‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 64 sur 371 · EAUX POTABLES. - EAUX DE SOURCES · texte numérisé non relu

EAUX POTABLES. - EAUX DE SOURCES

agréables à boire; 3° souvent de sourdre d'un lieu plus élevé que les villes aux besoins desquelles elles sont destinées, on n'a pas alors ce continuel embarras des appareils mécaniques destinés à les élever.

Quand on adopte les eaux de sources pour une distribution d'eau dans une ville, on doit prendre en considération leur abondance, nonseulement pour les besoins présents, mais pour des besoins qui s'accroissent avec les progrès de l'industrie et du bien-être général.

Si l'on emploie des tuyaux, et surtout d'une grande étendue, pour leur distribution, on ne doit jamais perdre de vue leurs propriétés incrustantes ; si, comme les eaux d'Arcueil, elles contiennent plus d'un demi-gramme de bicarbonate de chaux, on doit songer à l'incrustation; on doit prévoir aussi la formation de concrétions ferrugineuses, comme cela s'est montré pour les sources de Grenoble.

Les eaux des sources sont ordinairement plus chargées en matières tix.es que les eaux des fleuves; quand ces eaux sont agréables à boire et que ces matières consistent en bicarbonate de chaux sans matières organiques, et qu'elles renferment de l'oxygène, il n'y a, sous le point de vue de la santé de l'homme et des animaux, qu'à s'en applaudir; pour les usages économiques et industriels les eaux plus légères des fleuves sont préférables quand elles sont filtrées, mais si les eaux des sources renferment des matières organiques et qu'elles soient à la fois privées d'oxygène, c'est surtout de ces eaux qu'il faut se défier, malgré les bonnes apparences qu'elles présentent.

On comprend que les eaux des sources proviennent d'infiltration dans les terrains plus élevés que le niveau d'émergence de la source; si ces terrains comprennent des marais et marécages, il est bien évident que les eaux des sources seront alimentées par ces eaux de marais filtrées. Suivant la nature des matières végétales qui se putréfieront dans ces marécages, ces eaux de sources pourront être ou salubres ou de la plus mauvaise qualité. Que de difficultés ! que d'inconnues dans cette question aussi complexe que celle des effluves maremmatiques ! Aussi je suis convaincu que je donne un avis sage en conseillant de n'adopter pour une distribution publique une eau d'une source, que lorsqu'une enquête sévère aura prouvé qu'elle n'a exercé aucune influence nuisible sur les populations qui en ont habituellement fait usage, et la chose sera mieux étudiée si l'on peut faire remonter les observations de cet usage salubre à plusieurs générations. Je place cette enquête bien au-dessus de l'analyse chimique, quelque exacte qu'elle nous paraisse. Si l'on demande à un chimiste d'analyser l'air, il vous dira exactement sa teneur en oxygène, azote, acide carbonique, vapeur d'eau, matières organiques même; mais si vous lui demandez de vous dire si ces matières organiques de l'air contiennent des miasmes varioleux, scarlatineux, etc., il confessera son impuissance ; eh bien ! il

se trouve aux prises avec des difficultés du même ordre, lorsqu'il analyse une eau potable contenant des matières organiques.

Les recherches si intéressantes de M. Lefort nous ont montré que les eaux des sources s'aéraient très-vite et absorbaient de l'acide carbonique et du gaz oxygène avec une grande facilité. Ce fait a, selon moi, une grande importance, car les eaux de sources qui doivent traverser un long parcours peuvent ainsi être aérées et se rapprocher sous ce rapport essentiel des eaux courantes. Tout me porte à croire que les matières organiques nuisibles qu'elles pourraient contenir seraient modifiées, mais j'avoue que ce n'est là qu'une présomption très-probable pour laquelle j'invoque des preuves précises.

Les eaux des fleuves et rivières, si je m'en réfère à celles étudiées dans l'Annuaire des eaux de la France, sont généralement salubres (1) : elles contiennent un demi-gramme à peine de matières fixes, elles sont aérées, elles renferment un air plus riche en oxygène que l'atmosphère; les matières organiques qu'elles contiennent ne paraissent pas nuisibles, mais leur composition peut légèrement varier selon l'étiage, ce n'est là que le plus petit inconvénient qu'elles présentent. Leur filtrage est indispensable, cette opération est embarrassante quand à l'époque des crues elle est plus nécessaire, il faut pour les élever et faciliter leur distribution une dépense de forces qui se traduit en dépense d'argent. Pour les employer, il faut les refroidir pendant l'été. Je sais bien que ces résultats peuvent être facilement obtenus, mais n'oublions pas, comme L'a si bien dit M. Robinet, que l'ouvrier et le pauvre n'ont pas de filtre pour dépurer et de cave pour rafraîchir leur eau.

Les eaux des canaux contiennent ordinairement plus de matériaux fixes que les eaux des fleuves; elles renferment aussi plus de matières organiques; mais, comme pour les fleuves, aucune observation n'indique que ces matières organiques soient nuisibles. Leurs eaux, moins chargées de limons, se prêtent beaucoup mieux que celles des fleuves à un filtrage régulier.

Les eaux des puits des villes anciennes se ressemblent beaucoup. Les plâtras qui forment les remblais donnent des eaux d'infiltration presque saturées de sulfate de chaux; elles contiennent, en outre, les produits ultimes de décomposition des matières organiques parmi lesquelles on trouve des azotates et des sels ammoniacaux qui proviennent, comme cela arrive pour certains puits de Paris, de la fermentation putride des corps inhumés dans les cimetières et des amas d'immondices jadis accumulés aux extrémités de la ville; elles renferment, en outre, des

(I) Cotte règle doit comporter l'ion peu d'exceptions, mais ne la donnons pas comme absolue, rappelons-nous l'eau du Coïck que l'on boit à Alcp.

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