, dans un reste de vigueur organique, quelque force pour lutter contre la famine, sentaient pourtant de jour en jour ce dernier effort de la nature s'affaiblir sous l'influence d'une nourriture que les organes pouvaient à peine s'assimiler et qui se composait de fanes de navets, de pissenlit, de feuilles de choux, de quelques navets, de carottes, de pommes de terre gâtées, d'un peu de pain noir, dur et de mauvaise qualité. Plusieurs familles étaient loin de pouvoir se procurer tous les jours quelques-uns de ces misérables aliments pour composer leur repas. »

Voici la peinture animée que M. de Meersman trace de ces pauvres victimes de l'alimentation insuffisante : « Ce qui frappait d'abord, dit-il, c'était l'extrême maigreur du corps, la livide pâleur du visage, les joues creuses et surtout l'expression du regard, dont on ne pouvait perdre le souvenir, quand on l'avait subi une fois. Il y a, en effet, une étrange fascination dans cet œil où toute la vitalité de l'individu semble s'être retirée, qui brille d'un éclat fébrile, dont la pupille, énormément dilatée, se fixe sur vous, sans clignotement et avec un étonnement inlerrogatif où la bienveillance se mêle à la crainte. Les mouvements du corps sont lents, la marche chancelante; la main tremble; la voix, presque, éteinte, chevrote. L'intelligence est profondément altérée, les réponses sont pénibles, la mémoire, chez la plupart, est à peu près abolie. Interrogés sur les souffrances qu'ils endurent, ces infortunés répondent qu'ils ne souffrent pas, mais qu'ils ont faim!

t> L'haleine est d'une grande fétidité; la langue, amincie, pointue, oblongue, tremblotante presque toujours rouge à la pointe, souvent aphtheuse, est partout couverte d'un enduit jaunâtre et épais; l'épigastre est creux, et la peau, dans cette région, est pour ainsi dire collée à la colonne vertébrale; il arrive cependant que l'épigastre est distendu parle metéorisme; alors le toucher découvre des engorgements organiques dans l'une ou l'autre partie de l'abdomen. La respiration est lente, peu profonde et souvent entrecoupée par des sanglots. Le pouls, tantôt d'une grande fréquence, tantôt d'une lenteui' remarquable, est facilement déprimé, d'une petitesse étonnante, et fuit sous les doigts. Les sécrétions se ressentent toutes de l'altération du sang qui est leur source commune; mais c'est surtout la perspiration cutanée qui est profondément modifiée.

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» La peau était sèche, jaune, semblable à du parchemin; l'exhalation qui, dans 1 état ordinaire, se fait sur toute sa surface d'une manière insensible, s'opérait, dans ce cas, par voie sèche. Les pores du derme rejetaient une poussière visqueuse qui, s'accumulant et se concrétant, recouvrait le corps d'une croûte noirâtre, pulvérulente et d'une fétidité horrible. Il n'est pas un seul praticien qui n'ait eu l'occasion d'observer ce fait; souvent on attribuait cet état de la peau à la malpropreté, au défaut de soins; mais, en y faisant plus d'attention, on était bientôt convaincu que c'était le résultat d'une altération profonde des fonctions de l'enveloppe cutanée; car, dans les localités dont les ressources permettaient d'envoyer les indigents épuisés à l'hôpital, on mettait ceux-ci vainement au bain; à peine les lotions avaient-elles purifié la surface du corps, que quelques heures suffisaient pour qu'elle fût de nouveau recouverte par le produit de cette sécrétion anormale. Dans ces conditions, la peau laissait à la main qui la touchait une impression âcre, mordicante et prolongée, et l'imprégnait pour longtemps d'une odeur repoussante.

» L'infection que répandait le corps des pauvres exténués par la disette était telle, surtout quand il y avait encombrement dans leurs misérables chaumières, que les praticiens qui allaient leur porter les secours de l'art, et les prêtres qui leur prodiguaient les consolations de la religion, étaient obligés de faire ouvrir les portes et les lucarnes avant de pouvoir pénétrer dans ces tristes réduits. Il est remarquable que l'infection émanant de corps qui n'offraient aucun symptôme de typhus déterminait chez les personnes que leur devoir ou la charité appelait dans les lieux malsains où ces malheureux étaient gisants, la fièvre typhoïde bien caractérisée. » (Le typhus fever, B.)

M. de Meersman a noté la funeste influence du froid sur ces malheureux inanitiés. « Dès que les rigueurs de l'hiver se firent sentir, ils mouraient presque subitement et tombaient de toutes parts et en si grand nombre, que le pays tout entier s'en émut. Telles furent les causes de l'effrayante mortalité qui, signalée pendant les premiers mois de 1848. excita, dans toute la Belgique, un sentiment profond de pitié et un admirable élan de charité.

» Les malheureuses victimes du fléau ne mouraient pas toutes de la même manière. Chez les uns, c'élait dans la poitrine que se concentraient les symptômes qui déterminaient la mort; la toux et les glaires les étouffaient, ou ils suffoquaient par suite d'une collection séreuse dans le péricarde. Chez les autres, c'était sur les intestins que la maladie exerçait ses derniers ravages; une diarrhée colliqualive les emportait. Il y en avait qui, après quelques heures d'un sommeil léthargique, expiraient sans agonie. Plusieurs succombaient au premier accès d'une fièvre intermittente qui devait revêtir Je caractère pernicieux, chez des sujets déjà en grande partie anéantis; l'anasarque et l'ascile en enlevaient un bon nombre. Enfin, lorsque les secours arrivèrent de toutes parts, on en vit périr beaucoup à la suite d'indigestions produites par une nourriture trop substantielle ou trop abondante pour des estomacs affaiblis et qui leur était fournie avec un empressement malheureusement inconsidéré.

j Le traitement de la fièvre de famine est extrêmement simple : il se réduit à fortifier d'abord, par quelques gouttes d'un vin généreux mêlé d'eau, les organes digestifs, à donner avec la plus grande prudence des aliments peu abondants et peu substantiels, à en augmenter graduellement et la proportion et la qualité nutritive, à environner les malades d'un air pur et souvent renouvelé, à les laver souvent, enfin à leur imposer une activité en rapport avec leurs forces et un travail proportionné à leur énergie renaissante. Sous l'influence de ce traitement purement hygiénique, on a vu des familles entières revenir insensiblement à la vie.

» Parmi les victimes de la disette, il s'en rencontrait que les affections accidentelles épargnaient, comme pour leur faire traverser toutes les épreuves de l'épuisement et de la dissolution organique.

« Dans ce cas, les symptômes d':uiéantisseiiicnt devenaient successivement plus intenses. La décrépitude avait envahi tous ces malheureux : les enfants, les jeunes gens, les adultes, les hommes parvenus à la maturité de l'âge, portaient sur tout le corps les rides, le dessé-

FAMINES. - ATH'REPSIE. &

chement, l'exténuation de la vieillesse; c'étaient de véritables squelettes vivants, incapables i de soulever leurs membres décharnés, gisant lourdement, sans voix, avec un œil sans regard, enfoncé dans l'orbite et à moitié voilé par des paupières presque transparentes et chassieuses. Parfois ils étaient horriblement secoués par une toux sèche et convulsive. Enfin on voyait paraître les derniers indices de l'extrême appauvrissement du sang : la peau se couvrait de vastes ecchymoses ou de taches pourpres qui devenaient confluentes quelquefois, et ces tristes victimes de la famine rendaient le dernier soupir au milieu de l'agitation de la carphologie ou de la fatigante loquacité du délire famélique!

> Ces scènes navrantes, dit l'éloquent historien de ces misères, n'avaient pour témoins i que les curés, les vicaires des villages, apôtres de la charité qui allaient, avec un dévouement sublime, une héroïque intrépidité, porter, dans les chaumières désolées, le produit des aumônes ou les consolations de la religion. Ces prêtres vénérables, dont plusieurs ont trouvé le martyre en remplissant leur saint ministère, rencontraient à toute heure auprès du grabat du pauvre les chirurgiens, les médecins de campagne, qui, eux aussi, remplissaient avec un zèle infatigable une mission que le péril rendait plus noble; ils allaient . appliquer, en risquant leur vie, aux maux qui affligeaient leurs frères les remèdes que fournit la science humaine. Courageuse phalange qui s'est trouvée nuit et jour au milieu du danger, et qui n'a laissé que trop de ses braves soldats sur le champ de bataille! »

Athrepsie (J. Parrot). — L'athrepsie est une manifestation aiguë de la misère physiologique, ou un état pathologique qui doit fatalement y conduire si la condition de continuité i est remplie.

t L'athrepsie, dit Parrot, qu'elle soit primitive ou secondaire, mérite par sa fréquence i d'être envisagée .comme la base de la pathologie du premier âge. Que faut-il entendre par athrepsie et pourquoi ce néologisme? J'ai reconnu qu'il y avait une maladie, certainement l très ancienne, mais jusqu'ici méconnue. En la déterminant pour la première fois, je devais I lui donner un nom ; j'ai proposé celui d'athrepsie, formé de la particule privative (a) et i du mot Opeipic, qui signifie nutrition, parce que ses divers épisodes sont reliés entre eux, ; gouvernés, expliqués par un phénomène qui en est l'essence même, à savoir : un trouble I profond du travail nutritif. »

Dans son article consacré à 1 étiologie de l'athrepsie, Parrot s'exprime de la façon la plus : élevée et la plus pratique sur l'influence d'un mauvais régime alimentaire : « L'absence ; absolue de lait chez la mère n'a pas de grands inconvénients pour le nouveau-né, parce i qu'alors on n'hésite pas à lui donner immédiatement une autre nourrice. Mais quand la : sécrétion lactée n'est qu'insuffisante, — par l'obstination qu'en dépit de cette fâcheuse condition beaucoup de femmes mettent à nourrir, — la santé de l'enfant peut être compromise. I Elle peut l'être encore par certaines affections de la mère. Les unes locales, sans modifier ! l'abondance du lait non plus que sa qualité, empêchent pourtant l'alimentation d'être sufifisante : tel est un mamelon trop court, qui ne peut être pris qu'avec effort; telles sont des icrevasses, qui rendent intolérables le contact de la bouche de l'enfant, la pression qu'elle i exerce ; ou bien encore une forme trop arrondie et une turgescence exagérée du sein, qui Ile transforment en une masse rigide, malaisée à saisir, ne cédant pas aux tractions des lièvres et retenant en quelque sorte l'aliment qu'elle contient.

Les affections fébriles de la mère, lorsqu'elles sont de courte durée, n'ont souvent qu'un i retentissement peu sensible sur la santé de l'enfant. 11 n'en est pas de même lorsqu'elles se I prolongent, et, bien qu'il ne soit pas rare de voir la sécrétion lactée se rétablir après leur guérison, tant qu'elles durent, le lait diminue de quantité et perd souvent ses propriétés i nutritives.

« Vous parlerai-je de ces cas où, dans un but criminel, on a vu des mères très aptes à i nourrir leur enfant, lui refuser le sein, et provoquer ainsi, par une privation calculée, i tous les effets de l'athrepsie? Cet infanticide par inanition est rare, et l'on s'imagine i malaisément une mère assez cruelle pour résister aux cris de détresse et à la pantomime

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désolée de son enfant qui meurt de faim ; mais si le hasard vous met en présence d'un de ces actes coupables, il faut que vous puissiez les reconnaître, et que vos recherches ne s'égarent pas au loin, quand la cause du mal est à votre portée. Pour découvrir la vérité, que vos yeux ne quittent pas la femme soupçonnée. Faites en sorte qu'elle ne se débarrasse pas de son lait à votre insu, et, après avoir donné le sein au nourrisson, elle ne puisse le faire abandonner avant qu'il y ait pris ce qui est nécessaire à son alimentation. Si de la mère nous passons à la nourrice, nous trouvons là une source étiologique déplorablement féconde. On sait aujourd'hui quel chiffre effrayant représente la mortalité parmi les nouveau-nés que des nourrices mercenaires élèvent loin de la surveillance des parents. Eh bien ! on peut affirmer que presque tous ces enfants, faute de soins et d'une alimentation appropriée, succombent à l'athrepsie.

ï Le vice des ingesta est en effet la plus fréquente et la plus puissante des causes. Nous venons de voir qu'un grand nombre de celles précédemment indiquées n'agissent qu'en les mettant en jeu, j'ajoute que dans la plupart des cas, elles sont primitives. L'aliment devient nuisible par sa quantité et sa qualité. Le premier mode d'action peut être accusé, cela est incontestable, mais moins fréquemment qu'on ne semble le croire. Et d'abord, il est rare qu'un nouveau-né qui tette ait à souffrir d'une alimentation trop copieuse. S'il est avide et que le lait lui arrive en abondance, il peut bien se faire qu'il en prenne trop; mais il le rend presque aussitôt, à l'état liquide, et avant que son estomac l'ait digéré. Cette régurgitation qui suit le repas est, vous le savez bien, plutôt l'indice de l'état de santé qu'un acte morbide.

» Les choses peuvent se passer autrement et d'une manière beaucoup moins satisfaisante lorsque la nourriture se fait à l'aide du biberon.

» Fréquemment, en effet, surtout dans les salles où les nouveau-nés sont rassemblés en grand nombre et restent couchés dans leur berceau, par manque d'un personnel suffisant, les repas sont rares et trop copieux. L'estomac dans lequel le lait arrive sans effort, est vile rempli et s'habitue à cette distension; mais c'est là une tolérance morbide qui a pour résultat une élaboration gastrique imparfaite; d'où des diarrhées fréquentes, et plus tard des vomissements.

11 est rare que les troubles digestifs soient provoqués par une alimentation insuffisante, je veux dire, en quantité moindre que ne l'exigent les besoins de l'enfant; et contrairement à une opinion très répandue, j'estime que c'est par la mauvaise qualité de l'aliment, que le nouveau-né est atteint et devient malade, dans la plupart des cas où l'on accuse l'inanition. C'est parce qu'au lait de femme, on substitue le lait de vache ou môme une autre matière encore moins appropriée aux organes digestifs du nouveau-né. Si donc il y a des cas, et je me garde bien de les nier, où le mal doit être attribué à l'insuffisance alimentaire, leur nombre est beaucoup moins considérable qu'on est porté à l'admettre. Aussi, le terme inanition est-il mal choisi pour exprimer l'état des malades qui nous occupent. Ce n'est pas, je le répète, la quantité qui fait habituellement défaut, mais la qualité. Examinons donc comment cette qualité peut être dépravée et devenir le point de départ des troubles digestifs. Je vous ai déjà parlé de quelques circonstances qui, en agissant sur le lait maternel, le rendent indigeste pour l'enfant. Élargissons le cercle, et considérons d'une manière plus générale la source du lait, qu'il s'agisse de la mère ou d'une femme étrangère. La pratique prouvera que tel lait ne peut pas convenir à tel nourrisson; et cela, en dépit (1rs apparences les plus favorables. Il est abondant ; et la vue, l'examen microscopique, l'analyse chimique autorisent à le déclarer de bonne qualité. Cependant, l'enfant qui le prend a une diarrhée habituelle et dépéril. Changez la nourrice; cl il arrive bien souvent que les garde-robes s'améliorent rapidement et que la nutrition s'accomplit d'une manière normale, bien que le lait actuel ne semble pas différer du premier. Le réactif individuel est ici indispensable, et nulle règle ne peut être posée. Mais le lait qui le plus habituellement détermine les troubles de la digestion, ce n'est pas celui que le nouveau-né tire du sein ; c'est du lait de vache qu'on lui donne à l'aide d'un biberon. Ce mode d'alimenta-

POUSSIÈRES MINKI1AI.es. - PHTHISIE. cm

ttion devient surtout fâcheux, lorsque le liquide est altéré, soit par des mélanges, .soit par la durée trop longue du temps qui s'est écoulé depuis la traite. Et j'ajoute que ses fâcheux eeflets se font sentir d'une manière beaucoup plus rapide et accentuée à la ville qu'à la (campagne.

s .le pourrais m'étendre beaucoup ici, sur cette importante question de l'allaitement ■artificiel, mais je préfère réserver les détails qu'elle comporte, pour le moment où elle se (représentera à propos de la thérapeutique. Il semble, lorsqu'on parle de nouveau-nés, . qu'il soit superflu de s'occuper de l'action malfaisante des aliments autres que le lait, ceuxcci devant être proscrits de leur régime. Malheureusement cette infraction à la loi la plus ! naturelle de l'hygiène est beaucoup plus commune qu'on ne l'imagine, et c'est à elle qu'il Efaut rapporter dans un grand nombre de cas, les premiers accidents de l'athrepsic (1). »

À Berlin, la mortalité des enfants varie dans des proportions énormes: elle est pour la [première année de 1 1 p. 100 dans le quartier privilégié, et de 69 p. 100 dans le quartier [pauvre (Ballet, des crèches, 19 juillet 1 880). Voy. Hygiène des âges, l'article consacré à U'excessive mortalité à Paris des enfants, de la naissance à cinq ans.

Poussières minérales, leur influence dans la production de la phthisie. — L'inûfluence de certaines poussières minérales sur la production de la phthisie a été établie par ddes faits trop nombreux et trop concordants pour qu'il soit possible de la nier. Ce qui a introduit de l'obscurité dans cette question comme dans beaucoup d'autres, c'est qu'on n'a pas ■ voulu distinguer les poussières. Il est certaines poussières qui n'exercent aucune influence ïfàcheuse, ou si peu importante, qu'on peut dans bien des cas la négliger: ce sont celles qui, ^complètement inoffensives, comme la fécule ou la farine de froment , sont promptement idissoutes ou absorbées. D'autres, quoique insolubles, comme les poussières de houille, de .charbon végétal, déterminent à la longue des affections spéciales du poumon, mais loin de causer sa tuberculisation , paraissent plutôt exercer une influence de préservation, comme cela a été si bien établi pour les bouilleurs belges. Les poussières qui ont une action évidente dans la production de la tuberculisation pulmonaire, sont les poussières minérales Jdures, insolubles; pour le démontrer, je vais me borner à consigner ici, d'après M. Lomhbard, les faits rapportés par les observateurs les plus compétents.

« Les ouvriers qui emploient l'émeri ou corindon ferrifère, le plus dur de tous les corps idont on fasse usage dans les arts, sont aussi les premiers dans l'ordre de fréquence de la pphthisie : ainsi les faiseurs d'aiguilles de montres offrent 55 phthisiques sur 100, et les pollisseurs d'acier 35 sur 100. Les ouvriers occupés à Sheffield au polissage de l'acier, succombent presque tous à la phthisie pulmonaire; on a remarqué que sur 2500 personnes employées à cette opération, à peine 35 arrivent à l'âge de cinquante ans et 70 jusqu'à celui de quarante-cinq; le plus grand nombre meurt avant la trente-sixième année. Le docteur Johnston a noté, dès 1799, la grande fréquence de la phthisie chez les ouvriers occupés à aaiguiser les aiguilles sur les meules de grès (2); plus tard, le docteur Knight (de Sheffield) aa publié un mémoire sur le même sujet (3), et ajouté de nouveaux faits à ceux déjà connus. Il aa remarqué qu'il n'y a pas un seul polisseur de fourchettes d'acier qui atteigne sa trente- -sixième année. Sur 250 polisseurs d'acier au dispensaire de Sheffield, 154 avaient des mala-

(1) Dans son étude sur la mortalité des enfants du premier âge, à Amiens v( 1874), M. le docteur FFaucon arrive à conclure que, dans les deux tiers des cas au moins, la mort arrive à la suite de nmaladies engendrées par un système vicieux d'alimentation artificiele et l'usage prématuré des bouillies et des soupes.

(i) Some account of a pecies phthisis pulmonaris peculiar to persons occupied in poinling needles. [Ment, of llie med. Soc. of London, vol. V). — M. Vord avait imaginé d'interposer une lamo de verre •^ntre la meule et la bouche de l'ouvrier; mais il ne parait pas que ce moyen ait été mis en pratique. • Voyez son mémoire dans les Transactions of te Society for llie encouragement of arts and manufactures, 1812, vol. XXIX.

(3) On the grinders plithisis-north of England (Med. and surg. Journ., august and november 1830).

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inoins possible les poussières que fait jaillir le ciseau. Cette poussière serait bien moins considérable si la pierre était mouillée que quand elle est sèche; faudrait-il s'arrêter m l'objection que le travail humide use plus vite les outils?... Enfin, on pourrait empêche! l'inhalation des poussières en se couvrant la bouche d'un respirator, soit en tout temps, soin seulement quand les ateliers sont remplis de poussière. » (The British and foreign med* dur. Rcv., janv. 1860, n. 214-225.)

A coté du travail de M. Peacock, il n'est pas sans intérêt de placer une des plus ancienne! mentions qui aient été faites de la phlhisie chez les tailleurs de meules. Elle est de Wepfer; sa brièveté nous permet de la citer textuellement : « Waldishuti ad Rhenum in vicino monta specus est, in quo lapides molares effodiuntur et dedolanlur; in illo aer semper, etiam gelidissima bruma, calet polvisque volitat subtilissimus, loculos coriaceos penestrans arctissinie clausos et nummos conspurcans : quotquos lapicidarum ultra annum in illa morarenlur, quod non pauci faciunt, diviti lucro inhiantes, omnes phthisici liunt, quidam etiam anno nundum elapso : aliquot novi qui purulenta rejecerunt ; paucissimi et non nisi mature opem poscentes evadum. Forte bis pulmones exarescunt. Certo id affirmare nequeo,quia hactenus nullo cadaveri potiri potui, quamvis id precibus et pretio attentarim .» (Observationes med. pract. de affect., etc., obs. CIV, p. 444. Scaphusii, 1727).»

Exercice. — INFLUENCE DE L'EXERCICE MUSCULAIRE SUR LES MOUVEMENTS RESPIRATOIRES

(Marey et Hillairet, Qompt. rend. Acad. se., 19 juillet 1880). — La modification des mouvements respiratoires est permanente, c'est-à-dire qu'elle s'observe même sur l'homme au repos. Le nombre des respirations s'est réduit, en moyenne, de vingt à douze par minute, et leur amplitude a plus que quadruplé. On peut donc conclure que les jeunes soldats, après avoir subi les effets de la gymnastique, respiraient deux fois plus d'air qu'avant d'avoir été soumis à l'entraînement. Ceci démontre nettement l'importance d'une gymnastique bien réglée pour prévenir (quand la réparation est convenablement ordonnée) le développement de la phthisie pulmonaire et de la glycosurie chez les prédisposés.

intoxication saturnine. Hydrargyrisme. — Tableau des ouvriers admis dans les hôpitaux de Paris par suite de ces affections (Rapport de M. Resançon au Conseil de salubrité, 1872 à 1877) :

Causes

Marnift mixte», léoff danger» {Chimie élémentaire, 3e édit., p. 279). — Vitruve, dans son Architecture, liv. I, conseille de ne point bâtir une ville dans le voisinage d'un marais, toutes les fois que, son niveau n'étant pas plus élevé que la mer, les eaux salées introduites pendant la tempête ou la marée n'ont plus d'écoulement des qu'elles ont cessé. — Silvien, Donnât, Roerhaave et plusieurs aulres ont aussi plus ou moins clairement fait entendre que c'est principalement des marais, dans lesquels se fait le mélange des paux de la mer avec les eaux douces, et dans lesquels ce mélange séjourne plus ou moins

MARAIS MIXTES. CVft

I imgtemps exposé au soleil d'été, que s'exhalent les miasmes les plus délétères : témoin >>s marais salants du midi de la France; les marécages qui avoisinent les côtes de la Médiïrrranée, dans le royaume de Naples, dans l'État de l'Église et en Toscane, dont les envijms, abhorrés et dépeuplés, font un contraste frappant avec la vie, la fertilité et la ■opulation d'autres provinces .de l'intérieur, situées auprès de marais non moins étendus, -e l'observation des localités a donc dû jaillir de bonne heure cette vérité d'abord entrevue, insuite annoncée sans preuve directe, que le mélange ou le séjour plus ou moins prolongé eîndant l'été des eaux de la mer dans les marais d'eau douce est, dans In climat d'Italie, i. cause principale des maladies si terribles et si connues sous le nom de malutiic di caliivaaria. Cette vérité a été énoncée sans aucune preuve; et, en effet, de l'insalubrité de aair des marais où le mélange avait lieu, on n'était pas en droit de conclure qu'il était ause de cette insalubrité. Pour établir avec certitude que, de ces deux faits, le dernier liait la conséquence du premier, il fallait empêcher et renouveler successivement le mélange, et s'assurer ainsi que la séparation des eaux douces et salées était suivie de l'asninissement de l'air, dont les qualités méphitiques et pestilentielles reparaissaient dès iiue cette séparation venait à cesser. C'est ce qui a été fait avec un succès complet, et c'est estte expérience intéressante qu'on va raconter en détail.

Au sud des Apennins liguriens gît une plage marécageuse, bordée à l'ouest par la Médieerranée, sur une longueur de près de douze milles d'Italie; au sud par le Serchio; à l'est aar les derniers contreforts des Apennins; et au nord par le Frigido, torrent qui naît rresque au pied des Apennins, dans l'état de Carrare, de Massa, et se jette dans la mer pprès un cours de trois à quatre milles d'Italie. La largeur de cette plaine, depuis la mer uisqu'au pied des montagnes et des collines qui la bordent du côté de l'est, est de deux à tuatre milles. Elle est traversée, de l'est à l'ouest, par quelques torrents qui naissent à eu de distance dans les montagnes, et se déchargent dans les marais ou directement dans a mer. Ceux-ci sont, y compris le Serchio et le Frigido, le Fiume de Camajore et le Fiunie ce Pietra-Santa ou Fiumetto ; ils n'ont point de communication avec les marais, qu'ils paraagent en trois bassins séparés. Cette plaine marécageuse peut, avec toute probabilité, être egardée comme formée par les sables charriés par l'Arno et le Serchio dans l'intérieur du irolfe, qui s'étendait autrefois jusqu'au pied des montagnes de l'est. Les eaux de pluie et elles des sources peu abondantes qui s'écoulent dans les trois bassins mentionnés se déchargent lentement dans la mer par des canaux naturels ou artificiels qui percent le ianc de sable qui borde la côte. Le niveau des eaux stagnantes indiquées, à peine supéir à celui de la mer pendant le reflux, lui est inférieur pendant le flux, quoique celui-ci ■ oit très peu considérable clans cette partie de la Méditerranée. Dans cet état de choses, ivvant la construction des ouvrages hydrauliques dont nous allons bientôt parler, les eaux le la mer, s'élevant par le flux ou par toute autre cause, s'introduisaient par ces émissaires Mans les bassins qu'elles inondaient jusqu'au pied des montagnes, toutes les fois surtout ^ue la mer, devenant orageuse, poussait avec violence ses vagues dans l'intérieur. Le Innélange des eaux douces et salées qui en résultait, et qui était, en été, rarement et lente- Innent renouvelé, se corrompait et répandait alentour l'infection la plus complète et la plus hneurtrière.

Je ne m'arrêterai point à décrire l'état de la population des paroisses plus voisines des mnarais et de Viareggio, qui n'était alors qu'un rassemhlement d'un petit nombre de cabanes ilie pêcheurs situées auprès d'une ancienne tour que l'esprit peu philanthropique du siècle

feisait servir de prison aux condamnés aux galères. Les effets de la catliva aria sont trop connus pour que nous nous arrêtions à les décrire ici. On les voyait se reproduire annuelleiment dans ces lieux avec toutes leurs horreurs. Les indigènes, peu nombreux et constamment attaqués par des maladies de foie ou de rate, présentaient, pendant toute l'année, le spectacle affligeant d'une population d'enfants languissants et d'hommes en convalescence, ■nu milieu de laquelle la vieillesse était inconnue. Arrivés à la fin de l'été, ils étaient

atteints par les maladies les plus dangereuses. Ceux qui en étaient quittes pour quelques

ovin APPENDICE.

mois de fièvres intermittentes, qui ne cédaient qu'au quinquina et au retour de l'hiver! devaient s'estimer bien hem-eux. En vain le plus grand nombre d'entre eux, en demeurai! sur les collines ou dans l'intérieur des terres, et ne descendant dans la plaine que pour les travaux indispensables à la culture, cherchaient-ils à échapper aux influences encore plus mortelles de la nuit; la fièvre et la mort ne les attendaient pas moins dans leurs misérables demeures. Les choses en étaient au point que la culture des oliviers, dont sont couvertes ces riches collines, était livrée presque entièrement à des mains étrangères, appelées pendant l'hiver à féconder une terre dont la fertilité était elle-même un malheur, puisqu'elle servait d'appât à de nouvelles victimes. Et si les indigènes eux-mêmes ne pouvaient échapper à ces terribles fléaux, malheur au passager, au voyageur imprudent qui se seraient oubliés pendant une nuit entière d'août ou de septembre dans ces contrées infectées : la mort était la suite inévitable de leur imprudence. Tel était l'état du pays avant l'année 1741, époque où l'assainissement partiel de l'air fut tenté. On n'a point chargé les couleurs; les registres publics en font foi; la mémoire en est encore récente; les dernières traces en sont à peine effacées; on n'a rien dit qui ne soit une vérité reconnue, incontestable. Ce fut en 1714 que l'ingénieur de Bologne Gemignano proposa d'essayer la séparation des eaux de la mer. En 1730, le célèbre Eustache Manfredi renouvela la même proposition. En 1736, Bernardino Zenlrini, mathématicien de la république de Venise, appelé à Lucques par son gouvernement, insista sur la nécessité de la construction d'une écluse près de l'embouchure de la Burlamacca, dont les portes mobiles seraient fermées comme des soupapes par les eaux de la mer élevées par le flux ou les tempêtes, et seraient ouvertes pour l'écoulement des eaux du marais dès que, leur niveau étant devenu supérieur à celui de la mer, les forces des eaux intérieures auraient le dessus.

La République, désirant adoucir tant de maux, ordonna, en 1740, la construction de cet ouvrage, qui fut achevé en 1741. Le succès le plus complet et le plus inespéré couronna celte entreprise, dont l'utilité avait pu jusqu'alors paraître douteuse. Dès l'année qui suivit cette construction, on ne vit point reparaître, ni à Viareggio, ni à Massa-Ciuccoli, ni à Quiesa, ni dans les autres parties plus éloignées des bassins de Montrone et de Perotlo, ces terribles maladies qui, tous les ans, venaient les désoler. Les habitants, dont l'état n'était pas encore irrémédiable, rendus à la force et à la santé, purent enfin espérer une vie plus supportable et moins précaire pour eux et pour leur postérité, à laquelle la fertilité et l'étendue des terres promettaient une existence aisée et tranquille. Depuis lors, la population s'est rapidement accrue, et se trouve encore en ce moment progressive. Viareggio est devenu un bourg très considérahle, et tout soupçon d'insalubrité en a disparu, au point que les premières familles de la ville de Lucques y ont depuis longtemps bâti des palais qu'elles viennent habiter dans les mois d'été. Mais si quelques doutes pouvaient rester encore dans les esprits les plus difficiles sur la cause de ce changement inespéré, deux événements malheureux ne tarderaient pas à les lever. Dans les étés de 1768 et 1769, Viareggio et les paroisses voisines des lacs de Massa-Ciuccoli furent de nouveau ravagées par les maladies. Il résulte des registres de la paroisse que Viareggio eut, dans ces deux années, 170 morts sur une population de 1330 âmes, ce qui fait près de 1 sur 15 par année; tandis qu'il n'en eut que 32 dans l'année suivante, c'est-à-dire à peu près 1 sur 40. La cause de cette épidémie avait été reconnue et détruite : on avait réparé les portes de l'écluse qui, étant endommagées, avaient permis, dans les années 1768 et 1769, le passage à l'eau de la mer. Un oubli pareil se renouvela dans les années 1784 et 1785j le service des portes de l'écluse avait été interrompu. Le nombre des morts s'éleva, en 1784, à 92 sur 1898 habitants, c'est-à-dire 1 sur 20 environ. En 1785, il fut de 103 personnes sur I28i, c'est-à-dire 1 sur 18 environ. On lit dans les rapports présentés au gou-^ vernement que, dans l'année 1784, Viareggio renfermait 1200 malades sur le nombre déjfl indiqué de 1898 habitants. On fit cesser cette épidémie comme celle de 1769, en reparanlj les dégâts que les portes de l'écluse avaient soufferts. Ces observations sont décisives ; ellelj prouvent que, pendant les chaleurs de l'été, le mélange des eaux douces et des eaux salées

MARAIS MIXTES. cix

nas les marais donne naissance à des principes délétères. Nous allons rechercher quelle test la nature.

>\'ous arrivons maintenant aux recherches de M. F. Daniell ; son attention se porta Abord sur l'analyse de dix échantillons différents d'eau des embouchures de plusieurs lières sur la côte occidentale de l'Afrique. Les lords de l'amirauté lui demandèrent cette ilvse, pour découvrir la cause de la destruction rapide du doublage en cuivre des navires ji^ployés dans ces stations, qui était plus altéré pendant un voyage de neuf mois sur les Etes d'Afrique que par quatre ans de navigation dans d'autres parages. (Il paraît que ill. les lords se préoccupèrent plus du doublage de leurs navires que de la santé 53 équipages que le mal aria décime dans ces contrées inhospitalières.) M. Fr. Daniell jrconnut, dans toutes ces eaux, l'existence du gaz sulfhydrique (hydrogène sulfuré), et il oet, comme plusieurs chimistes l'avaient prouvé avant lui, et entre autres Vauquelin, , iO. Henry et M. Fonlan, que l'origine de ce gaz délétère qui se trouve ainsi sur les côtes j Afrique, dans une étendue de plus de 16 degrés de latitude, doit être attribuée à l'action I immenses quantités de matières animales sur les sulfates de l'eau de la mer. Mais maini niant, dit M. Daniell, on peut se demander si l'existence de ce gaz délétère dans l'attasphère, conséquence de sa dissolution dans l'eau, ne doit pas accompagner ces miasmes lii ont été si funestes à tous les explorateurs de l'Afrique. Je fus surpris d'abord que Jirsonne n'eût observé l'odeur nauséabonde que devait dégager l'eau chargée de ce gaz à Ittempérature élevée des régions équinoxiales ; lisant alors le récit d'une expédition dans intérieur de l'Afrique, en remontant le Niger, entreprise par MM. Mac Gregor Laird et jtilfield, je trouvai les observations suivantes : Les principales causes de mortalité sont, je loois, le passage d'un océan sans bornes à une rivière étroite et tortueuse, l'absence des iiises de mer, et le dégagement de miasmes putrides qui s'élevaient de marécages envijnanants. 11 faut en avoir senti l'horrible fétidité pour concevoir l'accablement physique et pral et les sensations de malaise et de dégoût auxquelles on finit souvent par succomber. |$s observations étaient faites dans les mêmes lieux d'où provenaient les eaux que j'ai laminées. On sait que 1/1 500e d'hydrogène sulfuré, mêlé à l'atmosphère, agit comme un liison sur de petits animaux, et les sensations décrites par M. Laird sont précisément Biles qu'ont éprouvées les personnes soumises à l'influence du gaz délétère en petites 1 antités. On ne peut guère considérer comme improbable qu'un corps qui peut agir mme un poison violent, mêlé en proportions assez peu considérables à l'atmosphère, Aggrave encore des accidents qui pourraient, d'ailleurs, avoir une autre origine. Il est tame de remarque qu'au moment d'entrer dans la -rivière, on reconnut la cause d'une Ipoeur malsaine dont on avait longtemps souffert. La suite que M. Daniell a donnée à ces Ibherches prouve que les plus funestes accidents dus à la mal aria sont liés avec la pro- I ction d'hydrogène sulfuré. M. Darwin, dans son intéressant Journal de voyage de Lventure et du Beagle parle souvent de localités semblables sur la côte du Pérou. 11 rentionne l'efflorescence des sulfates de soude et de magnésie à la surface du sol, et l'odeur fiide de la vase des lacs salés. Les fièvres de l'Inde ne peuvent- elles pas avoir la même tagine? Le sol contient en abondance des nitrates de potasse et de soude, mais aussi des iilfates de soude et de magnésie Ces sels étant lavés par les pluies périodiques qui itrainent aussi les feuilles flétries, rien n'empêche la réaction réciproque de se hoduire.

IPeut-ètre aussi les fièvres périodiques qui affligent les villes de New-York et de Charfcttown sont-elles en rapport avec le mélange de matières animales et végétales aux eaux I mer. Un officier supérieur de marine a informé M. Daniell que, pendant la guerre avec \ mérique, on avait remarqué, dans le doublage des vaisseaux, des altérations aussi ppides que sur la côte d'Afrique. Ne serait-il pas alors également probable que l'eau, à embouchure des vastes rivières du continent américain, fût aussi chargée d'hydrogène Ifuré? Fst-il impossible que quelques parties des côtes d'Angleterre, celle d'Essex par • emple, ne doivent leur insalubrité à de semblables décompositions? La vase de la Tamise

ex APPENDICE.

peut s'y prêter assurément, et il existe une opinion reçue que le doublage des vaisseaux se perd plus rapidement dans la Medway qu'à Woolwich ou en d'autres endroits de la Tamise. M. D. Gardner a étendu à d'autres localités les expériences de Daniell", il n'a plus expérimenté sur de l'eau conservée, mais il a opéré sur les lieux mêmes, et il admet aussi comme conclusion générale que du gaz hydrogène sulfuré se développe toujours dans les localités marécageuses insalubres. Le réactif que M. Gardner emploie est l'argent métallique, qui est doué d'une telle sensibilité au contact du soufre qu'il peut en révéler i parlie en solution dans 3 millions de parties d'eau. La principale condition du succès, pour ces expériences, c'est que la plaque d'argent que l'on expose à l'air ou à l'eau où l'on veut constater la présence ou l'absence du soufre, soit parfaitement décapée et ne présente pas la plus légère tache. Comme moyen de constater la quantité d'hydrogène sulfuré dans les eaux minérales, l'argent est bien certainement le meilleur réactif, car toute l'augmentation de poids que prend l'argent peut représenter une égale quantité de soufre pur. Les expériences de M. Gardner furent faites avec des pièces de monnaie de différentes grandeurs qui avaient été parfaitement purifiées, puis percées d'une ouverture, afin de pouvoir les suspendre au moyen d'un fil, et trente furent ainsi placées dans différents cours d'eau d'où l'on soupçonnait que se dégageaient des miasmes marécageux, et dans un cercle dont le diamètre avait à peine sept milles. Au bout de vingt-quatre heures, deux de ces monnaies étaient déjà tachées, quelques-unes ne le furent qu'au bout d'un mois, et celles surtout qui étaient suspendues dans l'air. Le résultat général de ces expériences fut que les eaux stagnantes des marais contenaient une bien plus grande quantité de gaz hydrogène sulfuré que les rivières. Alors il fallut cinq semaines pour qu'une pièce suspendue dans le Buffalo offrit une légère tache sulfureuse, tandis qu'une pièce suspendue dans l'air, à dix-huit pouces au-dessus du sol d'un marais rempli d'eau stagnante, était tachée au bout de huit jours.

Je vais actuellement donner un extrait du mémoire de M. P. Savi. Il est généralement connu que plusieurs parties de l'Italie méridionale sont très affligées d'un fléau désigné dans le pays sous les noms de caltiva ou mal aria (mauvais air); le langage ordinaire paraissant ainsi attribuer les effets morbides à la constitution de l'atmosphère dans ces localités. L'examen des causes d'insalubrité de diverses régions du sol toscan a déjà préoccupé plusieurs savants, et M. Savi a cherché de son côté à éclairer une question aussi importante. M. Savi commence par rechercher les causes d'insalubrité des vallées basses des environs de Volterra, où l'absence de marais ne permet pas l'hypothèse la plus commune sur l'origine de l'insalubrité. Ce pays présente, en effet, un terrain formé par des dépôts marins très étendus d'époque tertiaire, lesquels sont composés en grande partie de marnes argileuses grises; ces terrains, soulevés sur plusieurs points par les roches ignées, altérés sur d'autres points par des émanations souterraines, renferment souvent dans leur sein des masses sélénieuses imprégnées de soufre et souvent de se marin. Les roches ignées constituent la cime des monts; les flancs sont formés de ces marnes soulevées, altérées et imprégnées de gypse et de sel marin; les vallées sont aussi formées de ces mômes marnes. Or, au fond de ces vallées, non seulement près des cours d'eau, mais aussi sur le flanc des collines, et môme à une certaine élévation, règne la mal aria, au point de frapper annuellement une grande partie des habitants, non seule ment de fièvres intermittentes opiniâtres, mais quelquefois aussi de fièvres pernicieuses. M. Savi est conduit à repousser les hypothèses qui attribuent l'insalubrité aux changeaient! brusques de température, à l'humidité, etc., attendu que d'autres localités placées dans des circonstances très défavorables à cet égard ne subissent pas les influences moibides. Il s'arrôte à une autre opinion existant déjà en Toscane, qui, bizarre au premier abord, lui parait n'être pourtant pas privée de quelque fondement. On dit que ces terrains, après avoir été desséchés par les chaleurs de l'été, recevant l'action des eaux pluviales, éprouvent une espèce de fermentation, que la terre bout (ribolle), comme on dit communément, et qu'en conséquence de celle êbullition il se dégage des miasmes délétères,

Marais mixtes. — pouce sanitaire. cxi

mrce de maladies, et particulièrement des fièvres intermittentes. Ce qu'il y a de certain, >st que les fièvres ne commencent, ou du moins ne deviennent communes, qu'après les iies ou les inondations; plus il y a d'alternatives de chaleur et de pluie dans une année, iris les ravages des fièvres se font sentir; c'est là un fait acquis à l'expérience, qu'aucun bbitant des maremmes ne voudrait nier : il est cité, d'ailleurs, par plusieurs auteurs, Idamment parle célèbre Brocclii. Il est également avéré que ces circonstances, favorables développement des fièvres, s'appliquent non seulement aux terrains marécageux, mais ■ssi à certains terrains dépourvus de marais, tels que ceux du pays de Volterra. Au lieu dire, comme cela arrive souvent, que les influences morbides sont dues au mélange >s eaux pluviales et des eaux stagnantes, il serait donc plus rationnel de dire qu'elles it ducs à l'action des eaux sur certains terrains desséchés. M. Savi examine ensuite le ul des marais malsains : il commence par faire remarquer que tous les marais ne l aissent pas capables de développer des miasmes nuisibles ; de là la distinction nécesiire entre les marais malsains et les marais indifférents. Il est connu maintenant que -s derniers sont ceux qui ne contiennent presque pas de sels en dissolution, et dont le I nid ne contient pas de produits minéraux marins. Tel est le marais Bientina, on pourrait rre aussi celui de Maciuccoli. Les marais malsains sont ceux qui tiennent en solution ne proportion notable de sels, et on peut les diviser en trois catégories, suivant que ces Us proviennent: 1° d'eaux minérales (lac de Rimigliano) ; 2° des eaux de la mer; 3° du rrrain même anciennement occupé par les eaux de la mer (marais de Castiglion délia ! sscaja, de Scarlino, etc.). Dans les maremmes toscanes,\es marais malsains appartiennent irrtout à ces deux dernières catégories ; ce sont, pour la plupart, d'anciens petits golfes ; inangés d'abord en bas-fonds par les altérissements des fleuves, puis plus ou moins sépa- ;s de la mer par des barrages de sables amoncelés par les vents et les flots. D'autres, et sont ceux du troisième genre, bien que privés de toute communication avec la mer, ont î fond formé de boues marines. L'origine marine de ce fond est suffisamment prouvée ' nr les coquilles, notamment par le Cardium edule et les feuilles d'algues que l'on trouve 1 1. creusant. L'été, ces marais se dessèchent et des efflorescences salines apparaissent à la | ir.rface. Depuis longtemps, dit M. Savi, on attribue l'insalubrité de l'air aux gaz hydropmes sulfuré et carboné; cette observation a été combattue, relativement à l'hydrogène il.lfuré, par plusieurs savants, qui observèrent que les émanations des Solfatares et des aagoni, du Siennois et du Volterrano, qui contiennent une proportion assez notable de ce uz, ne déterminent pas les maladies des maremmes chez ceux qui respirent l'air de ces réalités. La même observation s'applique à l'air des lagunes de Venise. Ces faits incon- <stables prouvent que l'hydrogène sulfuré n'est pas toujours capable de produire les ''»vres. Mais comme, dans toutes les localités des maremmes où règne un air malsain, on 'bit le gaz hydrogène sulfuré ou carboné, surtout le premier, prendre naissance, on i't naturellement tenté de regarder leur formation comme étant au moins liée avec la juuse de l'insalubrité.

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