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EAUX POTABLES. — MATIÈRES ORGANIQUES

Aussi, malgré l'autorité d'un savant illustre, je ne saurais admettre qu'on peut affirmer qu'une eau qui contient des matières organiques doive se putréfier si on la conserve pendant une douzaine de jours dans une pièce chauffée. Cela est incontestable pour une eau contenant des matières organiques en suspension dans lesquelles se trouvent des ferments organisés et vivants; mais il en sera autrement pour la plupart des eaux si elles sont parfaitement limpides, les matières organiques étant dissoutes.

Des matières organisées vivantes dans les eaux potables. — Il est prouvé, par de nombreuses observations, que l'ingestion des ovules d'helminthes est un des modes de transmission de ces parasites dans le corps des animaux ou de l'homme, je n'insisterai point ici sur cet intéressant sujet qu'il me suffit de signaler. Les ferments organisés et vivants de la fermentation putride, les ferments spécifiques de la fièvre typhoïde, de la variole, de la rougeole, du choléra, de la fièvre jaune, etc., peuvent se trouver dans les eaux potables.

Des matières organiques en dissolution dans les eaux potables. — La limpidité la plus absolue n'est pas, comme nous l'a'vons dit, l'indice de l'absence de matières organiques dans les eaux potables. Bien qu'en général une eau limpide contienne moins de matières organiques en dissolution qu'une eau rendue trouble par la putréfaction de parties animales ou végétales, cependant il est des eaux de sources qui ne laissent rien à désirer pour leurs principales qualités et dans lesquelles un examen attentif décèle de notables proportions de matières organiques, et ce sont précisément celles que je considère comme les plus suspectes.

Les matières organiques contenues dans les eaux peuvent avoir des origines très-diverses; elles peuvent provenir de la décomposition spontanée d'animaux et de parties d'animaux, ou de végétaux et de parties de végétaux.

Ces décompositions peuvent s'opérer dans des conditions différentes qui doivent avoir une grande influence sur leur marche et sur la nature des produits.

Jusqu'ici on s'est préoccupé davantage de l'influence de matières animales en décomposition sur la qualité des eaux, et bien à tort, selon moi : elles communiquent, quand leur proportion est suffisante, des qualités organoleptiques qui les (ont repousser dans presque tous les cas, tandis <pie les eaux contenant certaines matières organiques provenant de la décomposition de parties végétales, peuvent encore conserver les principales qualités apparentes des eaux potables et altérer profondément la santé des populations qui boivent de ces eaux.

On a dit, et je suis porté à croire cette assertion exacte dans quelques cas, que les eaux chargées de matières organiques provenant de la

décomposition de matières animales, pouvaient déterminer des accidents diarrhéiques et dysentériques.

Pour la diarrhée, cette opinion repose sur un consensus unanime plutôt que sur des observations précises. On prétend que les nouveaux arrivés à Paris payent leur tribut à Peau de Seine, et Pon en trouve l'explication dans la présence d'une certaine quantité de matières organiques contenues dans cette eau. Sans nier cette influence, je dirai qu'elle se complique de beaucoup d'autres qu'il est bien difficile d'éliminer : changement de genre de vie, en arrivant dans la grande ville, changement d'alimentation, tout cela peut avoir une large part dans ces dérangements de digestion qui sont moins fréquents qu'on ne le dit, et qui arrivent peut-être aussi souvent pour les étrangers qui ne consomment pas d'eau de Seine que pour ceux qui en boivent.

Notons aussi, ce qui a une grande importance, que pour beaucoup d'individus et dans des circonstances très-variées, l'appareil digestif est d'une extrême sensibilité quand on vient à troubler subitement pour lui la loi de l'accoutumance, même pour des choses inoffensives et salutaires; la première influence est une révolte, un dérangement de fonction, puis tout rentre dans l'ordre. Je pourrais citer des faits nombreux qui ne s'expliquent bien que par cette hypothèse qui tend à innocenter les excellentes eaux de la Seine du tribut qu'on prétend qu'elles exigent des nouveaux venus.

Pour les dysenteries déterminées par l'usage d'eaux potables contenant des matières provenant de la décomposition des substances animales, les difficultés ne sont pas moins grandes.

M. Blondeau a bien annoncé qu'à Rhodez l'apparition de la dysenterie avait coïncidé avec l'usage de pareilles eaux; cette opinion étiologique s'accorde avec beaucoup d'autres faits contenus dans les auteurs. Quoi qu'il en soit, ma conviction est loin d'être complète. S*agit-il de la dysenterie épidémique et contagieuse, la question est bien autrement complexe, comme je le montre en discutant les causes de celte affection; s'agit-il de la dysenterie sporadique non contagieuse, tant de causes peuvent déterminer l'exsudation de sang par les intestins, qu'il faut toujours être en garde contre ces questions de coïncidence qui ont égaré tant de fois les observateurs les plus attentifs.

On a encore accusé l'usage des eaux potables contenant en dissolulion des produits de la décomposition des matières animales, de déterminer la fièvre typhoïde; mais c'est bien là que, selon moi, la réserve la plus extrême est nécessaire.

Iians presque tous les cas, la fièvre typhoïde se développe en dehors de tout usage de mauvaises eaux, et l'hypothèse qui explique le mieux les faits est celle qui consiste à admettre qu'elle est déterminée par des miasmes spécifiques agissant sur des individualités préparées à en rece-

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