‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 109 sur 298 · Le phospborifime professionnel · texte numérisé non relu

Le phospborifime professionnel

iliBLiocnAPHiF.; — Lorinsf.r (de Vienne). De la nécrose des os maxillaires, par suite de l’action des vapeurs de phosphore. Extrait [Jahrbuch, Marz 1845). — IIf.ïfi:lrer. Sur la nécrose des os maxillaires observée dans les fabriques d'allumettes chimiques [Arch. de méd., octobre 1843). — Stroiii,. Sur la même nécrose {Gaz. méd. de Strasbourg, novembre 1845). — Geist (de Nuremberg). Sur la maladie des os maxillaires jmr les vapeurs de phosphore {Bayer, corresp. Blall, n”‘ 13-17, 184G). — Neemax.v. De la nécrose des os maxillaires chez les personnes qui travaillent aux allumettes phosphorigues. Extr. Preuss. ver. Zeitung, n" ‘28-31, 1840. — Tii. Roussel. Recherches sur les maladies des ouvriers à la fabrique des allumettes chimiques (Compte rendu de l’Académie des sciences, octobre 1846). — Sédillût. Nécrose des os de la face, qiroduitc par les vapeurs de phosphore (Compte rendu de l'Académie des sciences, mars 1846). — IIervieux. De la nécrose des mâchoires, produite sous l'influence des vapeurs de phosphore, dans la fabrication des allumettes chimiques [Union médicale, avril et mai 1848). — Gerrrin, Sur une bronchite particulière dont seraient atteints les ouvriers des fabriques d'allumettes (.lourn. l'Époque, octobre 1845). — Roonetta. Sur cette mém,s bronchite {Ann. de Ihérap., 1846). — Bova de Louiiv, Chevallier et liaicMETEAn. Mémoire concernant l'action des vapeurs phosphorées sur les ouvriers qui y sont soumis (Compte rendu de l’Académie des sciences, 1847). — Dupasouier. Mémoire relatif aux effets des émana-

I, 'HOMME CONSIDÉIIÉ COMME INDIVIDU

lions jthosphorées sur 1rs ouvriers employas dan* le* fabrif/uri de pliotplunr el In nirlicrs où l'on prépare les allwnrtles chimiques [Compte retidii de r.Vcadêtiiic de» sciences). — Haiiii. Dr la production de ta nécrose dans les [abruptes irallumetles . i chhnitptrs (Gaz. tnéd., août 1850). — E. E. von IJibiia et D. Gkist. Maladies des ouvriers , ' employés à la fabrication des allumettes chimiques, el en particulier des maladies de la mâchoire produites par les vapeurs de phosphore. Extr. (Union médicale). — I’occule, j Uapport sur la fabricalion des allumettes chimiques et discussion sur ce sujet t.Vcad. ■. .• de médecine). — BoeviEn. Rapport sur le travail de MM. Hibra et Geisl, relatif aux . maladies des ouvriers employés à la fabricalion des allumettes chimiques. — L'ltkc ‘ < Tiiéi.at. De la nécrose causée par le phosphore (Thèse de concours pour l’aprépation, sec- i tion de chirurgie. Paris, ISS'Î). — S. Caisse et Cuevallieii fils. Considérations générâtes > j sur l'emjjoisonnemrnt par le phosphore, les pâtes phosphorées et les allumettes chiiui- a J ques (Ann. d'hyg. publ., 1855). — Ciievalueb. Rapport à l'Académie sur la subslitu- S ] tion du phosphore amorphe au phosphore ordinaire, 185.J. — Chevaixieh. Sotice sur l'in- ^ nocuité du phosphore rouge, 1850. — Mémoire sur les allumettes chimiques préparées fl avec le jihosjihore ordinaire, el sur les dangers qu'elles présentent sous le rapport de la santé des ouvriers, de l’empoisonnement el de l’industrie (Ann. d’hyg. publ., 1801. — Taiidieu. Élude hygiénique et méd'ico-légale sur la fabrication el l’emploi des allumettes chimiques. Rapport au comité d’hygiène, 1850. — Taiiuieu. Art. Allumettes chimiques, A in Dicl. d'hygiène, publ., 1804. — Gaultier de Clavbrï. Des allumctlcs chimiques, avec ou * ^ sans phosphore (Ann. d’hyg. ])ubl., 1859. — Ciievalueb père et Poibieb. Sur la nécessité À d’interdb-e la fabrication des allumeltes chimiques avec le phosphore ordinaire (Journal f-. de chimie médicale, 1858). — Nél,vton. Nécrose des os maxillaires par le plwsphore i (Mollit, des hôpitaux, 1855). — Chevallier. Rapport sur un mémoire de il. Séverin, relatif aux empoisonnements par les allumeties chimiques (Bull. Acad., 1854). — Che- « VALi.iEB fils. Considérations sur les allumeltes chimiques (Monil . des hôpil., 1855'. — f phosphore rouge cl les allumeltes chimiques {l’Ami des sciences, 3 juin 1855). — Faba- § UAY. Moyen propre à qirévenir le dévcloppemenl des maladies des ouvriers qui se livrent f à ta fabricalion des allumettes chimiques (Acad, des sciences, 1856). — Obfiu et Ri- % Goux. Note sur l’action que le phosphore rouge exerce sur l’économie animale, et sur ^ V empoisonnement par le phosphore ordinaire (Acad, des sciences, 1850). — Be,avcbavd. g Art. Allumettes (Dict. encyclop.]. |l

L’iiilo.xication par le phosphore s’observe chez les individus qui Iravaillent à la fabrication des allumettes phosphoriques*. I

On prépare d’abord le mastic inflammable; un second temps est î constitué parla mise en presse et le trempage des allumettes; un troi- J sième par le dépôt à l’étuve ou séchoir; enfin, les presses sont démon- | tées et les allumettes mises eti boîte ou en paquet. M

Le mnslic inflammable se préparait autrefois à l’aide d’un mélange H de chlorate de potasse et de phosphore, (jui pouvait produire des cxplo- || sions violentes et amener des brûlures graves, l’ar la substitution du |.nitrate au chlorate, le danger de déflagration a été très-atténué. Toute- \ , fois, et malgré les prescriptions les plus formelles de l’autorité, un \ certain nombre de fabricants se servent encore de chlorate de potasse.

On ajoute au mastic un corps pulvérulent (verre pilé, poudre <le lyco-

' C'est un Français, nummè .Savaresse, qui Irouva le procédé d une alhimetle rcnfei^ manlen elle-même tous les principes d une inllanmialion rapide. Il le vendit a des .Anglais et à des Allemands, et, après ipielques années, ces allumettes nous revinrent sous la dènoinination d’allnincllcs chiiniqucs allemandes.

I/IIOMME AU UOI5T DE VUE DES l'HOFESSlONS.

jutclc, tiiii) qui divise le phosphore, et une matière colorante rouge (minium) ou Itleue (bleu de Prusse). La composition de cette pâte est celle qui est employée à froid. Si on doit s’en servir à chaud, elle est simplement formée de phosphore, de colle et de verre pilé.

La seconde opération, ou Irempuife des allumettes, a pour but d’ap- • pliquer du mastic sur les allumettes réunies ensemble dans des cadres ou presses spéciales. Il y a là encore une cause d’explosion, mais moins grande que dans le premier temps. On peut rempècher d’ailleurs en se servant de cuvettes de cuivre à fond plat, d’un centimètre ou deux de profondeur et qu'on lave soigneusement chaque fois qu’on les empl ie.

L’intoxication phosphorique se présente très-rarement sous la forme aiguë; le plus souvent elle affecte la forme chronique; elle consiste en douleurs d’estomac, phénomènes dyspeptiques ou coliques, en irritation des voies respiratoires, de l’étouffement, troubles auxquels se joignent des maux de tête, de l’engourdissement des membres et des symptômes dépressifs du côté du cerveau.

L’imprégnation de l’économie par le phosphore est tellement marquée au bout de quelque temps, que, dans l’obscurité, la plupart de ces ouvriers exhalent par la bouche des vapeurs lumineuses.

On a constaté une prédisposition à l’avortement.

Enfin on observe une teinte jaune de la peau, de l’amaigrissement et un mauvais état de santé; mais il faut ajouter qu’il résulte de l’enquête sur l’industrie parisienne, que, dans les fabriques d’allumettes comme dans les fabriques de céruse, on ne rencontre guère que le rebut des classes les plus infimes ou de pauvres ouvriers, que le chômage d’une autre industrie force à chercher là une occupation temporaire. Ces individus sont d’une extrême malpropreté, se nourrissent mal et sont livrés do la manière la plus funeste aux excès alcooliques. (TAnüiEü.)

Mais l’accident vraiment professionmd, auquel sont exposés les ouvriers employés à la fabrication des allumettes chimiques au phosphore blanc, consiste dans la nécrose des mâchoires, à laquelle ils donnent le nom de mal chimique, et que les chirurgiens ont appelée nécrose phosphorée.

En Allemagne, où les femmes sont en très-grande majorité, c’est parmi elles qu’on observe le plus grand nombre de cas. Ainsi, de ilibra et Geist, sur 55 cas qu’ils ont rassemblés et empruntés aux auteurs allemands, ont trouvé 48 femmes, et seulement 5 homincs; tandis que

•286 l/llUM)Ili CÜNSIIJÉUÉ COMME INUIVIUU.

M. Trclat réunissaiil 7 1 cas, presque tous observés en France, nioin» 1 ô, est arrive à des rajiporls presque égaux entre les deux sexes, 5b Icinmes et 55 hommes.

Depuis quelques années, les nécroses sont beaucoup moins fréquentes , qu’elles ne l’étaient il y a trente ans, au moment où Lorinseï et Strobl appelèrent, les premiers, l’attention sur cette affection. Tout en tenant compte de; la substitution du phosphore rouge au phosphore blanc, il i faut attribuer en grande partie l’immunité des ouvriers aux conditions ' * particulières au milieu desquelles ils vivent. Les ateliers sont immen- •; ' ses ; la ventilation est convenable ; les hottes sont bien disposées. Ces con- V ditions excellentes d’hygiène contrastent, avec celles auxquelles étaient t .l autrefois soumis les petits industriels se livrant à la fabrication des ^ | allumettes dans les tristes réduits où ils vivaient. 4

Sans entrer dans la description de la nécrose phosj)horée qui est | : une question de pathologie chirurgicale, nous ferons remarquer que fi les historiens de cette affection se sont divisés en deux camps pour M expliquer sa pathogénie. ||

Les uns la considèrent comme la manifestation élective d’une intoxication générale ; les autres, comme le résultat d'une action toute locale des vapeurs phosphorées. f

C’est à cette dernière opinion que le plus grand nombre des pathologistes s’est rallié. Mais, pour les uns, c’est par l’intermédiaire des f gencives, physiologiquement disposées à subir spécialement l’influence |'| du phosphore en vapeur, que les nécroses se produisent; tandis que j| pour les autres les vapeurs de phosphore s’introduisent dans les exca- - 1 valions des dents cariées, pénètrent ainsi jusque sur la pulpe dentaire et agissent sur le périoste alvéolaire.- Les faits interrogés ne confirment d’une manière absolue ni l’une ni. l’autre de ces deux opinions. \\f peine, en effet, M. Th. Roussel avait-il écrit, dans scs Recherches sur ^ 'j les muUidies des ouvriers employés à la fabricalioii des allumeltes f j chimiques (publiées en 1846), que tous les malades soumis à son ob- J j servation avaient les dents cariées, et que la carie dentaire était la voie : d’introduction des vapeurs de phosphore que Strohl, Blandin et J. R. ■ i llarrison et d’autres observateurs (Gubler et Lallier) publiaient à leur tour des cas de* nécrose phosphorique , où toutes les deuts étaient j exemptes de cane et parfaitement saines.

M. Magitot considère surtout, comme cause prédisposante, une variété de carie, qu’il appelle carie pénétrante. Pour lui, c’est la porte d’entrée invariable et exclusive ; il a cité des cas nombreux de carie du | maxillaire chez des ouvriei-s atteints préalablement de carie dentaire i

L’HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS

pénétraiile, et, inversement, de nombreux cas d’indemnité du maxillaire, chez les sujets travaillant depuis longtemps le phosphore, mais dont les dents étaient saines.

M. Legouest dit qu’il convient de mettre en regard d’affirmations aussi positives des observations qui ne le sont pas moins'. Non-seulement des chirurgiens dont l’attention, sur l’état des dents, était éveillée par l’opinion de M. Roussel, ont rapporté des cas de nécrose phosphorique sans carie dentaire, mais encore des sé([uestres ont été enlevés, portant aveceux des dents d’une intégrité complète.

Cependant, presque toujours, l’examen de la bouche révèle au début de la nécrose l’existence de dents cariées à diverses périodes.

11 sera donc utile d’inviter les fabricants d’allumettes chimiques au phosphore blanc, de faire examiner la bouche des ouvriers, qui, par la nature de leur travail, sont exposés aux émanations phosphorécs, et à faire répéter cet examen une ou deux fois par an*.

Dans toute cette discussion nous avons considéré la cause des accidents dus au travail du phosphore blanc comme le résultat de l’absorption des vapeurs de phosphore. Mais on connaît peu ces vapeurs, on en ignore le degré de tension et on ne sait pas la température ordinaire des ateliers.

Aussi M. Wurtz admet-il plutôt l’effet nuisible du phosphore en nature. Les ouvriers, dit-il, peuvent, après avoir manié le phosphore, se toucher la bouche ; de plus, en mangeant, ils ne prennent pas toujours les soins de propreté indispensables. 11 ajoute que, dans les fabriques de phosphore, il devrait y avoir autant de vapeurs que dans les fabriques d’allumettes, et cependant on n’y observe pas la nécrose phospliorée. Quoi qu’il en soit, la véritable cause des accidents est le phosphore, quel que soit son mode d’action, et nous ne nous arrêterons pas à répondre aux arguments de ceux qui, à l’exemple de Dupasquier, attribuaient la maladie à la présence accidentelle de l’arsenic dans la pâte inflainniable.

Nous ne saurions mieux faire, pour indiquer les règles prophylactiques de 1 intoxication par le pjiosphore, que de donner ici textuellement les conclusions auxquelles est arrivée la section d’hygiène publique du congrès de Bruxlles, 1875.

Voy. Legouest, Rapport au comité consultatif d'hygiène pttbliguc.

* 11 résulte des relevés de M. Trélat que l’on perd presque un malade sur deux atteints de nécrose phospliorée. F.t encore il faut noter que, chez ies individus donnés comme guéris, il persistait des difformités de la face et des troubles dans les fonctions du la mastication , il y avait là une cause de troubles digestifs qui altéraient la nutrition et compromettaient 1 existence.

ixx L'HOMME CONSlUÉltÉ COMME INDIVIDU.

1° La scclioii émet le vœu ((uc l’emploi du phosphore rouge amorphe’ soitsuhslituc à celui du phosphore ordinaire dans toutes lesl'ahri- (jucs d’allumeltcs.

2“ En attendant l’adoption universelle de cette mesure radicale, elle recommande, dans la condition actuelle de fabrication, les mesures suivantes, qui sont destinées à préserver des accidents toxiques généraux, et plus spécialement de la nécrose du maxillaire: installation de la fabrication dans des locaux suffisamment spacieux ; ventilation puissante exercée au moyen de tuyaux d’appel établis dans le sol, et aboutissant à une cheminée d’aspiration ; soins constants de propreté."

A côté de ces moyens physiques de préservation vient se placer l’emploi comme antidote chimique de l’essence de térébenthine dans les ateliers.

5° Les accidents locaux pourront être conjurés par des gargarismes astringents, et surtout par l’obligation imposée aux fabricants de ne point admettre dans leurs ateliers les ouvriers chez lesquels un examen préalable de la bouche a permis de constater que l’appareil dentaire est affecté de carie pénétrante ou de toute autre affection de nature à favoriser l’action nocive des vapeurs phosphoriques.

4“ Les enfants ne peuvent être employés dans les ateliers où se ma- . nipule le phosphore.

5” Lorsque les autorités permettent l’établissement de fabriques où l’on travaille cette substance, elles doivent imposer ces conditions, et tenir la main à leur exécution, aussi bien dans l’intérêt des ouvriers que dans celui des fabricants, qui sont civilement responsables des accidents dus à leur incurie ou à leur négligence.

' Cet étal isoiiicrique du phosphore a été découvert en IS48 par M. Schreitter. Cèpix^ duit, d’un rouge foncé, dur, sec, cassant, ne prend feu qu'à ISO degrés cl brûle sans répanch-e de vapeurs ; il n’est fusible qu'à 280 degrés. Il est devenu insoluble dans les builes, les alcalis, le sulfure de carbone, et môme dans le suc gastrique. 11 n’est donc pas vénéneux. Cela résulte des expériences de M. Bussy (1850), de MM. Baynal et Chevallier, et do MM. Orlila cl lligoul.

Celte transformation a été utilisée au point de vue de l’industrie, et l’on a substitué le phosphore blanc au phosphore rouge dans la fabrication des allumettes.

Mais, comme il y avait encore à redouter les explosions, un industriel suédois, M. Landstrom, a ou l’ingénieuse idée de séparer ces deux- corps, en appliquant le chlorate à la lige de bois et le phosphore sur un frottoir, de sorte que l’allumetlc ne pouvait prendre feu que sur ce frottoir spécial.

La substitution du phospbore rouge au phosphore blanc est donc un très-grand progrès. Malheureusement l’industrie, pour satisfaire aux exigences du public cl peul-ctre à une plus grande facilité de fabrication, emploie le phosphore blanc en quantité beaucoup plus considérable que le phosphore rouge.

L’HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS

7. Accidents professionnels provoqués par la benzine, la nitro-benzine, la fuchsine, 1 aniline.

BroLiociuriiiE. — Cbarvet. Élude sur une épidémie, qui a sévi parmi les ouvriers employés a la fabrication de V aniline (Thèses de Paris, 1863). —G. Beugebov et Oluvieh ilemoirc sur l aniline (Journ. dephysiol. de Brown-Séquard, 1863). — J. BERGEnon Ré-

7Z,2"TTnStS‘“'fV'’7'"''7

■ ’ V. l*so^l»b5). — Emploi des couleurs d'aniline pour la coloration des

d' Hygiène, 1874). - A. Chevallier. Delà benzine tli la ni robuizine et de l aniline. Dangers et inconvénients quelles présentent dans la fabrication et pour la santé des ouvriers (d/iii d'hyg. publ., 1865). — De la fuchsine de sa préparation, des aeeidenls qui peuvent en résulter relativement aux oi^i^Tet

/ r “"W-. ’860). — Ferrand. Rapport sur l'tn/liience sur la santé uiibliouc de la fabrication de l aniline et des produits qui en dérivent {Gaz. mcdic. de lyL 18M) Beacgrand .Vrt. dia/,,,e du Eouv. Dictionn. encyclop. des sciWes iHèdîc - Son venLlT

"‘cdicinal polizeilischer Beziehung.

La benzine s’obtient dans les laboratoires en distillant à une chaleur douce l’acide benzoïque avec trois fois son poids de chaux vive Un lave le produit liquide avec de la potasse, puis avec de l’eau et on fait secher sur du chlorure de calcium. Ainsi préparée, la benzine est Ires-fine, mais d'un prix élevé. Dans l’industrie on l’obtient par la distillation de l’huile de goudron; elle est alors rarement pure, et exhale ordinairement une forte odeur de goudron. La benzine, soit pure, soit mélangée à l’huile de goudron, est aujourd’hui très-répandue et d un usage frequent; elle ne saurait être considérée comme une substance toxique. On ne remarque pas de troubles sérieux chez les ouvriers exposés à absorber des vapeurs do benzine*.

M. Perrin a signalé cependant certains malaises spéciaux provenant de 1 usage de la benzine chez {les détjraisseurs qui emploient cette substance en quantité considérable.

Dans les teintureries, dit M. Perrin, on dégraisse les étoffes en les plongeant dans de grands baquets remplis de benzine pure; après quoi on es seche en les étalant sur une essoreuse à laquelle on im-

mouvement rapide de rotation. C’est surtout

lieu pÎ r'™"'' "P''’''*"" volatilisation de la benzine'a

de nrn ““vrier est expose a ces émanations qui ont pour résultat

produire une véritable ébriété. Outre cette action générale sur les

de Péuolf etpenS; “cii^dotniéreT'soiu canin'' ^ «reurs

'VeinhcrKc- acitè deux cas d’eu.poL^,, “lIlS'

RROtSI, UIGIÊ.NE. “

L’HOMME CONSIDÉHt COMME INDIVIDU.

centres nerveux, la ljcn/.ine produit encore sur les mains, sur les bras, un effet local qui a pour résultat de déterminer un léger trcndjlemenl de ces organes, avec sensation pénible de fourmillement et d engourdissement. C’est à cette inffuence particulière que les ouvriers font allusion quand ils disent <jue la benzine attaque les nerfs.

. En combinant la benzine avec l’acide nitrique, on obtient la nilro-benzine, liquide jaunâtre, transparent, qui présente la propriété remarquable de se transformer en aniline sous l’influence d’actions réductrices.

La nilro-benzine exhale une odeur de cannelle et d amandes anaeres assez pénétrante pour amener dans les ateliers où elle est fabriquée un picotement au gosier et même de la toux. Elle est très-employée dans la parfumerie ainsi que dans l’art culinaire, où l’on s’en sert a titre de condiment. En Angleterre son usage est assez général, sans qu il

paraisse en résulter d’accidents fâcheux .

Toutefois il résulte des recherches de M. J. Bergeron que les vapeurs de nitro-benzine peuvent causer des vertiges suivis d’un elat comateux. Enfin Schumacher et Spaenglcr relatent le fait d’un empoisonnement parle nitro-benzol^.

Les substanc’es employées dans la fabrication de Vaniline sont trèsvariées, et les composés auxquels la réaction de ces différents corps donne naissance produisent sur l’organisme des accidents Ires-dis-

semblables. . • • •

Ici se désageiit (les vapeurs (le gai lijpo-aioliquc, gaz qm lanlol iirllc la ruuqueuse l.,ûuelii,|ue, cl, dans d’aulres cas, délerminc rapidement une véritable asphyxie.

fcs‘‘e^îïimcnïaî"ul■.s ouU-espir6,‘pendant plusieurs heures, des v.speurs t.-ôs-deuses de

l-rcsque au-silut il lui pi s u „,alièros vomies exhalaient une odeur très- 1;

étal comateux 'U» âa « "./J’ q, f," viscères répandaient la même odeur. Le »

l'orte d’amaiulos juulus, et, t • l- / , • contuel de l'aie» il redevint •

sang était Jip.'X les veim^, îencéphale et les poumons étaient

promptement ' yeuses ecchytn la plévre, sous les mmiueuscs .

SXmmm di; éi;:::Dn i-l --’'' n osC., I87Ô, n- 12. et Herue des ,

sciences mcilicnlcs, t. VI, p. oàl).

L’HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS

Là, ce sont des vapeurs de nitro-ben/.ine amenant les vertiges, au.\quels succède un état coinateu.\.

Dans un autre atelier, l’ouvrier n’est soumis qu’à rinfluence assez bénigne de l’acide acétique, tandis (|ue d’autres ont à redouter 1 action des vapeurs d’aniline sur les centres nerveux.

Enlin, un nouvel agent, l’ai’senic, sera manié en quantité assez considérable par une série d’ouvriers, (juand il s’agira de transformer l’aniline en rosaniline.

C’est faute d’avoir suivi les phases successives de la fabrication qu’on a pu songer à grouper dans une description d’ensemble et à rallaclier à une origine commune des phénomènes complètement différents.

On doit à M. J. Bergeron d avoir lait cesser cette confusion, en ramenant chaque sorte d accident à sa cause véritable, et eu établissant les distinctions que nous venons de faire connaître.

La préparation de l’aniline, par le procédé Béchamp, se fait de la façon suivante. On introduit dans une cornue : acide ac tiipic concentré, 50 grammes; nitro-benzine, 50 grammes, et limaille do fer, 5i grammes.

Au bout de queb|ues instants, une vive effervescence se jmiduit, et, lorsqu’on découvre les mortiers de fonte où elle s’effectue, il se dégage un véritable nuage de vapeurs âcres et pénétrantes formé de vapeur d eau, d acide acétique et de nitro-benzine, entraînant aussi de l’aniline vers la fin de l’opération.

Pendant la distillation, toute trace de nitro-benzine a disparu, et si quelques vapeurs acétiques se répandent dans les ateliers, elles sont mélangées à des quantités bien plus considérables encore de vapeurs d’aniline.

^ L aniline est un liquide incolore, d’une odeur vineuse agréable et d une saveur brûlante; elle est peu soluble dans l’eau, soluble en toutes proportions dans l’étber et dans l’alcool.

Pour transformer l’aniline en rosaniline^ on se sert d’un corps oxydant (acide arsénique, chlorure de zinc, nitrate de mercure). L’acide aiséiiii|iie est 1 oxydant le plus fréquemment employé.

L’amline et l’acide arsénique mélangés sont soumis à une température elevée dans un bain-marie d’huile de Palme. Ce inérange, que les ouvriers nonmient malièrc hrule, est, lorsqu’on le relire des cornues, loriiié d un arséniute de rosaniline vert bronzé, qui, s’il est dis-

‘ La ro-anilinc est la base des produits tinctoriaux si répandus anJounlTiui.

yj,2 I/IIOMMF. CONSIDKIU': COMME l^r)lVII)U.

SOUS ilans l’eau ou mieux dans l’alcool, prend une couleur d’un beau

pourpre. . ■ , •

Pour M. Cliarvct, qui a fait ses observations à la fabrique de Pierrr

Bénite, le danger de cette opération réside exclusivement dans les préparations arsenicales.

M. J. Bergeron, au contraire, considère le dégagement des vapeur> d’aniline comme la véritable cause des accidents généraux*. Pour lui, l’arsenic agit uniquement sur la peau, où il fait naître des pustules et des ulcérations. On les observe surtout aux mains et aux pieds, très-rarement aux cuisses et au scrotum, contrairement à ce ijui se produit chez les ouvriers en papiers peints ; sans doute parce que les ouvriers des fabriques de couleur d’aniline manient l’arsenic sous forme liquide seuinent, tandis que les derniers sont exposés à des poussières d’arsenite

de cuivre qui pénètrent sous les vêtements.

Pour débarrasser la matière brute, arséniate de rosanilinc, de la quantité d’arsenic qu’elle renferme, on la traite par l’acide chlorliydrique qui remplace l’acide arsénique. Le produit obtenu est un chlorhydrate de rosaniline, c’est-à-dire cette couleur si répandue que l’on connaît sous le nom de fuchsine.

. WOUler et Frerichs

a vu un en lés plongeant dans une solution d’aniline.

violentes. Uunge ^ , a en 1800 les propriétés toxiques de l'aniline.

Schuchardt a aussi deinontid, en , P P s appuvant sur ses

D’après M. cl d’autres médecins anglais qui ont administré

ÏÏnihneïï’LtJriTÙr, il nie la possibilité de l’empoisonnement lent par l’aniline à faibles

‘^T^près M. J. Bergeron. si la dose du ,

lentes «‘laques d’echimpsie, Pinhalation et l’ingestion par les voies di-

promptemonl. . ' . , jans le premier cas, plus lents et moins

gestives, il a constaté MU observé des troubles fonctionnels analogues, suivant

licitement accusés. Cependant, „;iinp nui semble porter son action plutôt sur

la substance employée: d’^citation a^^stulièurpa-’ nilro-beiuine qui pa-

la moelle epiniere et sut l^sys c l’aniline, malgré l’appareil elfrayanl de

“‘I"“ '■« .aWc.n.c,ue«», « ,.lu. ,•»».-

,e„x de la vie “'ii’ àUord comme exclaii, du centre re.sp.ra-

respiration et la circuhilion. . . „|,e action sur les terminaisons du nerf

toirc, puis comme ’j,®‘ Vd (grenouilles) une accé-léraiiou des mouve-

vagne. Quand à la Jar^^^^^ d« niuscle cirdiaque. l.a pression sni.gmi c

ineiits du cœur, puis pluslai 1 contact de l'aniline perdent toute contractilité,

n'est pas augiiieiiléc; les musc ; . sc,„i, labiés, cette gamme de couleurs qui

L'HOMME AU POINT DE VUE DES PIIÜFESSIONS

Pendant la fabrication du bleu, que l’on obtient en ajoutant à la fuchsine une nouvelle proportion d’aniline et en soumettant le mélange à l’action d’une haute température, on voit reparaître les vapeurs d’aniline mélangées avec des vapeurs ammoniacales.

M. J. Bergeron distingue deu.v formes de phénomènes symptomatiques chez les ouvriers travaillant à la fabrication de l’aniline : une forme aiguë et une forme chronique, et il décrit ainsi la première :

« Les ouvriers qui débutent dans la fabrication de la nitro-benzine et de l’aniline accusent, dès le premier ou le deuxième jour, une céphalalgie orbitaire, gravative, compliquée parfois de nausées et de vomissejuents. Cet état de malaise, si pénible pour quelques-uns qu’ils abandonnent la fabrique, se dissipe, en général, après une oli deux semaines d’apprentissage, pour ne plus se reproduire qu’accidentellcment, soit à l’occasion d’un travail forcé, soit pendant les chaleurs de l’été. La plupart éprouvent aussi pendant leur noviciat des vertiges qui disparaissent facilement au grand air. Dans d’autres cas, au vertige succède la perte de connaissance, qui cède plus ou moins promptement à l’action de l’air frais et laisse quelquefois une sorte d’hébétude, laquelle se dissipe par degrés et laisse une grande pesanteur de tête. D’autres fois,

1 ouvrier est pris d un sentiment de torpeur, sa face se congestionne, il vacille, chancelle et tombe, comme un homme ivre, dans un état semi-comateux; ses yeux sont entr ouverts; il bégaye quelques, paroles incohérentes et fait à peine quelques mouvements automatiques; la respiration est pénible, irrégulière. Au bout d’une heure et quelquefois plus, l’intelligence se réveille, l'individu sort de cette crise, conservant seulement un sentiment de fatigue générale avec un irrésistible besoin de sommeil. Chez d’autres, il survient de véritables convulsions épileptiformes des membres, des spasmes tétaniques de la région cervicale postérieure, alternant avec des accès de délire et un tremblement général. Les mouvements resiûratoires sont irréguliers; la peau ést froide, insensible; le visage pâlit; les lèvres, la langue, les extrémités, prennent une teinte bleuâtre; les pupilles sont dilatées ; les battements du cœur fréquents, et surtout d’une violence extrême, se ralentissent et deviennent irréguliers; cet état alarmant peut durer plus

d une heure, et l’ouvrier en sort brisé de fatigue et avec de violentes douleurs de tête. »

Quant à la forme chronique, elle est caractérisée par un certain det;ie anesthésie et surtout d’analgésie aux membres supérieurs. Il n’y a

L’HOMME CONSIDÉHÉ COMME INDIVIDU

pas lie vcrilalilc paralysie musculaire. Les fonctions génitales, sans être spccialfiuent alteiules, participent de 1 état de langueur ipii en\aliit tout 1 organisme.

On observe chez les ouvriers, à une époijue jilus ou moins rapprochée de leur entrée dans les ateliers, un ensemble de troubles gastrointestinaux dont un vomitif, plus ordinairement un purgatif, et un réo-ime un peu sévère, ont facilement raison.

M. J. Bergeron a décrit, en outre, comme un effet très-rapide et constant des vapeurs de nitro-benzine et d’aniline sur les ouvriers qui y sont exposés d’une manière continue, une décoloration de la peau et des muqueuses, avec légère nuance lilas des lèvres, décoloration qui imprime un cachet particulier à la physionomie de tous les ouvriers et leur donne un aspect anémique très-caractérisc. Or, ce n est la, le plus souvent, qu'une fausse anémie; la rapidité avec laquelle ces signes extérieurs se produisent, la rapidité non moins grande avec laquelle . ils disparaissent, suffirait à le prouver, si l’absence de souffles liquidiens au cœur et dans les vaisseaux, et enfin le maintien des forces, ne | le démontraient d’une manière plus décisive encore. 11 suffit, en effet, | que les ouvriers aient séjourné sept ou huit jours dans des ateliers mal ventilés pour que la décoloration et la teinte lilas des lèvres se reproduisent et il suffit, d’autre part, qu’ils passent cinq ou six jours hors de l’usine pour que la coloration normale reparaisse. Pour M. Bergeron, dans ce cas, il ne s’agit pas d’une aglobulie, mais simplement d une , décoloration des globules rouges par raréfaction de l’oxygène, auquel se substituent, dans les hématies, les gaz carburés dont est chargée 1 atmosphère des ateliers. A cette anémie fausse succède, chez quelques ouvriers qui subissent longtemps l’action des vapeurs d’aniline ou ic nitro-benzine, une anémie vraie, ou aglobulie, qui se traduit par les

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sans danger. Sonnenkalb a conclu ù la par a.le ' y port.U une

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L’HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS

symptômes ordinaires, et qui, dans les cas les plus prononcés, peut se compliquer d’un peu d’œdème des bourses et des malléolles*.

Pour empêcher la manifestation de ces accidents, quelquefois trèsgraves, il faut opérer une ventilation énergique des ateliers de manière à entraîner rapidement au dehors les vapeurs nuisibles. Les ouvriers devront mettre devant leur bouche un mouchoir ou une éponge imbibée d’une solution alcaline légère.

L’ouvrier atteint d’accidents doit quitter immédiatement son travail, et, si les désordres se renouvellent, changer de profession.

En outre, les fabriques d’aniline étant très-exposées aux incendies, on devra avoir en permanence une masse de sable, plus utile que l’eau, pour l’extinction des liquides hydrocarbonés entrant en comliustion *.

Ces usines sont rangées dans la première classe des établissements insalubres.

8. Accidents professionnels provoqués par le sulfure de carbone.

L’intoxication par le sulfure de carbone a été étudiée très-complétement par M. Delpech (1856) ; M. Iluguin, dans une thèse soutenue en 1874 à la faculté de Paris, nous a fourni aussi sur ce sujet quelques détails intéressants. *

Le sulfure de carbone, liquide incolore, très-mobile, d’une odeur désagréable, d’une densité de 1,271 à 15 degrés, est un agent sulfurant très-énergique; mais sa propriété la plus importante réside dans

fixé l’attention des pouvoirs publics. Il est évident que les résidus dont se servent quelques fabricants, résidus qui renferment toujours dei’arsenic, doivent être sévèremen proscrits. La question est plus controversée, s'il s’agit de fuchsine pure, non arséuiquée D’un côté MM. Bergeron et Clouet admettent l’innocuité Absolue des mélanges cob rants a base de fuclisinc pure; d’un autre côté MM. Ritter et Feltz concluent que la fuch-iine même pure et non arsenicale détermine de l’albuminurie, du prurit de la bouche et de la diarrhée. Quoi qu’il en soit de ces opinions divergentes, on peut dire que, eu égard à la petite quantité de matière colorante employée, les vins, colorés par la luclisine non arséuiquée, ne peuvent être considérés comme ayant une action toxique immédiate. Mais, comme le dit le professeur Itouchardat, la question ne doit pas être posée ainsi; ce qu'il jaut déterminer, c’est si l’usage continu du vin coloré par cette substance n’est pas inoficnsif. Et nous répondons avec le savant hygiéniste ; Non, cet usage répété n’est pas sans danger. — Y. Bouchardat — Bulletin général de Ihérapeuligue.

' Ces faits d’anémie s’observent surtout chez les ouvriers nomades, qui vont de fabrique en labrique et vivent dans les plus déplorables conditions d’iiypiène.

’ M, Chevallier a, en outre, donné des indications sur la construction des bûtiments. Le comble doit être en fer, sans antre support que les murs, on des colonnes en fer ou en fonte, à l’exclusion du bois; la couverture doit être en tôle galvanisée. Il a également indiqué quelques précautions pour i|ue les vapeurs ne deviennent pas nuisibles pour les voisins, en les dirigeant par des tuyaux jusqu’il une cheminée d’une hauteur de trente mètres.

1,’IIOMME CONSIDKUÉ COMME INOIVIDU.' son action dissolvante, c’est à ce titre qu'il est employé dans la préparation du phosphore amorphe, pour éliminer les traces de phosphore non transformé, et dans le traitement des grès hiturnineux.

Parmi les différentes applications industrielles qui lui sont données, la plus importante, au point de vue qui nous occupe, a pour objet la sulfuration ou vulcanisation du caoutchouc.

La combinaison du soufre avec le caoutchouc enlève à ce dernier corps deux propriétés fâcheuses, l’adhérence de ses surfaces dès qu’elles sont mises en contact, et l’amollissement que subit le caoutchouc à une température de 30 à 50 degrés, tandis qu’à 0 degré et au-dessous, il devient dur et perd son élasticité. Sans entrer dans l’exposé des différents modes de vulcanisation, nous dirons qu’en 1846 Parks de Birmingham trouva le moyen de vulcaniser le caoutchouc à froid, en se servant du sulfure de carbone et en faisant intervenir un second agent de sulfuration, le chlorure de soufre; la vulcanisation à froid est surtout très-usitée dans les fabriques de caoutchouc soufflé.

L’ouvrier prend une feuille de caoutchouc de deux millimètres d’épaisseur environ, la découpe de certaines façons différentes; il procède ensuite à la soudure de chaque pièce, qui se fait en rapprochant les bords découpés et en les frappant à petits coups avec un marteau sur une enclume, puis suivent les opérations de vulcanisation, de teintuçp et de vernissage ; la vulcanisation est la seule dangereuse ; l’ouvrier chargé de ce travail est muni d’une fourchette à cinq ou six branches recourbées, sur lesquelles il place autant de petits ballons, les plonge quelques secondes dans le mélange vulcanisant, les retire ensuite et, après les avoir saupoudrés de poussière de talc, pour les empêcher d’adhérer, il les jette sur une claie pour y sécher.

Le sulfure de carbone n’est pas seulement employé dans les fabriques; un très-grand nombre d’ouvriers en chambre s en servent et passent ainsi, en grande partie, le jour et la nuit, dans une demeure qui se trouve remplie de vapeurs délétères.

Dans les fabriques où les appareils mieux lutés sont souvent établis sous des hangars, les vapeurs ne se répandant qu’en petite quantité, les accidents, plus rares, sont sans gravité et se bornent à dos vertiges, de la céphalalgie, de l’anorexie, des vomis-semenls, un sentiment de vague dans les idées, un peu de propension au sommeil; ces symptômes disparaissent, lorsque l’ouvrier quitte son atelier et retourne au grand air. Il n’en est plus de mémo, si les ouvriers travaillent dans des ateliers petits, has, mal aérés.

Chez les individus qui sont exposés à l’évaporation de grandes cuves

L’HOMME AU POIKT DE VUE DES PHOFESSIONS

de dissolution de caoutcliouc ou de quantités considérables de pâte, enfin, chez ceux qui étendent ces dissolutions sur de larges surfaces d’étoffe, offrant une bien plus grande facilité à l’évaporation, dans ces cas, les accidents sont beaucoup plus graves, et M. le docteur Delpech qui, le premier, a fait connaître ces faits, les a décrits d’une façon très-complète.

La maladie peut débuter brusquement et offrir les caractères d’un empoisonnement. Le malade est pris, au milieu de son travail, d’une céphalalgie violente, avec troubles de la vue, bourdonnements d’oreilles et vertige. Il a une faiblesse générale, des vomissements fréquents. Ces accidents arrivent quelquefois, pour ainsi dire, sans cause appréciable, quelquefois à la suite de fatigues, d’abus alcooliques, de travail excessif, ou bien succèdent à un emploi plus considérable de sulfure de carbone.

Dans l’intoxication lente, les accidents n’apparaissent qu’à la longue, après [)lusieurs mois ou même plusieurs années.

M. Delpech admet deux périodes, une première d’excitation, et une seconde de dépression. La première est caractérisée par de la céphalalgie, des vertiges, des douleurs musculaires, des fourmillements et de l’hyperesthésie cutanée; il y a de l’agitation, de la loquacité, des rires et des larmes sans raison, de la mobilité d’esprit, des rêves pénibles, de l’irritabilité, des colères et des violences inexpliquées, quelquefois même des phénomènes d’aliénation mentale*. On observe des troubles des sens, des crampes, de la raideur musculaire;

1 appétit est exagéré; il y a des nausées, des vomissements, de la toux, de 1 oppression, des accès fébriles et des palpitations. La seconde période est caractérisée par l’alfaissemcnt des fonctions intellectuelles, la tristesse, le découragement, l’indifférence, l’affaiblissement de la mémoire, la difficulté de trouver les mots, la persistance de la céphalalgie gravative, l’anesthésie, l’analgésie, les troubles de la vue, l'amaurose, la surdité, l’impuissance, la frigidité, l’atrophie ou l’arrêt do développement des glandes séminales, la stérilité, l’avortement, la faiblesse musculaire générale, la raideur, la paraplégie, l’anorexie profonde, le bruit de souffle vasculaire, le dépérissement et la cachexie.

Cette dernière, qui peut, dans les cas graves, offrir la persistance de tous les accidents de la période de collapsus portés au plus liant degré, est surtout caractérisée, dans les cas les plus simples, par une anémie

dp ^ “ 1 hôpital Saint-Antoine (mai 1870) un malade intoxiqué par le sull'grc

car One, qui présentait du dMire de persécution et des hallucinations de l'ouïe.

i;ilOMMK CONSlDKItÉ COMME IMlIVIDÜ.

qui peut aller jusqu’à rexlrêmc, la perle de la mémoire, l’alTaildissemenl du système musculaire, surtout sous la forme para|dégiquc, et rimpuissance*.

Les précautions à prescrire aux ouvriers sont ici encore l'absenf^e d’excès, les vêtements spéciaux au travail, la défense d’alimentation dans l’atelier ; ils ne devront jamais coucher dans le lieu du travail. Les ateliers seront aérés et ventilés; les mêmes ouvriers ne seront pas employés longtemps au trempage et devront être souvent remplacés; en outre, comme la vapeur de sulfure de carbone est plus dense que, l’air, on pourrait disposer à claire-voie le plancher de l’atelier, le placer au milieu d’une cour, au-dessus du sol, de façon à ce que. l’air et le vent la balayant de tous côtés, les jambes des ouvriers ne fussent plus baignées par cette vapeur.

En 1858, M. Masson a conseillé le dépôt, dans les ateliers où l’on vulcanise le caoutchouc, de solution causli(|ue qui absorberait les vapeurs nuisibles. 11 insiste surtout sur l’utilité de la claire-voie*. |

9. Accidents professionnels provoqués par l'oxyde de carbone.

L’intoxication par l’oxyde de carbone donne lieu aux phénomènes i morbides suivants : pesanteur de tête ; céphalalgie avec sentiment de i compression vers les tempes; vertiges; bourdonnements d oreilles, i propension au sommeil. Si 1 individu cherche a marcher, il a 1 air d un homme ivre et peut tomber sur le parquet ; son intelligence reste nette, bientôt la vue se trouble, les mouvements du cœur sont désordonnés, la respiration s’embarrasse, l’anxiété augmente, le pouls s’accélère et s’affaiblit; quelquefois il y a des vomissements; enfin arrivent le coma, et la mort, précédée quelquefois de convulsions violentes .

1 M. Laboulbène a cité (1876), à la Société de médecine dos hôpitaux, un fait de coloration pigmentaire très-prononcée chez un individu travaillant le sulfure de «rto.^ s Un industriel de Grenelle a imaginé le moyen suivant . le travail doit se fai dans un compartiment séparé de l’atelier par une cloison en hois, percée de trous assez larges pour y passer les avant-bras; un inanchon en caoutchouc, in^-ré d un côté au pourtour des ouvertures, serrant de l’autre les poignets de 1 ouvrier, et laissant le» libres, empêche le passage de toute émanation. Du côté de 1 atelier, un vitrage oblique, à hauteur d'homme, permet de suivre le travail des mains. M. lluguin a vu fonctionner, à lloinainville, un appareil de ce genre qui ne prévient pas les accidents. U ; trouve cet inconvénient de placer les ouvriers dans une petite chambre formée de tons côtés. En effet, la cloison qui les sépaie du sullure liquide peut, a un “^tam mom^ laisser passer le sulfure; aussi, tout en conservant 1 idee trés-iiiguiieuse de wt api reil, on pourrait empêcher cet accident en faisant travailler les ouvner.s en plein , au lieu de les placer dans un endroit complètement clos.

5 l'n individu, nommé Déal, qui s est asphyxié par le charbon, a voulu l.ii-.crii

description dos observations qu'il a faites sur lui-inênie : miel était

« .l’ai pensé, dit-il, qu’il serait mile, dans 1 intérêt de la science, de savon qi c

L’HOMME AU POrNT DE VUE DES PnOFESSIONS.

Les êtres empoisonnés par l’oxyde de carbone présentent une rutilance du sang qui s’observe non-seulement dans les artères, mais encore dans les veines‘. Le sang a perdu en grande partie la propriété d’absorber l’oxygène de l’air et d’exbaler l’acide carbonique qu’il contient.

C’est dans les globules que se trouve la modification produite par l’oxyde de carbone. Les globules saturés d’oxygène et mis en contact avec l’oxyde de carbone laissent dégager le premier de ces gaz pour absorber le second, volume par volume. Au contraire, l’oxygène ne peut plus chasser l’oxyde de carbone combiné au globule.

Ainsi donc, comme l’a démontré M. Claude bernard, les corpuscules sanguins ont pour l’oxyde de carbone une affinité bien supérieure à celle qu’ils ont pour l’oxygène.

Le sang d’un individu empoisonné par l’oxyde de carbone présente au spcctroscope les caractères de l’hémoglobine oxygénée. Ce specti'e est le spectre du sang artériel que les agents réducteurs, tels que le sullbydrate d’ammoniaque, ne peuvent transformer en spectre du sang veineux.

L’oxyde de carbone est rarement inspiré pur dans les travaux professionnels.

Divers accidents et des symptômes d’anesthésie ont été ob.servés chez les ouvriers travaillant aux liaiils fourneaux. L’oxyde de carhone s’y dégage durant le nettoyage des fourneaux, ordinairement mêlé à de 1 hydrogène sulfuré et arsénié, et à du sulfure de carbone.

On a noté plusieurs cas d’asphyxie pendant le nettoyage des chaudières. Les uns ont attribué la mort à l’oxyde de carbone, qui, provenant des fourneaux, aurait pénétré dans la chaudière par les parois ;

I effet du charbon sur l’homme. Je place sur une table une lampe, une chandelle et une monlre, et je commence la cérémonie. — 11 est 10 h. 15 m.; je viens d’allumer mes fourneaux ; le charbon brûle cliflicilement. — 10 h. 20 m. ; le pouls est calme et ne bat pas plus vile qu’à l’ordinaire. — 10 h. .50 m.; une vapeur épaisse se répand peu à peu dans ma chambre ; ma chandelle parait prés de s'éteindre ; je commence à avoir un violent mal de tête; mes yeux se remplissent de larmes, je re.-sens un malaise général; le pouls est agité. — 10 h. 40 ni. ; ma chandelle s’est éleinie, ma lampe brûle encore; les tempes me battent comme si les veines voulaient se rompre; j’ai essayé de dormir, je soullrehon-iblement de l’estomac; le pouls donne 80 pulsations. — lOh. 50 m. ; j’étouffe, es idées étranges se présentent à mon esprit et je puisa peine respirer; je n irai pas om, j ai des symptômes de folie. — 10 h. 00; je ne puis presque plus écrire, ma ^e se trouble, ma lampe s’éteint; je ne croyais pas qu’on dût autant souffrir pour mourir lO h. 02 m.... » Ici, quelques caractères illisibles.

.eblanc a démontré que deux à trois millièmes d'oxyde de carhone dans l’air sullin pour tuer un chien ; il ne faut qu’un millième pour asphyxier un oiseau.

300 L'HOMME CONSIDÉHÉ COMME INDIVIDE.

d’autres à l’acide sulfliydrique, par suite de la décomposition de l’eau.

Bnnucl a vu des ouvriers, intoxiques pendant leur sommeil, par de l’oxyde de carbone qui avait passé par les crevanses des fourneaux. On a prétendu récemment que le même fait pouvait s’obser\'er par l’usage des poêles de fonte.

Les chauffeurs de locomotives peuvent, parmi les gaz auxquels ils sont exposés, absorber de l’oxyde de carbone. L’absorption de l’oxyde de carbone dans la préparation du charbon de bois est sans importance, le travail se faisant en plein air.

Cette influence ne paraît pas plus nuisible chez les ouvriers se livrant à la fabrication du coke et à la distillation de la houille.

Nous citerons encore, parmi les professions qui peuvent donner lieu à des dégagements d’oxyde de carbone, les cuisiniers, pâtissiers, ouvriers fabriquant le gaz d'éclairage.

10. Accidents professionnels provoqués par l’acide carbonique.

Si l’acide carbonique est réellement vénéneux, ses propriétés toxi- i ques sont faibles et difficiles à démontrer. Sans doute, il est irrespi- 1 rable et peut donner la mort par asphyxie, ainsi qu’on le voit dans les I puits où il se rassemble naturellement, et dans les caves où fermente i une liqueur sucrée; mais, dans ce cas, il agit mécaniquement en troublant par sa solubilité l’équilibre endosmotique du sang ou en se substituant totalement à l’oxygène.

Mélangé à l’oxygène ou à l’air atmosphérique, dans quelles proportions l’acide carbonique peut-il être toléré et à quel moment de^ienl-il absolument nuisible, et quelle est son influence sur 1 économie .

Dans les expériences de Seguin, 1 air contenant cinq centièmes d acide carbonique ne produisit pas d’effets sensibles; à la proportion de un dixième, l’expérimentateur éprouva dans la poitrine un sentiment de picotement et de constriction. Enfin, à la dose d’un cinquième ou un quart, il sentit de l’asphyxie; son pouls s’était élevé de 75 à 157 pulsations.

Les effets sur l’économie varient suivant les sujets, lis consistent dans la rougeur de la face, la proéminence des yeux, une sensation de « lialcur à l’épigastre et dans la poitrine; le besoin instinctif de respirer et l’accélération des mouvements respiratoires ; l’élévation du pouls, qui, en même temps, devient moins fort et moins plein. Dans aucune expérience, on ne put constater d’ancstliésie appréciable.

Ce gaz donne au sang une coloration noiic.

L’HOMME AU POINT DE VUE DES PUOFESSIONS

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