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NUTRITION. — CHALEUR ANIMALE

nés par le fait de la contraction. Mais il résulte des recherches d’un "rand nombre d’expérimentateurs que ce qui augmente, pendant le travail musculaire, c’est surtout la production d’acide carbonique (Raiike, Voit); il n’y a pas, à proprement dire, d’augmentation d’urée pendant l’activité musculaire (Voit). Les expériences de Fick et de Wislicénius sont surtout significatives à cet égard. Ces observateurs firent l’ascension du Faullioru, dans les Alpes, pendant laquelle ils eurent soin de ne se nourrir que d’aliments gras et hydrocarburés (lard, amidon, sucre). En calculant la quantité de substances albuminoïdes usées pendant le travail de l’ascension, d’après l’excrétion d’urée et des matières azotées contenues dans l’urine , ces auteurs constatèrent que la chaleur de combustion ainsi produite était loin de correspondre au travail mécanique nécessité pour l’ascension. Plus des deux tiers de ce travail avait dû s’effectuer aux dépens de substances non azotées. Ce sont donc particulièrement les matières non azotées qui, contrairement à l’opinion de Liebig, sont consommées pendant la contraction musculaire (M. Traube).

Ainsi donc, un premier fait incontestable, c’est que les substances albuminoïdes ne sont pas particulièrement usées pendant le travail musculaire, et que, par conséquent, ce n’est pas à la réparation de cette prétendue usure que sont surtout employés les aliments quarternaires. Il résulte de longues séries de recherches, exécutées par Voit et Pettenkofer, qu’il existe en circulation dans le sang une notable quantité d albumine, qui sert non pas à la réparation des tissus, mais à , subvenir, en partie du moins, aux combustions organiques et à la production de chaleur (albumine de circulation! . C’est ainsi que dans une alimentation exclusive de viande, tout l’azote ainsi absorbé reparaît dans les excrétions, tandis qu’il en est autrement du carbone, qui reste en partie dans l’organisme, probablement sous forme de graisse (Voit et Pettenkoler). Ainsi s’explique la possibilité de l’engraissement par un régime presque exclusivement azoté.

Il importe donc, de par tous ces faits, de renoncer aux vues étroitenient dichotomiques de Liebig, et de cesser de vouloir préjuger, d’après la constitution ebimique d’un aliment, du rôle ultérieur qui lui sera dévolu dans l’économie. C’est encore à M. Cl. Bernard que Fou doit d avoir, dans ces derniers temjis, mis en lumière avec le plus de force et de netteté cette manière nouvelle d’envisager les phénomènes intimes de la nutrition. En réalité, ainsi qu’il le fait observer judicieusement, nous ne savons rien sur la nature véritable des transmutations ebimique» et des échanges moléculaires qui se pa.ssent dans l’intérieur

APPENDrCE A LA CINQUIÈME PARTIE.

des éléments liislologiques ; sans doute, l’oxydation y joue un rôle important, mais non pas unicpie, et, à ce point de vue, il faut renoncer à comparer les plicnomèncs liistochimiques du corps vivant au simple fait de l'oxydation qùi se passe dans un foyer. Il s’agit là de dédoublements et de mutations moléculaires bien autnj^pent complexes, dont la glycogénie, par exemple, avec ses phases si diverses et ses étapes successives, nous offre un spécimen relativement des plus simples et des plus faciles à étudier.

Certains physiologistes contemporains, renonçant à comparer, avec Lavoisier, l’organisme animal à une lampe ou à un foyer qui brûle, l’ont assimilé aux machines qu’utilise l’industrie, et, appliquant aux phénomènes des corps vivants les lois de la mécanique, ils ont su en tirer des considérations aussi ingénieuses qu’élevées. Il est certain que ces lois immuables de la matière, connues sous le nom de loi de la conservation et de transformation des forces, s’appliquent aux corps vivants aussi rigoureusement que les lois de la pesanteur, par exemple. Envisagée sous cet aspect, l’histoire de la nutrition et de la chaleur animale prend aussitôt une signification et une portée philosophique inattendues. Le corps de l’homme peut, en dernière analyse, être considéré « comme une agglomération de molétules, dont les par- • lies constitutives mettent, par leur oxydation, des forces en liberté, c’est-cà-dire, transforment des forces de tension en forces vives. » (L. Hermann). Chaleur, électricité, travail mécanique, travail chimique ou sécrétoire, sensations et élaborations nerveuses, toutes ces modalités de la matière vivante ne sont, à tout prendre, que l’expression de ces transformations incessantes de la force. L’activité vitale se manilesle donc surtout par le dégagement de ses lorces vives, sous les foi mes diverses de chaleur, de travail musculaire, cérébral, etc., et le rôle de

l’alimentation est précisément de fournir à 1 économie, pai 1 intermédiaire du sang, des matériaux capables de lui restituer, sous la forme de forces de tension, les forces vives qu’elle a ainsi dégagées. C’est là une autre manière, la plus scientifique et la plus large de toutes, de

formuler l’idée de bilan ou do budget organique dont nous avons

parlé plus haut.

Mais,’ hâtons-nous de le dire, ces données, si intéressantes qu elles soient au point do vue de la biologie générale, sont beaucoup trop spéculatives pour trouver leur emploi dans l’apiilicatiou, et surtout il serait prématuré de vouloir y puiser une source directe d’enseignements et do préceptes d’hyghno hromatologicpie. Cependant, nous devions les meutionuor, ne fût-ce que pour donner une idée à la fois plus vraie

NUTRITION. - CIUIEIIR ANIMALE.

ft plus compréhensive du processus intime de la nutrition, et pour montrer l’erreur, si longtemps accréditée, à laquelle avaient conduit les vues chimiques étroites et trop courtes de Liebig et de ses successeurs.

11 ne faudrait pas cependaut être trop exclusif à cet égard, ni surtout en conclure .à la suppléance possible de tous les modes d’alimentation. S’il est avéré que, pendant le travail musculaire, les produits de désassimilation non azotés sont augmentés dans une proportion plus considérable que les produits azotés ; si par conséquent, pendant cet acte musculaire, ce sont surtout les graisses et les hydrocarbures qui sont comhurés, il est certain aussi qu’une partie des corps albuminoïdes est constamment détruite et éliminée sous forme d’urée; or, cette perte ne peut être réparée que par des aliments quaternaires.

Une nourriture composée exclusivement de graisse ou d’hydrocarbures, sans addition de substance azotée, ne tarde pas à entraîner la mort. Une alimentation exclusivement azotée peut, au contraire, être su[)portée très-longtemps, plus longtemps par les carnassiers que par les herbivores. Voit et Pettenkofer ont pu maintenir un chien dans son équilibre de nutrition pendant quarante-neuf jours, en lui donnant par jour 1500 grammes de viande dégraissée.

•Maison comprend combien une pareille alimentation, même en se plaçant au point de vue strict des dépenses et des recettes, est peu rationnelle et défectueuse. En effet, le sujet ainsi nourri est obligé de puiser dans les aliments albuminoïdes, non-seulement les matériaux nécessaires à la reconstitution de ses tissus, mais encore ceux destinés à fournir à la chaleur animale, au travail musculaire, en un mot, aux phénomènes respiratoires proprement dits, lesquels s’accomplissent bien plus facilement et a moins de frais a 1 aide des graisses et des autres substances ternaires. Il en résulte qu’un individu exclusivement nourri de viande est obligé d’en ingérer des quantités bien plus considérables que celles qui sont réellement nécos-'aires au maintien de la composition du corps, la transforiiiation des matières albuminoïdes en urée étant loin, par exemple, de produire la même quantité de cbaleur, et par con.séqucnl, le même ellet utile, ipie la translormatioii d’un poids équivalent de graisse ou de sucre en eau et en acide cai bonique. De là, chez les carna.ssiers, aussi bien que chez les herbivores, la nécessité absolue d un régime mixte, c’est-a-dire composé d’albuminoïdes et de subslaiicos ternaires; les carnassiers trouvent ces dernières, non dans les ^égétaiix, mais dans la grai'^se et dans le sucre de la viande ipi’ils ingèrent.

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