ALIMENTS DE CALORIFICATION. — ALIMENTATION DES ABEILLES
De l'alimentation artificielle des abeilles. — L'inconstance des saisons, les nécessités agricoles qui ont rendu certaines cultures exclusives et empêchent celte succession d'espèces végétales toujours en fleurs ou en fruits, que les abeilles trouvent dans les campagnes incultes ou moins strictement alignées que ne le sont nos champs complantés de betteraves ou de céréales, voilà des conditions nouvelles qui rendent bien souvent indispensable l'alimentation artificielle des abeilles. Nous nous arrêterons d'autant plus volontiers à l'étude de ces problèmes d'application agricole, que dans les questions d'hygiène comparée tout se tient, tout s'enchaîne, et les faits s'éclairent les uns par les autres. Quand on veut nourrir les abeilles avec un seul aliment, celui qui leur convient le mieux est sans contredit le miel renfermant encore de la cire. Mais c'est évidemment tourner dans un cercle vicieux; nous les soignons pour obtenir leur miel, il ne faut donc le sacrifier que lorsqu'on ne peut faire autrement.
Le sucre de canne ou les matières qui en renferment peuvent parfaitement, pour l'alimentation des abeilles, tenir lieu de miel, car dans leur appareil digestif ce sucre est converti en glycose et en sucre d'inuline, qui constituent presque exclusivement les miels de meilleure qualité.
Comme le sucre de canne est trop cher, on a cherché à le remplacer par du sucre de fécule, qui coûte beaucoup moins. Quand il est bien préparé, les abeilles l'acceptent volontiers. Mais voici un phénomène étrange que leur instinct si merveilleux n'a pas prévu : le sirop de glycose, par l'évaporation d'une portion d'eau par le temps, se mamelonné, devient très-dur, les alvéoles en sont encombrés. Au lieu d'un aliment semi-liquide, comme le miel, qu'elles trouvent sous les formes qui leur conviennent, la glycose mamelonnée constitue des masses qu'elles ne peuvent qu'imparfaitement attaquer. Elles meurent de faim à côté d'un aliment que leur instinct leur avait appris à reconnaître pour bon, mais qui, avec le temps, a pris une forme qui le rend inattaquable par les moyens dont elles disposent.
J'ai vu des rayons largement pourvus de cette glycose mamelonnée, dure, et les abeilles mourir d'inanition, ou se consommer en efforts infructueux auprès de cet aliment qu'elles avaient recueilli semi-liquide comme du miel, qui était devenu dur comme pierre, et que sous cet état elles ne pouvaient utiliser.
C'est un problème qui a été à peine abordé que celui de l'alimentation rationnelle des abeilles, atteignant le double but de produire à bon marché de nombreux essaims et une riche récolle de cire et de beau miel. Il n'est pas douteux qu'en se dirigeant dans cette voie, aidé des lumières d'une saine physiologie, on n'arrive à de bons résultats pratiques. Il en est quelques-uns qu'on peut déjà pressentir c;l que j'au-
- rais bien voulu convertir en résultats pratiques dans mon petit fermage du Maupas, si bien situé au milieu des bois pour l'éducation des abeilles; malheureusement je n'ai pu encore trouver la main intelligente que dirigeait Hubert aveugle : ce n'est donc en quelque sorte qu'un programme d'expériences que je vais tracer.
Voici un premier point expérimentalement démontré : si l'on veut utiliser la glycose dans l'alimentation des abeilles, il faudra l'associer à parties égales avec le sucre d'inuline, qu'on peut trouver économiquement dans le topinambour. J'avais dessein d'en faire préparer des cossettes en desséchant à l'étuve des topinambours coupés, et de faire macérer ces cossettes en quantité convenable dans une dissolution de glycose, de telle façon que la dissolution offerte aux abeilles contiendrait le sucre d'inuline et la glycose dans les proportions normales du miel.
Des cossettes de betterave rempliraient exactement le même rôle que l'association de la glycose et des cossettes de topinambour, car les abeilles convertissent le sucre de canne presque complètement en glycose et en sucre d'inuline à parties égales; peut-être faudrait-il faire subir certaines préparations à ces cossettes de betterave ou de topinambour pour en faire accepter la dissolution aux abeilles. Pour celles de betterave, l'intervention de la chaux et du noir animal serait probablement nécessaire; pour celles de topinambour, il faudrait au contraire éloigner la chaux ou les alcalis, car le sucre d'inuline est promptement modifié par des solutions alcalines très-faibles.
Ce n'est pas tout : le sucre ne constitue pas plus que' le miel une alimentation complète pour les abeilles. Sans doute, on pourvoit ainsi à leur principale dépense, mais ce n'est qu'un artifice passager et non les conditions normales de la santé : il leur faut des matières azotées et des sels qui entrent comme parties essentielles de leur organisation et qu'elles perdent chaque jour par leurs excrétions; il faut réparer ces pertes, pourvoir à l'éducation du couvain. Quelques apiculteurs ont su faire utiliser par les abeilles un résidu de fabrication qui complète de la façon la plus heureuse le vide que laissent les sucres dans leur alimentation. Ce résidu, c'est le tourteau de sésame, qui renferme des matières azotées, des phosphates dont elles ont besoin, et, de plus, des corps gras dont la présence ne doit pas être indifférente dans la production économique de la cire. En associant à ces tourteaux les deux sucres qui forment la base du miel, en y joignant quelques traces de sel marin, qui est aussi nécessaire en petite proportion à la constitution des abeilles qu'à celui du sang des animaux plus élevés, je crois qu'on approcherait de la solution de ce problème, de constituer une alimentation complète et économique pour les abeilles, qui paraissait très-simple à ceux qui ne l'ont pas étudié, mais qui est
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Resterait la propolis; mais dans nos cultures les plus exclusives et les mieux sarclées ou alignées, qui affament nos abeilles, elles trouvent des peupliers ou d'autres arbres résineux qui la leur donneront ou en nature, ou qui leur en fourniront les éléments.
Glycogénie, Glycosurie. — Dans mon cours je consacre habituellement plusieurs séances aux sujets nombreux qui se rattachent aux questions si importantes de la glycogénie (glycémie de M. Bernard) et de la glycosurie. Quoique tous ces sujets appartiennent au domaine de l'hygiène progressive, il serait inopportun d'entrer dans tous les détails indispensables, qui se trouvent au reste dans mon ouvrage sur la glycosurie (1). Je me contenterai de reproduire plus loin le résumé historique et critique qui termine mon ouvrage, et de rappeler que le premier j'ai constaté d'une manière rigoureuse l'existence de la glycose dans le sang des glycosuriques. Mon procédé consistait à recevoir le sang au sortir de la veine dans de l'alcool en grand excès, afin d'éviter la transformation de la glycose en acide lactique, à évaporer au bain-marie le liquide filtré, à dissoudre le résidu dans l'eau, et à démontrer l'existence de la glycose dans cette solution à l'aide du réactif de cuivre ou du ferment alcoolique lavé. Depuis la publication de mes expériences, personne n'a plus nié l'existence de la glycose dans le sang des glycosuriques. Postérieurement, dans un mémoire sur la digestion des féculents et des sucres, imprimé dans le Supplément de mon Annuaire de 1846, nous avons démontré, Sandras et moi, qu'après un repas dans lequel intervenaient des aliments glycogéniques (féculents, sucres, etc.), toujours on trouvait de la glycose dans le sang. Depuis, Cl. Bernard a fait la découverte que le sang, au sortir du foie d'un animal, contenait toujours de la glycose, quel que soit l'aliment qu'il ait ingéré.
En traitant des principes immédiats azotés, j'indiquerai les principes immédiats qui prennent naissance en môme temps que la glycose par le dédoublement de ces principes immédiats azotés. Je renvoie aux pages 122 et suivantes de mon traité sur la glycosurie, où j'ai consigné le résultat de mes éludes sur la glycogénie.
Je dis en terminant ce chapitre : « Si nous nous arrêtons aux phénomènes de beaucoup les plus importants et les plus ordinaires de la production de la glycose chez l'homme, nous dirons, pour résumer cette discussion : Si l'on considère la masse d'amidon qui intervient chaque jour dans l'alimentation de presque tous les hommes qui peuplent la
(1) Glycosurie ou diabète sucré, son traitement hygiénique. 1 vol. in-8° de 33G pages, accompagné de 214 pages de notes et documents. Paris, 1875, Germer Baillïère.
terre; si, d'autre part, on observe avec la balance le rôle des féculents dans l'alimentation des glycosuriques, on est amené nécessairement à conclure que, chez V homme, V amidon joue le rôle principal dans les phénomènes de la glycog&nie. »
Si l'on s'en tient aux résultats de l'expérience, si faciles à vérifier, on doit admettre que c'est le suc pancréatique qui contient le ferment diastasique le plus énergique.
Voici maintenant le résumé historique et critique de mes travaux sur la nature et le traitement de la glycosurie. Je les reproduis ici, parce qu'ils peuvent servir d'introduction à des études positives sur la théorie et les pratiques de l'alimentation.
« Le point qui domine et qui caractérise mes études sur la glycosurie est celui-ci :
» Application des procédés des sciences exactes pour déterminer le rôle et le mode d'utilisation par l'exercice des divers aliments qui interviennent dans l'alimentation du glycosurique, et, comme conséquence immédiate de ces recherches, l'indication des aliments qui doivent être défendus ou conseillés à ces malades, indication reposant sur des données expérimentales dont chacun peut vérifier l'exactitude.
» Voici comment peuvent être classés les faits principaux dont {'ensemble constitue la méthode thérapeutique que j'ai instituée :
» 1° Recherches expérimentales indiquant l'origine du sucre chez les glycosuriques ; 2° choix et variété des aliments qui conviennent aux glycosuriques; 3° principe de substitution des aliments gras aux féculents qui ne peuvent être utilisés; 4° principe d'utilisation des féculents: 5" choix des vêtements dans la glycosurie; (3° influence de l'exercice sur la marche de la glycosurie; 7° nature de la glycosurie.
» Reprenons successivement ces sept ordres de faits.
» 1° Origine du sucre. — C'est en déterminant parla balance la quantité de chaque aliment prise par les malades dans les vingt-quatre heures, c'est en mesurant la quantité d'urine rendue dans le môme espace de temps et en fixant la proportion de glycose contenue dans cette urine, que j'ai établi dans mon premier travail la relation entre la proportion de féculents ingérés par les diabétiques et la glycose contenue dans leurs urines.
» C'est en suivant la même méthode expérimentale que j'ai expliqué le rôle du sucre de canne, de la lactine, du lait, de l'inuline, de l'inosite, dans l'alimentation des glycosuriques, et que j'ai fixé ainsi, par des données numériques dont chacun peut vérilier l'exactitude, l'origine de l'excès de sucre dans la glycosurie. »
Depuis ce temps, M. Cl. Bernard a fait sa remarquable découverte, que beaucoup d'autres aliments, et particulièrement la viande et les morceaux gélatineux, donnaient dans l'économie naissance à de la gly-
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cose. Ces admirables recherches, auxquelles je me suis toujours plu à rendre hommage, ne changent rien aux conclusions générales auxquelles j'étais arrivé; elles me permettent de me rendre compte de certaines anomalies que j'avais observées et que je ne pouvais expliquer. La viande, les morceaux gélatineux, donnent de la glycose par leur dédoublement, mais en proportion infiniment plus faible que les féculents.
2° Aliments qui ne produisent pas de sucre; principe de la variété à" alimentation. — Quand j'eus déterminé l'origine du sucre chez les glycosuriques, indiqué les aliments qui le produisent, il m'a fallu rechercher par une longue suite d'études chimiques et physiologiques ceux qui n'en produisent pas ou qui en fournissent le moins. Des esprits superficiels pourraient croire que là s'est bornée la tâche que j'ai accomplie, et qu'il suffît de prescrire tous les jours des viandes ou un autre aliment ne donnant naissance qu'à peu de sucre (c'est là, en effet, le premier pas que j'avais fait). On obtient ainsi des résultats trèsnets qui, dans les hôpitaux, peuvent passer pour des guérisons; mais, quand on suit les malades pendant des années, on voit avec le temps se révéler des difficultés inattendues. Cette nourriture exclusive, qui a rendu aux malades leurs forces physiques, leur énergie morale, qui a fait disparaître le sucre de leur urine, les dégoûte bien vite ; ils perdent complètement l'appétit, et leur santé ne tarde pas à se détériorer. C'est pour parer à cet inconvénient capital que j'ai eu recours à une série de moyens dont je désigne le plus important sous le nom de principe de la variété d'alimentation. J'ai prouvé par l'expérience qu'il fallait que le glycosurique réglât son régime de telle manière qu'il pût le supporter avec la facilité la plus grande sans éprouver la moindre privation : ce but ne peut être atteint que par une variété d'alimentation parfaitement entendue; c'est guidé par cette pensée que j'ai imaginé la farine, le pain de gluten et tous les mets qui en dérivent. Mais ce serait se faire une idée bien incomplète de cette partie de mes recherches, si l'on * regardait l'invention du pain de gluten comme le point capital de ces indications; ce n'est qu'un adjuvant dont je ne me suis jamais exagéré 1 importance: on comprend alors sans peine combien j'ai dû déplorer 1 ignorance des médecins qui ont avancé que je prétendais guérir les glycosuriques avec le pain de gluten, et qui, en le prescrivant à leurs malades, croient avoir rempli toutes les indications que ma méthode comporte.
3° Principe de substitution des aliments gras et alcooliques aux fccnli'iils. — J'ai la conviction d'avoir rendu aux glycosuriques un service peut-être aussi grand en remplaçant pour eux les aliments féculents par le vin et les corps gras qu'en démontrant que l'abstinence des féculents leur était indispensable.
J'ai eu la pensée que, pour remplir le vide que laisse dans l'alimentation des glycosuriques l'abstinence des féculents, il fallait m adresser aux alcooliques et aux corps gras ; voici comment j'ai procédé. Après avoir exécuté avec M. Sandras de longues recherches sur la digestion des féculents, des corps gras et des alcooliques, et après avoir établi par l'expérience que les féculents donnent un aliment qui persiste moins dans le sang que les corps gras et plus que les alcooliques, j'ai montré par de nombreuses observations que, lorsque les féculents ne peuvent intervenir utilement dans la nutrition, on ne saurait les remplacer uniquement par les alcooliques, car leur effet utile est trop rapidement épuisé. On ne saurait donner la préférence exclusive aux corps gras, car chez l'homme leur destruction est trop lente, et la quantité que les ehylifères peuvent en prendre dans les intestins n'est pas suffisante pour remplacer complètement les féculents. De ces faits découle naturellement l'indication d'unir dans une juste mesure les aliments gras aux aliments alcooliques, pour tenir la place laissée vide par l'abstinence des féculents chez les glycosuriques.
J'ai fixé la quantité d'alcool et de corps gras qui est nécessaire dans les vingt-quatre heures pour tenir la place des féculents.
Voilà des données scientifiques auxquelles l'expérience et des succès soutenus ont donné leur consécration.
Depuis que ces lignes ont été écrites, j'ai vu bien des malades, que j'ai suivis pendant un grand nombre d'années. Comme il s'agit d'affermir la santé, non pour un temps limité, mais pour une longue existence, voici ce que j'ai reconnu : Les alcooliques, le bon vin en première ligne pris en juste mesure, contribuent puissamment à rendre aux glycosuriques l'énergie physique et morale dont ils ont grand besoin. Mais l'usage trop élevé des alcooliques entraîne à sa suite tant de graves conséquences pour les personnes dont le système nerveux n'est point parfaitement équilibré, que je prescris aujourd'hui les alcooliques avec la plus grande réserve et en surveillant bien tous leurs effets.
4° Principe de l'utilisation des féculents. — Je n'ai pas la prétention de guérir tous les glycosuriques qui viennent réclamer mes soins. J'en ai vu un grand nombre quand déjà depuis longtemps la maladie, abandonnée à son cours naturel, avait fortement ébranlé toute leur économie et produit des complications irrémédiables. On ne peut espérer une guérison complète quand des tubercules se sont développés dans les poumons, quand le rein est altéré et que l'albumine a apparu en même temps que le sucre dans les urines. Mais on peut dire que toujours le traitement que j'ai institué réussit à entraver la marche de la maladie et à prévenir ou à retarder une fatale terminaison. La science compte-t-elle un si grand nombre de méthodes thérapeutiques qui guérissent quand cela est possible encore, dont l'efficacité soit aussi sûre
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qu'une réaction chimique parfaitement connue, et dont l'innocuité soit incontestable, même dans les cas les moins heureux?
J'arrive maintenant à répondre à une objection qui m'a été souvent laite, et sur laquelle je liens d'autant plus à mexpliquer qu'elle me fournira l'occasion de développer un des principes les plus importants du traitement de la glycosurie, celui de l'utilisation des féculents.
Vous réussissez, me dit-on, à supprimer le sucre de l'urine des glycosuriques en supprimant les féculents et les sucres; mais, dès que ces malades reviennent comme auparavant à l'alimentation féculente et sucrée, la glycose reparaît dans leurs urines. Vous attaquez donc seulement un des symptômes de la maladie sans la détruire, puisqu'elle est toujours présente.
Voilà l'objection dans toute sa force. Je suis loin d'en méconnaître l'importance, aussi je réclame ici une bienveillante attention. Si je réussis à bien faire comprendre ma pensée, on verra que je suis allé beaucoup plus loin qu'on ne le croirait au premier abord, et qu'en paraissant ne m'attaquer qu'au symptôme je puis, dans bien des cas, arriver à une guérison solide, caractérisée par la disparition de la glycose chez des malades qui sont revenus à l'usage des féculents. Quand une des fonctions aussi importantes que celle de la digestion se trouve modifiée dans un sens qui ne s'éloigne de l'état physiologique que par une transposition comparable à celle que j'ai observée dans la glycosurie, ce n'est point chose aisée que de rétablir l'harmonie primitive.
Les féculents, chez les glycosuriques, sont dissous en grande partie et absorbés dans l'estomac, au lieu d'être dissous et absorbés dans l'intestin, comme cela s'effectue chez l'homme en santé. Quelle arme pourrons-nous employer pour modifier le ferment digestif diastasique que l'estomac sécrète chez le glycosurique? De nombreux efforts tentés dans cette direction n'ont donné que des résultats incertains. Que convient-il alors de faire? Voici ce qui m'a paru le plus rationnel et ce que l'expérience a confirmé.
Le suc gastrique du glycosurique, au Jj°u de contenir uniquement de la gastérase, qui, aidée d'un acide faible, dissout la chair et les matières albumineuses, sécrète aussi de la diastase dissolvant la fécule. Supprimons ou diminuons considérablement pendant quelque temps l'usage des féculents. La nature de la substance fermentescible étant changée, le ferment se modifiera peu à peu et reprendra insensiblement les propriétés qui le caractérisent à l'état physiologique, surtout celle de dissoudre les matières fibrineuses et albumineuses sans agir sur les féculents. J'avoue que ce retour de la sécrétion gastrique à l'étal normal est souvent difficile, impossible même chez quelques glycosuriques, qu'un usage trop prompt et inconsidéré des féculents peut faire perdre en peu de jours ce qu'on avait mis beaucoup de temps ;i gagner : mais il n'en est
BOtJCHARDAT, — HYGIÈNE.
pas moins vrai que, chez un grand nombre de malades, on peut revenir a un usage très-suffisant des féeulmts sans que le sucre reparaisse dans les urines. En faisant connaître les moyens que je mets en usage pour obtenir ce résultat, j'aurai exposé le principe de l'utilisation des féculents, que les considérations auxquelles je viens de me livrer font déjà pressentir dans ce qu'il offre de plus essentiel.
Je l'ai déjà dit, c'est une suppression très-grave que celle des féculents dans l'alimentation de l'homme; nous ne les remplaçons que par des moyens artificiels qu'il faut rendre le moins exclusifs possible. Il faut donc revenir à leur usage aussitôt qu'il n'y a plus d'inconvénients. Quand peut-on le faire avec sécurité? Lorsqu'ils sont utilisés. Comment le sait-on? Lorsque, après un repas féculent, on ne retrouve plus de glycose dans les urines.
Il est donc de la plus haute importance d'essayer chaque jour les urines d'un glycosurique, pour lui laisser le libre usage des féculents en proportion modérée, si les féculents sont utilisés; pour les retrancher aussitôt si, au contraire, ils passent dans les urines à l'état de glycose. Cet essai, qui ne prend pas plus de quelques minutes chaque jour, est aussi indispensable au glycosurique que la boussole au capitaine de vaisseau naviguant en pleine mer (1).
C'était une chose bien simple à dire que celle-ci: quand vous utilisez les féculents, ne craignez pas d'en user; pour savoir si vous les utilisez, essayes chaque jour ros urines. J'avoue que j'oserais à peine réclamer la priorité de ce principe d'utilisation, si je n'avais la certitude que le plus grand nombre des médecins qui ont bien voulu adopter ma méthode de traitement de la glycosurie ont négligé ce point capital, et que je suis peut-être le seul qui apprenne à mes malades à rechercher le sucre dans leurs urines, et qui exige d'eux cet essai aussi fréquemment que cela est nécessaire ; et cependant il leur est nonseulement indispensable pour savoir s'ils peuvent revenir à l'usage des féculents sans inconvénient, mais c'est seulement en procédant ainsi qu'on peut espérer une solide guérison. Si l'on renonce radicalement à l'usage des féculents, on se lasse du régime; si l'on y revient sans avoir recours à Vessai journalier) le sucre peut reparaître peu à peu
(1) Ce rend cet essai fréquent «les urines indispensable, c'est que chaque glycosurique « Sun équation personnelle qu'il importe, (te ùownMttre et tir renier.
A tel malade un régime rigoureux est la condition d'existence, pour tel autre il pourra être beaucoup moins sévère, pour tel autre l'exercice suffira. J'ai connu des glyeosuîiqucsqui utilisaient les féculents elle lait et qui n'utilisaient pas le sucre de canne: d'autres att Contraire, el c'est le eas le plus ordinaire, qui pouvaient prendre une quantité raisonnable de sucre, sans voir la glycose reparaître dans leurs urines, el qui redevenaient glycosuriques aussitôt qu'ils remplaçaient le pain de gluten par le pain ordinaire. Comment saisir ces nuances sans l'étude du régime, pour chaque individualité, pai l'essai fréquent des urines?
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dans-les urines, sans que le malade le soupçonne; le ferment du sue gastrique reprend ainsi sa funeste propriété de dissoudre l'amidon, et il faut souvent de longs efforts pour ramener une sécrétion normale. Faut-il ajouter encore que les pneumonies sont si cruellement redoutables aux glycosuriquês dont le sang et les urines contiennent de la o'iveose en excès, qu'il faut une continuelle vigilance pour éloigner cette épée de Damoclès? Il n'y a de sécurité qu'avec les essais journaliers, et qu'en comprenant et en appliquant bien ce principe de l'utilisation des féculents.
J'ai imaginé plusieurs moyens pour rendre cette utilisation des féculents plus facile. Je me contenterai de citer ici cette substitution du citrate ou du tartrate de potasse et de soude au sel commun dans tous les aliments du glycosurique. L'addition de l'un de ces sels au pain, au vin, ne modifie en rien la saveur et l'apparence de ces aliments ; si le glycosurique se livre à un exercice suffisant, l'acide tartrique est brûlé, du bicarbonate de soude est produit, l'alcalinité du sang est augmentée, et l'on sait, d'après les belles observations de M. Chevreul, qu'il faut toujours citer, que c'est un des moyens les plus efficaces pour augmenter la combustibilité des matières que l'oxygène transforme en eau et en acide carbonique à la température du corps humain. J'ai également remarqué que les croûtes de pain légèrement torréfiées donnaient moins de glycose qu'avant cette modification.
On voit, par les détails dans lesquels je viens d'entrer, qu'un des écrivains qui ont apprécié mes travaux avec le plus de bienveillance ne m'a cependant pas rendu une justice complète, quand il a dit qu'il n'j avait, à proprement parler, dans le traitement de la glycosurie, que le principe de l'abstinence des féculents qui m'appartienne en propre. Il y a, comme je viens de le montrer dans la méthode que j'ai instituée, un grand nombre d'indications, dont j'ai fourni la démonstration expérimentale, qui n'ont pas moins d'importance que cMui de l'abstinence des féculents.
Mais avant vos travaux, me dira-t-on, on guérissait les glycosuriquês! Rollo, Nicolas et Gueudeville, Dupuytren, ont traité des diaboliques avec le plus grand succès! Je n'ai jamais méconnu l'importance des travaux de Rollo et de ceux des auteurs que je viens de nommer; mais je tiens à prouver qu'ils n'ont pas guéri de glycosuriquês. Toute discussion doit porter sur la valeur que nous attacherons au mol guéri. Il est bien certain qu'une nourriture fortement annualisée, conseillée par ces divers auteurs, «lorsqu'elle coïncidait avec l'abstinence des féculents, avait, comme notre collègue M. Renauldin l'a dit avec bonheur {Dictionnaire des sciences médicales, article Diabète), autant d'efficacité pour diminuer la quantité de sucre contenue dans les urines que le quinquina en possède contre la fièvre intermittente; mais
on considérait comme guéris tous ces malades chez lesquels le sucre avait diminué dans les urines, ils sortaient des hôpitaux, et la maladie ne tardait pas à reprendre son empire et à ramener ses lâcheuses complications. Voici les preuves que les auteurs que je viens de nommer ne donnaient pas au mot guéri la même acception que je lui donne : 1° Aucun d'eux ne recommandait l'essai des urines pendant plusieurs années : tout ce que j'ai vu m'autorise à dire que sans celte recommandation spéciale les guérisons durables sont extrêmement rares. 2° Le malade dont Dupuytren a publié l'observation ne tarda pas à périr d'une complication d'albuminurie. 3° Pour établir enfin qu'à l'aide des méthodes thérapeutiques indiquées et suivies par Rollo, Nicolas et Gueudeville et Dupuytren, on n'obtenait pas de guérisons solides, il me suflira de dire que W. Prout, qui connaissait parfaitement les travaux de ces auteurs, qui les a expérimentés, qui a vu beaucoup plus de diabétiques qu'eux tous ensemble, conclut, dans l'ouvrage qu'il nous a laissé, que le diabète sucré est une maladie incurable et toujours mortelle. Je dois ajouter encore que l'opinion du savant Anglais était corroborée par celle de tous les médecins français les plus illustres qui avaient vu et suivi un certain nombre de glycosuriques.
J'espère que tous les hommes impartiaux qui voudront examiner avec attention les preuves que je viens de fournir, conviendront qu'avant mes travaux on n'obtenait pas une guérison solide de la glycosurie.
Je vais insister bientôt sur le moyen (l'exercice énergique) qui permet la plus large utilisation possible des féculents par les glycosuriques et qui les conduit sûrement, avec de la persévérance, à une guérison complète.
")° Soins de la peau, vêtements de flanelle, dans la glycosurie. — « Je suis loin de prétendre qu'avant moi des médecins n'avaient pas prescrit aux glycosuriques l'emploi des vêtements de flanelle: mais personne, que je sache, n'avait établi que, sous l'influence des vêtements de flanelle complets et suffisants, suivant la saison, pour maintenir à la peau une douce moiteur, l'utilisation des féculents ou des autres aliments donnant naissance au sucre était beaucoup plus facile que lorsqu'on se privait de ce précieux adjuvant; personne n'avait démontré que plusieurs médicaments n'avaient une influence heureuse sur la marche de la glycosurie qu'à la condition que leur action serait secondée par celle du vêtement de flanelle ; personne n'avait insisté, comme je l'ai fait, sur les dangers, pour les glycosuriques, des pneumonies foudroyantes, et sur le service spécial que l'on devait attendre d'excellents vêtements de laine pour prévenir celte fatale complication.
n La preuve que je donnerai du peu d'importance qu'avant mes Iravaux on attachait à l'indication de vêtir les glycosuriques de laine, c'est qtie jamais autrefois je n'ai vu prescrire dans les hôpitaux des gilets de
flanelle à ces malades, et qu'aucune étude n'avait été faite pour décider quelle était l'influence de ce vêlement. Si l'on avait su que chez le glycosurique la température est plus basse en moyenne que chez l'homme en santé; si l'on s'était assuré qu'un abaissement de température de 1 ou 2 degrés suffit pour rendre moins prompte la destruction des matériaux combustibles sous l'influence de l'alcalinité du sang, on aurait sans doute aperçu la nécessité de recourir à un moyen des plus efficaces de s'opposer à la déperdition du calorique. Dans notre science, toutes les connaissances se lient, s'enchaînent, s'entr'aident. »
Je n'ai rien à changer à ce qui précède pour ce qui se rapporte aux glycosuriques affaiblis, tels qu'ils sont habituellement reçus dans les hôpitaux; mais pour les glycosuriques valides bien nourris, réagissant facilement, j'ai reconnu que l'utilité des gilets de flanelle était moins grande. Plusieurs personnes anciennement atteintes de glycosurie ont pu s'en dispenser.
Une indication sur laquelle j'ai toujours insisté, c'est celle de rétablir l'intégrité de l'énergie de toutes les fonctions de la peau, par l'exercice, les bains, les douches, les frictions sèches, le massage, etc.
6° Exercice. — C'est par l'exercice de tous les jours, de toute la vie, que le glycosurique peut non-seulement se guérir, mais gagner des forces, posséder une santé plus résistante, plus de vigueur, plus de jeunesse, qu'avant sa maladie. On comprend combien il est important pour moi de démontrer que le premier j'ai cliniquement établi la toute-puissance de l'exercice forcé dans la glycosurie.
Dans toutes les consultations que j'ai données, j'ai toujours insisté sur l'utilité de l'exercice; je vais reproduire des extraits de mes principaux mémoires dans lesquels cette indication est nettement posée.
Voici ce que je disais dans le mémoire adressé à l'Académie des sciences, le 7 avril 1845, et imprimé en janvier 184G dans le Supplément de mon Annuaire de thérapeutique, page "211.
« Les malades affectés depuis quelque temps de glycosurie éprouvent des lassitudes spontanées, un sentiment d'affaiblissement quelquefois accompagné de douleurs dans les reins, dans les cuisses, les jambes, les articulations, qui augmente par le moindre travail ou le plus petit déplacement; leur prescrire alors de l'exercice serait superflu: mais dès que, par un régime convenable, les forces commencent à revenir, il faut les employer. L'exercice de la marche, l'exercice de tout le corps par quelque travail manuel ou par quelque récréation gymnastique, me paraît avoir beaucoup d'utilité. Cet exercice devra • ■Ire progressif : trop prématuré, il déterminerait des courbatures toujours nuisibles; trop négligé, il retarderait le rétablissement complet des forces, et par conséquent la guérison. »
Une année après la présentation de mon mémoire à l'Académie des sciences, M. Costes (de Bordeaux) a rappelé des passages de Celse, de Van Swieten et de Pinel relatifs à de prétendues guérisons de glycosurie par des pratiques hygiéniques et par des promenades au soleil. Rien, absolument rien, dans les passages cités, ne montre que mes illustres prédécesseurs aient attaché la moindre importance à l'exercice forcé.
Je suis revenu (Gaz. méd., 1847) sur l'efficacité dans la glycosurie de l'exercice énergique du corps et des bras. (Comptes rendus de l Académie des sciences, 3 juillet 1848. Mémoire sur l'alimentation des habitants des campagnes.)
J'extrais le passage suivant de mon mémoire imprimé dans le tome XVI des Mémoires de l'Académie de médecine :
« Maintenant que l'on sait que lorsque la température propre du glycosurique s'élève, l'utilisation des aliments combustibles s'effectue plus facilement, on comprend sans peine l'heureuse influence que doit avoir dans cette maladie un exercice convenable. Dès mes premiers travaux, pressentant ces avantages, je recommandais constamment à tous les glycosuriques qui venaient me consulter, d'utiliser leurs forces à mesure qu'elles revenaient. De nouveaux faits ont donné la plus grande valeur à cette indication. J'ai établi que les travaux du labourage en plein air suffisaient, dans bien des cas, pour permettre aux glycosuriques un large emploi des féculents sans que le sucre apparût dans leurs urines. Maintenant que l'expérience a prononcé, l'explication est trèssimple. Il est peu de travaux plus propres à utiliser les forces, à produire de la chaleur, que le labourage; tous les membres sont exercés, un air pur remplit la poitrine. Voilà les conditions les plus heureuses pour rétablir l'harmonie dans la nutrition du glycosurique. »
Voici comment, dans le mémoire imprimé dans mon Annuaire de 1HG7, j'apprécie et je résume l'influence du travail forcé dans la glycosurie :
« Sous l'influence de mouvements rapides, une plus grande masse d'air est introduite dans les poumons.
» Une quantité plus grande d'oxygène est employée, une plus grande quantité de chaleur et de force produite ; cette chaleur et cette force nécessitent une consommation plus grande des matériaux alimentaires; celui qui se prèle le mieux à ces métamorphoses, c'est la glycose; il est tout simple qu'étant détruite en plus grande proportion elle n'apparaisse plus dans les urines, et que l'on puisse ainsi par l'exercice forcé utiliser une masse plus grande d'aliments glycogéniques.
» Maintenant que l'expérience a prononcé, rien n'est plus simple; mais je dois avouer que j'ai été conduit aux résultats que j'ai obtenus, non par la théorie, mais par l'observation.
ALIMENTS DE ÇÀL0R1FICATI0N; — SLYG0SURIE. 119
» Ce n'était pas une chose si naturelle que de persuader à un homme qui avait perdu toutes ses forces que pour les récupérer il fallait se soumettre à un travail forcé. Il est heureux que j'aie commencé par faire les découvertes et les observations se rapportant au régime, car la dépense des forces devient chaque jour plus facile, non-seulement par l'habitude progressive, mais aussi par l'influence d'un régime bien réglé.»
7° Nature de la glycosurie. — J'ai, le premier, démontré que, chez les glvcosuriques fortement atteints, il se produisait en trop grande abondance du ferment glycogénique (ferment du deuxième ordre, diastase), et que l'action de ce ferment sur les matières glycogéniques rendait un compte exact de l'excès de glycose produit chez les glycosuriques, que ce ferment pouvait se développer dans l'estomac et existait dans les vomissements des glycosuriques à jeun fortement atteints.
J'ai, le premier, expérimentalement établi, par des observations irréfutables, qu'il existait un excès de glycose dans le sang des glycosuriques fortement atteints, et que toutes les Ibis que cet excès de glycose se trouvait dans le sang la glycosurie se produisait.
L'observation clinique a pleinement confirmé ces découvertes.
En diminuant, en réglant la quantité d'aliments glycogéniques, j'ai constaté la disparition de la glycose clans les urines.
En animant la dépense de la glycose par l'exercice forcé, j'ai pu faire revenir à la ration normale d'aliments glycogéniques, sans voir la réapparition de glycose dans les urines.
D'après ce que je viens de dire, on comprend que je ne saurais admettre, avec mon illustre ami Cl. Bernard, que, relativement au traitement du diabète, nous sommes encore aujourd'hui dans l'empirisme le plus complet (1). En présence d'une telle autorité, je croirais me faire illusion, si, depuis vingt-trois ans que j'enseigne l'hygiène, je n'avais du étudier avec le plus grand soin tout ce qui se rapporte aux causes et à la nature des maladies, et si je n'en étais arrivé ii la conviction qu'il n'est pas d'états morbides dont la nature nous soit mieux connue que celui qui détermine la glycosurie permanente.
Il est aujourd'hui reconnu qu'il faut un excès de glycose dans le sang, pour qu'il y ait glycosurie.
L'inlluence d'une alimentation glycogénique surabondante est rendue chaque jour évidente par l'emploi de la balance.
L'existence, chez le glycosurique, d'un ferment diastasique trop énergique est démontrée par des expériences rigoureuses.
(!) Claude Bernard, /{évite scientifique, n° du 5 avril 1873.
Enfin, le rôle de troubles divers dans les phénomènes de la respiration, de l'innervation, pour produire la glycosurie, a été établi à la fois par des expérimentations sur les animaux et par l'observation des malades.
La clinique, qui pour sa part a contribué à ces découvertes, en met chaque jour la vérité en évidence.
En réglant convenablement l'alimentation glycogénique dans le régime, en activant la dépense par l'exercice forcé, on fait à volonté diminuer ou disparaître la glycose des urines.
En un mot, le traitement hygiénique que j'ai découvert et institué n'emprunte aucun moyen à l'empirisme; il ne prescrit rien qui ne soit déduit de notions scientifiques expérimentales journellement contrôlées.