SEPTIEME PARTIE
DES VÊTEMENTS
lltiiLiociuHiiE. — WiNSlow. lUflcxions anatomiques sur les incommodités, infirmités, etc., qui arrivent au cor j>s humain à l'occasion de certaines attitudes cl de certains habillements, in Mém. de l'Acad. des sciences, 1740. — Poisonnieii-Desphiiuièues. Mém. sur l'habillement des troupes. 1774. — Lehoï. Recherches sur les habillemenls des femmes,et des enfants. 1772. — Clairian. Considérations médicales sur les vêtements des hommes. Thèse de Paris, an XI. — Deglande. Dissertation médicale sur les vêtements qui sont en rapport avec la peau. Thèse de Paris, 1817. — Pettekkoeeu. Vortrag liber die Dckleidunij. 1855. {Canslatt's Jahresbcrichl, t. VII, p. 43.) — Fiévêc. Étude sur l action de la flanelle en contact direct avec la peau, et de son influence physiologique. Paris, 1855. — CouUEK. Expériences sur les étoffes qui servent à confectionner les vêlements militaires, considérées comme agents protecteurs contre la chaleur et le froid. 1858 11) Joum. de physiologie de Brown-Seqüahd. — Dielionnaires et ouvrages d’hygiène, articles : Vêtements.
L’iiomme vient au monde tout nu; la nature ne l’arme ni ne l’habille. Pour se défendre contre ses ennemis, pour saisir sa proie, il faut qu’il taille la pierre et qu’il frappe le fer. Pour se garantir des morsures du froid et du chaud, il faut qu’il dépouille l’animal de sa toison ou la plante de son écorce. Malgré cet état de faiblesse relative, l’homme, comme s’il voulait porter un défi à la nature, et se prouvci' à lui-méme les ressources presque illimitées de son intelligence, n’a cessé de multiplier ses besoins et d’en varier la satisfaction. Les soins de son corps ont progressé avec le développement de sa raison. Sa nourriture est plus saine ; son vêtement, tant pour la forme que pour sa matière, est mieux adapté aux conditions générales de l’existence, qu’à certaines périodes des temps modernes et aux éjioques les plus éloignées de l’histoire. Si nos habits, les habits masculins surtout, ont perdu en élégance, ils ont au moins gagné sous le rapport de l’hygiène, de la commodité et surtout du bon marché. C’est de ceux-ci que nous voulons surtout nous occiqier dans cc chapitre, tout en mettant sous les
l'IlUCST, llïOIÊ.NE. -,(J
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yeux du lecteur uii tableau abrégé de ce (jue furent le.s vétenieiiLs dans les siècles passés, et de ce qu’ils sont encore chez les divers peuples de notre globe.
Nous ne pouvons à peu près rien conjecturer sur le mode de se vêtir de l’hoinme préhistorique, qui, comme nous l’avons déjà vu, daterait de plusieurs milliers de siècles. Le troglodyte ignorait trèsprobablement l’art de tisser la laine et lin, et tout au plus peut-on supposer qu’il s’enveloppait sommairement dans la dépouille des animaux. D’après la Bible, nos premiers parents, en se couvrant de feuilles de figuier, ne firent qu’obéir à un instinct subit de pudeur. On nous représente toujours Hercule vêtu d’une peau de lion. Cette époque liéroïco-fabuleuse, qu’on pourrait appeler l’époque des fourrures , a laissé peu de trace dans l’iiistoire et dans l’art.
On attribue aux Phéniciens les premiers procédés de lissage et de teinture. Chez les Grecs et les Romains, les femmes, même celles
des plus hautes classes, fabriquaient dans le gynécée les vêtements de lamille. Lucrèce et la femme forte peinte par l’Écriture filaient et lissaient la laine au milieu de leurs familles. La simplicité du vêtement antique se prêtait d’ailleurs aux méthodes toutes primitives de cette industrie domestique. On ne s’ingéniait pas, comme de nos jours, à inventer de nouvelles modes et des coupes savantes. La tunique, la toge et le manteau de forme invariable, et pour ainsi dire traditionnelle, étaient les pièces indispensables et à peu près uniques
du vêtement viril. Pour les femmes, c'étaient toujours la tunique Ilottante ou serrée à la taille par une cordelière, et la jupe trainanle. Ces costumes, qui nous ont été transmis par la statuaire et par les peintures murales , outre qu’ils laissaient au corps son libre développement, favorisaient la majesté de la marche, la solennité des attitudes et l’éloquence du geste. On conviendra qu’aujourd’hui les mouvements impétueux de Démosthène et l’harmonie des périodes cicéroniennes jureraient avec nos vêtements étri(iués, et jqu’unc Irise où figurerait une panathénéc de femmes parisiennes avec leurs volants et leur système compliqué do l etroussis n'aurait rien de séduisant pour les yeux de l’artiste cl du connaisseur. Ces vêtements faisaient en quelque sorte partie de la tradition nationale. .V part la finesse de Pc* toffe et la richesse des couleurs, la toge de Caton rAncien, ne dilîcrait guère de colle de Néron, do Marc-.\urèle et de Théodose. Les sophistes de la décadence athénienne portaient le manteau de Socrate et chaus-
saient les sandales de Périclès.
Nous passerons sous silence les costumes orientaux, sur lesquels oii
lllSTOIUOlili.
ii’a que des données incertaines, et qui ont dû être, d’après ce que nous révèlent les inscriptions hiéroglyphiques et les bas-reliefs assyriens, à peu près ce qu’ils sont maintenant. Tout le monde connaît le costume des Orientaux d’aujourd’htii, lequel, spécialement pour les femmes, est d’une richesse et d’une élégance que nous admirons sans les imiter autrement que par des contrefa(;ons parfois grotesques.
Nous ne savons que peu de chose aussi sur la manière de se vêtir de nos premiers ancêtres en Gaule. Il est cependant constaté qu’ils portaient déjà la braie et le sayon qu’on retrouve dans certaines contrées de la Basse-Bretagne.
Dc|)uis la chute de l’empire romain, le costume a beaucoup varié parmi les nations européennes. Pendant tout le cours du moyen âge, il affecta dans toutes les classes une forme presque monacale. Les chevaliers, dans leui’s châteaux, portaient la robe longue et la cape de velours ou de fourrure. C’est alors qu’on vit les coiffures monumentales, les robes à traîne indéllnie et les souliers à poulaine.
En cette matière comme en beaucoup d’autres, la Renaissance opéra une révolution presque radicale. Ce fut la belle et grande époque du costume français, des étoffes chatoyantes, du velours, du satin, du drap d’or, des pourpoints et des hauts-de-chausses à crevés, et des chausses collantes assez semblables à nos maillots d’aujourd’hui. Enfin, par des dégénérescences successives, pourpoints, collets, manteau, sont devenus l’habit encore drapé de Louis XIV, l’habit à la française de Louis XV et de la Révolution, enfin la redingote, le paletot sac et le frac d’aujourd’hui. Le haut-de-chausses s’est transformé en culotte, et la culotte a fait |)lace au pantalon, qui, il faut le croire, ne sera plus désormais supplanté.
Le vêtement ne peut pas être considéré au point de vue exclusif de l’hygiène. Sa forme et la matière dont il est fait ont bien souvent été pure question de mode et d’ornement. Il en est de nous comme des animaux. Sous les tropiques, le plumage chatoyant de l’oiseau lui est encore plus une paiaire qu’un abri ; dans les contrées du Nord, le sentiment du beau semble n’entrer pour rien dans la formation du terne et imperméable duvet qui le recouvre. La grande masse des habitants de 1 Europe n’a jamais admis ijue transitoirement, et par une inconséquence climatéri(jue, les couleurs trop vives et trop tranchées. La In mière douce de nos climats tenq)érés offre un contraste trop violent avec la crudité de tons (jui ii’a rien d'oITensant pour les yeux des Asiatiques et des Africains de la zone torride. Chez nous, le soleil l’éteint et 1 assombrit; chez eux, elle l’allume et l’adoucit pour ainsi dire. Nous
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revenons à notre nature quand nous adoptons pour nos vêtenicnls les couleurs tendres, mortes, et en quelque sorte attiédies. En tout nous aimons le demi-jour.
Pour les hommes, les vêtements de couleur sombre sont devenus dans nos pays d’un usage à peu près général. On peut dire que le sérieux des esprits, dans notre société démocratique, a déteint sur l’étoffe de nos costumes. Leur forme aussi se ressent de nos mœurs égalitaires. Saufla finesse de l’étoffe et du linge, le millionnaire, vêtu pour une cérémonie, ne se distingue pas de l’ouvrier endimanché. Tous deux sont sanglés dans le même fourreau noir et étranglés par la même cravate blanche, qui se réduit à un simple nœud ou à un étroit ruban. Môme coiffure aussi, même chaussure. L’enterrement, la noce, le bal, la cérémonie officielle imposent à tous le même uniforme funèbre. Le costume de ville, le négligé du chez soi, pour lesquels le goût de chacun'peut se donner libre carrière, selon la fortune et la situation sociale, ont échappé à cette tyrannie d’une étiquette contre laquelle chacun proteste en s’y soumettant.
Nous n’en finirions pas, s’il nous plaisait d’insister sur ces considérations accessoires et de pur agrément. N oublions pas qu il s agit ici d’hygiène, et établissons, à cet unique point de vue, quelques règles générales.
Nous admettons parfaitement que dans la question de se vêtir, chacun, et la femme surtout, tienne compte du besoin impérieux de se plaire à soi-même et de ne pas choquer le regard des autres; mais il importe aussi beaucoup de ne pas sacrifier à ce besoin très-légitime l’obligation pour tous de se bien porter et de ne pas contrarier les lois de la nature. Tout d’abord, la propreté dans les vêtements est un
devoir qu’il est très-dangereux de négliger.
Et (ju’on n’aille pas dire que c’est là une recommandation oiseuse. Les soins de propreté sont d’origine toute moderne. Le linge de corps, devenu de nos jours aussi nécessaire que le pain, n a figuré pendant bien longtemps que dans le superflu des classes aisées. 11 n est pas rare de voir encore aujourd’hui beaucoup de personnes, tres-soigricuscs ]iar ailleurs quand il s’agit des vêtements apparents, prali- Tpicr pour les précautions de propreté intime uii rolàchemciit funeste à la santé. Il faut donc, autant (pi’on le peut et afin de favoriser les fonctions de la peau, changer de linge, de flanelle et de caleçon, et UC pas porter constiumnent les mêmes liahiLs. C’est là une réglé d lygiène obligatoire au premier chef. Ou ne soupçoime jias conihieii riiabitudede garder sur soi justpi’à la dernière extrémité les memes