‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 67 sur 371 · EAUX POTABLES. - CLARIFICATION · texte numérisé non relu

EAUX POTABLES. - CLARIFICATION

venons de citer, et il est arrivé aux résultats que voici : « Pour une limpidité approximative, cinq ou six jours suflisent; mais ce n'est qu'après neuf ou dix jours que le liquide est entièrement dépouillé de toute matière en suspension. »

Il est des eaux que le repos le plus prolongé ne débarrasse jamais complètement des substances qui en troublent la limpidité : telles sont 1rs eaux blanches de Versailles, qui doivent leur teinte laiteuse à leur contact avec les couches de marne calcaire.

Ainsi, en dernière analyse, disons, avec M. Arago, que « le repos ne pourrait donc pas être adopté comme méthode définitive de clarification de Veau destinée à V alimentation des grandes villes»; mais ajoutons avec lui : « Il peut, toutefois, être considéré comme un moyen de la débarrasser de tout ce qu'elle renferme en suspension de plus lourd et de plus grossier. C'est sous ce point de vue seulement que des bassins, que des récipients de dépôt, ont été préconisés et établis en Angleterre et en France, et qu'ils y rendent de grands services. La filtration serait impossible sans eux dans les crues. »

Alun. — Les Chinois emploient l'alun de temps immémorial pour précipiter les matières en suspension dans les eaux potables. Quand l'alumine et le carbonate de chaux dominent dans les dépôts, ainsi que cela se voit pour la Seine à l'époque des crues, l'addition d'une petite quantité d'alun opère rapidement la clarification du liquide; ce sel se transforme en sous-sulfate d'alumine et sulfate de potasse, et donne lieu à du carbonate de chaux qui se dépose en partie et en partie se dissout ; si la proportion d'alun est convenable (0gr,l suffit pour 1 litre de liquide), on n'en trouve plus de traces dans l'eau clarifiée, non plus que de carbonate calcaire. Toutes les matières qui peuvent altérer la limpidité du liquide, telles que le sable fin et la glaise, se trouvent entraînées sous forme de stries longues et épaisses pendant la précipitation des sels insolubles résultant de l'addition du sel. Il est évident que, employé dans les conditions que nous venons d'indiquer, l'alun ne peut avoir aucun effet fâcheux pour la santé, et que l'administration peut en tolérer l'emploi pour la clarification de l'eau, mais seulement dans les établissements où il lui est possible et facile de le surveiller.

Filtration. — Nous étudierons d'abord la filtration naturelle, puis les filtres artificiels, les matières employées et le dispositif des filtres.

Filtration naturelle. — Elle fut mise en pratique avec succès à Toulouse pour filtrer les eaux de la Garonne. On puisa l'eau du fleuve dans un banc d'alluvion formé au pied du cours Dillon. Trois vastes tranchées furent ouvertes successivement dans ce banc formé de sable et de gravier, et c'est au fond et à la tête de ces tranchées que l'on établit les tubes aspirateurs des machines.

Watt établit également à Glascow un système de filtration naturelle.

Le grave inconvénient de ce mode c'est que le débit de l'eau filtrée diminue progressivement et d'autant plus vite que les eaux à épuiser sont plus limoneuses.

Filtration artificielle. — Les matières employées dans la liltration artificielle sont les pierres poreuses, les grès, les sables de différentes grosseurs, les éponges, la laine, le charbon.

Le charbon a été vanté par Smith pour enlever aux eaux potables leur mauvaise odeur. Cette propriété est incontestable, mais la puissance du charbon est bornée quand les eaux sont très-chargées de matières, et elle s'épuise promptement. Comme matière filtrante le charbon est très-imparfait (voy. p. 161), il est important qu'il soit associé à des matières retenant mieux que lui les substances en suspension, et dans cet ordre le grès très-fin, les éponges, la laine, doivent être préférés. Des couches suffisantes de grès fin donnent de l'eau parfaitement limpide, le grès est inaltérable, c'est encore un incontestable avantage. La laine a été employée par Souchon. Soubeiran a vu qu'il convenait de la rendre inaltérable en la teignant en noir à l'aide du tannate ferrique. Les filtres montés avec la laine débitent beaucoup d'eau limpide et se nettoient facilement; il en est de même des éponges comprimées. Le grès, les éponges, peuvent être associés dans un même filtre.

Filtres Fonvielle. — MM. Fonvielle et Barraut ont eu l'excellente idée d'opérer la filtration dans des appareils parfaitement clos, sous une pression d'une ou deux atmosphères. On obtient ainsi une grande masse d'eau clarifiée pour une surface filtrante peu étendue. Ce premier progrès en réclamait un autre, le nettoyage facile du filtre, il a été réalisé de la façon la plus heureuse, comme M. Arago l'a constaté dans son rapport (Compt. rend. Acad. se., t. V, p. 190). « L'eau alimentaire peut être dirigée à volonté au moyen de robinets, de haut en bas ou de bas en haut, et même, dans les deux sens à la fois. Dans ce dernier cas, les deux courants contraires donnent lieu à des chocs, à des secousses brusques, à des remous, qui opèrent le dégorgement et le nettoiement du filtre avec une promptitude, une facilité et une perfection qui tiennent du prodige. Pour procéder à cette opération, l'ouvrier ouvre tout à coup, simultanément ou presque simultanément, les robinets des tuyaux qui mettent le dessus cl le dessous de l'appareil en communication avec le réservoir élevé ou avec le corps de pompe qui renferme l'eau alimentaire. Le filtre se trouve ainsi traversé brusquement et en sens opposés par deux forts courants, dont l'effet nous semble pouvoir être assimilé à celui qu'une blanchisseuse fait éprouver au linge qu'elle manipule; ces courants, en tout cas, ont certainement la propriété de détacher du gravier filtrant des matières terreuses qui, sans cela, y seraient restées adhérentes. »

Filtres en pierre poreuse. — Excellents petits appareils, donnant

Page 1