‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 214 sur 298 · INHUMATIONS ET CIMETIÈRES. UOO · texte numérisé non relu

INHUMATIONS ET CIMETIÈRES. UOO

1 origine des sociétés, préside au rituel funéraire, et les prescriptions qu elle formule sont tantôt conformes, tantôt absolument contraires aux principes de l’hygiène. Nous ne saurions qu’approuver l’embaumement pratiqué par les Égyptiens et l’ensevelissement des corps dans des terrains rocheux, sous un climat des plus secs; nous applaudissons également aux coutumes adoptées par les Chinois sous ce rapport, mais il est évident que rien ne saurait être moins digne d’éloges que l’habitude attribuée aux Perses de l’antiquité, et qui se continue encore, dit-on, chez les Guèbres, leurs descendants, et (|ui consiste à exposer les corps au sommet de tours élevées où ils sont déchirés par les oiseaux du ciel; nous approuverons encore moins la coutume qui règne chez les Persans modernes de se faire ensevelir dans des lieux renommés par leur sainteté, où les corps sont transportés enveloppés d’un simple suaire, sans aucune espèce de précaution, et cela plusieurs mois et même des années après leur mort. Nous blâmerons encore davantage les habitudes des descendants dégénérés de l’Égypte antique, les Coptes chrétiens, qui enterrent sous le mince plancher de leurs habitations les cadavres de plusieurs générations de leurs ancêtres.

Nous ne saurions approuver non plus la coutume des Turcs, qui placent leurs morts à fleur de terre; ce qui permet aux hyènes et aux chacals de les déterrer pour s’en repaître, d’autant mieux qu’ils ont l’habitude de laisser près de la tête une ouverture pour le dégagement des gaz putrides. Nous condamnerons enfin la pratique des populations U moyen âge, depuis longtemps abandonnée par la civilisation moerne, et qui consistait à inhumer les morts sous les dalles des églises où se réunissaient presque journellement les fidèles.

11 est moins facile de dire ce qu’il convient de faire que de montrer ce qu il convient d’éviter. Les corps doivent être évidemment hors d’état de nuire. Il est donc nécessaire de les ensevelir promptement de creuser profondément la terre où on les dépose, et d’éloigner dans une mesure raisonnable, les cimetières des endroits habités. Mais, dans les grands centres, à mesure que la ville s’accroît, elle atteint et dépasse ces cimetières qui, situés d’abord en dehors de la cité, finissent par se rouver incorporés dans la masse des bâtiments qui la composent. Reculer sans ce.-se n’est point toujours facile et d’ailleurs il est des ques- >ons de convenance qu on ne saurait négliger. Peut-on imposer raisonnablement un trajet de plusieurs lieues aux habitants d’une ville orsqu ils rendent les derniers devoirs à leurs morts? A-t-on le droit imposer aux localités situées à une certaine distance d’une grande '•ale tous les inconvénients d’une nécropole immense? Enfin les condi-

PROUST, HÏ«IÈ!(E.

(ilO HYGIÈNE DES VILLES ET DES CAMI-AGNES.

lions (le transport, les conséquences directes du déplaceiiiciil ne sontelles point de nature à froisser les principes d’une bonne liygiène? Telles sont les questions qui ont été soulevées par la création du grand cimetière suburbain de Méry-sur-Oise et qui ne paraissent pas encore avoir reçu une solution définitive. Ilâtons-nous d’ajouter que la condition dans laquelle se trouvent les cimetières actuels de Paris nécessitait de la manière la plus urgente une réforme absolument radicale. Comment donc résoudre la difficulté? 11 faut d’abord nettement poser les conditions du problème.

Dans presque toutes les parties du monde, nous voyons des villes immenses dont la population tend à s’accroître sans cesse (depuis quatre ans celle de Paris a augmenté de 155,000 âmes ; celle de Londres subit un accroissement bien plus rapide encore), et qui envahissent perpétuellement les campagnes voisines. Les nécropoles, qui résument la vi;T de ces populations pendant plusieurs siècles, finissent toujours par devenir insuffisantes, il faut les porter plus loin. N’y a-fiil aucun moyen de limiter l’étendue consacrée au champ de repos et d enterrer successivement'plusieurs individus dans la même fosse?

On peut, par la destruction des cadavres, atteindre en partie ce but. A Naples on a disposé un cimetière où 566 fosses, ouvertes chacune un jour de l’année, consument, à l’aide de la chaux vive, les cadavres provenant des inhumations de la journée. Au bout d’un an la chaux a fait son office et la fosse peut servir de nouveau. Un autre système renouvelé des anciens a été ressuscité de nos jours, nous vuuloiis parler de la crémeUion, pour laquelle on a proposé divers procédés, en 1 rance, en Italie aux États-Unis, etc. Il nous parait absolument inutile d ciilrer dans des détails à ce sujet ‘. Disons seulement que le but à remplir est d’incinérer complètement les corps et de consumer en totalité les gaz

qui résultent de cette opération. p, i

i>our ménager les sentiments naturels et les préjugés que 1 habituât a rendus respectables, G ratiolet avait proposé d’injecter dans les des cadavres des substances aptes à eu prévenir la putréfaction tout t facilitant leur combustion. On se servirait d’une injection composée d narties d’iiuile lourde de houille cl d’une partie de coaltar. GeUt

rois parties d’huile lourde de houille cl d’une partie inltion qui ne coûterait (pie 0,i0 cent., serait suivie d’un en err^ ment nrovisoire de cinq années à l’expiration desquelles on pratique

ment provisoire

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drcoirtrnr »"> '« contre la comltuslion

des coipa et nous sommes étonné de ,oir un esprit aussi lucide ,|ue

. le prolosscur ronssngnïos, prêter l'appui de sou Uilcnt à des réclaraaljons aussi peu sensées que pratiques. Dn seul mot suffit pour cou- ' ondie les argumeiils de ceux qui prétendent trouver une insulte apintualisme dans l'emploi de ce procédé; c'est que pendanU ,,e'' mer sieelc de l'ere clirétienne. dans le monde greco-romai,, ' '

.eus ont universellement pratiqué la crémation des corps avec l'an lation etsousles jeux de l'Eglise dont l'orthodoxie le saura é 7 suspecte a une epoque aussi rapprochée de son origine O “Z , , conséquent que le sentiment et la religion n’oni nhJl ♦ ^

ici, et que tout se réduit à une question d'iiahitujc païens d'Égypte emhauuiaiciit leurs morts suivalï t' e “1 “ T° céties, les chrétiens réduisaient en eêldre l co 1'

Commeiit s'expliquer qu'on puisse, au dl 0.177 l'ir"' cou re de telles pratiques au non. des doctrines spiriluaTill ™‘'

Mais II est un argument bien plus sérieux qu'on oppose aux narf de a erematioii: c'est que bien souvent il serait i mpossibffi 17 la trace d un clame si le corps de la victime avait étl b n ! r T sans contredit un argument des plus graves et aumielL ‘

opposer aucune réponse satisfaisante Tout au <|u en cas d'encombrement des cimetières l'infeèl Z12

peut-être que des considérations de cet ordre fussent a 1

l'n autrc moyen de réduire l'espacroe» 7 le "e i

détruire consisterait à les embaumer par des Lcédés ' “

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il faut donc s’occuper de VinhumlüoTT généralement adopté ;

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tousîefenX(dL!nsS^^ ‘es inhumations dans

bourgs cl villages. En même temps il elt déL^qu’irr^ura^

‘“nce de 55 ou 40 mètres au moins de leur enceho ‘«acres a l’inhumalion des morts, que les ternins les’nl "

Po«cs au nord seront choisis de préférence n ’ ' f

Je 2 mètres rrAU- c • ‘‘'‘eceuce, qu ils seront clos de murs

■oetres d elcation au moins et abrités d'arbres. Chaque inhZ!

012 HYGIÈNE DES VILLES ET DES CAMPAGNES

lion aura linu dans une fosse séparée de 1“’,50 à 2 nièlres de profondeur sur 8 déchnèlres de largeur, laquelle sera rcnq)lie ensuite de terre bien foulée. Les fosses seront distantes les nues des autres de 3 à 4 décimètres sur les côtés et de 5 à 5 décimètres à la tête et aux pieds. Enfin l’ouverture des fosses n’aura lieu pour de nouvelles sépultures que de cinq en cinq ans, et par conséquent les terrains destinés à servir de sépulture devront être cinq fois plus étendus que l’espace nécessaire pour y déposer le nombre annuel des morts. On autorise cependant, par exception, certaines inhumations dans les églises et les monuments publics ainsi que dans les propriétés privées. D autres règlcments établissent qu’il est défendu de construire des habitations dans le voisinage des cimetières à moins de 100 mètres de distance. Quant aux cimetières supprimés, il est établi que le terrain ne pourra être mis dans le commerce que dix ans après les dernières inhumations.

Ces dispositions qui témoignent de la sollicitude éclairée du législateur, sont néanmoins très-insuffisantes en raison peut-être d^ modifications ^nprévues qu’ont amenées les circonstances et surtout 1 augmentation de la population. Nous exposerons donc, d’après M. le professeur Tardieu, les principales conditions qui doivent être remplies au point de vue de l’hygiène, dans la pratique des inhumations. C’est un type dont il faudrait autant que possible se rapprocher.

On doit placer les cimetières au nord et à l’est des villes auxquelles ils sont annexés et autant que possible à l’abri de monUignes ou de forêts. En effet, il s’agit d’atténuer l’intensité des miasmes qui s’échappent des terrains des inhumations et de les mettre en rapport avec des vents froids et secs, dont rintluence est mlimment moins nuisible que celle des vents chauds et humides (vents du sud et de l’ouest), qui augmentent l’activité de la putréfaction. 11 est toujours bon d’établir entre un cimetière et une ville, des plantations d arbres pour servir de rideau. Le cours d’une rivière entre une ville et un cimetière serait encore une protection très-utile. On doit aussi tenir compte de la nature des terrains destinés à l’inhumation. On doit préférer les endroits élevés, secs et aérés, aux terrains bas et humides. > aïs il est surtout nécessaire de ne point ouvrir une fosse pour de nomcl es inhumations avant que la décomposition des cadavres ne soit comp etement accomplie. Cette condition est loin d’être reinphe dans beaucoup de cimetières de province et dans un grand nombre de capitales

étraimèrcs. , , . i , ;,n

La nature chimique des terrains est Tun des éléments les idu. -

portants du problème. Les terrains argileux agissent moins rapidcme

IMIUJrATIONS ET CIMETIÈRES.

que les terres cnlcaircs. Les c.\périences bien connues d’Orfila ont démontré que la pulrélaction est beaucoup plus lente dans le sable et beaucoup j)lus proinple dans le terreau que partout ailleurs; mais qu’au moment où il s’est formé du gras de cadavres (adipocire) le travail de décomposition devient beaucoup plus lent.

11 faut donc choisir autant que possible des terrains aptes à bâter la décomposition et ne point leur permettre d’arriver à ce point de saturation où ils deviennent incapables d’absorber les produits de la décomposition. Il faut également tenir compte de la nature du sous-sol. La pro.vimité d’une couche d’eau ou d’un roc dur sont deu.v conditions également défavorables et qu’il faut soigneusement éviter. 11 faut, en outre s assurer que le niveau du cimetière, par rapport aux cours d’eau voisins, est suffisamment élevé pour mettre à l’abri de toute inondation.

Certains terrains ont la propriété curieuse de momifier spontanément les corps. La nature sablonneuse des terrains de l'Égypte a puissamment contribué à la conservation des momies qu’on y retrouve en si grand nombre et dont quelques-unes remontent à une distance de plusieurs milliers d’années. Au mont Saint-Bernard, les corps des religieux sont réunis dans une salle funéraire où ils se montrent dans un parfait état de conservation. L’action du froid n’y est sans doute pas étrangère. On prétend qu'en Sibérie les corps se conservent presque indéfiniment dans la terre gelée. Il y a quelques années, en pratiquant des fouilles, on découvrit le corps du prince Mentschikoff, l’ancien favori de Pierre le Grand, qui mourut exilé dans ce pays. Le cadavre revêtu d un brillant uniforme et déposé directement dans la terre gelée, était dans un parfait état de conservation. Enfin, d’après le professeur Maggiorani de Rome, le cimetière de Ferentillo, dans les anciens États du pape, jouirait delà propriété de conserver indéfiniment les corps en les desséchant et en les momifiant, de telle sorte qu’en prenant un cadavre par la pointe des pieds, on peut le soulever et le tenir sans peine a la main, car il est léger comme du carton sec, et la conservation des traits est assez parlaite pour qu’on puisse facilement reconnaître la ressemblance des ancêtres éloignés à ceux de leurs descendants qui vivent encore dans le pays.

Le degré de profondeur et de largeur des fosses a été dans presque tous les pays fixé par des règlernenls administratifs.

Voici quelle est la profondeur réglementaire des fosses dans divers pays de l’Europe: Autriche, G |)ieds 2 pouces; Ilesse-Darmstadt, de J pieds 7 pouces à 6 pieds 1/2 ; .Munich, G pieds 7 pouces; Francfort,

A pieds 7 pouces; Stuttgard, G pieds 6 pouces, pour les adultes, 5 pieds

oit llYOrÈNE DES VILLES ET DES CAMI>A(;^ES.

4 pouces pour les enfants ; Russie, de G à 1 0 pieds. L’évêrpie de Londres prescrit de 4 à 5 pieds. D’après le docteur Sutherland, dans ccTlaincs parties de l’Allemagne, la profondeur des fosses irait jusqu’à 11 pieds.

Il est généralement admis que les planialions dans un cimetière sont utiles à l’assainissement du sol et l’usage presque universel de tous les pays du monde semble justifier cette opinion. « Les arbres dans les cimetières, dit M. Fonssagrives, ne sont pas seulement une tradition poétique, ils répondent aussi à un intérêt de salubrité de premier ordre. »

On admet aussi que le drainage du sol des cimetières est une précaution fort utile pour prévenir tous les inconvénients qui résultent d’un terrain humide.

11 est nécessaire dans toutes les localités à population dense de réitérer les inhumations dans les mêmes emplacements. L’époque à laquelle ces inhumations successives peuvent être pratiquées est fixée par des règlements.

On appelle concession de terrain^ le laps de temps durant lequel il est interdit de rouvrir une ancienne sépulture pour y procéder à de nouvelles iidiumations. Dans certains pays, il existe des concessions à perpétuité, qui sont respectées aussi longtemps qu’il existe des membres de la famille pouvant entourer de leurs soins pieux la sépulture des ancêtres. A l’extinction de la famille, le terrain revient (à Paris) au domaine public. Dans d’autres endroits, comme à Genève, la durée d’une concession à perpétuité est limitée à cent ans. Passé ce délai, les sépultures sont rendues à l’usage public. L’exemple, dit-on, aurait été donné par Calvin lui-même, qui défendit formellement que sa sépulture fût marquée par aucun signe extérieur pouvant servir à la distinguer des autres et la soustraire ainsi au sort commun.

Mais le plus grand nombre des ensevelissements, à Paris surtout, se font dans des tranchées auxquelles on donne le nom de fosses communes. Les cadavres n’y sont inhumés que pour cinq ans, durée évidemment insuffisante et qui paraît cependant justifiée par les besoins delà population. En effet, les iidiumations trop nombreuses et trop rajv proebées ont l’inconvénient de produire ce qu’on appelle la saturation, condition qui provient de ce que des cadavres nouveaux étant incessamment inbumés avant que les cadavres plus anciens n’aient été détruits, le sol devient impropre à les consommer. « Dans idusieurs cimetières que j’ai visités moi-même, dit Sutherland, le sol semble uuiiiucmcnt formé d’os écrasés et d’un terreau animal onctueux. Je voyais, il y a peu de jours, creuser une fosse dans un cimetiere de

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