‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 177 sur 298 · GYMNASES · texte numérisé non relu

GYMNASES

faut y voir, tout au contraire, une occasion d’appliquer la discipline morale et d apprendre, dès le jeune âge, à exécuter selon les règles et non pas selon les fantaisies individuelles certains devoirs sociaux ou particuliers auxquels ils seront plus tard astreints.

Nous devons maintenant parler des appareils à l’aide desquels on augmente la somme des efforts à accomplir, soit à l’aide de poids' (haltères et massues), soit en donnant au corps son propre poids à soulever dans diverses directions à l’aide de trapèzes, d’anneaux, de barres et de cordages variés. Disons tout de suite que cette catégorie d exercices, auxquels le public donne exclusivement le nom de gymnastique, n’en fait point essentiellement partie. Ils ne figuraient même pas dans la gymnastique des anciens. Néanmoins, nous devons considérer comme un progrès l’adjonction des exercices dits de .voltige aux exercices de pied ferme.

Les principaux appareils sont, on le sait, les barres parallèles, les anneaux, les trapèzes, les cordages fixes et suspendus librement, les portiques, les échelles, les planches d'assaut et nombre d’autres pour la description desquels nous renverrons aux traités spéciaux.

Ayant ainsi sommairement énuméré les éléments de la gymnastique, nous avons maintenant à nous occuper de leur mise en œuvre, c’est-àdire des gymnases qui ressortissent en partie à l’hygiène publique, car il n est pas douteux que, grâce aux efforts soutenus d’un grand nombre de médecins, de gymnastes et. d’administrateurs, l’éducation physique de la nation finira par se propager jusqu’aux plus humbles hameaux.

Le gymnase doit être clos, couvert et même chauffé au besoin, omme la première condition pour que la gymnastique porte tous ses fruits est la régularité quotidienne des exercices, il s’ensuit que le gymnase en plein air, qui n’est protégé ni contre le soleil, ni contre le roid, ni contre la pluie, est une sorte d’anomalie qu’il faut reléguer au chapitre de distractions facultatives. Six ou huit mètres d’élévation sulfisent aux besoins de l’exereice. Quant à la superficie, elle dépend du nombre des sujets à exercer. La température doit être réglée de façon a osciller entre 10 et l,b“. La couverture ne doit être que partiellement vitrée pour éviter l’excès des chaleurs de l’été.

Le mobilier gymnastique doit occuper une place assez restreinte, de açon à laisser 1 espace libre pour les mouvements d’ensemble. Les hal- ^ eres, les barres à s[)hères, les massues, les perches, doivent être rangées le long des murs, sur des gradins construits à cet effet. On aura soin de couvrir le sol de sciure de bois dans un tiers de sa surface

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et dans les deux aiilres tiers de plancher de sapin du nunl assez é|>ais. Au-dessus du sol en sciure de bois s’élève le portique muni des agrès nécessaires aux exercices d'ascension et de voltige. Sa hauteur ne doit jamais dépasser 5 ou 4 mètres. Encore ce portique n’est-il point indispensable, les agrès pouvant s’attacher à des crochets dispo.sés aux poutres de la couverture et les diverses échelles se fixer le long des murs.

Le gymnase sera pourvu d’un vestiaire; s’il se peut, des lavabos et même des douches froides lui seront annexés. Le costume, en effet, ne doit pas être le même que celui de la vie ordinaire; un maillot en tricot de coton ou, de préférence, de laine, un pantalon de toile écrue et, s’il SC peut, des bottines sans talon en cuir souple, une ceinture en serge (sans boucle et sans anneau), seraient de la plus grande utilité. En tous cas, si les exercices doivent être exécutés avec le costume habituel, les bretelles, les boutons de col, les jarretières, seront sévèrement proscrits.

Il serait fort désirable que tous les établissements d’instruction publique de quelque importance fussent pourvus d’un gymnase. Dans les communes, le gymnase doit être à la fois communal et scolaire, c’est-à-dire que, en dehors de toute scolarité, les jeunes gens de la commune devraient y continuer leur éducation physique. Lors du siège de Paris, en 1870, nous avons vu arriver la garde mobile de la province dans un singulier état d'ignorance des moindres mouvements du corps, marchant mal, se tenant mal, très-rebelle aux mouvements d’ensemble, dépourvue, en un mot, de toute culture musculaire; c’est cet état de choses qu’il ne faut plus voir se renouveler et c’est au sein du village qu’il faut porter le remède.

Ayant ainsi sommairement décrit les conditions matérielles de la pratique des exercices corporels, il nous reste à en montrer les applications. Tout d’abord, nous devons parler des effets généraux de la gymnastique sur l’ensemble de l’économie et sur les appareils organiques. Nous étudierons ensuite les exercices les plus importants et nous terminerons par l’examen des gymnases et des méthodes qui se disputent la faveur des gymnastes, des médecins et du public.

Effets généraux des exercices. — Tout mouvement spontané imphtiuc une contraction musculaire. Cette contraction est accompagnée ou suivie de certains phénomènes mécaniques, physiques et chimiques, qui se traduisent finalement en actes biologiques de la plus haute importance. A vrai dire, la propriété de contractilité est la condition domiii.mte à raccomplisscment de la plupart des fonctions organi(|ucs

EFFETS DES EXElltlCES. iy'J

soit par voie directe, soit par voie secondaire. J1 faut donc étudier avec soin les conséquences qui résultent de son activité.

La contraction d’un muscle, au surplus, s’accompagne toujours ou presque toujours de I élongation d’un antagoniste. Ainsi, dans le mouvement de flexion de l’avant-bras sur le bras, il y a non-seulement raccourcissement des fibres du bice|)s, mais élongation do son antagoniste, le triceps, qui, maintenu par la tonicité musculaire dans un état d’équihbre avec le biceps, oppose une certaine résistance à la contraction du fléchisseur. Cette résistance s’accroit d’ailleurs de l’élasticité du myolemme. Mais il y a plus : si, tandis que le sujet en observation s’efforce de fléchir 1 avant-bras, une résistance vient favoriser l’action du triceps, il s’établira une lutte entre les antagonistes qui, tous les deux, seront en état de contraction; à mesure que l’un des deux cède, l’autre se raccourcit, mais que l’un des deux s’allonge et que l’autre sè raccourcisse, ils restent tous deux en état de contraction. La contraction n’implique donc pas nécessairement le raccourcissement et, quand les muscles sont soumis à une série d’efforts gymnastiques, l’effet de la contraction se répartit uniformément dans le membre actif.

On sait en outre qu’un muscle qui s’est contracté développe un courant électrique qui se dirige du centre du muscle vers les tendons et qui paraît être lié, de même que la production du calorique, à l’inlensité des actions chimiques. C’est donc finalement dans les actions cliimiques qu’il faut rechercher les effets physiologiques de la contraction musculaire, et ces phénomènes sont d’autant plus importants que le tissu musculaire constitue en poids les neuf dixièmes de l’organisme. On sait depuis longtemps qu’après les contractions muscuaircs le sang est plus noir, ou, en d’autres termes, qu'il s’est chargé d acide carbonique, résultant du travail auquel il a été soumis; a respiration musculaire survient immédiatement après qui répare les pertes des tissus et leur permet, après avoir été impressionnés par a libre nerveuse, de réagir à leur tour sur l’innervation. 11 y a onc dans le fait de l’exercice musculaire une double série d’acions et de réactions d’ou résulte une nutrition plus active, si la dépense mécanique n’a pas dépassé la mesure de la réparation. Mais il ar- •ve ans les exercices gymnastiques précipités une véritable asphyxie; a masse de sang veineux chargé des déchets organiques sous forme acide carbonique ne trouve pas à s’oxyder assez rapidement. De là, essou llement qui correspond à la précipitation des phénomènes res- P■'■a oires par insuffisance d’oxydation du sang. Or, il a été démontré a puissance mécanique des animaux est réglée par l'intensité des

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