‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 189 sur 298 · HOPITAUX SPÉCIAUX · texte numérisé non relu

HOPITAUX SPÉCIAUX

llùpilal Saint-Louis

823 lits.

Maladies de la peau.

— du Midi

Maladies vénériennes (lioinniesL ■

— de Lourcine

Maladies vénériennes {femmes).

— des Enfants

1 Enfants malades des deux sexesi.

— Sainte-Eugénie

( de 2 à 15 ans.

— de Berck-sur-Mer ....

— de Forges-les-Bains . . .

j Enfants scrofuleux.

— de la Maternité

Femmes enceintes.

— des Cliniques

j Clinique de chirurgie et d'ac- 1 couchement.

Des influences nosocomiales.

— S’il

est démontré qu’une agglo-

meration d’individus sains engendre le miasme de rencomhrcment (miasme physiologique de M. Bouchardat, miasme zooliémique de M. Fonssagrives), la réunion d’individus malades doit donner naissance à des miasmes plus intenses et bien autrement délétères. C’est ce milieu particulier, milieu nosocomial, que nous nous proposons d’étudier au point de vue moral et physique, en examinant successivement les modifications imprimées à ce « climat pathologique »* par la destination particulière des divers hôpitaux.

Inlluences morales. — Si les malades dans ces établisseineuLs .sont à même de constater à chaque instant le hou vouloir et le dévouement du personnel médical et autre, s’ils sont entourés d’un confortable qu’ils ne pourraient trouver chez eux, s’ils reçoivent des consultations intelligentes, il n’en est pas moins vrai que la vue de ccriains oh-

* cconw Mamtd iVasaistancc, Paris, 1870,

^ Sur le poinl li’ûlre remplacé par do nouvcllos constructions qui vicnneni d rtre lerminées.

5 llilliot et Ilarthoz.

HOPITAUX

jiils, l’iniiigc pemiancnti' de la souflrance, les cris, les plaintes et les gcmissemcnls des voisins et surtout le passage du brancard recouvert du noir cylindre qui sert à enlever les cadavres, produisent de l'àclieu-v résultats.

Gardons-nous de croire, dit Axenfold‘, que dans le nombre des malades il n y en ait pas que la nostalgie, la tristesse, la terreur meme, assiègent dans ce séjour nouveau, peuplé d’infortunes et où les affections de famille ne pénètrent qu'<à des intervalles réglés; gardons nous également de nier que cet état de la sensibilité morale et de l’imagination puisse avoir sa part d’inlluence sur l’issue de la maladie.

Huant à l’action réciproque des malades les uns sur les autres, et notamment aux faits d’imitation, les inconvénients qui en résultent sont beaucoup moins considérables qu’on ne croit. La création d’asiles spéciaux pour les épileptiques a rendu les cas de contagion de cette névrose extrêmement rares dans les hôpitaux ; et s’il arrive souvent . qu’un accès d’hystérie en provoque d’autres chez les femmes qui en sont témoins, il n’y a pas la un dommage fort sérieux.

D’après M. Jules Falret, l’influence des asiles serait bienfaisante relativement à une classe de malades où les phénomènes de l’ordre intellectuel et moral jouent un rôle si dominant, c’est-à-dire, la folie, lu des effets les plus remarquables serait de monotoniser les délires. Üu défend aux malades de penser, on pense, on règle tout pour eux, et sous cette inQuence l’intelligence s’affaiblit faute d’activité spontanée. Ceux-là mêmes qui semblent raisonnables et presque guéris dans l’asile, SI on les laisse sortir, paraissent très-faibles et très-bizarres dans le monde, parce (lue, accoutumés à une tutelle, leur esprit est désolienté ijuand il est mis en dénicure d’agir par lui-même.

Mais, dit avec raison Axenfeld, le médecin doit se demander si ce resulUitne le prive pas en même temps des éléments énergiques de reaction, à l’aidc de.squels il pourrait lutter contre la ténacité des préoccupations et des tendances maladives, et si la chronicité n’est pas |)lus à craindre.

Inpumces d'ordre phijsiqiie. — Parmi les facteurs dont l’in- ■luence est la moins contestable et la plus puissante, Vair occupe le

prcmiei lang. Nous allons d abord étudier Vair vicié par insufïisance. "

lie l'air vicié par insuffisance. — Lorsqu’on dit que l’air manque

Axc’iifeld. Des iii/liicnccs nosocomiales, l’aris, 1857.

HABITATIONS. — ICIJIITCHS. — IIOPITATX ET MVTEBMTh>.

dans une salle d’hôpilal, on énonce mie proposition presipie toujours lausse en physique, tristement vraie quelquefois en physiologie; car, s’il est extrêmement rare que le volume d’air et la proportion d’oxygène alloués à chaque malade soient insuffisants, il arrive dans maintes circonstances que cet air altéré par la présence d’éléments nouveaux est impropre à l’entretien des fonctions. Ce sont là deux question.'bien distinctes, et que l’on a eu le tort de vouloir confondre'.

En effet, au point de vue physico-chimique, il est extrêmement rare de rencontrer dans les hôpitaux, surtout à l’époque actuelle, les conditions de l'asphyxie par air confiné.

Lavoisier avait annoncé que l’air des salles d’hôpitaux renferme du 1 l/"i à 5 pour 100 d’acide carbonique : des analyses plus récentes ont fait découvrir à la Pitié 5 millièmes d’acide carbonique; à la Salpétrière, de 6 à 8 millièmes: c’est là une condition fort peu hygiénique, nous le reconnaissons, mais enfin ce n’est pas une cause d’aspbyxic. On est môme frappé en lisant les travaux de Leblanc, de Poumet, de Boudin, de voir combien peu une atmosphère méphiti(|uc diffère par sa composition de Pair le plus salubre.

D’après la moyenne la plus élevée fournie par les physiologiste.^, un homme a besoin de respirer 15 mètres cubes d’air pur dans les vingtquatre heures. Si on mettait à la disposition d’un homme, dit Bérard, cette quantité, et si cette quantité lui était fournie par fractions d’un tiers de litre chacune et si l’air e.xpiré n’était point admis à se mélanger avec la portion qui n’a pas encore été respirée, il est clair qu’on aurait réalisé, à peu de chose près, les excellentes conditions de la respiration à l’air libre. Mais si l’homme est renfermé avec scs 15 mètres dans un lieu parfaitement clos, en raison des matières excrétées à chaque expiration (acide carbonique, vapeur d eau. matières animales), la masse totale sera aussi altérée que celle ipic l’expi-

ration chasse de la poitrine de l’homme.

Pour qu’un homme ou une réunion d'hommes, ajoute le même physiologiste, puisse séjourner sans inconvénient pendant un certain temps dans un espace limité, il faut qu’il y ait ou bien un bon système de veu- I dation, et alors il n'est pas de rigueur (|ue l'espace ait des dimensions considérables, ou bien que l’espace soit relativement très-vaste, ctalor.s la ventilation n’en est pas iudisiicusahlc. Guérard* a établi que, si pour des espaces fermés, destinés à recevoir des individus sains, il

' Axciiri'ld, /or. rit.

- liiiûrard. Aiiiiulvii iwhliiiHc\ ISt.i.

HOPITAUX

sullit que la ventilation l'oumissc G mètres cubes d’air" neuf par personne et par heure, il n’en est plus de même pour les hôpitaux, qui renlerment des malades dont les émanations plus abondantes et plus ' A idées sont reçues par des organismes moins aptes à réagir contre leur inducnce. Dans ces conditions, les 2Ü métrés cubes indiqués par Poumet* ne sont pas suflisants. Boudin* s’est assuré au moyen de l’anémomètre de Combes que certaines salles de l’hôpital Beaujon, qui reçoivent jusqu’à 47 mètres cubes d’air par heure et par malade, ont encore de l’odeur, et il n'a trouvé parfaitement exemptes d’odeur que celles qui reçoivent C7 mètres cubes d’air pur par malade et par heure'.

Quant à l’ozone, si les expériences de Scoutetten en ont démontré I absence totale dans les hôpitaux, le meme observateur a pu constater le même lait dans les lieux réputés les plus salubres : aussi sommesnous tout disposés à nier à ce corps toute valeur pathogénique.

bu milieu nosocomial infectieux. — Si l’homme sain, condamné à « ruminer » ‘ 1 air d’un espace trop resserréet devenu, d’aliment par excellence, poison délétère, fournit à chaque instant l’experience la plus démonstrative au point de vue de la puissance patbogémque de l’encombrement, combien la viciation de l’atmosphère sera autrement intense et rapide autour de l’homme malade !

La viciation sera d’autant plus intense, d’autant plus rapide, que la maladie aura entraîné des changements plus considérables dans la quantité et la qualité des produits expulsés et absorbés. D’une part, dit Axenfeld, le cours du sang étant précipité, les membranes exhalantes étant le siège de lésions morbides qui en exaltent les fonctions, ce ne sera plus une quantité infinitésimale de matières -putrescibles mélée à l’eau qui se trouvera éliminée. Des substances toxiques reçues dans la niasse des liquides et dans la trame des organes chercheront à se layer une issue par toutes les voies d’élimination que présentent les suriaces muqueuses et cutanées. Les poisons, tantôt conservant leur calactère primitil, tantôt modifiés par une élaboration mystérieuse, c langes quant à leur nature, mais n’ayant souvent rien perdu de leur ciicrgic, seront entraînés au dehors, les uns avec la transpiration pulmonaire et cutanée, les autres avec les gaz et les liquides du

wl/'risfi «eKlilalion dam les M, diaux. Aunrdcs d lnj.jiènc

* Boudin. Ainmlcs d’/ty</irm- pub/d/ue, I8â2.

Henry. Cours d’hygiàtc. l’aris, ISS'i.

Axciifeld, loc. cit.

lIAlilTATIONS. — ÉlilFICES. — IIOI'ITAIJX ET MATEItNITÉS.

liil)c cligeslir, avec les urines, ou sortiront par toutes cc« voies enseuible.

Quant à l’al)sorption, elle reportera à l’organisme qui se refuse à les conserver tous ces produits délétères; elle sera d’autant plus active qu’il s’agira d’un sujet exténué par des excrétions copieuses, [tar une .onguc abstinence. Eu même temps les surfaces absorbantes .se .seront multipliées; il s’y ajoutera toutes celles que la maladie aura créées, toutes celles que l’art lui-même se sera ingénié de produire.

Réunissons cette double condition d’une élimination accrue dans .son activité et modifiée quant à la nature des produits rejetés, d’une absorption plus énergique et s’opérant sur des surfaces plus nombreuses, cl nous comprendrons quel danger il y a pour un malade, fût-il seul, à séjourner dans une atmosphère insuffisamment renouvelée.

Que sera-ce quand au lieu d’un malade confiné dans un étroit es|)acc il y en aura vingt, trente, cent et même daA'antage! L’atmosphère assignée à chacun d’eux touchera à celle de .«on voisin, si elle n’empiète pas sur elle; il s’opérera un échange perpétuel d’émanations putrides; il y aura prêt et emprunt d’agents miasmatiques.

On comprendra sans peine, d’après ce rapide exposé, combien le milieu nosocomial devient facilement et rapidement infectieux.

Du milieu nosocomial contagieux . — Sans vouloir ici aborder cette question si obscure encore de la spontanéité des maladies contagieuses, sans vouloir rechercher si le milieu infectieux seul peut créer de toutes pièces la contagion, nous prendrons la contagion toute faite.

Voici un malade atteint d’une affection contagieuse, vous le placci au milieu d’une salle contenant dix, vingt, trente individus atteints de maladies, aiguës, cbroni(jues, en convalescence. Que faites-vous? Vous semez celte maladie contagieuse dans un terrain admirablement bien préparé pour la recevoir, car ces individus sont doués alors d’aptitudes j)articulières à la réceptivité.

Quand dans une salle d’hôpital se déclare une affection contagieuse, en n’isolant pas le malade on observe, cela va sans dire, les memes résultats. Nous dirons plus, par suite d'une élaboration particulière, l’agent spécifique semble, dans bien des cas, puiser une intensité progressive en fructifiant.

Ain.si ce qu’on appelait la fièvre puerpérale lue bien plus rapidement scs victimes quand elle règne depuis (juelquc temps dans un hôpital qu’au moment de son apparition.

La salubrité nosocomiale dépend pres(|ue tout entière des conditions

HOPITAUX. 529

(lu milieu où sont placés les malades. Tous les éléments du service hosj)iUihcr, importance du régime, des méthodes curatives, du mode de pansement, des soins, de la composition du mohilier, sont dominés par la nécessité d’un air pur. Réunis au degré de la perfection idéale, si l a n est vicie d une façon permanente ou s’il est insuffisant, ce qui revient au meme, ils ne changeront point les chances du traitement ils ne diminueront point la mortalité.

Jusque dans les hôpitau.x les mieux réglés de l’intérieur, le médecin militaire assiste à une succession non interrompue de formes épidémiques . en temps de paix, les petites épidémies, fièvres palustres lievres typhoïdes, méningites cérébro-spinales, affections catarrhales oreillons stomatites ulcéro-membraneuses, diphtbérites ; en temps de guerre : dysenterie, scorbut, typhus ; en tout temps choléra*.

Ainsi, 1 infection et la contagion : tels sont les deux grands ennemis du milieu nosocomial; c’est par leur concours qu’on voit s’y étendre et s J multiplier les plus graves affections. Combien d’individus entrés pour umi blessure sans gravité dans une salle de chirurgie enlevés par eijsipele ou 1 infection purulente ! Combien de femmes jeunes, ayant tau. lesallnbut, de lafoeceelde la sanlé, veuan. accoucher diau J ùn hôpital, emportées par la fièvre puerpérale ! Combien d’enfants entrant poui une diarrhée ou une bronchite, enlevés par la diphthéritel Corn Wn. helaal fauUI le d.ce, deufauta aoi„a

pa.ee que leurs parents sont à l’hôpital ou ailleurs n’en sortent plus ou n’en sortent qu’aveugles par suite d’ophthalmie ' ^

Mais indépendamment de la contagion et de l’infection les maladies

dd/ml/'-' T'*" f y ^e^ètent un caractère d\‘pi-

uni! ’ p ' identiques sont imposéef à

ou e d individus a la lois. On en voit un e.xem|.lc frappant dans

nom! graves, se déclarant sur un grand

« mbie de femmes, dans une des salles de la Pitié, après qu’on y eut ânclti) luinigatious mercurielles’*. ^ ^

.tai^tî'irr "“T™"'”’ ““

il» sont altonl!. “ ““'‘“"l l»eMfedemal,idiedoul

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’ Smï'lS"'''*

I'Hodst/ liyüIÈ^fc.

IIAlîITATIONS. — liDIFICES. — HOPITAUX ET MATEHMTEb.

qu’y rencontrent les iidultes sont assez faibles, si on les conipaie à celles que l’enfance trouve dans ses asiles spéciaux. Le peu de résistance vitale, la disposition particulière aux maladies CünL'i}>ieubes et infectieuses, s’y ajoutent à de déplorables conditions hygiéniques et à la multiplicité des causes morbides.

De là une mortalité tout exceptionnelle. « Les causes antihygiéniques, disent MM. Rilliet et Barthez, sont toutes-puissantes dans le jeune âge. Sous ce rapport, il existe une assez grande dilîérence entre les maladies des enfants qu’on observe au sein de leur famille et celles des jeunes sujets couchés dans les salles des hôpitaux spéciaux. Ces établissements, ceux surtout qui sont consacres aux tout jeunes enfants, sont une cause permanente de maladies infectieuses. Sous l’influence d’une détestable hygiène, on voit naître et se propager cette interminable série de maladies graves que l’on retrouve bien rarement en ville. Quelques-unes de ces affections sont évidemment le résultat du séjour prolongé dans des salles encombrées. Nous avions jadis créé pour elles un mot qu’on nous permettra de rappeler ici, bien que son étymologie ne soit pas rigoureusement grammaticale, celui iïliôpifalilé. 11 en est des maladies comme des productions de la nature. Par des artifices de culture, de température et de terrain, on peut modifier profondément les caractères des plantes, favoriser le développement de certains organes, en atrophier d autres, changer leurs formes et leurs couleurs. De même dans les hôpitaux d’enfants et surtout d’cnlanU nouveau-nés, l’atmosphère miasmatique, la réunion des causes antihygiéniques, créent un véritable climat pathologique ; c’est bien le mot qui traduit le mieux notre pensée, et ce climat fait germer certains produits morbides qui ne se seraient pas développés dans d’autres conditions. » Ne pouvant étudier successivement rinllucnce nosocomiale sur toutes les maladies, nous n’étudierons ici que les influences nosocomiales

dans leurs rapports avec les suites de couches.

Pour les affections chirurgicales, des statistique.s, portant sur les mêmes éléments, et faites en ville et à l’hôpital, pourraient seules démontrer d’une façon mathématique la différence qui existe, au point

de vue du résultat, entre les opérations pratiquées dans ces deux conditions. Mais ces statistiques manquent. Nous ne possédons que des statistiipies sur l’iidlucnce nosocomiale comparée d hôpital à hôpital, et il est toujours possible d’interpréter leurs résultats de diflércntcs façons, ainsi que l’a prouvé cette longue et si vive discussion de l’Académie de médecine sur la salubrité des hôi»iUiux, ISfifi.

Tout le monde connaît l’influence désastreuse du milieu iiosocomia

IKII'ITAUN.

sur les plaies. Aujourd’hui, il u’esl pas un cliirurgieu qui lasse une aiuputaliou sans ciierclier par tous les moyens possibles à isoler sinon le malade, au moins la plaie (pansemcuL ouaté, pansement de Lister). Il II en est aucun, croyons-nous, ipii consentirait à pratiquer une ovariuloinie dans une salle remplie de malades.

On sait enfin que I operation césarienne jieut être pratiipiée avec succès en province et surtout hors des hôpitaux, tandis que dans les hôpitaux de Paris personne n'osc jilus la tenter.

Mais où l’inlluenee nocive du milieu nosocomial peut être démontrée mathématiquement et preuves en mains, c’est seulement à propos des femmes en couches. Ici les Licteurs sont absolument les mêmes à riiôpital qu’en ville; les chiffres sont tellement écrasants, tellement éloquents, que nous ne donnerons pas d’autre démonstration. Cette démonstration, nous la devons à M . Tarnier, qui, par des statistiques faites eu ville et à l’hôpital, attira l’attention des médecins sur cette question si importante.

« En 18o6, dit-il, il y eut à la Maternité de Paris, où j’étais interne, '2257 accouchements, et 132 femmes succombèrent : ' 1 sur 17. On admettait alors que, la maladie puerpérale étant avant tout de nature r|)idémique, la mortalité devait être aussi -rande en ville qu a l’hôpital • les faits que j’observais me parurent en contradiction avec l’opinion commune, et pour éclaircir mes doutes, je fis une statistique où j’ai compare la mortalité de la ville pour le 12” arrondissement, et celle e la Maternité qui se trouve dans le meme arrondissement (ancien 12”). lou.s les éléments de cette statistique se trouvent dans ma thèse inaugurale* et dans un mémoire publié peu après*. Sans entrer ici dans les details, il me suffira de consigner le résultat effrayant auquel je suis arrive : La morlalüé est 17 fois plus considérable à la Maleruilé qu en ville.

Voici les résultats d’après lesquels j’ai établi cette conipar;

IISOIl

I A la Miilermlé . . . .

■ï,2'iü accoucliemeiils lo 1/52’ décès .5,237 — 152 I/IU

Les chiffres étaient si étranges que M. Velpeau les crut erronés, et 'l'iaiKl I Académie de médecine discuta la question de la fièvre puerpérale, ce chirurgien les lit contrôler par M. Trébuchel, qui arriva à peu

S? ^ (<■■■' oudadie. de, femmes e„ couches. -

De ta fii-ere jmerpf.rah nbserefe. ù /‘hospice de lo ilulcnulê.

ri52 IIAIllTATIONS. — KIMFICES. — HOPITAUX ET MATEHMTfcS.

près aux memes conclusions que moi. Suivant M. Tréhuchcl, la mortalité des accouchées pour Paris tout entier serait en elTct de \ sur ‘J.oO. Les autres hôpitaux ne sont pas mieux partagés que la Maternité. Kn province comme à Paris, la mortalité des hôpitaux est relativement considérable.

De toutes les statistiques, la plus importante est celle qui est publiée dans le rapport de M. Malgaigne‘ ; elle comprend tous les accouchements de Paris pour les années 1861 et 1862 et met en regard le nombre des accouchements et des décès ; l°dans les hôpitaux; 2" dans les bureaux de bienfaisance; 3" en ville, en dehors des bureaux. Voici ces tableaux qui ont été dressés par M. llusson :

Accouchements. Décès.

ProporiioQ.

( Dans les hôpitaux

1 sur 10.42

1861 ! Bureaux de bienfaisance

1 En ville, en dehors des bureaux.

f Dans les hôpitaux

1802 ) Bureaux de bienfaisance

( En ville, en dehors des bureaux.

En groupant ces chiffres, on trouve pour

l’ensemble

des deux an-

nées : ,

Dans les hôpitaux, 14 197 accouchements, 1169 décès. En ville et

dans les bureaux, 99 991 accouchements, 559 décès.

Si la mortalité n’avait pas été plus forte dans les hôpitaux que dans la ville, on y compterait à peine 80 décès au lieu de 1169.

Mille (piatre-vingl-dix femmes en deux années, ou cinq cent quaranle-cinq par an, frappées de mort à l’hôpital, et qui probablement auraient été épargnées, si elles avaient pu accoucher en ville. Ces chiffres dépassent toute vraisemblance ; on hésite avant de les écrire. Une pareille mortalité devient une véritable calamité publique. A peine soupçonnée, il y a quelques années, il faut ([u’elle disparaisse du jour

où elle est connue*. »

Les statistiques si nombreuses et si éloquemment pi-ésentees par iM. le professeur Lefort, dans son livre sur les Maternités*, nous montrent que dans toute l’Europe les résultats sont absolument les

mêmes.

Depuis 1864, époque où M. Tarnier publiait les lignes que nous venons do citer, les résultats sont-ils toujours les mêmes? On en jugera

• • Itanporl insôrû au DulMhi of/idcl ,lu mhiistcrc de rinteriatr, 18tU. n'7, p. l-»- » Tai'uiiT. Uemoire sur rhjijiinc des Mpitmix de femmes eu couthes.

• Des Malcrnilés. Paris, 1800.

IIOPITAIIX.

par la statistique suivante, publiée par les soins de radininistration de l’assistance publique :

Accouchements.

Décès.

Proportion.

Dans les liôpitaux

Il 0S4

1 3.74 pour 100

A domicile, par des sages-femmes du bureau de bienfaisance. . .

1 1 sur 20. G ( 0.13 pour 100

Femmes envoyées par l’administration, pendant neuf jours, chez les sages-femmes

1 1 sur 727 1 0.31 pour 100

Dans les hôpitaux

[ 1 sur 313 1 sur 34. G

A domicile, par des sages-femmes du bureau de bienfaisance. . .

1 sur 950

Femmes envoyées par l'administration , penda nt neuf j ours, chez les sages-femmes

De riiijgiène hospitalière envisagée au point de me des influences nosocomiales. — Si au point de vue bistorique nous sommes à peu près renseignés quant à l’époque où apparurent les premiers hôpitaux, si l’on peut suivre leur développement depuis ce moment jus- (]u à nos jours, nous pouvons dire qu’au point de vue des influences nosocomiales l’histoire reste à peu près muette. Nous ne possédons quelques documents relatifs à cette question que depuis le siècle dernier.

Le plus complet et le plus connu en même temps, nous le devons à Tenon'. Vers la moitié du dix-huitième siècle, l’IIôtel-Dieu se trouvait dans des conditions antihygiéniques tellement déplorables, que nonseulement les réclamations du corps médical devenaient incessantes, mais encore que les malades eux-mêmes fuyaient la capitale pour aller demander secours dans les hôpitaux de province. Ce fut, dit-on, à la suite d une visite laite à l’IIôtcl-Dieu par un prince étranger®, que le gouvernement autorisa la publication de mémoires ayant pour objet la reconstruction de l’Ilôtel-Dicu, et sa translation à l’île des Cygnes, située à l’occident de Paris.

Parmi ces mémoires, les plus importants furent ceux de Poyet et de oqueau. Celui de Poyet fut présenté à l’Académie des sciences, qui nomma une commission chargée d’examiner le projet et d’en faire un rapport. Les membres de la commission étaient Lassoiie, Tenon, d’Au- “cnton, Tillet, Bailly, Lavoisier, La Place, ü’Arcct et Coulomb.

Tenon, qui fut le iap[iorteurde la commission, rassembla d’immenses matériaux, étudia non-seulement les hôpitaux de Krancc, mais encore

Tenon. Mémoires sur les hôpitaux de Paris, 1788.

' fies sciences et des arts, 1787.

r>:i4 lIAItlTATIONS. — ÉDiriGES. — HOPITAUX Kl MATEUMTKS.

ceux (lo l’étranger et en particulier eenx de rAngleterre, On reste frappé d’admiration en voyant avec quelle élévation d’idées, quel esprit scientifique, Tenon procéda.

« Il n’existe aucun ouvrage sur la formation et sur la diittrihnlion des hôpitaux, et l’on n’a pas encore rassemblé les principes qui mettent en état de juger de leur perfection et de leur imperfection : il fallait donc commencer par se les procurer.

Quelle méthode suivre dans ces recherches pour se conduire utilement? Après y avoir réfléchi autant que me l’ont permis mes faibles lumières, je crus devoir faire présider à mes observations les connaissances anatomiques et les connaissances pathologiques.

Il s’agissait de l’homme, et de l’homme malade : sa stature règle la longueur du lit, la largeur des salles; son pas moins étendu, moins libre que celui de l’homme sain, donne la hauteur des marches, comme la longueur du brancard, sur lequel on le transporte, détermine la largeur des escaliers des hôpitaux. D’ailleurs, consommant plus ou moins d’air dans un temps donné, selon que ses maladies l’obligent à des inspirations plus ou moins fréquentes et plus ou moins amples, il demande des salles de dimensions différentes; ajoutez que ses yeux, sensibles aux impressions de la lumière durant les inflammations de la dure-mère et les violentes ophlhalmics, exigent des attentions, relativement cà la position tant des lits que des croisées.

Les détails allaient se multiplier, leur comparaison est utile, leur multiplicité embarrassante : il fallait donc profiter de l’une, se délivrer de l’autre, en réduisant le tout à des résultats généraux...., car il s’agissait d’étudier les hôpitaux dans les hôpitaux mêmes, et d’y saisir ce qu’une longue expérience avait indiqué comme nuisible ou marqué du sceau de l’utilité. »

A propos de l’Ilôtel-Dicu, Tenon nous moulre les conditions hygiéniques qui entouraient les malades.

« A l’IIôtel-Dieu, il y a 1219 lits, dont 755 grands, ou de 52 pouces de largeur, et 486 petits, ou de 5 pieds, distribués sur 2, 5 ou 4 rangs, les rangs blancs et les rangs noirs suivant qu’ils .sont plus ou moins éclaires....

Dans plusieurs salles, chaque malade n’a même pas une toise cube à respirer.... Si l’on excepte les hommes variolés, les autres contagions, à commencer par les variolées, .sont confondues dans les memes salles, dans les mêmes lits avec des personnes dont les maladies ne sont |)as

contagieuses,...

Dans les salles destinées aux accouchées et aux

femmes grosses, on j

IIOI-IT.\llX.

trouve 67 grands lits et 56 petits; on couche trois ou quatre par grand lit, les l'einnies enceintes saines avec les malades, les accouchées malades avec celles qui ne le sont point.

Et les opérés, ils partagent l’air corrompu de la salle Saint-Paul, ils sont enveloppés de départements infects; on fait en leur présence les opérations qu’ils viennent d’endurer on qu’ils vont subir M »

La commission adressa à l’.A.cadémie des sciences trois rapports, et, chose bien curieuse, il se trouve qu’à la fin du troisième rapport où il décrit minutieusement le plan d’un hôpital pouvant contenir 1200 malades, ce plan est celui de l’hôpital Lariboisière, ainsi que le faisait remarquer M. Tardieu à l’Académie*. En effet, dit le rapport :

Ou a placé sur le front, à la façade, tous les bâtiments accessoires et relatifs à l’entrée et à la réception des malades. Les deux moitiés de cet hôpital sont semblables, l’une est réservée aux hommes, l’autre aux femmes. Le corps de 1 hôpital est composé de pavillons rangés par deux files ; l’une à droite, l’autre à gauche ; l’une pour les hommes, 1 autre pour les femmes. Ces deux files sont séparées par une vaste cour de 28 toises de large, sur plus de 120 de longueur : c’est une grande masse d’air placée au centre. Les pavillons sont tous semblables; il suffira d’en décrire un.

Les salles, ayant environ 18 toises de long (soit 36 mètres) (celles de Lariboisière en ont 58), contiendront 34 à 56 lits sur deux rangs (celles de Lariboisière en contiennent 32) ; la hauteur des salles sera de 14 à 15 pieds (elle est de 15 pieds, soit 5"' 20, à Lariboisière) .

Les pavillons auront trois rangs de salles. Chaejue salle sera accompagnée de latrines à l’anglaise, d’un lavoir, d’un réchauffoir pour les aliirietiLs et les tisanes, d’une petite salle de bains; d'une chambre ou pièce de retraite pour la sœur qui présidera la salle.

Chaque pavillon sera séparé des autres pavillons par un espace, ou un jardin de deux toises de large sur toute la longueur du bâtiment, c est-a-dire sur 28 toises environ. Cet espace sera le promenoir paiticulier des malades de ce bâtiment. Ces différents bâtiments seiûnt liés les uns aux autres par une galerie de communication, qui fera tout le tour de la cour intérieure et passera au pied de I escalier de chaque pavillon. Elle ne s’élèvera pas au-dessus du rezde-chaussée et n’interceptera point, par consé(|uent, la circulation de l’air.

* Mrmoirr itm- (en hôpitaux.

* lUtlletin de l' Académie.

5ôl( llAItlTATIONS. — ÉDIFICES. — HOPITAUX ET MATF.RMTÉS.

La chapelle sera au fond cl à rc.vlréniilé de la cour intérieure; elle aura d’un côté le logement des prêtres (à Lariboisière, la communauté), et de l’autre ramphilhéâtre, où se feront les démonstrations anatomiques; derrière seront les chambres des morts.

L’analogie est saisissante, absolue.

« Nous avons à prévenir le reproche qu’on pourrdit nous faire d’avoir changé de principe dans la distribution des salles, et nous devons dire les raisons qui nous y ont déterminé.

Nous avons établi dans notre premier rapport que nous ne mettions des salles de malades qu’au rez-de-chaussée et au premierétage.

Ici nous avons trois rangs de salles, et nous plaçons des malades non-seulement au rez-de chaussée et au premier, mais aussi dans l'étage supérieur. Nous avons changé en croyant faire mieux; nous avons sacrifié le bien à un autre bien plus grand.

Nous avons reconnu que le premier moyeu d’obtenir la salubrité dans un hôpital est de ne réunir dans une même salle que le moindre nombre possible de malades. Nous nous sommes proposé de le fixer à peu près à 50. L’expérience des Anglais a confirmé notre principe. Le principe de réduire les salles, la nécessité de faciliter le service en resserrant l’étendue de l’hôpital, l’avantage de l’économie dans les constructions, nous ont donc fait prendre le parti d’établir trois rangs de salle.

Un bâtiment isolé, destiné à 100 malades, partagé eu trois étages ou salles, chacun de 54 lits, forme un bâtiment suffisamment sain.

Voilà ce qu’enseigne la théorie, et si l’on veut consulter l’cxpé'ricnce, nous dirons que les hôpitaux d’Angleterre, tous en général assez salubres, ont trois rangs de salles et trois étages.

Mais il n’est aucun des hôpitaux de France et d’Angleterre, et nous dirons de l’Europe entière (en exceptant celui de Plymouth), où les bâtiments destinés à recevoir des malades soient chacun en particulier aussi aérés et aussi complètement isolés. »

A partir de l’époque où parurent les mémoires de Tenon, on s’occupa, sinon de la reconstruction de Tllôtel-Dicu, au moins de placer l’ancien dans de meilleures conditions de salubrité. Chaque accouchée eut alors un lit pour elle seule et, par un décret du 25 messidor an III (15 juillet 1795), la Convention créait un établissement destiné à recevoir les femmes en couches, qu’on ne voulait plus voir accoucher au milieu de toutes les maladies (La .Maternité).

Voici eu résumé par (|uclle série d’améliorations successives i»as.sa riIôlel-Dieu, pour arriver à être quarante années plus lard, sous l’en-

HOPITAUX

.semble (le toutes les conditions hygiéniques, le premier parmi les hôpitaux de Paris, d’après M. Bouchardat*.

Dès 1790, on supprima la tuerie et la fabrication des chandelles. Les lits à plusieurs places lurent divisés par une cloison. En 1801, les aliènes des deux sexes furent évacués à Gharenton et ailleurs; il fut créé des hôpitaux spéciaux pour les femmes en couches, les enfants malades, les vénériens. La population ordinaire de l’Hôtel-Dieu fut réduite à 1800, puis à 1200, puis enfin à 1000. Enfin, on supprima définitivement les lits a 2 places et on établit des lits en fer munis de rideaux de coton; on classa les malades par sexe et par service de médecine et

dcchirurgie, et l’on perfectionna successivement le système de chauffage.

D’après les chiffres établis par M. Bouchardat, on voit que dans les salles de chirurgie, chaque malade a en moyenne de 50 à 80 mètres cubes d’air à respirer : en médecine, de 43 à 54.

Les salles destinées à la chirurgie, dit M. Bouchardat, sont vastes, bien aérees, ont une très-belle exposition, les lits sont convenablement espacés, et cependant les grandes opérations chirurgicales ont, à différentes époques, une terminaison fatale, malgré l’habileté si connue des opérateurs ; on a accusé le voisinage de la Seine bien à tort, je crois ; je suis convaincu que l’accumulation de malades opérés dans les mêmes salles est une condition plus défavorable à leur opération que le voisinage d’une eau courante. Ainsi, quand il s’agira d’établir un hôpital, je crois que les salles de chirurgie devront contenir le ynoins de lits possible.

Enfin, on ne se contente plus de donner un lit à chaque malade, de séparer ces derniers par sexe, de créer des hôpitaux spéciaux, d’établir des services de médecine, de chirurgie et d’obstétrique, mais maintenant les hygiénistes ont mis le doigt sur la plaie, ils vont lutter corps a corps avec l’ennemi par excellence : l’influence nosocomiale.

L’hôpital Larihoisière fut construit réalisant tous les progrès conçus depuis un demi-siècle.

Au point de vue architectural, il n’enestaucun qui le surpasse, rien n’a etc épargné pour le plaisir des yeux ; ce sont des colonnes, des portiques, des arcades; c’est une cour d’honneur qu’envierait le palais des rois*.'

Au point de vue hygiénique, constate-t-on le même luxe? Nous répondrons par les chiffres suivants que nous empruntons à Malgaigne’ :

l'lm<àne Je, hôpitaux et hospices civils de Paris, in An ii'Ues cl hçipccne publcque, l. XVIll, partie.

Malguipnc. Discours à l’Acaclômie.

' Imc. cil.

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