‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 53 sur 371 · MATIÈRES ORGANIQUES · texte numérisé non relu

MATIÈRES ORGANIQUES

puits en quantité notable, elle leur donne alors, d'après M. Blondeau, un £,oùt terreux détestable.

Le fer n'existe qu'en proportion infiniment petite dans les eaux potables; en effet, 5 centigrammes et moins de bicarbonate ferreux par litre suffisent pour caractériser une eau minérale ferrugineuse. Quoi qu'il en soit, une très-minime proportion de fer dans une eau potable est une condition favorable à deux points de vue : d'abord le fer contribue à réparer les pertes journalières de ce métal ; puis sa présence, comme celle de l'oxygène, peut être, dans certains cas, regardée comme incompatible avec celle de matières organiques suspectes.

Influen ce des matières organiques sur la qualité des ea ux po tables. — Sauf de rares exceptions, les eaux qui contiennent une proportion notable de matières organiques se putréfient plus ou moins rapidement et acquièrent par là des propriétés organoleptiques qui les font rejeter.

Le rôle des matières organiques dans les eaux potables est, selon moi, la question la plus importante, mais aussi la plus difficile de l'hygiène des eaux. Nous sommes arrivés par la méthode d'exclusion, en examinant le rôle de toutes les substances minérales qui interviennent dans la composition des eaux potables, à démontrer que toutes ces matières devaient être écartées lorsqu'il s'agissait de remonter à la cause des effets nuisibles de certaines eaux. Par toutes les voies nous sommes invinciblement conduits à incriminer les matières organiques, quand il s'agit des eaux potables altérant la santé de l'homme.

Je regarde l'énoncé suivant comme se rapprochant de la vérité : les m ntières organiques dans les eaux potables sont généralement nuisibles aux hommes, et utiles, au contraire, au développement des végétaux; j'ai dit généralement, car la loi comporte de nombreuses exceptions.

Quand on étudie la question de l'influence des matières organiques sur la qualité des eaux potables, il faut distinguer et traiter séparément les matières organiques en suspension et les matières organiques en dissolution. J'ai le premier insisté sur cette distinction, qui est trèsimportante.

M. A. Gautier (loc. cit.) admet aussi une division utile; il distingue les matières organiques mortes et les matières organisées vivantes.

Des matières organisées en suspension dans les eaux potables. — J'ai fait des expériences et recueilli de nombreuses observations qui donnent une idée très-nette de l'influence des matières organiques en suspension dans les eaux potables. Voici les principales : « Dans des expériences que j'exécutais avec M. le docteur T. Ducommun, en 1839, j'ai recueilli de l'eau dans l'égout Saint-Jacques : son odeur était infecte, sa saveur détestable; elle fut filtrée à travers un filtre ordinaire de sable

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et de charbon, l'eau était dégagée de son odeur et de sa saveur putride ; mais en l'examinant avec soin, on apercevait encore quelques flocons de matières organiques nageant dans cette eau. Après douze heures, elle commença à se troubler; après vingt-quatre heures, elle avait repris en grande partie son odeur et sa saveur putrides. Dans une seconde expérience, l'eau infecle fut dépurée par un filtre parfaitement monté; elle fut privée de toute odeur et de toute saveur putrides, et sa transparence était parfaite. Examinée après douze jours de conservation dans un flacon bouché à l'émeri, à une température variant entre 15 et 20 degrés centigrades, elle ne s'est pas troublée et n'a pas repris son odeur et sa saveur; cependant elle contenait encore en dissolution une assez grande quantité de matières organiques, dont on pouvait facilement déceler la présence au moyen d'une dissolution de tannin ou de bichlorure de mercure.

Dans les deux expériences que j'ai rapportées j'agissais sur la même eau. Dans les deux cas, toute odeur et toute saveur putrides avaient été enlevées par le filtre de charbon; dans les deux cas, l'eau contenait encore en dissolution une quantité très-notable de matières organiques azotées, et cependant une de ces eaux s'est corrompue rapidement et l'autre ne s'est point altérée. La seule différence la voici : l'eau qui s'est bien conservée était d'une limpidité parfaite, les matières inertes du filtre avaient retenu toutes les substances organiques en suspension; l'eau qui s'est putréfiée de nouveau retenait encore des flocons de matières organiques en suspension qui ont agi comme de véritables ferments putrides parce Qu'ils en contenaient.

Voici une expérience qui vient encore nous montrer l'influence des matières organiques insolubles :

Je laissai se putréfier dans de l'eau des matières animales: quand celte eau eut acquis une odeur infecte et une saveur détestable, je la filtrai sur un filtre au charbon monté avec le plus grand soin; je la séparai dans deux flacons : dans l'un ne mis rien, et l'eau resta sans se corrompre; dans L'autre j'ajoutai une, dissolution de tannin, et après quarante-huit heures l'eau avait repris toute sa fétidité. Le tannin, en agissant sur les matières animales dissoutes, avait déterminé la formalion d'un précipité qui s'est comporté comme un véritable ferment putride.

Il est bien démontré, par ces expériences éi ces observations que j ai renouvelées, que les matières organiques en suspension agissent comme ferments et putréfient rapidement les matières organiques en dissolution en les rendant partiellement insolubles, tandis que les matières organiques eu dissolution peuvent rester latentes, tant qu'un germe ou une matière organique insoluble n'en vient pas provoquer la décomposition.

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