‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 215 sur 298 · INHUMATIONS ET CIMETIÈRES · texte numérisé non relu

INHUMATIONS ET CIMETIÈRES

AMiitocrof^s-strcct; celte fosse avait C pieds de profondeur et semblait avoir été creusée dans une muraille d’os humains.... Les ossements autour de moi, qui paraissaient appartenir à bien des squelettes différents, étaient tellement frais, qu’il semblait que les parties molles vinssent à peine d’en être détachées. Les sacristains me disaient pourtant qu’on n’avait pas touché depuis longtemps à cette partie du cimetière. »

Il est démontré que lorsque la terre est en quantité insuffisante par rapport à la masse de cadavres qu’elle renferme, les corps subissent une saponification plus ou moins complète. Ce phénomène se produit surtout dans les fosses communes et plus spécialement dans les couches inlérieures de cadavres. Il paraît donc certain qu’à un moment donné, le sol des cimetières est saturé et ne peut plus remplir son office. Dans ces conditions, il abandonne à l’atmosphère des émanations nauséabondes et nuisibles, qui peuvent porter un préjudice sérieux à la santé des habitants.

On comprend que les observations précédentes s’appliquent avec plus de force encore aux caveaux^ aux sépultures isolées, aux monuvienls de famille. Lorsque plusieurs corps sont réunis dans un même espace, l’atmosphère du caveau peut devenir extrêmement insalubre, et l’on reconnaît généralement qu’il est dangereux d’ouvrir les anciennes sépultures et de remuer le terrain des vieux cimetières. Nos connaissances en chimie organique ne sont pas encore assez avancées pour nous apprendre ce qui se passe en pareil cas, mais il est certain que ces conditions déterminent la formation de composés organiques, qui, maintenus par des conditions artificielles dans un état de conservation presque indéfinie, peuvent subsister pendant des siècles et se révéler tout à coup par leurs effets délétères, quand on vient à pénétrer dans les cavités qui les renferment, ou lorsqu’on remue le terrain des anciens cimetières.

Il est évident qu’une grande partie des' inconvénients que nous venons de signaler tiennent à la mauvaise conservation des cerctieils. Lc.s bières doivent être construites en vue de l’usage auquel elles doivent servir. Veut-on que le cadavre se décompose rapidement, abandonnant ses éléments à la terre qui l’entoure, il faut l’ensevelir dans une bière en bois léger, à parois minces et placée directement en contact avec la terre. V'eut-on, au contraire, le conserver, ou le transporter, il faut I envelopper d’un ou de deux cercueils dont le plus extérieur doit être en plomb avec des jointures soigneusement soudées et qui ne laissent échapper aucune vapeur délétère à l’extérieur. La loi française prescrit

HYGIÈNE DES VIU.ES ET DES CAMI-AGNES

en outre l’introduction dans le cercueil même d’une quantité sulfisante de sciure de bois, pour absorber tous les liquides du cadavre, et des matières désinfectantes destinées à en neutraliser les émanations.

Il vaudrait mieux, à notre avis, puisqu’on veut conserver les cadavres, pratiquer des injections peu coûteuses qui serviraient à les préser- | ver de la décomposition putride, et qui s’opposeraient à la plupart des inconvénients que nous venons de signaler. Conservation ou destruction, tels sont les deux termes auxquels doit tendre toute bonne | police hygiénique en matière d’inhumation. Un cadavre qui tombe en ' poussière a cessé d’être dangereux ; réduit à l’état de momie, il est également inoffensif. Ce sont les conditions intermédiaires qu’il s’agit surtout d’éviter.

Ces considérations nous amènent à discuter l’utilité des dépôts mortuaires, qui existent encore dans plusieurs villes d’Allemagne. Leur utilité, d’ailleurs très-contestable, consisterait à éviter les inhumations précipitées. Les inconvénients qu’ils présentent nous paraissent i plus certains ; ils résultent de la conservation d’un grand nombre de cadavres, accumulés dans un même local. Quelles que soient les précautions sanitaires prises à cet égard, il est difficile d’éviter les éma- : nations nuisibles et cela surtout en temps d’épidémie.

Cependant on peut se demander s’il ne vaut pas encore mieux l transporter un corps dans un lieu spécial pour y attendre son inhu- ! mation, que de le laisser pendant plusieurs jours dans la maison mortuaire, où sa présence peut déterminer des accidents infectieux, et cela surtout dans les classes inférieures de la société, où plusieurs personnes partagent la même chambre. Aussi condamnons-nous sans réserve l’habitude anglaise, qui consiste à garder la bière pendant une huitaine de jours après la mort, en attendant l’inhumation. Nos voisins critiquent l’empressement peu convenable {indécent hasie) avec lequel les morts sont enterrés en France. Nous estimons, au coutrairc, que s’il est dur de se séparer aussi brusquement des restes de ceux que nous avons aimés, il n’en est pas moins vrai qu au point de xue de l'hygiène, les dispositions do la loi française qui prescrit 1 inluunation quarante-huit heures après la mort sont absolument justifiées et ne sauraient être violées qu’au détriment de la sauté publique.

Sur les champs de bataille, l’inhumation précipitée des cadavres, qui laisse beaucoup à désirer à tous les points de vue, a soment laissé près de la surface du sol une immense quantité d ossements. On s eii est quelquefois servi pour construire des ossuaires, les uns éta ) e dans un esprit do vénération et do pieux souvenir, comme ceux que

CAMPAGNES

les Italiens ont élevés à Magenta et à Solferino, les autres en signe de victoire, comme l’ossuaire de Morat, construit par les Suisses après la défaite de Charles le Téméraire, ou dans un but d’intimidation, comme les pyramides de crânes que les conquérants tartares avaient coutume d’élever aux portes des villes qu’ils avaient prises d'assaut.

On peut se demander si, à notre époque, des monuments de ce genre ont une utilité réelle. En tout cas, l’encombrement des cimetières oblige nécessairement les villes à construire des dépôts d’ossements semblables à ceux qui remplissent les catacombes de Paris. Peut-être vaudrait-il mieux restituer ces débris au sol, que de les conserver sous une forme qui ne rappelle plus aucun souvenir pieux et qui ne peut offrir aux yeux qu’un spectacle affligeant.

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