POISSONS
ferme que 77 environ; elle paraît également renfermer un excès de tissu à gélatine. Comme aliment de force, le poisson le cède évidemment à la viande, la clinique hygiénique le démontre; mais il n'en est pas moins certain qu'intervenant dans l'alimentation pour une proportion modérée, les poissons constituent une ressource excellente. Certains d'entre eux sont d'une digestion difficile, soit par insuffisance de mastication, soit par un excès de corps gras, soit par une prédominance des tissus à gélatine, soit par des principes spéciaux qui s'y développent à certaines époques. On a observé que les individus qui supportent mal les aliments liquides digèrent difficilement les poissons. Les goutteux, les personnes qui ont des manifestations morbides du côté de la peau, i doivent en user sobrement.
Effets aphrodisiaques. — Ces effets de l'alimentation par les poissons
■ sont admis par un consensus unanime, sans preuve bien précise. On
■ peut cependant supposer avec quelque vraisemblance que les laitances de poisson puissamment assaisonnées jouissent de propriétés aphrodi-
s siaques. Les Grecs et les Romains de la décadence abusaient à la fois des poissons et des plaisirs vénériens ; les femmes kamtchadales, qui se nourrissent exclusivement de poissons, sont, assure-t-on, de vraies : bacchantes. Camille Allard a paru donner de la vraisemblance à ces remarques, en observant l'exaltation génésique de coqs nourris de poiss son. On dit encore que les populations du littoral de la Méditerranée : produisent par ménage 3,045 enfants, tandis que la moyenne de production des populations du Centre est de 2,867. Mais cette question -se complique de celle de l'aisance et de la facilité d'alimentation. Il faut être très-réservé avant de se prononcer sur ces problèmes complexes.
Endémies dues à V alimentation exclusive du poisson. — On a attribue plusieurs endémies, parmi lesquelles je citerai le lymphatismc, 1 I eléphantiasis, le scorbut, à l'usage dominant du poisson dans l'alimentation. Pour le scorbut, nous verrons plus loin que cette influence est tics-problématique; elle n'est guère mieux établie pour l'éléphantiasis. Clot-bey a observé, près de Damiette, des populations ichthyophages exemples d'éléphantiasis. On admet généralement que l'usage abusif des poissons peut déterminer des érysipèles, des érythèmes, des urticaires, ou d'autres manifestations du côté de la peau.
l'<nssons;leur rôle dans V alimentation des peuples. — Parlons d'abord •I- L'usage exclusif. Les ichthyophages de l'Inde étaient, d'après le journal de Néarque, des peuples grossiers et sans mœurs. Il en était de même des Moxos d'Amérique, des habitants de certaines îles de l'Océanie. Tacite disait, en parlant de la Germanie inférieure : « Quarum pars magna n feris barbarisque nationibus iticolyta, qviœ piscibus atque ovis avium vmuntur. » Ces appréciations peuvent être exagérées, et le retard de la
m MODIFICATEURS. - ALIMENTATION.
civilisation de ces ichthyophages peut tenir à des causes complexes qui n'ont pas été convenablement appréciées.
Poisson; son usage chez les anciens peuples. — L'usage du poisson chez les Egyptiens était prohibé par la religion : ils nourrissaient les poissons dans des étangs sacrés, sans y toucher ; mais Hérodote nous assure que le peuple s'en nourrissait, au grand scandale des prêtres. Les Juifs avaient également de la répugnance pour certains poissons. Moïse défend l'usage des poissons sans écailles et sans nageoires ; nous verrons plus loin que ce sont les plus indigestes. Les poissons n'étaient pas offerts en sacrifice : c'était l'aliment du bas peuple, les pêcheurs, les derniers des citoyens; aussi, pour relever le prolétariat, c'est parmi eux que Jésus-Christ choisit ses disciples. Chez les Grecs, il y a eu plusieurs époques au point de vue de l'usage alimentaire du poisson. Ils n'en consommèrent point pendant les dix années que dura le siège de Troie. Platon conseille l'abstinence du poisson à la jeunesse. Les Grecs devinrent ichthyophages avec les progrès du luxe ; la mer Egée fut convertie en un vaste établissement de pêche. Synope et Byzance durent leur développement aux exigences de la consommation. Phyloxène, médecin de Cythère, a insisté sur la coïncidence de la dégradation des mdeurs et de l'usage excessif du poisson. Ces deux alternatives sur les poissons considérés comme aliment se reproduisent chez les Romains. Les fiers républicains en faisaient peu d'usage. « Piscis adhuc illi populo sine fraude natabat. Ostreaque in conchis tuta fuêre suis. » (Ovide, Fast. VI.) Avec le luxe de Rome se développa une passion furieuse pour les poissons. Un amiral fut chargé de peupler la mer de Toscane des scares de la Grèce. Ils empruntèrent les barques à réservoir des Ioniens. Les viviers marins de Lucullus sont décrits par l'histoire; on y élevait des murènes, des turbots, des soles et des daurades.
Par l'abstinence du carême le christianisme étendit et régularisa l'usage du poisson ; mais on doit dire qu'aux époques où ces règles furent tracées, le peuple ne consommait pas plus de poisson que de viande. Dans l'ordre de Clteaux et chez les Maronites, l'usage du poisson (fluviatilis vel niarinus) était très-limité. Cette sage réserve ne prévalut pas toujours : les désordres des moines coïncidèrent avec un usage considérable du poisson. C'est par suite d'une réaction poussée à ses dernières limites que le régime alimentaire des trappistes fut réglé.
Ce que nous savons de la nation piscivore moderne confirme bien ce queje viens d'exposer. La Chine ne consomme presque pas de viande de boucherie; son alimentation animale consiste surtout en poissons, en volailles et en porcs. Ajoutons à cela Le riz, le thé et les produits d'une admirable culture maraîchère. La Chine agricole est peuplée d'une nation bonne, douce, hospitalière, travailleuse, mais sans énergie, avec un état stationnaire des plus étonnants. Faut-il apercevoir l'influence