EAUX POTABLES. — PRINCIPES FIXES
Silice. — J'ai le premier constaté, avec mon illustre maître Vauquelin (Analyse des eaux de Paris, iu Journal de pharm. 1830), la présence constante de la silice dans les eaux courantes. Ce composé, qui entre pour une si large part dans la constitution du globe, ne se trouve qu'en très-petite quantité et peut-être accidentellement dans la composition du corps de l'homme. Si la silice contenue dans les eaux nous est utile, je pense que ce n'est qu'indirectement en fournissant à la tige de nos graminées une substance qui leur est nécessaire. Les eaux courantes en contiennent de 1/2 à 3 centigrammes par litre.
M. le docteur A. Guilbert, dans sa thèse (Paris, 4857), a étudié les eaux potables de Noyon chargées de silice, il attribue avec beaucoup de vraisemblance à l'usage de ces eaux, les caries et les pertes de dents qui sont très-communes dans cette contrée, cet excès de silice déterminant la formation rapide du tartre qui déchausse les dents et favorise la carie.
Les phosphates se trouvent dans toutes les eaux courantes, quoique jusqu'ici peu d'analyses les mentionnent ; mais les proportions que ces eaux en contiennent sont tellement insuffisantes, que nous ne devons point nous en occuper ici. S'il s'agissait d'eaux destinées aux irrigations, la question changerait de face, car la présence de très-petites quantités de phosphates dans les eaux destinées aux plantes, est une condition de fertilisation, tandis que l'homme en trouve plus qu'il ne lui en faut dans les graines des céréales où les phosphates sont accumulés en proportion aussi forte que dans les os des animaux. Voyez le grand travail de M. Berthier sur les cendres des graines (Mémoires de de la Société d'agriculture, 1853, lre partie, p. 266).
Les carbonates existent aussi dans toutes les eaux potables : la présence des carbonates terreux, en proportion modérée est toujours utile, comme je l'établirai plus loin en parlant de la chaux.
Les chlorures se trouvent aussi dans toutes les eaux potables; comme les carbonates, ce sont de bons sels, mais ils s'y rencontrent en quantité vraiment insignifiante, si on les compare aux doses qu'on ingère journellement avec les aliments solides ou dans le bouillon. Ainsi les eaux potables contiennent par litre de 1 à 2 centigrammes de chlorures, et l'homme consomme journellement 5 à 10 grammes de sel marin.
Bromures, iodures. —D'accord avec mon collègue et ami, M. Chalin, je considère comme utile dans les eaux potables une très-faible quantité d'iodurc et de bromure : si la proportion de ces sels s'élevait à quelques milligrammes, on ne saurait destiner de pareilles eaux à l'usage habituel; on devrait les classer parmi les médicinales. Je reviendrai plus loin sur la question des iodures.
Le fluor intervient dans la composition de la matière minérale des os et de l'émail des dents. Berzélius a trouvé dans les os une quantité
de fluorure de calcium ne s'élevant pas à moins de 2 centièmes des principes fixes.
J'ai constaté l'existence de traces d'acide fluorhydrique ou d'un fluorure dans le suc gastrique des poules, en opérant sur 40 gosiers de poules récemment tuées, et en m'assurant bien que les traces d'acide fluorhydrique qui ont été accusées sur la lame de cristal, n'étaient pas données par l'acide sulfurique que j'employais ou par les autres réactifs.
Le fluorure de calcium nécessaire à l'organisme se trouve dans nos aliments usuels, dans l'eau potable. M. Niklès, qui s'est occupé avec beaucoup de soin de la recherche du fluor, en a constaté l'existence dans plusieurs eaux minérales, et en particulier dans celles de Plombières et de Contrexéville. Mais, disons-le ici, on ne sait rien de précis sur le rôle des fluorures dans les eaux potables.
Les azotates paraissent exister dans toutes les eaux potables, mais le plus souvent en quantités trop petites pour exercer une action appréciable sur l'homme; la présence de ces sels est au contraire éminemment favorable à la végétation.
Si directement les azotates ne doivent pas être suspectés, indirectement au moins ils doivent éveiller l'attention. Ils s'accompagnent habituellement de matières organiques que nous considérons comme suspectes, puis les eaux qui contiennent des azotates, conservées dans des réservoirs de plomb, peuvent attaquer ce métal.
Sulfates. — C'est le sulfate de chaux qui forme la partie la plus considérable des sulfates contenus dans les eaux potables; il parait y jouer un rôle très-différent de celui qu'on attribue au bicarbonate de chaux. En effet, il n'a pas, comme ce dernier sel, la propriété de dégager un gaz favorable à l'action digestive, et éminemment stable, il ne peut pas non plus fournir, par sa décomposition, un-élément basique càun excès d'acidité du suc gastrique. En outre, l'eau peut en dissoudre une proportion assez grande pour en acquérir une saveur douceâtre fort désagréable. Enfin, comme tous les sulfates, il est susceptible de se décomposer sous l'influence d'un ferment spécial, en produisant du gaz sulfhydrique; ce qui le rend un élément pernicieux pour les eaux qui, faute d'écoulement facile, sont exposées à séjourner plus ou moins longtemps sur le sol. Si Ton ajoute à ses considérations celles relatives à son action décomposante sur les savons et à ses propriétés incrustantes, on devra admettre que la présence dans les eaux du sulfate de chaux en quantités notables est une circonstance fâcheuse. '
Cependant ajoutons que si les eaux contenant du sulfate de chaux sont, dans certaines circonstances, devenues réellement nuisibles, cen'est point à ce sel qu'il faut rapporter cette nocuité, mais à d'autres matières qui l'accompagnent et sur lesquelles l'attention n'a point jusqu'ici été