LATRINES. — FOSSES D'AISANCES
sur la présence d’une grande quantité d’eau dans les maisons. Des tuyau.v particuliers font communiquer les water closets, les cuisines, les cabinets de toilette et les cours avec un égout qui passe dans la rue.
Aujourd’hui presque toutes les maisons sont drainées par ce système. L’égout lui-même est de brique à profil d’œuf et se déverse dans un ancien affluent de la Tamise. Pour éviter le reflu.\ des gaz de l’égout dans 1 intérieur des maisons, on emploie un système de soupapes plus ou moins compliquées dont le type est le siphon. Qu’on suppose un tube partant de la cuvette des latrines, se recourbant pour remonter après un trajet descendant et s’unir au tuyau perpendiculaire qui communique avec l’égout; qu’on y joigne un réservoir d’eau prêt à iiiondei la cuvette au premier appel, et l’on aura une idée générale de ce système. En effet, les matières tombent d’abord dans la courbure, sont ensuite entraînées par l’eau qui arrive en abondance, et laissent derrière elles un espace plein d'eau qui ferme bermétiquenient le passage au.v gaz. Cette méthode primitive a reçu de nombrcu.\ pei fectionnements qu’il nous paraît inutile de décrire ici.
Ainsi le système des latrines anglaises se lie à une circulation d’eau très-abondande et à la perte des eaux qui ont été employées. Le courant d eau pure nécessite un écoulement d’eaux infectes, et c’est là que nous trouverons le principal écueil du système. En effet, sans parler des intérêts de 1 agriculture, qui pourrait utiliser une masse d’engrais qui, par ce procédé, sont perdus sans retour, il faut, comme le dit l’arkes, pour bien apprécier les inconvénients de ce système, envisager les égouts, non pas à leur origine, mais à leur terminaison.
Comment se débarrasser de ce torrent d’eau impure que les water closets déversent dans les égouts? On peut la recevoir dans des réservoirs spéciaux où les matières solides se déposent, tandis que les liquides s’écoulent soit dans une rivière, soit à la surface du sol. Ce procédé, on le comprend aisément, n’est applicable qu’à de très-petites
localités, et, même dans ces conditions, il offre de grands inconvénients.
On peut, et c’est le système généraloment adopté en Angleterre, laisser arriver directement dans les rivières le contenu des égouts. >ous avons assez longuement insisté sur les inconvénients de la pollution des rivières pour ne point discuter un procédé qui est universellement condamné, même en Angleterre. Les résultats désastreux, que produit l’introduction dans la Seine des eaux de fabriques et des eaux que transportent les égouts, sont doublés en Angleterre par l’adjonction CS matières focales. Il est souvent arrivé que les dépôts ainsi formés
lIVRITATIONS. — ÉDIFICES. - IIOHT.ACX ET MATERNITÉS.
onl considérai) leincnl gène récoulemenl de l’eau et ont |)ariielleinetil ol)struc le lit des rivières. 11 nous paraît inutile d’insister davantage sur ce point.
Quand il s’agit des villes situées le long des côtes, on peut conduire les eaux d’égout jusqu’à la mer. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait supposer, il se produit dans certaines localités une infection (jui s’étend à tout le voisinage; d’ailleurs le flux et le reflux des marées tend à mélanger, dans l’intérieur même des égouts, les eaux de la mer avec les eaux chargées de matières fécales, et il en résulte un grand dégagement d’odeurs putrides, un obstacle passager à l’écoulement des matières, et même, dans certains cas, la formation d’un dépôt qui cause une obstruction permanente. On voit, par conséquent, que même dans les conditions les plus favorables, c’est-à-dire dans le voisinage immédiat de la mer, le procédé dont il s’agit est susceptible de présenter les plus grands inconvénients.
Enfin on a eu recours à divers procédés chimiques et mécaniques pour précipiter une partie des matières, en laissant écouler la partie fluide, et, dans ce dernier temps, on s’est beaucoup occupé de l’application directe des eaux d’égout à l’agriculture. Cette question ayant été étudiée plus haut, nous n’y reviendrons pas. Contentons-nous de faire observer qu’il est infiniment plus difficile d’obtenir par ces moyens des résultats favorables, lorsqu’on admet dans les égouts les matières excrémentitielles que fournit une nombreuse population.
Mais ce serait une erreur de croire que les inconvénients du système ne se rencontrent absolument qu’à la sortie. Les égouts eux-mêmes sont souvent une cause d’infection dans les villes qu’ils traversent. 11 est, en effet, difficile de les construire en matériaux parfaitement étanches. D’ailleurs, lorsque les tuyaux sont profondément placés, la pression de la masse d’eau souterraine qui les entoure de toutes parts produit souvent des infiltrations imprévues. Ainsi à brancfort, dans des égouts construits avec des briques et du ciment do choix, Peltenkofer trouva un courant d’eau avant qu’on eut laissé passer du liquide dans les égouts. D’un antre côté, à .Munich, dans un égout également construit avec des briques et du ciment, l’ean sortait avec assez de rapidité pour remplir en un (juart d’heure un vase de 750".
Au reste, ce n’est pas seulement l’infection de l’ean et du sol, mais aussi l’infection de l'air que l’on peut redouter. En effet, le système qui établit une communication générale entre toutes les maisons d'iine même ville par le moyen de ces tidies (|ui aboutissent à un égout collecteur et qui partent de toutes les habitations particulières permet
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facilement aux causes d’infection qui régnent dans une maison de j)cnétrer dans l’une des maisons voisines.
En somme, bien que la mortalité paraisse avoir diminué dans la plupart des villes où cette méthode a été mise en pratique, les hygiénistes anglais sont les premiers à en reconnaître les inconvénients, et Parkes, dont le nom fait autorité en pareille matière, s'e demande si, dans le cas où il serait possible d établir une nouvelle organisation, il ne vaudrait pas mieux renoncer à ce système [loc. cü., page 540).
Nous allons maintenant nous occuper des systèmes généralement employés à Paris. Jusque vers le commencement du seizième siècle, Paris se trouvait dans 1 état où sont encore aujourd’hui plusieurs grandes villes de 1 Orient. Les immondices encombraient les rues, et cestà 1 aide d un balayage pinson moins imparfaitement exécuté qu’on les en débarrassait.
La création des fosses d aisances fut rendue obligatoire à Paris par un arrêt du Parlement, en date du 15 septembre 1555, conlirmé de nouveau par un édit de Fran(.’ois I“, daté de 1559. Cette mesure lit faire un pas immense à la salubrité de la capitale.
Les fosses d aisances, comme le nom l’indique, sont des cavités closes de dimensions variables, dans lesquelles se rassemblent les déjections solides et liquides des habitants d’une maison. Les réservoirs sont naturellement situés à la partie inférieure des édifices, souvent meme audessous dos caves. Dans les premiers temps, leur construction était peu soignée et souvent elles se réduisaient à de simples excavations pratiquées dans le sol. Les liquides s’infiltraient dans la terre perméable et infectaient la masse d’eau souterraine qui alimentait les puits. De plus, quand on vidait la fosse, elle se remplissait rapidement d’eau et les ouvriers étaient souvent asphyxiés par les gaz qui en sortaient.
Une ordonnance de 1809 prescrivit la création de fosses parfaitement étanches et décréta, en outre, des dispositions accessoires qui sont encore en vigueur aujourd’hui.
Mais 1 accumulation des matières dans les fosses nécessite l’emploi CS vidanges. 11 faut extraire les matières déposées dans ces réservoirs pour les transporter ailleurs, et les chiffres suivants que nous enipiuntons au rapport qu’a fait ,\1. Grassi, au nom d’une commission instituée en 1858, montreront combien ce travail est devenu difficile uepuis l’accroissement de l’aris.
<Jn a enlevé à Paria, en 1800
~ — 1851 (popul., 1 Ü3'i ‘iGÜ 11 1
38 000 mèlros culies de iiialiéres 102 800 — '
IIADITATIONS. — ÈÜiriCES. — HOPITAUX tT MATEHMTÉS.
En présence Je celte marée montante, suivant rex|)ression Je d’Arcel, on a cherché à résoudre la difficulté par des procédés fort variables. Jusqu’en 1854, les fosses étanches devaient être vidées partiellement à la pompe et les résidus pâteux enlevés au moyen des seaux, dont on versait le contenu dans des tinettes. Les matières éUiienl alors charriées sur les hauteurs de Moutfaucon et s’y accumulaient en de vastes étangs, où elles étaient abandonnées pendant 5 années en moyenne. Durant ce long intervalle de temps, leurs émanations gazeuses se répandaient dans Paris sous l’influence des vents du Nord, tandis que les liquides putréfiés parcourant d’immenses bassins étagés s’écoulaient par un égout spécial dans la Seine, au pont d’.\usterlilz, c’est-à-dire au-dessus de Paris. Ces eaux augmentées de temps en temps par les matières pâteuses que délayaient les eaux pluviales, parcouraient la rivière daris toute la traversée de la ville.
Aujourd’hui la voirie de Monlfaucon est définitivement supprimée. Une grande partie des eaux putrides qui se mélangaienl â la Seine est aujourd’hui déversée à Bondy et s'écoule au delà de Saint-Denis. Mais, comme nous l’avons vu ])lus haut, le réservoir de Bondy est luimême une source d’infection pour le voisinage et en même temps pour les eaux de la Seine, en aval de l’égout collecteur. On a donc cherché
et l’on cherche encore par divers procédés à remédier à cet étal de choses. L’un des moyens qui se présentent le plus naturellement à l’esprit est la désinfection des matières par des agents chimiques. Mais il faut bien le reconnaître, ces procédés sont loin d avoir tenu ce qu ils pi omettaient, et la question subsiste encore avec toutes ses difficultés. Ils agit évidemment de rendre à l’agriculture les matériaux précieux que four-
nissent ces sortes d’engrais, sans infecter Pair de nos villes et les eaux de nos fleuves. Mais ce résultat devient chaque jour plus difficile à obtenir, en raison même de la quantité d’eau toujours plus considérable qui s’accuiTiulc dans les fosses d’aisances, en raison des systèmes do lalrine actuellement adoptés et à l’usage toujours croissant des bains à domicile. On ne peut cependant pas, dit M. Grassi, dans 1 intérêt si respectable de l’agricullnre, décréter la malpropreté.
Comme on le voit, celte question si infime et si rcbulaiilc à tant d egards soulève les problèmes les plus graves, et mleresse dircclemcnl la prospérité do ragricullurc, la salubrité des villes et la richesse dos nations. On peut dire, sans aucune exagération, que la question dos vidanges est la première cl la plus importante de toutes les questions sanitaires à l’ordre du jour. . . i
Nous avons envisagé le problème à un point de vue general, sans poi -