EAUX POTABLES. - GAZ DES EAUX P0TABLES
niques qui l'absorbent, et ce sont précisément ces matières organiques qui sont nuisibles, comme je chercherai bientôt à l'établir. Ainsi ce n'est point parce que le gaz oxygène est utile à la digestion que j'aime à le trouver dans une eau potable, mais parce que sa présence en proportion notable est incompatible avec celle des substances organiques spéciales qui doivent être le plus souvent incriminées. M. Gérard in a publié nouvellement de très-bonnes recherches qui établissent l'utilité de l'oxygène dans les eaux potables.
Le gaz acide carbonique existe généralement en proportion beaucoup plus considérable dans l'air des eaux potables que dans celui de l'atmosphère, et cela se comprend sans peine, d'après la belle observation de M. Pelligot qui a démontré (Comptes rendus de V Académie des sciences, mai 1855) qué l'eau en tombant sous forme de pluie purifiait l'air de l'acide carbonique qu'il contenait.
La présence du gaz acide carbonique dans les eaux potables est une chose favorable : il leur donne de la sapidité, il excite l'appétit, paraît favoriser la digestion, c'est à lui que plusieurs eaux de table doivent leurs propriétés.
Je ne veux pas cependant défendre dune manière absolue l'usage des eaux chargées de 5 volumes d'acide carbonique. Je crois qu'on abuse singulièrement de ces eaux de Seltz artificielles. Sans doute elles tempèrent la soif, l'impression première est favorable, mais la distension répétée et exagérée de l'estomac, qui est la suite de cette ingestion d'eau saturée de gaz, n'est pas une chose indifférente pour la santé.
Toutes les eaux courantes, et l'on pourrait dire toutes les eaux potables, renferment une très-faible quantité d'ammoniaque combinée; cette ammoniaque a été rassemblée dans l'atmosphère par les pluies, ou provient de la décomposition spontanée des matières azotées se putréfiant dans les eaux.
M. Uoussingault nous a donné un procédé aussi simple qu'élégant pour en déterminer les moindres traces, il est des conditions dans lesquelles cette détermination rigoureuse peut avoir de l'importance. Ne savons-nous pas en effet que l'ammoniaque intervient, directement ou indirectement, de la façon la plus heureuse dans les phénomènes de la vie végétale? D'un autre côté, la présence de l'ammoniaque dans les eaux potables est la suite et souvent l'indice d'une fermentation putride inachevée. Bien que nous attribuions une action décisive aux substances organiques dans l'action nuisible des eaux, gardons-nous de conclure à 1 insalubrité d'une eau d'après la présence des quelques milligrammes d ammoniaque par litre. Plusieurs cas peuvent se présenter dans lesquels cette constatation n'est point un critérium des eaux insalubres; je më contenterai d'en citer deux : le premier, c'est quand la décomposition de la matière organique est complète; le second, c'est quand cette
matière organique est d'action indifférente, et heureusement pour nous c'est le cas le plus ordinaire, surtout lorsqu'il s'agit des eaux des fleuves et des rivières.
Influence des matières fixes sur la qualité des eaux potables. — La plupart des eaux potables de bonne qualité, et en particulier les eaux des fleuves et des rivières, renferment généralement de 1 à 3 dix-millièmes de matières fixes. Une eau peut contenir 5 dix-millièmes (un demigramme par litre) de matières fixes que nous indiquerons plus loin, et être considérée, non-seulement comme une eau potable de bonne qualité, mais encore comme convenable pour les principaux usages de la vie. Cette proportion d'un demi-gramme de matières fixes par litre est celle adoptée par Y Annuaire des eaux de la France. Ce n'est pas à dire pour cela que des eaux contenant une plus grande proportion de sels ne puissent constituer une boisson usuelle salubre. Il est certaines eaux qui peuvent être considérées à la fois comme médicinales et de table, telles que celles de Saint-Galmier, de Pougues, de Contrexéville, de Condillac, qui contiennent de 1 à 2 grammes de sels par litre, et dont on peut faire un usage journalier sans nul inconvénient. Quand ces eaux sont agréables à boire, qu'elles ne contiennent aucune matière organique nuisible, que les sels qu'elles renferment sont principalement du bicarbonate de chaux, de magnésie, de fer, elles peuvent être considérées comme des eaux potables salubres; mais cependant je regarde cette limite d'un demi-gramme de matières fixes par litre comme très-sage, car les eaux distribuées dans les villes ne sont pas uniquement destinées à la boisson, et il est beaucoup d'usages pour lesquels les eaux renfermant 1 ou 2 millièmes de sels seraient impropres. Je citerai tout d'abord deux grands emplois économiques : le premier, pour cuire les graines de la famille des légumineuses; le second, pour le blanchiment du linge. Ces deux emplois et d'autres usages industriels me font préférer, pour une distribution publique, les eaux qui ne renferment que 2 à 3 décigrammes de matières fixes par litre.
Je vais chercher maintenant à apprécier le rôle hygiénique des principales substances qui interviennent ordinairement dans la composition des eaux potables.
Les eaux qui contiennent des proportions élevées de matières fixes en dissolution ont. une saveur désagréable, une action purgative prononcée, ou une action altérante nuisible sur l'ensemble de la nutrition; mais je dois ajouter que de pareilles eaux doivent être rangées dans la classe des eaux salées ou dans celle des médicinales, et non parmi les eaux potables.
Occupons-nous d'abord des acides ou principes électro-négatifs des eaux, puis nous apprécierons le rôle des bases ou principes électropositifs.