IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DES CAUSES
qui est indispensable. C'est par le temps et par les efforts de tons que les vérités s'établissent. Pour diriger ces efforts, il faut un fanal qui nous éclaire. C'est à ce fanal, auquel on donne le nom d'hypothèse, qu'on ne peut se dispenser de recourir. Sans doute la lumière qu'il nous fournit est souvent trompeuse ou vacillante, mais on ne peut s'en passer.
Seulement il ne faut accepter les résultats de l'hypothèse que pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire comme douteux et éminemment transitoires. L'hypothèse conduit à la vérité; mais il ne faut pas la prendre, comme on le fait encore si souvent en médecine, poiîr la vérité elle-même. Voilà l'hypothèse qui rend mieux compte des faits : c'est une locution à laquelle nous aurons souvent recours.
Nous saurons à chaque instant avouer que nous ne savons pas, et pour cela nous ne resterons pas immobiles. Nous nous dirigerons dans des routes nouvelles, en nous servant d'hypothèses qui s'élèveront au rang de doctrines immuables, quand, par des observations ou des expériences que tous pourront répéter, on aura démontré leur réalité.
Une hypothèse ne peut passer à l'état de vérité qu'autant que les conséquences légitimes auxquelles elles conduit se vérifient, et qu'on démontre ensuite que, réciproquement, l'exactitude des déductions entraîne celle du principe.
Les vérités s'établissent, avons-nous dit, par des expériences ou des observations irréprochables et convenablement répétées. L'anatomie pathologique, qui n'est qu'une des formes de l'observation et qui a été abordée avec tant d'ardeur et de succès par les médecins éminents de notre époque, a fourni son contingent de vérités pour grouper les faisceaux des connaissances médicales. Et, par exemple, les travaux si admirables de Louis sur la fièvre typhoïde lui ont permis de constituer une espèce morbide parfaitement définie, en prenant pour point de départ des caractères anatomiques aussi remarquables par leur constance que celle des pustules dans la variole. La lumière étant produite, tous les faits qui paraissent exceptionnels, inexplicables, n'ont pas résisté à un examen attentif.
Autour de cette espèce morbide viennent s'en réunir d'autres, la peste d'Orient, le typhus fever, qui forment aujourd'hui un des groupes les plus naturels de la pathologie.
La féconde utilité de ces rapprochements nous apparaît surtout lorsque nous abordons les grands problèmes de l'étiologie ; si nous pouvons arriver, par l'observation et l'expérience, à démêler les causes d'une de ces grandes affections, il ne nous restera plus qu'à appliquer à la maladie congénère les connaissances que nous aurons acquises : en marchant ainsi du connu à l'inconnu, les difficultés s'aplanissent et des doctrines médicales partielles s'établissent d'un.' façon définitive.
S INTRODUCTION ET SUJET DE L'UVCIÈ.NK.
On peut déjà entrevoir, par les considérations que j'ai exposées, combien l'étude des causes des maladies et des moyens de les éviter est hérissée de difficultés ; elles ne sont guère moins considérables lorsqu'on aborde scientifiquement l'élude du perfectionnement physique de l'homme.
Comment pouvons-nous perfectionner notre santé? C'est en étudiant, à l'aide de l'observation etde l'expérience, les modifications heureuses qu'on peut faire éprouver à l'organisme par le régime. Les enseignements si nets que nous pouvons puiser dans les pratiques variées de l'entraînement nous montrent que l'on peut entrevoir, dans cette direction, des progrès considérables. Nous reviendrons souvent sur ces sujets intéressants; mais combien ces études, qui avaient séduit la brillante imagination d'IIippolytc Royer-Collard, sont neuves, variées, difficiles!
Les rapports du physique et du moral, et réciproquement, occupent une grande place dans l'hygiène. Que de difficultés présentent cette étude ! Les problèmes si élevés qui se rapportent à l'hygiène de l'âme doivent nous offrir de beaux sujets de méditation.
Cette branche de l'hygiène se confond avec la philosophie, son domaine est immense ; à l'époque où notre savant prédécesseur, Halle, a réuni l'hygiène dans ses leçons en un corps de doctrine, il cherchait à l'agrandir encore; il s'est efforcé de faire un inventaire général des connaissances humaines dans leurs rapports avec l'hygiène. On comprend sans peine comment ce programme était pour ainsi dire infini ; il était formé d'un assemblage de lambeaux empruntés à toutes les sciences, et particulièrement à la physique, dont l'enseignement était à cette époque réuni à celui de l'hygiène. On retrouve encore la trace de ces deux cours dans les ouvrages les plus modernes, qui ont en cela, bien à tort, suivi religieusement les pas du maître. Craignant, pour ainsi dire, qu'on n'aperçoive pas à l'hygiène une raison d'être bien distincte, Hallé a cherché à faire converger vers elle l'ensemble des connaissances humaines. Sans cloute, cette vue est grande et vraie ; mais, pour bien faire, il faut savoir se borner à ce, qui peut nous conduire directement au but, que nous ne devons jamais perdre de vue.
Eclairés aujourd'hui par les lumières des sciences physiques et naturelles, par les progrès de la physiologie, nouvelle, on peut approfondir quelques-unes des questions les plus importantes : il faut pour cela, tout en comprenant l'ensemble de ces questions, scruter celles qui peuvent éclairer d'une lumière vive, inattendue, les causes des maladies les plus communes et les plus curieuses, ou celles qui peuvent nous montrer comment on peut perfectionner la santé en éloignant aussi loin que possible ces deux ennemis implacables de l'humanité : la vieillesse et la mort.