‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 52 sur 371 · EAUX POTABLES. - SELS CALCAIRES · texte numérisé non relu

EAUX POTABLES. - SELS CALCAIRES

Suffisamment appelée. Je reviendrai plus loin, à propos de l'étiologie du goitre, sur cette importante question.

Sels calcaires. — Quand une eau contient plus de 1 millième d'un sel calcaire en dissolution, elle est regardée comme impropre aux usages ordinaires de la vie. On la range parmi les eaux qu'on désigne habituellement sous les noms de dures, crues, etc.

Néanmoins, une eau peut encore être potable et renfermer 1 ou 2 millièmes de sels calcaires (eau de Pougues, Condillac), pourvu qu'elle ne contienne aucune substance nuisible et que sa saveur plaise. Je ne conseille pas la distribution d'une pareille eau, parce qu'elle serait impropre aux principaux usages économiques. Avec Dupasquier (Des eaux de sources et de rivières), je suis d'avis que non-seulement le bicarbonate de chaux, dans la proportion d'un demi-millième, n'est pas défavorable, mais encore qu'il constitue un élément utile de bonnes eaux. Voici ce qui peut légitimer cette utilité du carbonate de chaux dans les eaux potables : il existe une relation nécessaire entre les quantités d'acide carbonique et de carbonate de chaux qu'elles contiennent, qui rend presque toujours la proportion du sel calcaire inférieure ou peu supérieure à un demi-millième ; le carbonate de chaux en petite quantité peut être utile dans de certaines conditions de la digestion, en saturant un excès d'acidité du suc gastrique ; l'acide carbonique en excès, de même que celui qui se dégage, peut favoriser la digestion stomacale, et le bicarbonate de chaux, sous ce rapport, rendrait un service analogue à celui qui est obtenu du bicarbonate de soude, des eaux minérales alcalines; enfin, la petite proportion de chaux que contiennent i9s eaux peut utilement concourir à la nutrition des jeunes enfants en fournissant à leurs os un aliment indispensable.

On comprend également sans peine qu'il puisse exister certaines conditions d'alimentation ou de santé dans lesquelles la présence d'un demi-gramme de bicarbonate de chaux, par litre d'eau potable, sera une chose favorablepour réparer les pertes journalières en phosphate de chaux ; mais reconnaissons, pour rester dans les limites de l'observation, que les cas d'indispensable utilité de sels de chaux, dans les eaux potables destinées à l'alimentation de l'homme, doivent être très-rares. Les végétaux herbacés qu'on ingère chaque jour en renferment plus qu'il D'en tant. Aussi peut-on dire, sans grande chance d'erreur, qu'une ea'u agréable au goût, qui ne renferme rien de nuisible, est une bonne eau potable. Les défauts d'omission ou dépendant de l'absence de principes utiles oui été exagérés, en se tenant à ce qui se rapporte à l'alimentation de l'homme.

Les eaux calcaires incrustantes sont généralement redoutées comme pouvant donner lieu à la gravelle ou aux calculs vésicaux; c'est une erreur qu'il importe de détruire. Hien de précis ne légitime celle étio-

logie de la gravelle, et je dirai, au contraire, que plusieurs agents, tels que les eaux de Contrexéville, ou le remède de mademoiselle Stéphens, qui ont une incontestable utilité pour prévenir la formation des gravelles à base d'acide urique ou d'oxalate de chaux, paraissent devoir leur utilité aux sels calcaires qu'ils renferment.

Pour rester impartial dans cette question de l'influence des eaux fortement calcaires sur la production des calculs urinaires, je dois citer ici les faits que M. A. Gautier a réunis dans son excellente dissertation sur les eaux potables. « Les médecins des hospices d'Avignon ont fait la remarque que dans le faubourg de la ville dit l'Jsle de Vaucluse, où l'on ne boit que les eaux calcaires de la source de Vaucluse, il y a toujours eu un nombre bien plus considérable de calculeux que dans le reste de la ville, et que cette maladie est très-commune dans toute la campagne qui boit de ces mêmes eaux.

» Du reste, déjà Hippocrate (1) avait fait cette observation, et Zimmermann (2) attribue à l'eau séléniteuse des puits en particulier de causer quelquefois la pierre ou la gravelle, pour si peu que ces eaux trouvent dans les reins ou la vessie quelques matières visqueuses.

» Une autre accusation du même ordre a été encore formulée contre les eaux trop calcaires. On a dit (3) que dans les pays où l'on buvait des eaux chargées de bicarbonate, les habitants étaient particulièrement sujets à des dépôts tophacés, qui incrustent leurs articulations et sont cause de douleurs rhumatoïdes. Cette curieuse observation mériterait d'être continuée et confirmée. »

Les sels de magnésie, quand ils se trouvent dans les eaux potables en quantité assez faible pour ne pas leur donner de saveur, si l'on ne peut dire qu'ils soient utiles, doivent au moins être considérés comme inoffensifs, malgré les accusations dont ils ont été l'objet: je reviendrai sur cette question en traitant plus loin de l'étiologie du goitre.

Les sels de soude et de potasse, tant qu'ils n'existent pas dans les eaux potables en quantité suffisante pour leur donner une saveur désagréable, peuvent être considérés plutôt comme utiles que nuisibles : pour être dans le vrai, il faut dire que la faible proportion qu'on trouve de ces sels dans les eaux potables n'exerce aucune influence sur la santé, en ayant égard aux quantités élevées qu'on en ingère journellement dans les aliments solides ou dans le bouillon.

Sels d'alum ine. — On a noté dans les eaux l'alumine à l'état de phosphate, de sulfate ou de bicarbonate, presque toujours on ne la trouve qu'en proportion insignifiante; on l'a signalée dans certaines eaux de

(1) Des airs, des eau.r, des lieux.

(2) Trailê de l'expérience, l. II, art. Boisson.

(3) Mémoires de la Société de médecine de Clermonl-Ferrand.

EAUX POTARLES.

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