POISSONS VÉNÉNEUX
indigestions, des diarrhées alimentaires. Les études sur les digestions, qui me sont communes avec Sandras, rendent un compte très-net de ces effets. La plupart de ces poissons gras appartiennent au genre Murwna : L'anguille (M. Anguilla), les prêtres musulmans la prohibent, les Groenlandais en redoutent l'usage; la murène (M. Helena); le congre, anguille de mer (M. Conger), sa chair est commune et lourde : on a signalé des empoisonnements aux Antilles par son usage. Notons encore des poissons recherchés, la lamproie d'eau douce [Petromyzon fluviatilis) et la lamproie de mer (P. marinus).
4e Classe. — Poissons vénéneux. — On range dans cette classe des poissons qui sont quelquefois vénéneux. C'est surtout dans les mers intertropicales qu'on observe les empoisonnements par les poissons. Les symptômes de ces empoisonnements ont été décrits avec soin par plusieurs médecins habiles de l'armée navale ; ils nous ont fait connaître les espèces dangereuses, les conditions dans lesquelles elles le deviennent. Depuis quelques années cette partie de la pathologie alimentaire a fait de notables progrès. En France, nous n'avons pas de poissons vénéneux; on rapporte de temps en temps des accidents déterminés par les œufs de gros barbeaux ou de brochets.
Voici la liste des principaux poissons vénéneux (1) :
A. Poissons regardés généralement comme vénéneux. — Melette vénéneuse (Meletta venenosa, Val.), cailleu-tassart (M. Thrissa, V.), grosse sphyrène (Sphyrœna caracula, Cuv.), bécune (S. Becuna, Lac), fausse carangue (Caranx fallax, Cuv.), scare capitaine (Scarus capitai< eus, Cuv. ) , diodon orbiculaire (D iodon orbicularis, Bloch), gnéion tacheté (Gneion maculatum, Bibron), toadfish du Cap, ostracions ou coffres.
B. Poissons vénéneux dans des conditions spéciales. — La vieille (Ba- Ustes uetula, L.), le congre (Murœna Conger), congre vert (M. major subolivacea), trachinote glauque (Trachinotes glaucus), carangue jeune {Scomber Carangus), lune {Tetraodon oc cellatus), petite orphie {Esox marginattis), grande orphie (E. brasiliensis), perroquet (Aurata Psittacus), vive (Trachinus Draco).
Plusieurs autres poissons ont été encore cités comme ayant produit des accidents toxiques, la bourse, la barbianne, labannette, le coulirou, et, dans des conditions exceptionnelles, le maquereau et le hareng.
Selon Dormay, dans les Antilles, la barbianne vive, la bécune tassart sont consommés journellement et sont d'un goût exquis. Lorsqu'ils causent des accidents, ce sont toujours les plus gros qui doivent être suspectés. De mars à septembre ces poissons ne déterminent aucun mal ; c'est aux environs de Noël que les empoisonnements sont signalés.
il) Fonssagrivos et Le Roy de Méricourt, Des poissons loxicophores des pays chauds (Ann. dhygiene, 1861). 1 1 '
Le coffre, qu'on nomme zinga, et qui ne diflère de VOstracion Iriqueter que par l'absence d'appendice corné à la tête, provoque souvent des accidents. La tête et la queue empoisonnent les chats. Le coulirou devient souvent toxique en vieillissant. C'est surtout à l'époque du Irai que ces poissons sont dangereux : les œufs de gros barbeaux et brochets déterminent des accidents comparables à ceux des poissons vénéneux ; le congre vert des Antilles empoisonne quand ses ovaires sont développés. Voici, selon Dormay, le tableau symptomatologique de ces empoisonnements. La rougeur de la langue est un phénomène constant ; la chaleur dans la région stomacale, 14 fois sur 19 ; des vomissements, 17 sur 23; de la diarrhée, 18 sur 23; des constipations consécutives, 12 sur 15. La dilatation des pupilles, 16 fois sur 17 ; de ïodontalgie, 17 sur 22. Des lésions de la vision consécutives, 3 fois sur 20; des douleurs articulaires, 18 fois sur 19; de la dysurie, 12 fois sur 19; des désirs vénériens, 8 sur 15; de la congestion utérine, 4 fois sur 15. Du prurit, 14 fois sur 22 ; de l'éry thème, 11 fois sur 21 ; de l'exfoliation consécutive de l'épiderme, 5 fois sur 14; des démangeaisons à la gorge, 12 fois sur 16 ; de l'œdème et de Pérysipèle, 3 fois sur 24. Le pouls est dur, fréquent, ad ynamique. On observe le resserrement des sphincters, des ardeurs de vessie et du canal.
Essai hygiénique. — On a indiqué plusieurs caractères pour recon naître les propriétés toxiques des poissons vénéneux, voici les principaux. Un morceau de foie porté sur les lèvres y détermine un sentiment d'àcreté suivi de cuisson. Une cuillère d'argent noircit au contact du foie ou de la chair de ces poissons. Reconnaissons que ces signes peuvent faire défaut. Ce qui a plus d'importance, c'est lorsque des fragments de foie ou d'autres parties du poisson empoisonnent des poules, des chiens, des chats.
Autres causes d'empoisonnement par les poissons. — Outre les accidents que je viens de signaler, dus à la nature spéciale du poisson, il est encore d'autres causes que je dois rapidement noter.
L'altération spontanée des poissons a été regardée comme une grande cause d'insalubrité. Tissot et Fodéré rapportent des cas de mort par l'usage du poisson gcâlé. II peut y avoir de l'exagération dans ces faits mal observés. Ce qui est certain, cest que le poisson s'altère vite: il répand alors une odeur détestable et prend de l'àcreté. Quand on le conserve par de la glace, il se putréfie plus vite lorsque la température s'élève. Une ordonnance de police du 14 janvier 1807 prescrit do visiter le poisson mis en vente, et la saisie de celui qui sera gâté et corrompu. Une ordonnance de 1814 interdit les réserves.
Garus ou garum. — On donnait ce nom à une sauce préparée en salant, laissant putréfier et pressant les intestins des scombresetde l'anchois. Cette sauce était mentionnée par Sophocle; les dames romaines