‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 62 sur 371 · EAUX POTABLES. — BOUTON D'ÀLEP · texte numérisé non relu

EAUX POTABLES. — BOUTON D'ÀLEP

Le boulon d'Àlep se développe par un tubercule siégeant à la face ou aux extrémités, se transformant en un ulcère spécifique ; quelquefois il n'v a qu'un bouton, quelquefois il y en a quinze et môme quarante. La durée est d'un à quatre ans; le pronostic peu grave.

Le bouton d'Alep atteint tous ou presque tous les individus des localités où règne cette endémie; il apparaît habituellement chez les enfants d'un à trois ans, et semble, sous ce rapport, offrir une certaine analogie avec les croûtes de lait. Les étrangers qui viennent habiter ces localités en sont habituellement atteints dans le courant de la première année; quand ils quittent plus tôt les localités infectées, la manifestation n'a souvent lieu que longtemps après leur départ, ce qui prouve trèsnettement la nécessité d'une incubation plus ou moins longue.

Les récidives sont très-rares ; une première invasion préserve, non d'une manière absolue, mais préserve le plus souvent d'une nouvelle atteinte.

On prétend que le bouton d'Alep ne préserve pas du bouton de lîiskra; mais je n'oserais être affirmatif sur ce point. Si le fait était bien établi, ce serait une preuve en faveur de l'opinion qui veut que ces deux affections si voisines soient distinctes.

L'étiologie du bouton d'Alep est très-obscure. On a tour à tour accusé l'air, les saisons, l'élévation au-dessus du niveau de la mer; mais toutes ces causes peuvent facilement être écartées par une observation attentive.

Le bouton d'Alep n'est pas endémique dans certaines localités voisines d'Alep de quelques kilomètres, et l'air ne présente dans ces localités aucune différence appréciable.

Cette affection règne dans toutes les saisons à peu près indifféremment. On l'observe h Alep qui est élevé, et à Bagdad qui est dans la plaine.

Déjà, par la méthode d'exclusion, on est conduit à incriminer les eaux potables et à adopter ainsi une étiologie admise par le consensus des populations, et qui compte des autorités nombreuses, parmi lesquelles je me contenterai de citer Russel, Volney, Guilhon et M. Wiilemin, observateur aussi habile que consciencieux, qui a longtemps séjourné sur les lieux comme médecin sanitaire, et qui, à son retour en France, a publié sur ce sujet une excellente monographie. Je vais choisir parmi les preuves les plus nettes indiquées par ce judicieux auteur. Tous ceux, dit M. Willemin, qui boivent de l'eau du Coïck pendant un certain temps n'échappent point au bouton d'Alep ; ceux qui, dans la même localité, ne boivent pas de celte eau ne sont point atteints de l'endémie.

M. Willemin cite les habitants d'un harem qui s'abstenaient de l'eau suspecte et ne buvaient que de l'eau pure : tous étaient préservés.

Disons, en terminant, que. le bouton d'Alep nous offre, si l'on admet

l'hypothèse que nous venons de développer, le très-remarquable exemple d'une maladie spécifique ordinairement non susceptible de récidive, modifiant profondément l'économie déterminée par une substance ingérée.

Le bouton de Biskra, s'il n'est pas identique avec le bouton d'Alep, s'en rapproche beaucoup : on lui a donné ce nom, parce que cette affection règne endémiquement à Biskra ou Biskara, petite ville arabe, située à l'entrée du Sahara, à 160 kilomètres sud de Constantine. C'«st M. Poggioli (1) qui, un des premiers, a surtout appelé l'attention sur cette maladie cutanée qui, pour l'aspect extérieur, présente des rapports avec les huiles de pemphigus : elle se montre surtout à l'avant-bras et à la face ; sa durée est de trois mois ; l'endémie est limitée à une localité précise; mais aussi sa puissance est telle que presque aucun habitant n'y échappe, les noirs exceptés. On l'attribue à l'usage comme boisson de l'eau d'une rivière torrentielle, qui provient d'une plaine où se rassemblent les débris de plus de cent mille palmiers. Il est très-probable que ce sont les matières organiques provenant de la décomposition de ces débris, sous l'influence des sels en dissolution, qui donnent à ces eaux cette remarquable propriété. Le bouton de Biskra peut se transmettre par inoculation.

Je suis convaincu qu'il est beaucoup d'autres affections, avec manifestations du côté de la peau, qui pourraient être attribuées à l'usage ordinaire de mauvaises eaux, mais c'est un sujet que l'observation n'a point encore suffisamment éclairé.

Page 1