‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 163 sur 298 · MG · texte numérisé non relu

MG

Débouché du collecteur départemental

On trouve, si l’on prend la conqiosition de l’eau :

Du cètù de Mantes.

— Vernon

— Rouen .

Az.org. Az. tôt. Oxvg. dissous.

En somme, entre Clieby et l’extrémité de l’île Saint-Denis, en amont d Argenteuil, 1 eau de la Seine, dans le bras qui reçoit les colecteurs, e.st absolument impropre à un usage domestique quelconque; elle renferme des éléments fermentescibles prêts à entrer en ilécomposilion et à répandre l’infection. Entre Argenteuil et Marly, l’eau est «loms impure cbimiqiicmcnt ; elle n’est de bonne t|ualité qu’à Meulan.

' Voy. la carte représentant l’envasement de la Seine, Oouclient les dilfcrems collecteurs.

et indiquant les points ou de-

UE L’EAU

4ilj

En éludiant les gaz contenus dans l’ean |)récisénient là où se j)roduit l’absorption d’o.xygène, les ingénieurs du service municipal ont trouvé :

Hydrogène protocarboné 72,88 pour 100

Acide carbonique 12,30 —

Oxyde de carbone • 2,54 —

Acide sulfhydrique 6,70 —

Divers 4,58 —

Un comprendra sans peine l’épouvantable infection dont nous venons de tracer le tableau d’après M. Durand-Claye, en se rappelant que le réseau des égouts de Paris qui, en 1856, ne comptait que 160 kilomètres, présente aujourd’hui, avec ses annexes, 771 kilomètres.

« Ce vaste réseau réunit les eaux de pluie, les eaux ménagères, les eaux vannes, les tinettes fdtres et des urinoirs publics, une partie des balayures des rues, etc. Les deux bouches de Clieby et de Saint-Denis versent en Seine un cube journalier moyen d’environ 260000 mètres cubes, dont les 4/5 à Clichy et 1/5 à Saint-Denis. C’est par an un cube total de 95 millions de mètres cubes d’eaux impures versées en Seine. Ce chiffre atteindra prochainement 100 millions après l’achèvement des eaux de la Vanne. »

Le collecteur départemental de Saint-Denis, beaucoup plus riche en matières infectantes, représente, malgré le volume relativement faible de ses eaux, plus du tiers des effets nuisibles, au point de vue de la pollution de la rivière. Enfin, n’oublions pas que le débit total du fleuve, en aval de Paris, ne représente guère que quinze fois le débit des collecteurs.

11 faut ajouter encore à ces grandes causes d’infection les causes secondaires; ce sont les petits égouts et surtout les eaux industrielles, si nombreuses dans le département de la Seine.

Un pareil état de choses, qui tend à s’aggraver tons les jours, devait évidemment attirer l’attention de l’administration.

A Londres comme à Paris, comme dans plusieurs autres grandes villes, on a cherché à assainir les rivières ou, tout au moins, à remédier, dans une certaine mesure, à leur infection. Nous allons maintenant passer en revue les principaux procédés qui ont été employés dans ce but.

ÉPUHATION ET UTILISATION DES EAUX d’êoout. — Oii a clierclié à épurer les eaux d’égout par des procédés mécaniques, par des procédés chimiques et par des procédés agricoles.

Les procédés iiiécanûjucs sont surtout le barnuje, la fiilralion et la

DES EAUX IMPUUES ET MALSAliNES. ii7

itccuiilalion. En établissant des J)arrages ou de grands réservoirs pour la réception des eaux d égout, on arrive, par le repos, à faire précipi. ter toutes les matières suspendues dans l’eau, ce qui permet alors do laisser écouler le liquide clarifié. On débarrasse ainsi les eaux de la silice et des autres matières minérales solides qu’elles cbarrient, ainsi que d’une portion considérable des matières organiques qui ne sont point à l’état de solution ; mais ce procédé présente un double inconvénient.

D’abord le liquide qui s’écoule des bassins collecteurs est encore chargé de matières organiques fermentescibles et putrides en dissolulution. Si donc on le verse dans les rivières, il y deviendra une source d’infection très-considérable, bien que moins intense que l’eau d’égout elle-incme. D’un autre côté, la formation de bassins aussi considérables (jue ceux que nécessiterait l’épuration d’une rivière infectée par une grande capitale donnerait lieu à un foyer de maladies épidémiques (pii [lourrait exercer l’inlluence la plus fâcheuse sur la santé de la population environnante. 11 est un troisième inconvénient que nous ne mentionnons que pour mémoire, c’est qu’au point de vue économi(|uc ce procédé entraînerait des frais considérables d’installation et de fonctionnement.

Toutefois, cette méthode a été employée avec succès dans de petites localités, ou plutôt lorsqu’il s’agit d’épurer les eaux d’une seule maison ou d’un simple village. Dans ce cas, l’eau qui s’écoule est immédiatement employée pour l’irrigation et ne va pas empoisonner une rivière.

Quant à la filtraiion, elle ne peut évidemment être employée, comme la méthode précédente, que pour des volumes d’eau peu considérables.

Les procédés chimiques sml extrêmement nombreux; ils ont pour but (le précipiter les matières organiques dissoutes, ce qui permet alors de laisser écouler les eaux sur la voie publique, tandis que le précipité recuedli au fond des bassins est employé comme engrais.

Un chimiste français, de Boissieu, avait proposé, en 1762, de purifier les eaux d’égout par un mélange d’acétate de plomb et de sulfate de fer; telle est la première application du système qui nous occupe en ce moment. Les principaux réactifs ebimiques qu’on emploie aujourd hui sont : le sulfate d’alumine plus ou moins impur, la chaux vive, l’hypochlorite de chaux, le phosphate de chaux, les sels de magnésie, le charbon sous une inultitude de formes (charbon de bois, tourbe, charbon d’algues marines, lignite, fragments de coke, etc.). Enfini

DK 1,’EAU.

l’im (les proccklcs les plus usités en Angleterre est celui (|u’on connaît sous le nom de méthode a, b, c, qui consiste à employer un méjlange d’alun, de sang, de charbon et d’argile (en anglais alum, blond, charcoal, claij).

Ces divers procédés chimiques, auxquels on pourrait en ajouter d’autres, ont pour effet de précipiter très-rapidement les matières organiques que renferment les eaux d’égout. Le liquide à purifier est versé dans des réservoirs où il reçoit les mélanges chimiques qui doivent agir sur lui; le tout est agité à l’aide d’une turbine; enfin on laisse reposer, et le précipité s’étant formé, on laisse écouler les eaux clarifiées et ou recueille le précipité, qui peut servir d’engrais. 11 est à remarquer que les eaux qui s’échappent, après avoir été soumises à ces diverses méthodes d’épuration, contiennent toujours une quantité considérable de matières organiques ; en d’autres termes, l’épuration est incomplète.

Le meilleur de tous les réactifs jusqu’ici connus paraît être le sulfate d’alumine, qui se décompose en présence de l’alcalinité des eaux d’égout, et abandonne de l’alumine à l’état gélatineux : il en résulte une sorte de collage : les matières solides sont entraînées au fond du bassin, mais les matières dissoutes restent dans beau; c’est donc bien moins un procédé d’épuration qu’un moyen de clarification ; c’est ce que démontrent les analyses faites par les commissions de la ville de Paris. Elles ont établi que l’eau épurée contient les 2/5 de l’azote total de l’eau d’égout et le 1/5 des matières volatiles et combustibles, lesquelles sont en grande partie organiques. Au reste, les reproches qu’on peut faire au sulfate d’alumine s’adressent avec bien plus de force encore aux autres réactifs. Le docteur Franklaud, chargé d’une enquête à ce sujet par le gouvernement anglais, a constaté qu’il ne faisait disparaître qu’un tiers des produits nuisibles renfermés dans l’eau d’égout, laissant subsister les deux autres tiers qui vont empoisonner les rivières.

11 est donc évident que ce n’est point encore là qu’il fiiut chercher la solution du problème; on croit l’avoir trouvée dans l'action combinée du sol et de la végétation; nous allons examiner ce dernier point.

Piirificalion des eaux d'égout par l'action du sol et de la végétation. — Il e.'t aujourd’hui démontré que les eaux d’égoul, distribuées l»ar l’irrigation sur un sol perméable et suflisamment cultivé, abandonnent leurs principes fermentescibles aux couches (pi’cllcs traversent et deviennent ainsi l’un tics engrais les plus puissants. Les eaux

DES EAUX 1511'URES ET MALSAINES

ijiii s’écoulent, après avoir traversé les terrains cultivés, présentent un état de pureté comparable à celui des bonnes eaux potables.

Lorsque des eaux impures, chargées à la fois de matières suspendues et de matières dissoutes, sont distribuées à la surface d’un terrain perméable, la couche superficielle joue le rôle de filtre et sépare du liquide toutes les matières qui s’y trouvent suspendues. Une expél icnce fort simple, dont J’ai été témoin au bureau du service municipal à Clichy, suffit pour le démontrer. On remplit une grande caisse de 2 mètres de hauteur, ou même un simple vase en terre de 0,50, de terre et de sable caillouteux empruntés à la plaine de Gennevilliers ; ou y verse des eaux d’égout extrêmement chargées, et l’on constate que la filtration à travers ce sol artificiel suffit pour les clarifier pendant des mois entiers. Des phénomènes analogues se passent en grand sur certains terrains bien connus des géologues.

Une fois débarrassées de leurs impuretés flottantes, les eaux pénètrent dans les couches moins superficielles du sol, où elles rencontrent les radicelles des plantes qui absorbent les parties fertilisantes que l’eau retenait encore à l’état de dissolution ‘. M. Durand-Claye estime à 15,000 mètres cubes 1a quantité d’eau d’égout nécessaire, par hectare, pour fournir à certaines plantes les éléments essentiels à un bon rendement. Si donc, on veut obtenir trois récoltes par année, il faudrait consommer annuellement 45000 mètres cubes d’eau d’égout. D’après M. Ville ce dernier chiffre serait exagéré : 10 000 mètres cubes d’eau par hectare donnent le maximum de bénéfice et une excellente épuration. Avec 20,000 mètres cubes il y a plus de rendement, mais les bénéfices ne sont pas en rapport avec l’accroissement des dépenses qu’entraîne l’irrigation ; cependant l’épuration des eaux est encore satisfaisante. Si l’on arrive à 40000 mètres, le bénéfice est tout à fait nul. Le chiffre de 20000 mètres cubes ne doit donc pas être dépassé pour les prairies, et pour la culture maraiéhère il faut être

* On s est demandé si, à la longue, l’accumulation d’un excès de matières organiques ne pouvait pas occasionner rencrassement du sol, et n'épuisuil pas son j)ouvoir épurateur. M. Schlœsing, se fondant sur des expériences récentes qui conQrment celles de M. Boussingault, pense que l’iiunius résultant de l’oxydation des matières organiques constitue l’épurateur le plus parfait : un sol riche en humus éimrc inliniinent mieux les eaux vannes qu’un sol seulement sablonneux et caillouteux. 11 a même montré (Acad, des sciences, ‘2 février 1877) que la transformation de l’asote en nitrates ne se produit que si les couches filtrantes sont riches en matières organiques, et renferment des êtres doues de vie, sans doute des ferments. Si donc la perméabilité du sol est assurée par le drainage, la matière organique continue indèlinimenl à s'oxyder, et si une partie de I azote peut se dégager dans l’atmosphère, la plus grande partie se transforme en nitrates que l’eau entraîne ou que llxent les végétaux.

raOeST, IITGICNE.

DE l/EAU.

bien plus réservé. On ne doit pas, en général, d’après M. Ville, dépasser le cliinVc de b à 600Ü inclres cubes par bectare, 10 000 au maximum. Si l’on n’observe pas celle règle, dil-il, le sol esl iideclé cl la nappe d’eau sous-jacenle elle-même esl conlaminée. D’ailleurs, la cullure maraîchère enlraîne toujours, après un temps déterminé, du col matage et un dégagement de gaz putrides. Pour cet auteur, la culture des prairies est donc inlinimenl supérieure au point de vue de la salubrité h

On le voit, tout le monde est d’accord sur le principe, et les divergences d’opinion ne portent que sur un point secondaire, c’est-à-dire sur l’étendue des capacités absorbantes du sol et sur les proportions qu’il convient de donner à l’irrigation. Au reste, les éléments nuisibles de l’eau d’égout qui ne sont point absorbés par la végétation sont retenus et oxydés par le sol lui-même. On constate, en effet, que, dans les couches superficielles, le carbonate d’ammoniaque, le carbonate de potasse et la plupart des composés nitrogénés, se trouvent retenus, tandis que, dans le sous-sol, les matières organiques passent à l’étal d’azotates ou d’azotites et ne constituent plus un danger pour la santé publique. C’est dans ces conditions que l’eau d’égout va re- ■ trouver la nappe souterraine qu’elle ne peut plus alors contaminer.

Les .‘Vnglais nous ont précédés depuis longtemps dans l’étude de ces questions. A Londres, jusqu’en 1852, le système des égouts était tel qu’à marée haute, l’eau chargée d’immondices remontait jusque dans les rues et venait quelquefois inonder les caves des maisons. C’est en présence d’une inondation de ce genre, que le Parlement fut un jour obligé de suspendre ses séances. Forsler conçut alors un plan d’assainissement dans lequel l’eau pure arrivant à la ville, les immondices étaient entraînées à travers des égouts subdivisés à l’infini jusqu’au collecteur, qui les rejette dans la Tamise, à 50 milles au dessous do Londres, environ 40,000 kilomètres. .Mais si ce système donnait des résultats satisfaisants au point de vue de la salubrité, il était évidemment critiquable au point de vue économique. On s’est donc occupé de la fertilisation dos lorrains par les eaux d’égouts. Des expériences très-copeluantes eurent lieu sur plusieurs poiuls différents : à Édiinbourg, des prairies établies sur un terrain sabloimeux et ne rapportant (pie 50 francs par an, ont atteint, par ce régime, nnc valeur

' Cepciiiliml Fraiiklami a pu. dans cüi'iaiiis terrains sabloimeux. l'■pul■(îr coinidéloincnt 108 (lOl) iiuHi cs cubes d’eau d'époul par bectare et par an, pour une couebe tiltrantc intérieure à 2 mètres (1,85). C’est là évidemment une mesuiv excoîsivc, et dans des circonstances tout à l'ait exccpliomiellcs.

DES EAUX IMl'UllES ET MALSAIiNES. 4SI

locative de 1 500 francs. Des résultats analogues ont été obtenus à Croydon, Ilugby et dans divers autres endroits.

L’une des expériences les plus célèbres et les plus complètes est celle qui a été tentée, dans rétablissement connu sous le nom de LoiUjc farin, par la Compagnie concessionnaire des eaux d’égout de la rive nord de Londres. Puisées au dépotoir de Burkimj Creek, où débouchent les collecteurs, ces eaux sont conduites, par uu aqueduc de 00 kilomètres, sur les relais de Maplin, pour transformer ceux-ci en prairies. L’établissement de Lodge farm, qui comprend 80 hectares, est formé, pour la plus grande partie, de terrains extrêmement pauvres, à sous-sol de graviers, perméable sur une profondeur de 5 à 4 mètres, et pour une petite partie d’un sol argileux de meilleure qualité, mais peu prolond, reposant également sur du gravier. Les cultures se composent principalement de ray-grass d’Italie, de betteraves, de luzernes, de lin, de choux, de céréales, enfin de fraises qui ont remporté des piix au concours horticole de Londres, et dont une grande partie a été expédiée en France pour la consommation de Paris. Les résultats ont été excellents au point de vue agricole, et plus satisfaisants encore au point de vue de la salubrité, car ces eaux, qui dans leurs réservoirs exhalaient une forte odeur d’hydrogène sulfuré, devenaient complètement inodores après avoir été répandues sur les champs.

I our nous rapprocher de Paris, nous citerons les expériences si concluantes qui ont été pratiquées dans la plaine de Gennevilliers L C’est en 1869 que ces travaux ont commencé ; interrompus pendant les années 1870 et 1871, ils ont recommencé en 1872, et en 1874 ils ont absorbé plus de 8 millions de mètres cubes d’eau d’égout.

Les terrains de la plaine de Gennevilliers sont formés d’une vaste TOuche d’alluviou de 7 à 10 mètres d’épaisseur contournés par la bcine. Cet alluviou est composé de sable et de cailloux recouverts d une inince couche de terre végétale. C’est au-dessous de cette masse permeable (jue se développe une vaste nappe souterraine descendant des liauleurs du Mont-Valérien et de Duzeuval vers la Seine, et qui règne a une profondeur de 2 à 4 mètres au-dessous do la surface du sol. La P ame de Gennevilliers constitue donc, comme le dit M. Durand-Claye ans son remarquable rapport, un immense filtre naturel éminemment propre a absorber et à purifier les eaux impures. L’eau des puits ou aes drains qui provient de la nappe souterraine csL plus pure que celle de la Heine en amont des colleeleurs.

^ Consulter le i»Ian.

I)l£ l/EAU.

Il est donc évidcnl que l’épuration a été aussi salisfaisanle que possible. Quant aux résultats donnés par la culture, on reconnaît à l’iinaniinité qu’ils sont excellents. M. Mille a pu exposer au congrès de Bruxelles des produits de l’industrie maraîchère de Gennevillicrs qui ont excité l’admiration générale.

Quant aux plaintes qui se sont élevées au sujet de cette grande opération, elles nous paraissent peu fondées, et d’ailleurs, le principe étant démontré, tout se réduit à une question de proportion. 11 est évident qu’un terrain quelconque, surtout s’il n’est pas drainé, ne peut absorber et détruire, dans un temps donné, qu’une quantité donnée de matières organiques. Déjà l’on songe à étendre à la forêt de Saint-Germain les travaux entrepris à Gennevilliers, et, pour peu qu’une sage administration préside au développement de ces travaux, les terrains qui environnent Paris pourront servir à désinfecter la Seine, au grand profit de l’agriculture

Au reste, les tentatives de ce genre se multiplient autour de toutes les I grandes villes, à Bruxelles, à Dantzick, à Berlin, des domaines étendus et stériles ont été soumis à l’action fertilisante des eaux d’égout, et partout les résultats ont répondu à l’attente de l’administration qui a entrepris ces travaux.

En Chine, de temps immémorial, l’agriculture fait usage d’engrais humain; le long des routes, ainsi que dans le voisinage des maisons, des récipients, destinés à recevoir les déjections de ce genre, sont placés de distance en distance. On en recueille le contenu, qu’on mélange avec de la terre pour en faire des gâteaux qu’on desséche au soleil, et qui sont transportés, dans des charrettes à bras ou des bateaux, pour

* line commission récente, dont M. llouley était le président et M. Schlocsing lerappoi'- Icur, vient d'approuver complètement les expériences faites à Gennevillicrs cl 1 extension de l’irrigation à la partie la plus scplenirionale de la forêt de Saint-Germain. I.a commission a pensé ; que la condition sine qua non de l’irrigation devait être le drainage, que ce drainage devait être suffisant pour évacuer la totalité des eaux épurées. En outre, les terrains irrigués seront mis en culture. L’administration réglera les intermittences et les doses des arrosages, de telle sorte que l’eau reste dans le sol filtrant tout le temps nécessaire pour être complètement épurée. Ces conditions posées, la commission admet <|ue, avec une épaisseur de sol actif de di'ux métrés, 1 hectare puisse épurer 50 000 mètres cubes par an : mais c’est là une limite exti-éme qu’on devra essayer de diminuer.

Dans son intéressant rapport, M. Sclilosing a établi la distinction entre deux opérations parfaitement distinctes : Vulilisalion et Wpnvalion des eaux d’égout. Jusqu ici on ne s’est occupé à Gennevilliers que A'rpuvcr. Mais si l'on voulait utiliser, il faudrait sc rappeler que les collecteurs versent par an 5 millions et demi de kilogr.-immcs d azote, valant de 13 à 14 millions de francs, et équivalant à 1200 millions de liiloprammes du meilleur fumier de ferme ; avec une telle quantité d'engrais, on pourrait facilement Ivtmer 40 à COOOO hectares de terre. Mais avant de songer à faire une opération productive en utilisant les eaux d’égout, la ville de Paris doit d'abord s’cffoix'cr, en les épurant, de combattre la routine, les idées préconçues et intéressées.

DES EAUX IMPURES ET MALSAINES, être vendus aux fermiers. L’engrais ainsi préparé est répandu à la snrlace du sol, et 1 on s en rapporte à l’action des pluies pour le détremper et le mélanger à la terre

Si l’agriculture se trouve bien de ce système, il est peu probable rpio ces eflets soient favorables à la santé publique ; il est certain du moins que cette habitude favorise notablement la propagation des entozoaires; aussi les Chinois de toutes classes ont-ils 1 habitude de mélanger à leur nourriture des semences de courge qui passent pour vermifuges.

Au Japon, le système est un peu différent. L’engrais humain, recueilli dans de petits tonneaux, est transporté par des chevaux dans la campagne, où les agriculteurs lancent sur le terrain, à l’aide d’un procédé particulier, ces matières qui n’ont subi aucune préparation.

Dans 1 un et 1 autre cas, les matières fécales sont mises directement en contact avec le sol, et, par conséquent, avec les plantes qui le recouvrent. 11 est incontestable que ce procédé est très-favorable à la végétation, mais en même temps des parcelles de matières fécales doivent rester accolées aux tiges et pénétrer ainsi, d’une manière presque directe, dans les produits destinés à l’alimentation ®.

Il serait difficile de concilier ces habitudes avec nos préjugés européens. Ce n’est qu’avec une certaine difficulté que nous pouvons nous resigner à l’usage de cet engrais particulier, et nous ne pouvons guère admettre qu’il soit utilisé directement et en nature sans avoir subi aucune espèce de préparation. 11 faut reconnaître cependant que les procédés de culture employés dans certaines parties de la Suisse, et principalement à Genève, offrent une assez grande analogie avec le procédé japonais. Mais aussi on signale dans ces pays la fréquence extraordinaire des entozoaires. Quand il n’existerait que ce seul inconvénient, ce serait assez, pensons-nous, pour justifier l’emploi des méthodes qui tendent à transformer le produit avant de l’utiliser.

En résumé, les détritus des grandes villes, riches en matières ferlilisantes de toutes sortes, empoisonnent rapidement les cours d’eau, et ne doivent point y être versées. 11 faut éviter d’abord l’insalubrité qui résulté de la pollution perpétuelle des eaux potables. Il faut ensuite nir compte de la valeur matérielle de ces engrais qui, lorsqu'ils ne

j>ervent pas à conlaminer les rivières, sont jetés en pure perte dans •a mer.

En sa qualité de principal consommateur, riiomme absorbe les élé-

<>“ mieu 01,. mi, une

Uitlicrford Alcock, Ihc Capital of U,e Tyco,.,,, 1. 1«', p, 120. I.oiidon, IS03.

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inciils ([ui, clans le sol, concourent à slinniler la vé;,'cjlalion. S’il les rejelio an loin sans les utiliser, il linira certainement par a|)pauvrir la terre cpii le nourrit; aussi, dans un Etat bien organisé, doit-on s’elTorc,er do satisfaire à la double indication que nous avons signalée. Nous croyons que les tentatives entreprises à Gennevilliers, à LodgeFarmel dans d’autres localités ne sont que le prélude d’un système plus général qui est appelé à rendre les plus grands services.

Eaux industrielles. — Le développement énorme que l’industrie a pris dans ces derniers temps est l’une des causes les plus actives de l’altération des eaux. Les résidus du travail des grandes usines doivent être évacués. Il faut s’en debarasser a tout prix. I\ien de plus simple en apparence que de les précipiter dans les cours d'eaux voisins. C’est cette méthode appliquée sans mesure et sans discernement qui a fini par infecter presque tous les cours d eau du département de la Seine, qui au commencement du siècle étaient presque partout d une pureté remarquable. Le mal est bien plus grand encore aux environs des. grands centres industriels et de plusieurs des villes les plus impor-, tantes de l’Angleterre. On conçoit aisément la gravité d’un pareil état de choses qui loin de s’améliorer tend au contraire à empirer de jour en jour en raison même du développement de la richesse et de l’activité de la population.

Notons, en outre, que les eaux industrielles ne se prêtent pas directement comme les eaux d’égout à l’amendement des terrains cultivés. Les eaux d’égout sont fertilisantes, les eaux industrielles sont trèssouvent au contraire ennemies de toute végétation. Il est donc trèsimportant. d’étudier les moyens de combattre les sources d infection permanente, et c’est là très-incontestablemènt l’un des problèmes les plus intéressants qui puissent attirer l’attention de l’hygienistc.

On comprend que dans un traité didactique il serait absolument impossible d’approfondir un aussi vaste sujet; tout au plus est-il possible de l’effleurer. Nous nous contenterons donc d’indiquer les conséquences de certaines industries au point de vue de raltération des eaux, en choisissant surtout nos exemples parmi les faits qui nous entourent immédiatement, c’est-à-dire dans lesélablissemenis industriels du département de 1a Seine.

Parmi les industries suburbaines qui donnent les plus fâcheux résultats à ce point de, vue, il faut accorder ruiic des premières places aux ntciileries; les matières organiques eu décomposition qu eiilraiiient es eaux de ces fabriques empoisounent complètement les petits cours

DES EAUX IMPUnER ET MAI, RAINES.

dVaii dans lesquels on les déverse. Aussi a-ton cru utile d’astreindre les usines à établir de grands bassins de décantation, dont le fond garni de corps rugueux, tels que le inâclicfer, retiendrait les llocons albumineux qu’entraînent les eaux d’expression, tandis que cette eau, découlant dans un autre bassin par des orilices placés à une hauteur convenable, serait traitée par une solution de sous-sulfate d’alumine qui précipiterait la plus grande partie des matières organiques.

Ces procédés sont incontestablement utiles, mais ils ne sauraient s’appliquer au travail des grandes usines. Il convient d’employer pour celles-ci un moyen plus pratique qui consiste à les répandre sur le sol. Ce procédé a été employé par M. Dailly, à Trappes (Seine-ct-Oise), et l’espace ne manquant pas, ces eaux ont paru agir à la manière d’un excellent engrais, mais il n’en est plus de même quand l’espace fait défaut. Dans une féculerie située à Colombes (Seine), dit M. Gérardin, les eaux sont dirigées vers une prairie où elles s’infdirent dans un sol essentiellement sableux. Dès qu’elles arrivent sur le gazon, les herbes périssent et deviennent noires comme si le feu les avait carbonisées. Par mégarde on les laissa atteindre des massifs d’arbres, les arbres périrent aussitôt. A Louvres (Seine-et-Oise), des effets semblables se sont produits; les eaux d une féculerie ont été dirigées vers une carrière abandonnée où elles se perdaient au hasard. :^endant deux campagnes tout alla bien, mais à la troisième année, les eaux dans un état de corruption complète firent leur apparition dans des galeries occupées par des champignonnières ; tous les champignons périrent et on dût renoncer à leur culture.

M. Gérardin propo.se donc d’ajouter au procédé de M. Dailly le drainage qu’il a expérimenté depuis 1.SG8, et qui donne d’excellents résultats, en permettant de diriger l’écoulement des eaux où l’on veut et d en débarasser le sol qui se trouve ainsi mis en état de renouveler sans cesse son action oxydante sur les eaux qui le traversent. C’est par oe [)rocédé que M. Gérardin est arrivé à désinfecter la rivièi'e du Groult dont l’altération était principalement causée par la féculerie de Conesse. La formule de M. Gérardin est la suivante : Répcmdre leu eaux Irèn-divisées sur un terrain préalablement drainéK Comme moyen pratique, pour apprécier les résultats de cette mé-

■ic* t ’f >’usinc, avant toute fennenlation, dit M. Gérardin, les eaux de fécnleet compléti'innnt inollcnsives pour les véHi’Iaux sur lesipiels on les ré- *’. <^'»>traire, on les conserve dans des l'ossas de décantation, elles deviennent ic «]<■ tous le.s vépélaux Ces deux états, si profondément trancliés

lier» I un à 1 autre dans un intervalle de quelques heures. A mon avis, le.s l'éciK

■ent mettre tous leurs soins à ne jamais laisser leurs eaux à l'étal de stapnalion.

DE I. EAU

4ri0

lltocle, M. Gérarilin a installé dns cressonnières sur divers points de la rivière du Groult. On sait, en effet, que le cresson de fontaine ne peut pas vivre dans les eaux impures. Aussi longtemps que cette plante prospère, on laisse marcher les choses; dès que le cresson jaunit et paraît souffrir, on arrête le travail de la fcculcrie et on redouble de précaution jusqu’à ce que la végétation ait repris son aspect primitif,

M. Gérardin ajoute qu’il est indispensable de diviser l’eau, de la faire tomber goutte à goutte sur tout le terrain et d’éviter de former des ruisseaux. Il faut, en effet, que les matières organiques soient complètement oxydées, ce qui ne peut s’obtenir que par l’extrême division.

A côté des féculcries on peut placer les carlonneries qui infectent par des procédés très-analogues l’eau des rivières. On a constaté qu en répandant ces eaux dans des rigoles alternant aves des drains, on voit ceux-ci s’obstruer, après un certain temps, par un dépôt de pâte de carton ; chose singulière, cette pâte filtre à l’état de dissolution à travers les terrains et ne se précipite que dans les drains. Cette circonstance s’explique par la pi’ésence d’une quantité considérable de colle qui maintient la cellulose en dissolution. Mais lorsqu’une fois ces matières gélatineuses sont détruites par l’action oxydante des drains, la pâte se précipite et forme les dépôts dont on vient do parler. 11^ est donc nécessaire de traiter ces eaux par de la chaux délayée dans 1 eau qui détruit la colle et laisse au fond du bassin dans lequel l’opération s’est faite un dépôt abondant qui renferme environ 7 pour 100 de matières premières pouvant être utilisées de nouveau. L eau qui proAient des bassins soumis à cette opération est très-propre à la fertilisation des terrains. Ces procédés, mis en usage par M. Gérardin a la cartonnerie d’Aubervilliers, ont donné d’excellents résultats.

Une source d’infection bien ordinaire, ce sont les blanchisseries.

« Il arrive souvent que des villes importantes sont dépourvues d un cours d’eau qui puisse suffire au nettoyage du linge d’une grande population. Il en résulte que les personnes qui se livrent à celte industrie, voulant éviter les frais de transport que nécessiterait leur établissement à une trop grande distance, créent aux portes mêmes de la Ai c

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blancliftlres, opalines, et ne s'anudiorenl guère en lra\crsant la te .

niîS EAUX IMPimES ET MALSAINES. T.I

lies lavoirs qui consistent, pour la i)luparl, en île siin|»los trous creusés ilans le sol, alimentés par l’eau d’un puits et n’ayant aucun écoulement. On conçoit tout ce qui peut y avoir de dangereu.x pour la population à faire usage du linge lavé dans de pareilles conditions. Quant aux eaux du lavage qui ne peuvent se renouveler d’elles-mêmes, elles croupissent dans ces trous, et lorsque, une fois ou deux par semaine, on se décide à les enlever à l’aide de pelles ou de seaux, ce n’est que pour les déverser sur le sol environnant, où elles achèvent de se corrompre en répandant des miasmes délétères, à moins que tombant sur un terrain perméable, elles ne retournent promptement à la nappe souterraine, et alors ces eaux qui n’ont pas pu se purifier par un long parcours dans la terre, vont de nouveau servir à l’alimentation des liabitants et à l’approvisionnement des lavoirs. » On comprend tous les inconvénients qui résultent d’un pareil état de choses.

On peut rapprocher des inconvénients produits par le blanchissage ceux que provoque la fabrication de la soude artificielle. Les résidus de cette industrie sont transportés le long des cours d’eau pour remblayer les bas-fonds. 11 résulte de ce voisinage que les eaux pluviales, traversant la couche de terre qu’on superpose aux charrées, dissolvent les sulfures en quantité notable dans ces résidus et les entraînent avec elles à la rivière où ils rencontrent des bicarbonates alcalins terreux et se décomposent en donnant lieu à un abondant dégagement d’acide sulfhydrique. Tant que le débit de la rivière est considérable, l’odeur se fait peu sentir, mais en été la rivière devient un véritable foyer d’infection, les peintures des maisons voisines sont noircies, ainsi que les objets de cuivre ou d’argent, et le séjour des habitations devient insupportable.

Le remède est d’interdire absolument tout dépôt, en remblai, de charrées de soude sur des terrains riverains des cours d’eau ou de marais communiquant avec eux, au moyen de fossés ou de rigoles de dessèchement ou d’écoulement.

Un autre inconvénient qui résulte de cette fabrication a été signalé par M. Blondlot. A l’occasion d’une demande d’autorisation pour établir une fabrique de soude, ce savant, après avoir décrit les différentes opérations que nécessitera cette fabrication, et démontré qu’avec certaines précautions on peut les rendre inoffensives, s’est préoccupé de l’influence que pourrait exercer sur la pureté du Sâiion et conséquemment de la Meurthe, le déversement dans ces cours d’eau des résidus de la fabrique consistant en chlorures de calcium et de sodium. « Sans doute, dit M. Blondlot, ces chlorures ne sont vénéneux nï l’un ni

ne T/EAu.

l’aulrc, lorsqu’ils sont convenaMcmonl élendiis; loiilofois si leur proportion vcnail à augmenter clans une certaine mesure, les qualités de l’eau de la Meurthe employée comme boisson, pouiTaicnt finir par s’en ressentir.... Il est donc convenable, dans cette prévision, d’assujétir le nouvel établissement projeté à certaines mesures de précautions », et l'auteur termine son rapport en donnant un avis favorable à la demande, mais à la condition : 1® que les eaux vannes proAenant de la fabrication de la soude ne pourront être rejetées à la rivière de .Meurthe soit directement, soit par l’intermédiaire du Sànon, que par un écoulement régulier et continu ; 2“ que, dans le cas où la ville de Nancy établirait une prise d’eau, dans la Meurthe, en amont de la ville, pour l’alimentation de ses fontaines, la compagnie pourra être tenue de mener ses eaux jusqu’à un point en aval de ladite prise d’eau ; 5° que toutes les cheminées auront, au moins, vingt mètres d’élévation.

La faJn'icalion des engrais orlificiels donne lieu à des inconvénients de tout genre, mais qui varient suivant la nature des matériaux employés. Ün pratique en grand l’utilisation des débris de boucheries, parmi lesquels figurent les têtes de mouton. Les eaux qui proviennent de ces établissements renferment de la chaux, du sang, du suint et le débouillage des têtes de mouton. Ces eaux, qui sont un poison pour les rivières, constituent un magnifique engrais liquide. On doit le distribuer par des rigoles parallèles aux drains établis sur le terrain, de manière à ce que les eaux ne touchent jamais les feuilles et ne fa.ssent que baigner les racines des plantes. On obtient, de cette manière, des résultats vraiment remarquables au point de vue agricole.

Une industrie qui touche, par certains côtés, à celle dont nous venons de parler, consisteà laver et à dégraisser les laines en suint et les pea7ix de mouton. A Bordeaux, une quantité énorme de ces matières premières est importée de l’Amérique du Sud. Ces laines arrivent a destination dans un état de malpropreté repoussant, et l’industrie, qui a pour objet de les préparer, emploie, dans ce but, d’énormes quantités d’eau dont on ne peut se débarrasser qu’eu les laissant couler dans le cours d’eau qui les a fournies. Or les peaux et les laines arrivent chargées de graisse et de toutes les impuretés qui s’attachent d’ordinaire aux toisons ; pour les débarrasser de ces matières, on les fait macérer rpielque temps dans une solution alcaline ; au sortir des cuves de macération, les laines sont fortement exprimées, et il est certain que cotte, première opération jiréseutcrait de sérieux inconvénients, si toutes les eaux qu’elle salit étaient déversées dans le cours d’eau voisin.

DES EAUX IMPURES ET MALSAINES

La coniniission charfrée d’étudier la question a donc pensé qu’on pourrait éviter cotte altération en recueillant toutes les eaux de lavage dans une citerne étanche, d’où on pourrait les extraire pour les livrer à l’agriculture, soit comme engrais liipiidc, soit comme engrais solide, après les avoir mélangées avec de la tourbe. Quant aux eaux de rinçage, la commission a pensé qu’il suffirait de les conduire, par des canaux, jusque dans le biez en amont d’un moulin, afin qu’en tombant sous la roue, elles puissent être divisées et mélangées, sans inconvénient cette fois, à la masse de l’eau courante. Des grilles à peignes destinées à retenir ces débris de laine et les aulres impuretés devraient être placées à l’extrémité inférieure des canaux.

Parmi les matières organiques qui peuvent infecter les eaux, nous signalerons encore les résidus de marcs d'olive, qui sont traités dans des usines spéciales d’olives pour leur enlever les dernières parties oléagineuses qui ont échappé à la première et à la deuxième pression.

Ces marcs, après avoir suhi une nouvelle trituration, sont jetés dans un récipient laveur, où le mouvement de l’eau, produit par un agitateur mécanique, amène la séparation des parties oléagineuses et de la partie ligneuse. Celle-ci est rejetée au dehors à l’aide d’un conduit, tandis que les parties oléagineuses qui surnagent sont amenées, par une rigole de surverse, dans une série de fosses disposées en cascades, où des hommes les recueillent pour les porter dans un chaudron, les mettre à l’ébullition et de là les passer à la presse dans des cabas particuliers. L’huile obtenue après ces opérations est dite huile (le ressence ; la partie solide formant résidu, après pression, est connue sous le nom de pulpe. Elle est livrée à des industriels qui la traitent par le sulfure de carbone et en retirent encore 10 à 15 pour 100 d’huile, suivant la richesse variable de la matière première.

L eau des fosses, dépouillée des matières oléagineuses, est rejetée au dehors. Quel que soit le soin que mettent les ouvriers à amener à la surface les matières grasses et pulpeuses, l’eau n’arrive jamais à être complètement débarrassée des matières organiques dont elle se charge dans les diverses opérations ci-dessus relatées. Les matières organiques putrescibles sont la cause de l’insalubrité des usines à ressence. Quelques usiniers font |)asser les eaux de service, avant de les rejeter hors de l’u.sine, par une série de fosses peu profondes, où, j)ar le repos, les matières orgaiLujues sc déposent et forment, en séchant, une couche assez solide qu’on cnqiloie comme combustible. Les eaux de

DE i;e.\u.

service ainsi épurées par décantation peuvent être impunément déversées dans les cours d’eau, pourvu (pie ceux-ci aient un courant continu et un volume d’eau un peu important. Mais il ne faudrait pas tolérer le rejet de ces eaux dans un ruisseau ou une rivière fournissant de l’eau potable, parce que ce mélange en altérerait le goût et la qualité ; il faut même veiller à ce que les usiniers, qui absorbent leurs eaux de service dans leurs propriétés, ne puissent pas nuire aux puits du voisinage.

Une cause d’altération des eaux, qui est assurément rare, est signalée par le compte rendu des travaux du Conseil d’hygiène du département de l’Oise.

En mars 1874, plusieurs habitants de Beauvais, de la rue des Jacobins, se plaignirent au préfet que des infUtralions smderraincs (V huile de j)clrole parvenaient jusque dans les puits de leur habitation. Une commission constata que le puits de la rue Jeanne-llacbettê était en effet infecté par des infiltrations de pétrole ; que les terres qui se trouvaient entre le magasin de pétrole et le puits étaient tout imprégnées de cette substance minérale, et que malgré la longue durée des travaux prescrits pour l’enlèvement de ces terres et leur remplacement par d’autres, malgré la ventilation pratiquée pendant ces travaux, des émanations encore assez fortes se répandaient dans le voisinage. La commission conclut en demandant que l’entrepositairc qui avait causé le mal fût tenu d’établir dans son magasin une ventilation active, de le tenir constamment fermé à clef, d’en faire daller le sol de manière à le rendre complètement étanche, et à lui donner la forme d’une cuvette suffisante pour retenir la totalité des liquides emmagasinés, en cas d’accident ; de faire percer dans la partie la plus déclive de la cuvette un trou par lequel les liquides répandus accidentellement puissent s’écouler dans un récipient métallique

Une cause d’infection très-puissante, et dont nous avons parlé ailleurs, est le rouissage du chanvre, qui développe un degré fort avancé de putréfaction végétale.

On nous pardonnera, je l’espère, d’avoir signalé avec tous ces détails quelques-unes des industries qui concourent à infecter tes eaux potables. 11 eût été facile de se borner, comme la plupart des auteurs qui ont traité cette matière, à (piebpies considérations générales. Nous avons préféré entrer dans le vif du sujet et montrer, par une analyse

' Nous avons emprunté, pour col article sur les eaux huhislriellrit, de nombreiu! p.issapes des remarqual)les rapports laits au Comité comuUalif ,r/i;iginic, par M. llerperon.

DES EAUX IMI’UIIES ET MALSAINES

j)lus détaillée, toute l’importance de la question, feut-étre ces études pouiTout-elles tenter un autre hygiéniste : on y trouverait facilement la matière d’un ouvrage spécial.

Eaux d’étangs et de maiiais. — La pluie qui tombe sur des sols argileux plus ou moins complètement imperméables, s’accumule naturellement dans les parties déclives et constitue ainsi des étangs ou des marais. Une végétation abondante ne tarde pas à s’y développer, et des animalcules nombreux s’y reproduisent avec une grande activité. 11 en résulte des conditions toutes spéciales qui font souvent des marais une cause d’insalubrité des plus actives et qui, en tout cas, ne permettent guère d’employer leurs eaux pour les usages alimentaires. D après M. Marchand, si les eaux sont exposées à la lumière, elles se recouvrent bientôt de végétaux d’un ordre inférieur, qui ne tardent pas a en occuper toute la surface et au-dessous desquels se développent des animalcules, en grand nombre, qui encombrent de leurs cadavres le fond des marais, et se, reproduisant sans cesse, accumulent dans la vase qui règne au fond des eaux une énorme quantité de matières organiques en putréfaction. Dans ces conditions, l’odeur du marais devient infecte.

Lorsqu il existe des plantes aquatiques d’un ordre supérieur, les mêmes phénomènes se reproduisent, et l’on voit se développer, au-dessous des feuilles, des mucédinées, des conferves, des vibrions, dcspalmelles, etc. Mais la présence des végétaux empêche l’odeur putride de se développer. Il n’en est pas moins vrai que la composition de ces eaux est lorteraent altérée, leur goût fade et marécageux, et leur action nuisible à la santé. Un fait important à noter, c’est que, malgré les phénomènes de fermentation dont elles sont le théâtre, ces eaux continuent à renfermer une forte proportion d’oxygène. Enlin, comme conséquence naturelle des réactions chimiques qui s’opèrent dans leur sein, les marais développent des gaz dont une partie se dissout dans l’eau, tandis que le reste se répand dans l’atmosphère. Ce sont ■surtout 1 hydrogène carboné ou gaz des marais, l’acide sulfhydrique, l’hydrogène phosphoré et l’oxyde de carbone.

Lorsqu on dessèche ces marais ou lorsque les eaux qu’ils renferment SC sont vaporisées sous 1 action du soleil, l’air atmosphérique se trouve en contact avec une vase imprégnée de matières putrescibles (jui dc- 'lennent une source d’infection et donnent souvent lieu cà des maladies braves. L eau qui séjourne au fond de ces marais presque complètement desséchés est encore plus infecte et plus nuisible qu’elle ne l’était auparavant.

bE L’EAU.

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Tons les pliéiionièncs que nous venons d’itidiquer se reproduisent avec plus d’intensité dans les petites mares qui reprcsenlenl, sous une l’orme concentrée, toutes les conditions que nous venons d’étudier dans les marais.

11 est donc évidemment dangereux d’utiliser les eaux stagnantes pour les usages alimentaires. C’est là pourtant ce qui arrive dans un grand nombre de pays et môme dans le nôtre. Non-seulement les habitants de plusieurs petites localités rustiques font usage de l’eau des étangs qu’ils ont à leur portée, mais à Versailles, aux portes même de Paris, une partie de la population boit les eaux des étangs, destinés par Louis XIV à fournir aux jardins du palais.

Lorsqu’on est réduit par la nécessité à faire usage des eaux stagnantes, il sera bon d'imiter l’exemple des Chinois et de s’en servir pour préparer des infusions de thé ou de café ou de plantes aromatiques. En portant le liquide à l’ébullition, on détruit les infusoires microscopiques qu’il renferme. En masquant sa saveur désagréable, ou le rend plus facile à consommer.

On se fera une idée de l’importance des marais, dans le système général du globe, lorsqu’on saura qu’en France, ils couvrent une surface de plus de 400000 hectares. Ce chiffre est insigniüant lorsqu’on le compare à l’immense étendue qu’occupent les marais de l’Asie cl de l’Afrique centrale.

11 est bien entendu qu’on ne doit jamais confondre un marais, quelle que soit son étendue, avec un lac. Ce dernier, traversé par un ou ])lusieurs fleuves, n’est point composé d’eaux absolument stagnantes.

CIIAlTrilE V

tl'l tis l'AIllOLUUlUL'ES UÉïlillJllNÉS l’AU L’L'fA(jli ühS li-VCX NAIÎ.A1ALS

Les eaux potables, lorsqu’elles sont impures, peuvent devenir l’ori gine d’un grand nombre de maladies. Ün comprend sans peine l immense inlluence de l’eau que boit une population, sur la santé générale. Un liquide qui joue un si grand rôle dans ralimcnlalion doit nécessairement, à la longue, imprégner l’économie cl en modilicr la vitalité de la manière la plus puissante.

Aussi les eaux minéralisées par certaines substances ont-elles tou-

EFFETS l’ATllOLüGIQUES. 4(i5

jours été considérées coninic l’une des causes les plus puissantes d’un grand nombre d’affections diverses. A'on-seulement la dyspepsie, la diarrhée, le goitre, les calculs urinaires, la verruga^ et d’autres maladies encore sont produites par la présence d’éléments déterminés ; mais aussi il est extrêmement probable que l’influence des eaux qui possèdent une minéralisation trop forte, exerce dans beaucoup de cas une inüuence plus occulte, mais non moins délétère sur la santé. Comme le dit très-justement Simon, nous ne pouvons pas toujours sup|)oser que les effets d’une eau impure seront toujours immédiats et se produiront sous une forme violente. Il arrive bien souvent que les effets ne se manifestent que graduellement, qu’ils échappent aux observateurs superficiels, et cependant leur influence sur la santé des populations est incontestable.

Mais si la minéralisation excessive des eaux potables peut avoir de fâcheuses conséquences, il n’est pas douteux que les matières organiques exercent à cet égard une inlluence bien plus délétère encore.

Selon toute probabilité les germes de plusieurs maladies sont directement transportés par les eaux qui reçoivent les déjections des malades et fournissent un véhicule des plus commodes pour la transmission de la semence pathologique.

Rien n est plus grave, en effet, que la présence de matières excrénientitielles dans les eaux qui servent à la boisson. Par leur décomj)osilion, même en les supposant normales, les déjections donnent nais- Mnce à une foule de produits putrides dont l’action toxique ne saurait être contestée. C’est ainsi probablement que s’expliquent les cas de diarrhée si souvent observés chez les individus qui boivent des eaux contaminées par le voisinage des fosses d’aisances. Mais on a été plus loin, et 1 on a prétendu que pour beaucoup de maladies, il existait un

î méridionale, les eaux de certaines rivières renferraent une nronoi

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qui est donné à certaines d’entre

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régions du Pérou une maladie singulière, connue des indi- "•rand imn i T'” (verrue), et qui est caractérisée par l’apparition d'un

et vasculaires sur diverses parties du corps. Ces imiiniM. ^oecient et donnent lieu à d'abondaïuès liémorrhagies qui (inissent presque mujouis pai' causer la mort des malades. ^

aussi' diverses explications de l’origine de cette maladie, qui affecte les animaux

sX *1,““ * “«'"'ne; mais l’une des plus plausibles, bien qu’elle ne soit pas univer- <Jont les'babi'ums^è^i'ru^^ sulfurique que renferment les eaux

Potiir' *' mi;Oi*testable que l’usage de ces eaux fortement acidulées doit

l’onu, a la longue, un seneux préjudice a la santé.

DE L’EAD.

olénienl spécifique (]ui pouvait sc transmettre directement par l’usage d’une eau contaminée.

Ce principe n’est guère contestable pour ce qui touche à la dissémination de certains entozoaires ; leurs œufs peuvent être ainsi portés dans le canal alimentaire ou bien absorbés par des animaux de boucherie, qui deviennent à leur tour une source d’inlection.

Mais il est probable que des affections d’une nature plus directement toxique peuvent être transmises de cette façon. Le fait semble démontré pour le choléra ; il est probable pour la dysenterie; il est en pleine discussion pour ce qui touche à la fièvre typhoïde.

Mais si dans les centres de population qui réunissent de nombreuses agglomérations d’êtres humains, l’infection par les matières animales es^celle qu’on doit le plus redouter; il en est tout autrement dans les pays peu peuplés, où l’homme se trouve en présence d’une vie végétale quelquefois surabondante, et toujours nuisible.

L’infection de l’eau par les plantes qu’elle renferme peut donner naissance, dit-oii, chez ceux qui en font usage, à la fièvre intermittente. Telle était l’opinion des anciens. Si de notre temps on attribue une intluence bien plus grande aux émanations des marais, qui se repandent dans l’atmosphère, on a peut-être tort do négliger complètement l’infection par les eaux alimentaires. Dans les pays marécapux, dans ITnde en Asie et dans certaines parties de l’Europe, l’experience des indi-ènes semble établir que l’usage des eaux malsaines rend les individul qui en ont pris l’habitude tributaires des fièvres intermittentes, et que ceux qui sont assez habiles ou assez heureux pour se procurer de l’eau pure, jouissent, à cet égard, d’une immunité relative.

En tout cas, il est probable que les engorgements de la rate et d autres affections abdominales peuvent résulter de l’usage de ces eaux impures. C’était l’opinion d’Hippocrate, et quelques-uns de nos observateurs modernes ont cru pouvoir se ranger à cette idce.

C’est ainsi que dans les Landes, où la nappe d eau souterrmne cA imprégnée des débris organiques d’une végétation inférieure, 1 eau qu .surtaux usages de la population présente une odeur marécageuse et donne naissance, d’après Fauré, à des fièvres intermittentes et a d cii'’'or£îements abdominaux.

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