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EAUX POTABLES. - FILTRATION. DISTRIBUTION

facilement de l'eau limpide mais en petite proportion. M. Lefort a vu qu'après la liltration l'eau était moins riche en acide carbonique. Les filtres en pierre poreuse, pour fournir de l'eau irréprochable, doivent être régulièrement et attentivement nettoyés. Je dois ajouter que je regrette infiniment de voir les constructeurs adopter le plomb pour former le tuyau qui sert à faire communiquer avec l'air extérieur le réservoir d'eau filtrée; il leur serait si facile de le remplacer par un petit tube de verre; il est vrai qu'ils l'isolent par du mastic, mais il est arrivé que des ouvriers ont eu la malheureuse pensée de filtrer, au lieu d'eau, des boissons destinées à remplacer le vin. Ces liquides acides attaquèrent le tube de plomb, et déterminèrent des accidents saturnins chez tous ceux qui ont fait un usage continu de ces boissons.

Distribution de Veau dans les villes. — Une foule de questions importantes surgissent à propos de la distribution des eaux dans les grandes villes, les principales se rapportent (après celle de la qualité et de la quantité) aux réservoirs et aux tuyaux des conduits. Beaucoup de villes ont employé sans inconvénient, pour la distribution, des réservoirs de plomb et des tuyaux du même métal; nous renvoyons, pour traiter cette question, à l'article général que nous consacrerons au plomb. Rappelons cependant que l'eau distillée et plusieurs autres sortes d'eau potable dissolvent une petite proportion d'un composé plombique quand elles sont renfermées dans un réservoir fait avec ce métal. Quand on distribue dans une ville une eau potable, il faut penser à l'incrustation des tuyaux. Quand ces eaux sont incrustantes, comme celle d'Arcueil à Paris, les tuyaux s'oblitèrent et le débit diminue progressivement. On admet que les eaux qui renferment plus de 25 centigrammes de carbonate de chaux par litre peuvent être incrustantes. Dans les tuyaux de fonte il peut se produire des tubercules ferrugineux qui les obstruent. La formation de ces concrétions est favorisée par des eaux riches en bicarbonate de chaux et chlorure sodique, c'est aux soudures que se produisent ces concrétions; on les évite en recouvrant les tuyaux d'un enduit asphaltique.

On reconnaît généralement qu'une large distribution d'eau potable est pour une grande ville une condition absolue de salubrité. Les besoins industriels, le luxe des fontaines, les nécessités de l'arrosement pour abattre la poussière, raffraîchir pendant les chaleurs de l'été, exigent de grandes masses d'eau. L'eau abondante est indispensable pour assurer la propreté des habitations et des voies publiques. Mais à coté de besoins légitimes à satisfaire il faut redouter l'abus. L'eau largement employée pour enlever les débris divers, c'est un moyen très-énergique d'entraîner a la mer ce qu'il y a de plus précieux, la gadoue, les engrais, qui, en assurant la fertilité de la terre, combattent le plus grand ennemi de l'homme, la misère. Dans les habitations privées, quand les travaux de

distribution des eaux sont imparfaits, c'est une grande cause de détérioration des maisons, et aussi une cause d'insalubrité de premier ordre en maintenant dans les murs une continuelle humidité. Une propreté radicale peut être obtenue dans les habitations particulières à l'aide de très-peu d'eau, en substituant aux dalles des parquets bien tenus, et eu nettoyant les pièces dallées non à grande eau mais avec des éponges et du grès.

Eaux de Paris. — En 1854, Paris ne disposait par jour que de 118 000 mètres cubes d'eau, 100 000 provenaient du canal de l'Ourcq.

En 18G8, Paris disposait de 213 000 mètres cubes d'eau pour une population de 1 G00000 habitants : c'est environ 139 litres par habitant.

En 1877, ce volume des eaux mis à la disposition des habitants de Paris était de 370 000 mètres cubes par vingt-quatre heures.

Quand tous les travaux seront terminés le chiffre par habitant sera porté à 200 litres. Voici par quelles ressources on doit arriver à ce résultat :

1° Régularisation d'augmentation du débit du canal de l'Ourcq;

2° Pompes à feu sur la Seine en amont de Paris;

3° Usine hydraulique utilisant les chutes de la Marne pour refouler l'eau dans le canal de l'Ourcq pendant les basses eaux:

4° Puits artésiens ;

5° Eaux des sources Arcueil, Belleville, Ménilmontant ;

6° Dérivation des sources de la d'Huis et de la Vanne.

Des moyens à mettre en usage pour employer sans danger les eaux douteuses ou insalubres. — J'arrive à la question difficile, mais aussi très-intéressante, qui se rapporte aux moyens qu'on doit mettre en usage pour employer sans danger des eaux douteuses ou insalubres. Il ne s'agit ici que des eaux qui ne contiennent ni des sels en quantité suffisante pour en altérer la saveur, ni des principes minéraux toxiques, comme l'acide arsénieux, dont notre confrère M. Tripier a le premier signalé l'existence dans certaines eaux de sources de l'Algérie.

La purification des eaux douteuses ne doit avoir que de rares applications : lorsqu'il s'agira de troupes en campagne, de localités dont les sources sont taries par les sécheresses, et qui n'ont à consommer que des eaux de mares ou de marécages, etc. Ce mode de purification devra ('■gaiement s'appliquer dans les contrées envahies par les endémies déterminées par l'usage de mauvaises eaux.

L'aération préalable me paraît une excellente chose. Déjà .M. Maurice Laschi(l) l'a employée avec succès pour purifier les eaux fournies par les puits artésiens de la ville de Venise.

(I) Le môme auteur a publié un opuscule intéressant sur un procédé ù mettre en usage pour améliorer les eaux calcaires en général et celles du canal de l'Ourcq en particulier. Ce procédé consiste dans l'emploi, on proportion déterminée et facile à régler, de chaux caustique pour précipiter le bicarbonate de ebaux en dissolution dans

L'air introduit dans cette eau a pour effet, non-seulement de chasser les gaz nuisibles ou douteux, comme l'hydrogène protocarboné, mais encore de précipiter une partie des matières organiques solubles.

Cela fait, on procède à la filtration à l'aide des moyens connus, puis à une aération nouvelle.

Je n'oserais affirmer que l'eau ainsi traitée sera toujours salubre dans les conditions les plus variées; c'est à l'expérience à prononcer.

Mais voici un procédé qui a pour lui l'autorité d'une longue observation, et qui s'accorde complètement avec l'hypothèse que j'ai développée sur les causes d'insalubrité des eaux.

On sait que la température de l'ébullition modifie profondément les propriétés spécifiques des matières organiques agissant comme ferments.

L'ébullition de l'eau doit donc être un moyen efficace de purification.

Mais comme l'eau bouillie est peu agréable à boire, il faudra imiter les Chinois, qui, n'ayant bien souvent que de l'eau suspecte à leur disposition, ne l'emploient pour boisson qu'après l'avoir fait bouillir avec du thé.

Il est bien certain qu'au lieu de thé on peut employer le café, comme cela se pratique déjà avec tant d'avantage dans un grand nombre de localités africaines.

Je suis convaincu que certains des principes immédiats contenus dans le thé et le café peuvent utilement concourir avec l'ébullition à la purification de l'eau.

Peut-être dans notre Europe les malaisés, qui ne sauraient se procurer de thé ou de café pour cette consommation usuelle, pourraient-ils les remplacer par des plantes communes, parmi lesquelles je citerai les racines de fraisier, les feuilles de houx, de chêne, de saponaire, de sauge, de mélisse, de thym, de serpolet, de petit-chêne, etc., les coques de cacao.

Dans l'état présent de la science, je considère le procédé de purification des eaux potables suspectes par ébullition et infusion avec du thé ou du café, comme le plus rationnel et le mieux éprouvé : si au préalable on peut les aérer et les filtrer, on ajoutera une garantie de plus.

Conclusions. — Je désigne sous le nom d'eaux potables toutes les eaux naturelles agréables à boire. On ne peut jusqu'ici se prononcer avec certitude sur leur salubrité que par l'observation de la santé des populations qui en ont fait un long usage. Dans l'état présent de la science,

leau. Ce procédé peut rendre de grands services pour prévenir les incrustations des chaudières à vapeur et dans les industries qui se rapportent au blanchiment du linge ou a la teinture.

BOUCH VRDAT. — HYGIÈNE. |;j

on peut avoir les plus grandes présomptions en faveur d'une eau potable qui contient suffisamment de gaz oxygène dissous.

Les eaux potables dont l'usage continu détermine des endémies ne doivent leurs propriétés nuisibles, ni à la présence, ni à l'absence d'aucun corps chimiquement défini. (J'en excepte l'acide arsénieux ou d'autres poisons, et peut-être aussi la silice en excès, qui peut rendre fréquentes les caries dentaires.)

Les eaux potables dont l'usage continu détermine la formation du goitre endémique, et par filiation celle du crétinisme, renferment en dissolution des matières organiques provenant de la décomposition de certaines parties végétales en présence de terrains dolomitiques ou des principales espèces minérales qui constituent ces terrains.

Ces eaux proviennent le plus souvent d'étangs, de mares, de marécages, de flaques d'eau qui, s'infiltrant dans le sol, peuvent constituer les sources d'eaux limpides des régions plus déclives.

Une eau potable suspecte peut être bue sans inconvénient en la faisant bouillir, puis infuser sur du thé ou du café, ou des coques de cacao, ou d'autres produits végétaux ayant sur l'eau bouillante la même action.

Aliments complexes fournis par le règne animal.

Les aliments animaux sont, selon nous, pour l'homme, des aliments complexes : ils renferment bien tous les matériaux alimentaires indispensables pour constituer pour lui un aliment complet, mais ils ne s'y trouvent pas en proportion convenable ; les aliments de calorifîcation, et surtout les matériaux glycogéniques, y sont en trop faible proportion. Ce n'est que dans des conditions exceptionnelles que nous exposerons plus loin qu'on peut les considérer comme des aliments complets. On m'objectera que les carnivores se contentent exclusivement d'une alimentation animale. Ce régime est beaucoup plus facile pour les carnivores à sang froid de température variable, tels que les serpents, les poissons carnivores. Les mammifères qui ne se nourrissent que d'autres animaux recherchent le sang, qui renferme les sels qui leur sont indispensables; la graisse, qui est un aliment de calorification riche, et le foie, qui renferme beaucoup d'aliments de cet ordre. Ces animaux à sang chaud carnivores sont habituellement pourvus d'une fourrure épaisse qui les protège contre le froid, et pourvoit ainsi au déficit des aliments de la ealorification. Ce système pileux si développé est un moyen énergique d'élimination des substances épidermoïdales, qui constituent un résidu important de la destruction des matières albuminoïdes dont le sang doit être débarrasse. L'alimentation animale exclusive exige une consommation plus grande, et, pour cer-

ALIMENTS FOURNIS PAR LES ANIMAUX. 195 tains animaux, la nécessité d'un exercice plus énergique pour détruire les graisses, pour modifier, dédoubler les principes immédiats azotés. D'après ces vues, on pourrait conclure que l'homme n'est point Carnivore : la fourrure lui manque, le renouvellement des matières épidermoïdales est borné; il a besoin d'aliments de calorification facilement modifiables, tels que les principes immédiats glycogéniques associés aux corps gras. Cependant l'alimentation animale exclusive peut, pour un certain temps, dans certaines conditions, n'être pas insuffisante pour l'homme. Cela est généralement admis et est peut-être exact. J'avoue cependant que cette question a besoin pour moi d'être éclairée par des expériences précises, et je pense qu'il faut mettre quelques restrictions pour ce qu'il y a de trop absolu dans cette proposition. Je sais bien qu'on me répondra : Certaines peuplades jetées sur un littoral aride et stérile, ou bien plus favorablement installées, mais inhabiles à cultiver le sol, se sont nourries ou se nourrissent même exclusivement de poissons. Les habitants des Hébrides, au voisinage de l'Écosse, étaient anciennement carnivores; ceux du golfe Persique et des bords de la mer Rouge le sont encore aujourd'hui; il en est de même des Samoyèdes, des Ostiaks, des Kamtchadales, des Esquimaux, des Groenlandais, etc. (P. Bérard, Physiologie, 1. 1, p. 567).

Les Esquimaux se nourrissent, dit-on, exclusivement de poisson cru et surtout de graisse de poisson. Ce seul aliment est pour eux restaurant et salutaire.

Le Quarterly Review rappelle l'histoire de ce jeune Esquimau dévoué de l'expédition de Hall. Après la mort de Hall, il nourrit l'équipage des produits de sa chasse. On transporta Joë en Angleterre. Mis au régime des côtelettes, il tomba dans le marasme. Une nouvelle expédition le ramena sur les côtes du Groenland. « Aussitôt que je mangerai du veau marin, dit-il, je serai sauvé. » Cette chair et de la graisse de baleine furent données à ce pauvre garçon, et il fut bientôt rétabli. Cette nourriture, contenant beaucoup de graisse, est indispensable aux Esquimaux. (Revue scientifique du 30 juin 1877, Dr Rinck.)

Ces exemples ont une grande valeur ; mais je ne puis m'empêcher de me demander si, dans ces faits généraux, il n'y aurait pas quelque inconnue qui aurait échappé à l'attention des voyageurs. On comprend cependant, sans peine, que l'alimentation animale exclusive puisse n'être pas insuffisante pour l'homme, surtout si, comme Liebig l'assure dans ses Nouvelles Lettres, d'après le témoignage des voyageurs, les peuplades carnivores recherchent de préférence la graisse des animaux dont ils se nourrissent.

Ce qui m'a rendu toujours très-circonspect avant d'admettre pour l'homme la possibilité d'une alimentation animale exclusive, surtout

lorsque la viande est cuite et maigre, ce sont les difficultés considérables que j'ai éprouvées pour régler le régime des glycosuriques.

Lors de mes premières recherches, avant 1838, j'avais adopté pendant quelque temps cette alimentation animale presque exclusivement. L'expérience m'a bien vite forcé à reconnaître que, pour ces malades, cette alimentation, longuement continuée, devenait insuffisante, et qu'il fallait absolument faire intervenir dans l'alimentation des glycosuriques des aliments riches en matériaux de calorification. On me dira sans doute, et je suis loin de méconnaître la puissance de ces objections : Les individus sur lesquels vous avez essayé l'alimentation animale exclusive étaient des malades ; leurs habitudes, dont vous avez vous-même reconnu la toute-puissance, leur rendait l'alimentation mixte indispensable. Toujours est-il qu'avant d'admettre définitivement que l'alimentation exclusivement animale n'est pas insuffisante pour l'homme, je serais satisfait de voir exécuter des expériences précises.

Considérée sous un autre point de vue, l'alimentation animale exclusive présente des inconvénients qui sont bien résumés dans ces paroles adressées par un chef américain aux hommes de sa tribu. Les voici telles que les rapporte Crèvecœur : « Ne voyez-vous pas que les blancs vivent de grains, tandis que nous vivons de viande? que la viande exige plus de trente mois pour pousser, et qu'elle est souvent rare? que chacun des grains merveilleux qu'ils sèment dans la terre leur rend plus du centuple? que la viande a quatre jambes pour se sauver, tandis que nous n'en avons que deux pour l'attraper? que les grains restent el poussent là où les blancs les sèment? que l'hiver, qui est pour nous le temps des chasses pénibles, est pour eux le temps du repos. C'est pour cela qu'ils ont tant d'enfants et qu'ils vivent plus longtemps que nous. Je le dis donc à tous ceux qui m'entendent, avant que les arbres sur nos cabanes aient péri de vieillesse, avant que les érables de la vallée cessent de donner du sucre, la race des petits semeurs de blé extirpera la race des mangeurs de viande, si ses chasseurs ne se décident pas à semer. »

L'homme est granivore et frugivore, ou plutôt omnivore, d'après ses dents, d'après son appareil digestif. Concluons en disant : L alimentation mixte végétale et animale est celle qui s'adapte le mieux à l'organisation de, l'homme, qui est la plus favorable à la conservation de sa santé, à sa longévité. Ce qui lui convient, c'est d'user de tous les aliments avec mesure el discernement, suivant les conditions dans lesquelles il se trouve placé.

Quelle est, pour le physiologiste et pour le chimiste, la ration nécessaire de matières azotées pour un homme adulte? On admet généralement que la ration alimentaire de vingt-quatre heures d'un homme

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