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OUVRIERS FABRIQUANT LES DIVERSES PRÉPARATIONS DE PLOMB

Nous rangerons parmi ces ouvriers ceux qui fabriquent le blanc de

céruse, le minium, la mine orange, la lüharge, le chromalc de plomb.

I,nr£ ‘le a lie llmlur com-

{ ^ f*es les fabncanls des dieerses pi ciiaralioiis de plomb nai-

le docteur U. Francisco José Rages. Oaeeta med. de Madrid, ISül. ^ ' ‘

PnoUST, ilYGlÈNK.

Kl

242 L'HOMME CONSIDÉRÉ COMME INDIVIDU

La fnimcalinn de la cdruse a été considérée comme la principale cause (le l’inloxicalion saturnine. Aussi a-t-cllc été l’objet de toutes les plaintes et de tous les essais de perfectionnement.

Une Commission, composée de membres des Comités des arts el manufactures et d'iir/f/iènc publique, fut chargée d’étudier la question de la suppression de la fabrication et de l’emploi du blanc de plomb. Cette commission, dont M. Tardieu était le rapporteur, conclut qu’il n’y avait pas lieu d’interdire la fabrication de la céruse, ni son emploi dans les travaux de la peinture; mais qu’il importait d’assurer, à tous les ouvriers que la fabrication emploie, les bieniaits des perfectionnements déjà réalisés; et, dans ce but, le ministre prescrivit de préparer un règlement général applicable à toutes les fabriques, ainsi qu une instruction sur l’emploi de cette substance. 11 est à regretter que cette étude ait été abandonnée.

Dans un rapport lu à l’Académie des sciences le 19 décembre 1849, une commission composée de MM. Pelouze, Rayer et Combes, i apporteur, a conseillé les précautions suivantes :

La substitution des procédés mécaniques au travail manuel, dans les opérations où les hommes sont obligés de toucher ou de manier la

céruse; ,

L’intervention de l’eau dans la séparation des écailles et résidus de

plomb, la pulvérisation de ces écailles et le criblage qui le suit;

La substitution du moulage en prismes ou en briques à l’empotage

de la céruse broyée à l’eau ; . ,

Le broyage à Thuile dans la fabrique même, à l’aide d’appareils convenables, de la céruse qui subit cette manipulation avant d etre

mise en œuvre ; • , i •

La clôture, dans des chambres isolées des ateliei-s, do tous les mécanismes servant à la pulvérisation, au tamisage, au blutage à sec de la céruse, lorsque ces opérations sont indispensables.

On préviendrait l’issue de la poussière par les ouvertures nécessaires à l’introduction des matières et au passage des arbres de transmission du mouvement, par des courants d’air dirigés vers l’intérieur des chambres, qui seraient, à cet effet, surmontées d’un tuyau, en forme de ebcininéc, s’élevant au-dessus du toit, et eu faisant tourner les arbres de transmission dans des amicaux de matière élastique ou des bourrelets constamment humectés et fixés aux parois. Enfin, on complotera ces mesures par une ventilation très-active des ateliers et des précautions hygiéniques d’une observation facile aux ouvrici-s.

L’IlüMJIE AU POINT UE VUE DES PROFESSIONS.

(,cii.v-ci doivent avoir des vêtements spécialement consacrés aux heures de travail, restant à l’atelier, ainsi que des gants qu’ils mettront toutes les fois que cela sera possible.

11 faut défendre à l’ouvrier de quitter l’atelier sans s’étre livré à des ablutions dans lesquelles il entrera une solution d’acide sulfurique et sans avoir fait iisaye d’une brosse à dents. Enfin on a conseillé n’uc

ceux qui manient le blanc de plomb desséché fussent munis d’un respirateur.

L alimentation ainsi que le séjour des aliments dans l’atelier doivent être interdits.

Sans nous arrêter aux autres préparations, nous nous occuperons de la fabrication du chromalc de plomb. M. Thibaut, qui a observé un cas de mort a l’hôpital Saint-Louis, chez un de ces ouvriers, nous donne les renseignements suivants sur les procédés de travail usités.

1“ La ceruse est mise en proportion convenable avec la solution de cliiornate de potasse, puis tamisée.

2» 11 se répand dans l’almosphère une plus ou moins grande quantité de poussière de céruse. ° ”

5» L’ouvrier déLp-e la céruse avec les mains de manière à la réduire bouillie tres-claire. Les mains baignent ainsi durant une denii-

l’absorption par la peau devient alors

4» Cette bouillie est versée dans une chaudière contenant une solut.011 de chromate de potasse. On fait bouillir le mélange pendant une

heure environ, en ayant soin d’agiter avec un bâton. ^

5" La double décomposition opérée, on décante le chromate de plomb qui s est précipité, on l’etend sur des planches de plâtre destinées à lui n e,c, „„„ grande partie de l’eae ,„'il pai, oXZ uZ

. lendu aur des feuilles de papier, pour achever la dcssiccalioii.

Les fabricants crojent nécessaire, en niilcf. • ■ ■

volai : ï- 1 “b.nel aUeuaiil à réluve, doime lieu à eue

J'ab ™ ùr C’esl là eue nouvelle source

ausoiption de poussière nuisible.

L’IK^ME CONSIDÉUÉ COMMK INÜIVIOL'.

TRAVAUX PROFESSIONNELS DANS LESQUELS LE PLOMB EST EMPLOYÉ ES SATURE OU SOUS FORME DE PRÉPARATIONS DIVERSES

Ouvriers des fabriques de plomb de chasse. Étameurs.

Fondeurs de caractères.

Imprimeurs.

Lapidaires.

Tailleurs et polisseurs de cristaux.

Ouvriers des manufactures de glaces.

■Potiers de teiTe.

Faïenciers.

Porcelainiers.

Verriers.

Vitriers.

Fabricants de potées d’étain.

— d’émaux de toute nature.

Ouviûers travaillant à la contre-oxydation

du fer.

Fabricants de verre mousseline.

Doreurs sur bois et sur laque.

Teinturiers employant le sucre de plomb. Ouvrieis préparant certains vernis (noir d’imprimerie).

Peintres en bâtiments.

— en voitures.

— de décors, lettres et attributs.

— sur porcelaine.

Peintres et vernisseurs sur métaux.

Broyeurs de couleurs.

Fabricants de papiers peints.

— de cartes d’Allemagne.

Fabricants de cartes glacées.

Dessinateurs en broderie.

Ouvrières en dentelles.

— en soie.

Couturières.

I Ouvriers travaillant l’alpaga anglais.

— — aux boites de conser-

ves de la marine.

Chauffeurs et mécaniciens.

Ouvriers travaillant aux métiers à la Jacquart.

Fabricants de bâches.

Cardeurs de crin.

Tisseuses de colon.

Dévideuses de laine colorée en orange.

Pharmaciens.

Gantiers.

Parfumeurs.

] Fabricants de cosmétiques.

Ceinturonniers.

Affineurs.

Marteleurs de jjlomh Fondeurs de. plomb.

Fabricants de soldats de lomb Fondeurs de cuivre.

Fondeurs de bronze.

Ferblantiers.

Bijoutiers, joailliers, orfèvres.

Quelques-unes seulement de ces professions nous arrèleroiit.

Pour la fahricalion du plomb de chasse, on allie de 0,5 à 0,8 pour iOO d’arsenic. Cette addition donne au plomb la propiiétc de former des gouttelettes parfaitement sphériques. L’alliage fondu est versé dans une sorte de cuiller percée de trous et tapissée de crasse de plomb. 11 (iltre à travers la crasse et tombe par gouttes, d’une très-grande bauteur. Ces gouttes se solidifient dans leur chute.

Le fourneau de la chaudière destinée à la formation de l’alliage doit être établi sous nue voûte de magounerie, de façon que les vapeurs arsenicales ne puissent se répandre dans le local.

11 faut aussi garnir d’une porte de tôle la bouche de la partie du fourneau où a posé la chaudière, de façon à itouvoir la fermer aussitôt après la projection de la matière servant d’alliage au plomb.

L'HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS

L'étamage a pour objet de recouvrir un métal facilement oxydable, lomme le fer, d’une couche d’un autre métal non oxydable, plomb, zinc et étain, et de préserver ainsi le premier métal de l’oxydation qu’il éprouverait à l’air humide.

L’étamage proprement dit, ou le trempage du fer dans le bain de plomb destiné à le recouvrir, peut donner lieu à des phénomènes d’intoxication saturnine. Quant au Irempage dans un bain de zinc, nous verrons plus tard comment il faut en interpréter les accidents. Préalablement, les ouvriers ont été exposés aux inconvénients du décapage ou nettoyage du fer, qui se fait dans des bains d’acide sulfurique ouchlorhydrique plus ou moins étendu d’eau. Il en résulte, comme nous l’avous déjà vu, d’une part, l’influence des vapeurs acides sur les voies respiratoires, et de l'autre, l’action des liquides sur les mains et les bras des ouvriers qui donnent et mesurent le degré d’acidité du bain.

Les fondeurs de caractères se tiennent debout autour des creusets, leur moule d’une main, une petite cuiller de fer de l’autre; ils prennent le métal en fusion dans leur cuiller, le jettent dans le moule, donnent une petite secousse, jettent la lettre formée, referment le moule, le remplissent, le vident de nouveau. Ces mouvements se succèdent avec une rapidité telle, qu’un bon ouvrier peut faire 18000 lettres dans une semaine, ce qui implique, 5 000 fois par jour, les mouvements (|ue nous venons de décrire. Des ouvriers habiles et très-laborieux arrivent même à 5000 lettres par dix heures. L’exagération du mouvement professionnel vient donc s’ajouter à l’influence nuisible des émanations.

L’habitude que présentent les imprimeurs de mettre dans leur bouche ces caractères, composés de 67 parties de plomb sur 100 (antimoine 25, étain 5 et cuivre 3), ainsi que l’absorption de la poussière métallique qui se trouve dans la division des casses et qui s’attache souvent aux lettres qui y ont séjourné, explique suffisamment les accidents d intoxication qu’on observe quelquefois chez ces ouvriers. Il faut remarquer que les imprimeurs sont beaucoup moins exposés que les compositeurs.

La cause des accidents saturnins que l’on observe chez les lapidaires, dit Requin, réside dans la roue en plomb recouverte d’émeri dont on se sert pour la taille de certaines pierres précieuses. Cette loue, s usant rapidement, est remplacée à peu près tous les mois. 11 se

l/IIOMMR CONSIDÉRÉ COMME INDIVIDU.

fait là ainsi, sans cosse, une imperceptible mais réelle (lis«'*mination^ ,dn plomb en une inünité de subtiles particules qui s’allacbent aux mains et s’introduisent dans les poumons et les voies digestives.

Les fabricants de vieux meubles, pour donner la teinte au bois, se “servent d'enduits ploinbiques (contenant, en proportion moyenne, 45 pour 100 de plomb); et c’est à cet enduit, dont la poussière de bois est imprégnée, que sont dus les accidents qui se développent chez les ouvriers polisseurs et ponceurs de meubles.

Le polissage des glaces et la taille des verres et des cristaux provoquent également des dégagements de poussière toxique. Le cristal es ainsi composé :

Sable très-ün 500 parties

Minium 200

Potasse ^0®

Groisil ou débris de cristal 500 à 500

La pièce est dégrossie avec du sable, sur la meule oiiroueen fer ,qui i reçoit d’un vase supérieur un léger filet d eau. Elle est ensuite doucie sur une meule en grès, puis sur une meule en bois, d abord avec les boues de sable ayant déjà servi, ensuite avec de l’émeri de plus en plus i fin. Ces meules sont mues le plus souvent par le pied de l’ouvrier. En- ^ fin, on la polit avec une roue eu bois et de la potée d étain ; on termine le travail sur une roue en liège ou garnie de laine, et avec du colcotar (peroxyde de fer) très-finement pulvérisé.

Le polissage des glaces se fait au moyen d’une glace plus petite servant de molette et de sable quart/eux grenu ; l’on emploie ensuite du sable très-fin ; la pièce étant ainsi dégrossie, on donne le douci avec de l’émeri de plus en plus fin. Ce travail, long et pénible, nommé savonnage, a surtout pour objet d’culevcr les piipircs, les aspérités laissées par le sable. Il ne peut être lait (iii’à la main. Dans une journée de onze heures, l’ouvrier fait à peine l'",50 de chaque côté.

Enfin, le polissage parfait s’opère avec du colcotar aussi ténii^ que possible et des brosses garnies de feutre. Cette dernière opération s exécute à l’aide de machines, dans de grands etablissements.

Garrod a constaté, chez les polisseurs de glaces anglais, des accidcnU

goutteux qu’il attribue à rintoxication saturnine.

Les ouvriers qui, dans les cristalleries de Saint-Louis cl de Baccarat, nrénarciit le minium, sont des hommes venant de la campagne, et qui après leur travail ont à faire un trajet de (|uclqiies kilométrés.

L’HOMME AU POINT DE MIE DES PROFESSIONS

.s’nllcrncnt cliaquc .semaine et travaillent en plein air durant cet intervalle. Grâce à ccs mesures prophylactiques, les coliques saturnines ont été évitées parmi eu.v.

h’ émaillage a pour but de recouvrir la surface d’un corps quelconque d’une couche vitreuse qui le rend inaltérable. Tous les émaux contiennent du plomb. Dans l’émail blanc, il entre 50 parties d’oxyde de plomb pour 40 de silice; dans l'émail jaune, 59 de plomb pour 32 de silice; dans l’émail bleu, 46 de plomb, 52 de silice. La poudre de cristal elle-même est un émail constitué par 40 parties de plomb et 60 de silice.

Les owiviQ.vspoliers^faïenciers, porcelainiers, sont également exposés à l’intoxication saturnine dans le vernissage et Vémaillage des poteries. En effet, l’émail brun que l’on place à l’extérieur de certaines poteries est ainsi composé :

Minium 52 parties

Manganèse 7

Poudre de brique fusible 41

Ces émaux sont broyés, réduits en poudre très-6ne, puis suspendus dans l’eau où l’on trempe les pièces destinées à être émaillées Souvent, a6n de rendre plus épaisse la couche d’émail qui les recouvre, les pièces ayant subi la trempe sont, à l’aide d’un tamis, saupoudrées d un émail pulvérisé. Quelquefois c’est le minium qui constitue cette sorte de poussière. Enfin l’émail qui se trouve sous le pied des pièces est chassé au moyen d’une brosse.

Dans un rapport lu au Comité cV hygiène publique, M.Würtz* a fait connaître un nouveau procédé de vernissage trouvé par M. Constantin, pharmacien à Brest. Ce procédé, consistant dans la vitrilication complète de l’oxyde de plomb au moyen du silicate de soude, a donné des résultats prophylactiques importants. Le vernis plombifèrc ainsi obtenu, sorte de cristal étalé en couche mince à la surface des poteries, est inattaquable aux acides faibles, et ne cède aucune trace appréciable de plomb aux liquides au milieu desquels on fait digérer ou cuire les aliments.

Enfin, un perfectionnement absolu a été obtenu jiar la substitution de la chaux a 1 oxyde de plomb. Après avoir recouvert les poteries com-

' Itapporl tur les (Icriiierapcrfccdotmcmcnls apportés dans lever comm«»fs, 27 juillet 1S74.

iiissage des

poteries

21R L'HOMME CONSIDÉHÉ COMME INDIVIDU

imincs d’im vomis seml)lal)lc au cristal, M. Constantin les enduit aiijourd’lnii d'un vernis analof,nic au verre ordinaire. Voici la formule d’un vernis incolore à hase de chaux et de soude :

Un vernis coloré en hrun et très-hrillant a été obtenu par la substitution du peroxyde de manganèse au minium. Le dosage est le suivant :

La contre-oxydalion du fer a pour but de recouvrir la surface de ce métal d’une couche vitreuse qui le rend inaltérable, et, en raison de sa propriété isolante, permet de fabriquer des crochets suspenseurs des (ils télégraphiques, qui s’opposent à la perte du fluide électrique.

Le travail s’exécute ainsi. On prépare des blocs d’un cristal particulier constitué par des débris de verre, de sable, de manganèse, quelques fondants et une forte proportion de minium-. Ce cristal est réduit en poussière très-fine, dans des mortiers dont un cheval fait mouvoir

les pilons. , • i i

C’est la première opération, durant laquelle il se produit de la poussière- un seul homme suffit à la conduire.

La’poudre ainsi préparée passe aux mains de femmes qui recouvrent sa surface métallique d’une solution de gomme, puis agitent, a 1 ou 2 centimètres au-dessus de la pièce, un tamis charge de poussière, dont la partie la plus ténue* tombe sur la gomme qui n est pas encore sèche et y adhère.

Les pièces sont cuites au four; après quoi le cristal, mis en tusion et refroidi, adhère fortement au fer.

Pour les crochets télégraphiques, on donne généralement trois couches ; toutes sont appliquées par le même [U'ocede.

I.n miantilé de poussière que laissent tamiser constamment dix ou

Silicate de soude alcalin à 00“ Quai’tz en poudre (silice). . .

Craie de Meudon

100 parties

Silicate de soude alcalin à 50“. . .

Quartz en poudre

Peroxyde de manganèse cristallisé

100 parties

le COU, les avanl-uras. i.u muu.

droite agite le tamis, est surtout atteinte par la poussière

lition la répand aussi dans les voiesMigestives.

la poussière; la deglu-

I/HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS

On a essayé de comljattre ces causes d'accidents en plaçant les ouvrières en conlact avec l'air extérieur. Le mur contre lequel sont installés les établis a été perforé vis-à-vis la place occupée par chaque ouvrière, et dans cette ouverture est fixé un tuyau de lcr-blanc dont rextréinité extérieure communique librement avec l’air venu du dehors. A l’extrémité intérieure est adapté un large tube de caoutchouc qui va se réunir avec l’ouverture buccale d'un masque garni d’une double soupape*.

Dcaugrand a cité des accidents analogues observés chez les ouvriers qui travaillent à la vilrificalion des étiquettes en émail appliquées sur les flacons, bocaux, etc usités dans la chimie.

La même nature de travail et le même ordre d’accidents par conséquent se trouvent dans la fabrication du verre mousseline.

Du verre ordinaire, de deuxième ou troisième qualité, est orné de dessins variés qui se détachent sur un fond tantôt mat, tantôt transparent. Un émail renfermant une proportion considérable de plomb, et par conséquent beaucoup pins fusible que le verre, produit ces dessins, (|ui doivent imiter ceux de la mousseline brodée.

MM. Poggiale et Joulie ont trouvé dans l’émail blanc le plomb dans la proportion de 55 pour lüO, et de 59 pour 100 dans l’émail jaune-paillc et dans l’émail brun; l’émail bleu renfermait 46 pour 100 de plomb.

Deux procédés sont en usage pour la fabrication du verre mousseline. Dans le premier, l’émail est délayé dans l’eau, qui, mêlée à une petite quantité de gomme, forme un liquide épais. Des lames de verre sont .soigneusement recouvertes, à l’aide d’une brosse, d’une couche uniforme de ce vernis blanc. L’enduit étant sec, l’ouvrier place sur la lame de verre une feuille de cuivre découpée à l’cmporte-pièce ; puis, avec une bros.se très-rude, il frotte de manière à enlever l’émail qui correspond aux découpures de la feuille de cuivre, dont le dessin se trouve ainsi reproduit. 11 se débarrasse ensuite de l’émail détaché, à l’aide d’une bro.sse ou simplement en soufllant sur la lame de verre. Durant le travail, l’émail détaché par les frottements de la brosse se répand en poussière très-fine au-dessus de la table. Les feuilles de verre ainsi préparées sont portées au four, où l’émail se trouve vitrifié.

Dans le second mode de fabrication, l’émail est appli(pié sur le verre à l’état pulvérulent, les feuilles ayant été préalablement enduites d’une substance visqueuse qui peut être une solution de gomme ou de

' Intoxication saturnine jjar le poussier de. cristal cha des ouvrières travaillant à ta contrc-oxi/dation du fer, par Archambault, l’aris, 1801. Voy. aussi un travail intéressant de M. Ladrcil de la C.liarrière. sur cette même ({ueslion.

I/IIOMME CONSinÉRE COMME IM)1VIDI'.

dcxtrino, ou cio rpsseiioo de léréhcnlliino. On. so l)ornc quel(|iiefois à les pnsscf o I clino luiniidc. L opporeil dont on se sert pour l.'iisser l)leuvoir la ])0udre sur le verre se désigne sous les noms de lamhour, tciissGy ch(VHbvc ou uiachiiiG. La poudre d email est mise en mouvement, et ne tarde pas à former une espèce de nuage qui remplit la machine; on arrête alors 1 action du souldet. La poussière d’émail tombe peu à peu sur les châssis, traverse les parties du tissu qui ne sont pas ornées de dessin. Les ouvriers sont exposés à les absorber lorsqu’ils ouvrent la porte et le tiroir de la machine au moment où ils enlèvent les châssis, et lorsqu’ils les brossent. M. Ilillairet a cherché à déterminer, d’après ses e.\périences, la quantité d’émail qu’un ouvrier peut absorber par heure : la proportion en paraît être considérable chez les ouvriers qui brossent le verre, ainsi que chez ceux qui sont employés au travail de la machine, ou qui brossent les châssis de mousseline. Il a vu plusieurs ouvriers atteints d’intoxication saturnine*.

Les doreurs sur bois appliquent, avant la feuille d’or, une couche d’un vernis composé de blanc de céruse et de litharge, détrempé dans l’essence de térébenthine.

Chez les peintres^ le broyage, le tamisage, pour ceux qui préparent les couleurs fines ; le délayage de la couleur le grattage, surtout des vieilles couches de peinture, chez les peintres en bâtiments, provoquent un dégagement de poussière toxique.

La fabrication des papiers peints à fond blanc, rouge ou jaune, peut engendrer des accidents saturnins. Le fond blanc, en effet, est obtenu à l’aide du blanc de plomb ou céruse; dans les couleurs rouges, on ajoute souvent à la laque et au carmin du minium. Enfin les couleurs jaunes sont presque toutes ducs à l’oxyde, à l’oxychlorure, à l’iodure et au chromate de plomb.

Cette fabrication comporte des opérations successives : préparation

* Voy. sur cette question : Hiluiiiet. Inloxkntion saturnine des ouvriers rn verre mousseline (communications à r.\cadémie de médecine). — Dihessil. Élude sur Fhi/fjiènc des ouvriers cinploiiés à la fabrication du verre mousseline. — (ÎALLAnn. De la fabrication du verre mousseline; dane/ers auxquels sont exposAs les ouvriers qui y sont employés, enesures à prendre. — Fabrication du verre mousseline (rapport fait au conseil de salubrité par une commission composée de )rtl. Combes, lioucliai-dat et l’opgiale, ra|>porlcur.

* Les coloristes, en ayant la mauvaise liabitudc de mctii'e des pinceaux dans la bouche, .s’exposent 'il des accidenis d'intoxicalion sainrnine (Yoye* une observation de M. Charles Uernard, l’nion médicale, 17 déc. 1855).

I/llOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS.

do In couina' ; foncntjo du papier ; (Hendnge, salinage et découpage, qui, toutes, exposent l’ouvrier à l’absorption des couleurs ; mais le salinage des rouleaux, alors qu’ils sont très-secs, est le plus dangereux de ces travaux ; il se détache, grâce au frottement de la brosse, un grand nombre de molécules pulvérulentes plombiques.

Le veloutage est aussi particulièrement redoutable. L’ouvrier, en effet, doit tamiser du drap réduit en poudre fine, coloré par du minium, sur des surfaces enduites d’une colle d’empois ou de gomme.

Les procédés sont les mêmes chez les fabricants de cartes, dites de porcelaine, préparées au blanc de plomb, etc.; il y a le fonçage, le satinage ; et le polissage nu laminoir oblige souvent l’ouvrier à rester penché sur son établi, absorbant ainsi la poussière toxique qui se dégage.

Pour obtenir sur les tissus des dessins de broderie, l’on procède par le décakjuage.

1“ Le dessin est tracé sur une feuille de papier, puis piqué;

2“ 11 est appliqué, poncé sur l’étoffe ; puis on les maintient l’un et l’autre au contact, à l’aide de poids placés sur différents points de leur surface.

5“ On fait ensuite pénétrer avec une ponce, à travers tous les trous du papier, une poudre résineuse de couleur différente de celle de l’étoffe ; on obtient ainsi la reproduction exacte des contours du dessin piqué.

4“ On fixe la poudre en appliquant ou passant un fer chaud sur le tissu.

Lorsqu’il s’agit de reproduire le dessin sur une étoffe noire, soie, drap ou velours, on emploie une poudre blanche, mêlée dans des proportions à peu près égales à une matière résineuse]; cette poudre est la céruse ou blanc de plomb. Pour poncer convenablement un dessin, on est forcé d’avoir recours à une grande quantité de poudre, qui, sans cesse agitée par la ponce, se dissémine incessamment dans l’atmosphère.

Le dessinateur est en outre presque toujours courbé sur son travail, de telle sorte que chaque inspiration introduit une grande quantité de poussière dans la poitrine. La nature de l’étoffe joue également un rôle dans le développement des accidents, .suivant qu’elle exige une (juantité de poudre plus ou moins grande ou un temps plus ou moins long. Le tulle qui doit être brodé jardiniùr'c, dont les mailles sont largos, demande beaucoup plus de blanc et un temps quelquefois énorme pour

■ L'HOMME CONSIDÉItÈ COMME INOIVIDi;.

que ce hlnnc se fixe sur le (il si mince qui en loniic le réseau; il en est de même de certains cachemires imitation de Tlnde, sur lesquels il laut tracer des dessins extrêmement riches*.

Les Heurs, qui constituent plus particulièrement ce qu’on appelle les applications de Bruxelles^, exigent un travail long et minutieux, pendant lequel le (il employé à les l'ahriquer perd une partie de sa blancheur. Il en résulte que ces (leurs sortant de l’atelier présentent une couleur jaunâtre, et doivent être blanchies avant d’être appliquées sur le fond blanc auquel on les destine. Cette opération de blanchiment se fait de la façon suivante. On place entre deux feuilles de papier de grande dimension plusieurs couches d' application de Bruxelles et de blanc de céruse, que l’on superpose régulièrement; puis on réunit les bords des leuilles de papier, de manière à empêcher autant que possible toute issue au blanc de plomb. Après quoi, le tout est placé sur un plan résistant pour être soumis à l’action d’un rouleau de bois, à l’aide duquel on frappe sur le papier. Cette opération, dont la durée varie suivant la quantité de (leurs que l’on veut blanchir, force la poudre à s’incruster dans l’émail du réseau et à .se fixer sur chacun des fils qui le forment.

I.a céruse préparée à Bruxelles est employée de préférence, ayant sur celle de Paris l’avantage d’être plus grasse au toucher, d’un blanc plus éclatant, et d’adhérer plus facilement à la dentelle.

Les jeunes ouvrières chargées de ce travail observent rarement les précautions nécessaires pour empêcher la dissémination de la céruse. (Juclques fabricants font opérer dans une cave, l’humidité donnant plus de poids tà la poudre, et diminuant ainsi sa tendance à se répandre dans l’atmosphère. D’autres ont recours à l’usage d’une espèce de boîte fermant hermétiquement. Toutefois los ouvrières absorbent de la poussière. Le (langer s’accroît lorsque l’on fixe les applications sur le fond de la dentelle. L’ouvrière, courbée sur le carreau, aspire une grande (piantité de céruse, avec laquelle, en outre, ses doigts sont continuellement en contact.

Plusieurs couturières, après s’être servies de soie, ont présenté des

• TiiinAUT. Kole sur le développement des affections saturnines chez les drssinatnirs en broderie sur étoffes, les ouvrières eu dcutcllcs, etc. Paris, IS.âO.

* Sur l'emploi du carbonate de plomb dans la préparation des dentelles dites de Bruxelles, et sur les inconvénients de ce procédé, par M. Chevallier (j4hh. d’Iit/g., 1847).

Maladies des ouvriers employés au blanchiment des dentelles, coiniminicatioii «le

M. lîlanchet à l’Acndêinie (tes sciences (G di'*c. 1847). — Sote sur quchpies accidents éprouvés par les deutclicrcs en application {C,az. des hépilaux, 7 ocl. 1x52'.

L’IIOJIME AU POINT DE VUE DES PKOFESSIOîiS.

2ôi>

accidents d’intoxication saturnine; l’une d’elles ayant remarqué que chaque fois qu’elle mouillait ses doigts ou qu’elle passait le lil de soie dans sa bouche pour resserrer les brins, elle éprouvait une saveur légèrement sucrée, M. Chevallier fit acheter de la soie dans un grand nombre de fabriques; cinquante échantillons, tous trempés séparément dans une petite quantité d’eau, abandonnèrent une forte partie de leur poids. La matière pesante fut reconnue pour de l’acétate de plomb; ‘2Ü pour 100 de ce poison étaient mêlés à la soie. On avait pris un brevet d’invention pour ce mélange.

Eulenberg, ayant fait l’analyse d’une soie noire ainsi chargée, a trouvé 17®'', 71 de plomb dans 100 grammes de soie.

Les accidents saturnins, résultant de l’usage de telles soies, sont rendus plus fréquents encore chez les couturières, par l’habitude qu’elles ont d’amincir l’extrémité du fil en le passant dans leur bouche. En outre, elles cassent la plupart du temps ce fil avec leurs dents et gardent quelquefois la partie rompue dans leur bouche.

Réveil a cité un cas d’intoxication saturnine chez un tailleur occupé depuis plusieurs jours à tailler des alpagas anglais. Ces étoffes, en elfet, peuvent contenir du sulfure de plomb ou de cuivre, ayant été trempées dans un bain renfermant un sel de plomb ou de cuivre ; on les place ensuite dans une solution d’hydrogène sulfuré.

^ Certains coj’cZi'crs, en faisant des câbles avec du fil de fer galvanisé, cest-à-dire revêtu d’une couche de zinc, dans laquelle il entre une certaine quantité de plomb, destiné à le rendre plus liant, plus adhérent au fer, sont exposés à l’intoxication saturnine*.

M. Quesnel a signalé un cas de saturnisme chez un ouvrier employé à la fabrication des boîtes de conserves de la marine^.

Les chauffeurs et mécaniciens manient et respirent très- largement la céruse et le minium sous toutes les formes.

Des accidents saturnins, résultant de l’emploi des fuseaux de plomb des métiers à la Jacquarl, ont été observés à Berlin. Les métiers, en mauvais état, se trouvaient placés sur un sol inégal, mal carrelé, quelquefois même sur la terre, où venaient se déposer des couches de plomb qui, se répandant dans l’atmosphère, devenaient une cause d’intoxi- • ation. On a conseillé, pour éviter cet inconvénient, le vernissage des cylindres de plomb, et l’introduction, sous chaque métier, d’un dessous

' Voy. une observation du docteur Uouxeau [Journal de médecine de l'ûuesl 1870 11" trimestre). ’

llaieUe des hôpitaux, Ib déc. 18ü0.

I/IIOMME CONSIDÊUÉ COMME INDIVIDU.

mobile, p:u’ exemple une couverture de laine, qui serait racilcnicnl enlevée et nettoyée chaque semaine*.

Pour rendre les bâches inaltérables, on se sert, dans cerlains ateliers, d’une préparation dans laquelle il entre du sulfate de cuivre et de plomb.

Le C7'in étant quelquefois coloré avec le sulfure de plomb, les cardeurs de crin peuvent se trouver quelquefois exposés à l’intoxication saturnine *.

Certains accidents plombiques se sont produits chez les tisseuses de colon, par l’addition de la céruse aux apprêts, pour augmenter le poids du tissu. Ces faits sont rares aujourd’hui, la fraude s’exécutant au moyen du sulfate de baryte.

M. Chenet a publié plusieurs cas d’intoxication saturnine suivis dans mon service à l’hôpital Saint-Antoine, sur des passemenliers qui préparent les mèches à briquet. Le coton employé, de qualité très-inférieure, est trempé d’abord dans une solution de sel de plomb, puis dans une lessive de chromatc de potasse, et livré ensuite au fabricant.

Les écheveaux bruts subissent un premier travail de dévidage pour former les âmes des mèches, c’est-à-dire leur partie centrale. Ce travail se fait au moyen d’une bobine mue à la main.

L’ouvrier, qui de la main droite fait tourner la manivelle et de la gauche présente le cordon au dévidoir, se trouve placé de façon à absorber une grande partie des poussières, son visage étant au-dessus du métier. Cette partie du travail est sans contredit la plus malsaine.

D’autres opérations (dévidage, tissage) se font à la vapeur et déterminent peu de poussière.

J’ai observé plusieurs accidents de cette nature chez ces ouvriers préparant les mèches de lame orange, colorée par le chromate de plomb. M. Sée a cité une observation analogue. Tous ces cas étaient relativement sans gravité. Toutefois, postérieurement à la publication du travail de M. Chenet, un cas de niort s’est produit dans mon service. Il est donc nécessaire de modÜier la nature du corps qui imprègne ce coton, en substituant au chromate de plomb un agent qui, comme le nitrate de potasse, présente à i)eu près les mêmes avantages, mais (|ui soit exempt du danger que provoquent les substances toxiques.

' Cazctlc (les hôpitaux, décembre 1850.

» Slwlicn über Ulei Vcryiflum;, von Edouard Ililiig. Berlin, 1808.

L’IIOMMK AU POINT UE VUE DES PUOFESSIONS

VOIES d’absoiiption du plomb. — Le plomb pcul pénétrer dans l’organisme par quatre voies :

r Le tube digestif;

‘2° Les voies aériennes;

5“ La peau ;

4" Les muqueuses.

Mayencon et Bergeret, Ilitzig, ont constaté qu’après un certain temps d’absorption plombiquc par les voies dirjesUves, il se fuit une accumulation considérable de ce corps dans le foie et dans la rate. Ce mode d’absorption, n’ayant jamais été contesté, ne nous arrêtera pas plus longtemps.

On a beaucoup discuté la pénétration par les voies aériennes^ que les expériences établissent cependant d’une façon évidente. Tanquerel des Planches a produit l’intoxication saturnine : 1" chez des chiens trachéotomises, en introduisant des sels plombiques par la canule ; 2“ chez un chien enfermé dans une chambre récemment peinte à la ceiuse, et dont il ne pouvait lécber les murs. Enfin ce même auteur a lapporté 1 bistoire d un peintre qui, apres avoir exercé seize ans sa profession sans avoir ressenti un trouble quelconque, entra dans l’usine de Clichy pour y tamiser la céruse, et fut, au bout de huit jours, atteint de colique de plomb.

L intoxication saturnine par V absorption cutanée est une question très -intéressante et encore très-controversée. Canuet parait être arrivé à empoisonner des animaux en les plongeant dans des bains d’acétate de plomb (182S).

Plusieurs expériences tentées par Tanquerel étaient restées négatives; mais des laits récents, dus à M. Manouvriez, ou réunis par lui, paraissent établir l’absorption locale et directe par la peau. Les accidents saturnins siégeaient seulement ou prédominaient aux points le plus en contact avec les jiréparations de plomb, aux avant-bras chez les peintres, à droite chez les droitiers, à gauche chez les gauchers. Ün homme qui piétinait la céruse était surtout atteint aux membres inférieurs.

Dans deux observations publiées dernièrement par cet auteur, il s'agissait de deux plombeurs de poterie de terre vernissée, dont le travail consiste à saupoudrer les pièces humides avec de l’alquifoux ou sulfure de plomb en jioudre.

Dans ce cas, des troubles de sensibilité se montraient seulement à la ma n qui agitait le tamis. La main, sur la paume de laquelle repose la piece à saupoudrer, était protégée par cette pièce même contre les par-

<25G L’HOMME CONSIlJÉHÉ COMME INDIVIUU.

licules plombiflucs. Ces deux plombeurs ne se pbiignaient d’aucun malaise. Ils avaient un liséré gingival.

Nous avons observé récemment, à l’hôpital Saint-Antoine (1876), un peintre qui avait eu l’habitude de garder dans la bouche, du côté droit, de petits copeaux récemment peints. La langue et la face interne des joues présentaient des troubles de sensibilité générale dans cette même partie. Le sens dû goût était également altéré de ce côté. Tout le côté gauche était indemne. Ce fait me semble établir, et l’absorption locale, et l’absorption par les muqueuses.

Nous ne traiterons pas ici dans son ensemble l’étude sijmploma- Liqua et anatomo-pathologique de l’intoxication; nous envisagerons seulement quelques points d’un intérêt plus particulier.

Il se produit rapidement une hypoglobulie, cause puissante d’anémie. Les globules rouges du sang, modifiés dans leur nombre, le sont aussi dans leur forme, et deviennent moins volumineux, moins souples et moins ductiles. De 4 500 000, chiffre normal des globules rouges par millimètre cube à l’état de santé chez 1 homme, il tombe, chez les saturnins, de 5 700 000 à 2 700.000 (Malassez).

Le volume du cœur s’est accru, et M. Durosiez a signalé des endocardites et de la dégénérescence graisseuse du myocarde. Le tracé sphygmographique présente un plateau sur lequel existe deux ressauts ou grandes ondulations. La ligne de descente est finement tremblée.

Le liséré saturnin, considéré par les uns comme le résultat du dépôt de quelques molécules saturnines à leur passage dans la bouche, est le produit, d’après les autres, de l’élimination du poison par les glandes buccales.

M. Gubler a décrit chez les saturnins, sur la muqueuse des levres et des joues, des plaques ardoisées ou noirâtres, auxquelles il donne le nom do tatouage des lèvres et des joues. Llles sont passibles des mêmes interprétations que le liséré.

Il est superflu de décrire la colique saturnine et la dyspepsie.

Je signalerai seulement une rétraction du foie, (jui devient permanente lorsque l’individu empoisonné est arrivé à la période cachectique. Cette rétraction, décrite par M. Potain, n’est en rapport ni avec l’intensité des douleurs abdominales, ni avec la gravité des autres symptômes.

D’après Güntbcr, Gurlt et llerlurig, l’examen anatomique de chevaux employés dans les fabriques do céruso, et (pu fréquemment meurent saturnins, montrerait chez plusieurs le nerf récurrent atropine et les crico-aryténoidiens postérieurs en dégénérescence graisseuse.

L II0M51E AU POINT UE VUE DES PUOFESSIONS

Cliez l’homme, on a observe une cirrhose du poumon (pii doit être rangée à côté des variétés de pneumoconiose que nous avons déjà décrites. D’a|)rès Lewy, dans les cas d’asthme saturnin, le poumon est toujours chargé de plomb ; on a décrit deu.x variétés d’asthme ; l’un aigu, qui, par son expression symptomatique, doit être rapproché de la maladie de foin, et un autre, chronique, qui trouverait son explication dans les lésions que nous venons de signaler.

On a constaté la présence du plomb dans le cerveau (Devergie, Personne, Kmpis, Robinet, Vulpian, Nalalis Guillot, Melsens).

Mais le dépôt de plomb se fait-il dans l’encéphale, dans la substance nerveuse proprement dfte, ou bien dans les tuniques artérielles? La question n’est pas encore résolue. Dans un cas d’encéphalopathie observé à 1 hôpital Beaujon en 187Ü (service de M. Moutard-Martin), M. Malasscz eut soin d’enlever toutes les méninges et d’essuyer le cerveau pour en laire disparaître le sang. Le pharmacien en chef de l’hôpital ne put, malgré toutes ses recherches, rencontrer aucune trace de plomb dans la substance cérébrale.

Le qui paraît démontrer que l’encéphale est bien réellement atteint, c est que 1 hémi-anesthésie a été souvent observée.

Quant à la moelle épinière, elle paraît aussi subir rinlluence de 1 empoisonnement saturnin. Dans le service dcM. Vulpian, M. Raymond a suivi des phénomènes ataxiques chez deux saturnins. Dans un cas, ils ont disparu au bout de quelques mois. Il y avait dans l’autre une vélitable sclérose de la moelle, mais ce n’était peut-être qu une coïncidence. On a noté également chez les saturnins un retard dans la trans-

mission des impressions sensitives.

Dans la paralysie saturnine, la perte dp la contractilité électrique piécède celle de la contractilité volontaire. On sait que cette paralysie poite sur les extenseurs. Quelques cas de paralysie à forme hémiplégique ont été cités.

Les lésions des muscles dans ces Sortes de paralysies n’ont pas été discutées. 11 y a ordinairement atrophie simple d'une part, et, de 1 autie, des phénomènes particuliers de végétation des éléments celluaires. Westphal a décrit dans les tubes nerveux des radiaux une série de modifications qui dénoteraient, pour lui, l’existence d’une affection primitive.

Un examen fait par M. Raymond, sous la direction du professeur Vul- P'an, a montré les nerls musculaires parfaitement sains ainsi que les raiJues antérieures. Les cornes antérieures de la moelle présentaient ans leur région externe un certain nombre de cellules atrophiées,

PROUST, UïGIÉXE. , ,,

258 L’IIÜMMB CONSIDÉRÉ COMME INDIVIDU

ratatinées, dépourvues de noyaux et de prolongements, paiiois cn;u-

sées de vacuoles.

On a observé aussi de la contracture permanente, du tremblement, de l’artliralgic, des lésions des systèmes osseux et fibreux.

De Ilaën a décrit une tumeur dorsale de la main qui peut se montrer, comme le fait remarquer M. Gubler, chez tous les sujets atteints de paralysie des extenseurs, quelle qu’en soit la cause. Elle est caractéiiséc par un gonflement indolent, rarement accompagné de rougeur, donnant le plus souvent au doigt explorateur la sensation de l’épaississement des tendons extenseurs, pouvant varier de volume dans une même journée; parfois elle est accompagnée de ténosite crépitante au niveau de l’avant -bras. Elle est constituée anatomiquement par un état fongueux des tendons et de leur gaine synoviale qui est ordinairement affectée. Elle apparaît peu après la paralysie, marche parallèlement avec elle, pour disparaître lorsque les mouvements reviennent. M. Charcot en fait une lésion trophique consécutive aux altérations nerveuses.

Dans l’empoisonnement aigu par le plomb, l’albuminurie se produit régulièrement, et on observe aussi dans quelques cas la cirrhose du rem ou” néphrite interstitielle atrophique, rein contracté, rein goulteux, rein de Todd. 11 y aurait là une raison pour expliquer la possibilité (tpla production d’une forme urémique de l’encéphalopathie saturnine.

D’après Ileubel, outre le foie, les reins et le système nerveux, le plomb envahirait surtout la substance osseuse.

En 1854, Garrod a formulé, comme une loi, la tendance que présentent les ouvriers anglais saturnins à contracter la goutte. 50 pour 100 de la population goutteuse de l’hôpital, dit-il, ont subi 1 influence du plomb ; ils n’avaient pas d’habitudes intempérantes plus ipie les

autres malades. ,

M. Charcot a remarqué, aü contraire, que la goutte est peu frequente chez les ouvriers saturnins de Paris. Toutefois, il a observe, dans le service de M. Pidoux, un cas de goutte dans leipiel on ne trouvait d’autre cause appréciable que 1 intoxication saturnine .

La paralysie générale, décrite par M. Devouges sous le nom de paralysie générale progressive saturnine, ne présente aucune particularité

différentielle remarquable. •

L’anta>mnisme entre le saturnisme et la phthisie se trouve Contrci l par les sdatistiques de Hirt, qui prétend (|uc la phthisie pulmonaire est plus fréquente chez les ouvriers vivant au milieu des poussières plombiqucs (pie chez ceux ipii subissent de la mèinc façon 1 action i u ‘ v. Llude clini.iuo sur deux cas de goutte saturnine, llobort-llalma «irm.d, IS711.

I/IIOMME AU POINT UE VUE UES PKOFESSIONS

fer cl du cuivre. Ces derniers ne donneraient que 12 i)litliisi(|ues pour lÜO; on en Irouvernit 21 chez les ouvriers travaillant le plomb.

PItOFESSlONS.

PtlTHlSIE.

Cf ,

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