IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DES CAUSES
lique, M. le professeur Ribes.de Montpellier, n'esl-il pas entré dans le même ordre d'idées? Les applications raisonnées et bien étudiées de l'hygiène formeront bientôt la base de la thérapeutique vraiment scientifique. C'est pour obéir à ce mouvement que dans les dernières éditions de mon formulaire magistral, j'ai résumé les principes généraux de 17; ygiène théi •apeutique.
La pathologie offre un point de contact avec l'hygiène, qui, dans un avenir que chacun peut prévoir, pourra réunir ces deux parties de la médecine en ce quelles ont de plus essentiel. Ce point de contact est l'éliologie.
Si jusqu'ici le pathologiste a cherché ailleurs que dans l'éliologie la base de ses études, c'est moins la philosophie que l'imperfection de la science qu'il faut en accuser. On comprend de plus en plus que les classifications nosologiques qui s'appuient sur les lésions des organes, sur les symptômes, etc., sont des classilications temporaires, qui sont les meilleures aujourd'hui, parce que la connaissance des causes est encore trop peu avancée, mais auxquelles il ne faudra plus penser quand la science sera faite. Cet avenir que j'entrevois ne se réalisera pas pour nous ; c'est des générations nouvelles que sortira le Messie de la médecine définitivement constituée. En attendant, je suis heureux de proclamer ici que si le drapeau du pathologiste est encore hésitant, celui de l'hygiéniste ne doit plus l'être. C'est l'étude des causes qui constitue aujourd'hui le fondement de l'hygiène ; ceci me conduit naturellement à exposer les principes généraux qui me guident dans la direction nouvelle que j'ai cherché à imprimer à cette branche importante de nos connaissances médicales depuis que je la professe à la Faculté.
Cette direction va découler naturellement de l'extension que je vais donner à la définition de l'hygiène. Nous avons dit : « L'hygiène est la branche des sciences médicales qui a pour but d'étudier les moyens de conserver et de perfectionner la santé, etc. » Comment conserve-t-on la santé? Evidemment en prévenant les causes des maladies. Pour prévenir ces causes, il faut les connaître ; de même que pour éviter un précipice, rien n'est mieux que de savoir où il est et quelle en est la profondeur.
Ce n'est qu'après avoir découvert l'ennemi qu'on peut le combattre. Lorsque l'aigle, dit Tyndall (Revue des cours scientifiques, 12 mars 1870) dans sa conférence sur les poussières de l'air, a bien reconnu sa proie, sa force est double et son vol est parfaitement assuré ; de même, lorsque nous connaîtrons bien les causes des maladies, des maux qui nous paraissaient inévitables seront facilement conjurés. Voilà le véritable but de l'hvgiène.
Nul na plus et plus utilement insisté, dans ces dernières années.
que M. Pasteur, pour établir l'importance de la connaissance des causes en médecine. « Tout est caché, obscur et matière à discussion, quand on ignore la cause des phénomènes; tout est clarté quand on la possède. » Bulletin de l'Académie de médecine, 30 avril 1878, p. 435.
Il ne sera pas besoin d'insister longuement pour établir l'utilité pratique de la connaissance des causes ; quelques exemples suffiront pour cela. Quand on a su que la cause de la gale était Yacarus, le traitement de cette maladie n'a pas tardé à devenir sûr, inoffensif et rapide. La connaissance des mucéclinées qui accompagnent ou déterminent les teignes a rationalisé le traitement de ces affections. Quand on a su rapporter à l'intoxication plombique les accidents aussi redoutables que variés qui de temps en temps ont apparu après l'usage de vins, de bières, de cidres ou d'eau même, falsifiés ou altérés par leur séjour dans des réservoirs métalliques, toute incertitude a été écartée pour guérir et prévenir ces affections.
Je pourrais multiplier ici ces exemples; mais ces vérités apparaîtront avec beaucoup plus de netteté dans le cours de cet ouvrage, quand elles auront reçu les preuves et les développements qu'elles comportent.
L'étude des causes est, comme je l'ai dit, la partie la plus élevée, mais aussi la plus difficile de la médecine. Autrefois cette étude consistait en une classification ingrate non raisonnée, non coordonnée, que chacun abordait à son corps défendant; j'ai l'espérance qu'il n'en sera bientôt plus ainsi. En s'appuyant sur les données expérimentales de la chimie, de la physique et de la biologie, on pourra s'élever par la synthèse aux questions les plus ardues de l'étiologie : selon moi, l'avenir de l'hygiène est dans cette direction. C'est aussi celui de la médecine. Jadis les systèmes se succédaient, en laissant à peine des traces de leur passage : aujourd'hui c'était le jour de Brown, demain c'était celui de Broussais. Personne mieux que notre célèbre réformateur n'a montré, dans son Examen des doctrines, l'inanité de ces systèmes ; le sien n'a pas été plus heureux. De son vivant il a pu en contempler les ruines, et voir naître et se fortifier ce doute général, cet éclectisme poussé jusqu'à l'exagération, qui a pu ébranler pour un moment les esprits les plus fermes, Mais, grâce à Dieu, nous savons aujourd'hui dans quelle voie nous devons marcher. Si nous reconnaissons qu'un système général de médecine est un rêve qui n'est plus de notre temps, nous admettons aussi que les connaissances médicales peuvent se grouper en divers faisceaux pour constituer des doctrines isolées qui formeront la philosophie de la science, que le temps ne fera que consolider. Ces doctrines médicales ont pour base principale l'étude des causes, qui forme ainsi le fondement de l'hygiène et l'avenir de la médecine.
Pour créer ces doctrines médical, s. il est une époque de transition