‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 242 sur 298 · ACCLIMATEMENT · texte numérisé non relu

ACCLIMATEMENT

Ou entend j)ar acclimaleinent la lacullé que possède l’iionime de s’adapter, de façonner son organisme, de s’habituer, en un mot, à un climat différent de son pays natal. L’action de l'art qui surveille et protège ces mouvements de transformation successive chez l’individu se nomme acclimatation.

Pour certains auteurs le mot acclimatement ne saurait s’adresser à un individu isolé, mais seulement à une suite de générations. M. Bertillon ne considéré comme acclimaté que 1 individu dont une longue descendance a présenté des caractères suftisants de résistance, de viabilité, suivant que la différence du climat d’origine au climat d’adoption est plus ou moins sensible.

Le mot indUjénisation doit caractériser la transformation de la race iinmigrante en race indigène, par suite de croisements répétés de la première avec la seconde.

La question de l’acclimatement a soulevé bien des controverses. Certaines races sont-elles si étroitement liées au sol qu’elles habitent qu’elles ne puissent en être éloignées sous peine de mort ou de dépérissement forcé? Au contraire l’immigrant sera-t-il capable de s’assimiler a 1 indigène et de se perpétuer sous un ciel étranger? 11 faut que la race se maintienne riche de son propre fonds, et que le chiffre des naissances, [lar conséquent, égale ou dépasse celui des décès.

D’après Boudin un tel acclimatement est impossihle. L’opinion invei’se a pour représentant de llumboldt. « L’homme, dit de lluniboldt, a une merveilleuse lle.\ibilité d’organisation qui se plie à tous les climats. »

Pour juger sainement la question d’acclimatement, disent M.\l. Jacquot, l'olley et Martin, il faut écarter des conditions essentielles du pays des conditions accidentelles qui s’annihilent ou se mitigent par des sacrilices de temps, d’hommes et d’argent., Or, les arguments invoqués par Boudin se rattachent tous aux conditions accidentelles, c’està-dire : inlluence paludique, défrichement, misère, fatigue, alimentation insuffisante, oubli de toutes les règles de l’hygiène. Enlevez à une région les iniluences accidentelles, et elle rentrera dans la catégorie des pays qui ne sont soumis qu’aux conditions climatologiques essentielles, et la mortalité diminuera d’un tiers, un demi et même des deux

CLIMATOLOdlE.

tiers. Ces auteurs cileiil l’ilot volcanique de Corée, situé à peu de distance et sous le même parallèle que Saint-Louis, et beaucoup plus salubre. Enfin, ajoutent-ils, si la mortalité est de 485 pour 1000 à Sierra-Lcone, elle n’est que de 14,1 pour 1000 au Cap.

Des problèmes aussi complexes ne sont guère susceptibles d'une solution générale; l’assainissement des régions torrides de l’.\l'riquc nous paraît actuellement une utopie.

M. Bertillon considère que l’acclimatement obéit à certaines lois que les observations tirées de l’histoire ont universellement consacrées ;

1® Tout mouvement migratoire à marche séculaire, résultant de l’extension des populations de proche en proche, aboutit certainement à l’acclimatement, quelque loin qu’il s’étende. (Migration indoeuropéenne.)

2“ Une migration rapide ne peut constituer une colonie durable et prospère que si elle a lieu sur la même bande isotherme ou un peu au nord de cette bande. Le succès sera d’autant plus compromis que l’émigration s’éloignera davantage de cette zone pour se porter vers le sud.

3® Les croisements avec les races aborigènes, s’ils sont eugénésiques, favorisent et accélèrent sans doute l’acclimatement, tandis que la sélection séculaire qui les suit le consolide.

4® La race indo-européenne s’est constamment trouvée inacclimatable dans ses nombreuses et persévérantes tentatives sur les versants méditerranéens de la côte d’Afrique, et plus particulièrement en Égjpte.

Les colonies helléniques qui s’établirent sur les côtes de l’Europe ou de l’Asie Mineure, c’est-à-dire dans des pays presque isothermes avec la Grèce, n’ayant à surmonter que le petit acclimatement, eurent un succès complet; la plupart subsistent encore aujourd’hui ; mais celles qui s’aventurèrent sur le rivage d’Afrique périrent misérablement, ou n’eurent qu’une existence éphémère due aux recrues incessantes de la

métropole'.

L’Italie continue ce mouvement non-seulement sur les bords de la Méditerranée, en Sicile, en Espagne, mais encore, ce qui démontre une fois de plus le facile acclimatement des méridionaux dans les pays froids, elle jieuple des régions situées plus au nord, telles ipie la Gaule, les rives du Danube, la Bretagne.

' Celle pronosllion de M. Ueriillon nous par.-ill comporter quelques ^

nous contenterons de citer l'exemple de Cyrène.

qui eut une existence prospère pendant de longs siècles, et ne périt que pari invasio

qii

des tiurbares.

ACCUMATEJIE.NT. 705

En résumé, dit M. Bertillon, les innombrables expériences de nos ancêtres concluent à ce fait que les peuples ne doivent tenter que le |)ctit acclimatement, en 1 assurant encore par le croisement avec les aborigènes.

Pour les races européennes, l’acclimatement est beaucoup plus facile lorsqu’elles se dirigent du côté des pôles que lorsqu’elles descendent vers l’équateur; cette remarque avait déjcà été faite par Vitruvc, il y a près de deux mille ans. Nous avons dit, à propos des climats poaires, que 1 équipage Jolin Boss, les expéditions envoyées à la rccherclie de Franklin, avaient supporté sans péril les froids les plus excessifs. Les lacloreries établies au Spitzberg par les Hollandais dans le courant U di.x-septieme siècle ont donné les mêmes résultats. Le fait est encore plus évident pour les populations méridionales. Dans l’armée delUissie, ou tous les pays de l’Europe étaient représentés, ce furent, dit Larrey, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Français du Midi, et inerne les créoles, qui résistèrent le mieux au froid pendant la retraite; les Allemands, les Hollandais et les Busses succombèrent dans une plus grande proportion.

Toutefois, il faut remarquer dans ces régions la grande mortalité des noiiveau-nes. A Petersbourg elle est telle que les décès y surpassent constamment les naissances. Cette mortalité de la première enance .«emble indiquer que l’on touche au terme où l’acclimatement de la race aryenne va cesser d’être possible (Bertillon).

Eu Islande, la population de race Scandinave ou aryenne s’est considérablement rarefiée. Elle était de plus de 100 000 habitants autrefois et elle est réduite à 60 000 aujourd’hui. Les femmes y sont parouttres-fecondes; mais la fréquente mortalité des enfants dans les premières années de la vie, la dégradation qui paraît frapper les adultes eux-rnernes 1 aspect maladif général qui règne dans ce pays, y révèlent hautement 1 insuccès de l’acclimatement *.

Avant de faire un examen analytique par région, nous remarquerons que generalement sous la zone torride l’hémisphère sud est beaucoup plus sa ubre que l’hémisphère nord ; c’est dans ce dernier nue se rencontrent les localités les plus malsaines, et cependant, grâce à leur

plus grande proximité do l’Europe, c’est là qu’ont été fonSées la plupart des colonies. *

1res types. Ainsi l'Égypte et presque tout 1^1010 I favorisor d’au-

laires {le Groenland), si iiicitetriers nour *es terres circompo-

qui y halntent aujourd'hui. ^ tutélaires pour les types humains

mousi, iirciÈ.xE.

CUMATOI.Of.lK.

Les Européens ne se sont encore acclimatés dans aucune des régions de la zone interlropicale de l’Asie ; Ilengale, llindoustan, empire Hirman, royaume de Siam et Cochinchine. Ce dernier pays, que nous occupons depuis quelque temps, est plat, traversé par de nombreuses rivières, et présente un sol complètement palustre. 11 en est de même de la Birmanie, qui dans ses provinces méridionales offre des caractères identiques. Le Bengale est également insalubre au plus haut degré, comme nous l’avons vu en décrivant les régions torrides ; les lièvres paludéennes, les dysenteries, les hépatites, y existent à l’état endémique. La mortalité des troupes y est trois ou quatre fois plus élevée qu’en Angleterre, et dans la presqu’île du Gange, dit le docteur Twinning, la troisième génération de race pure n’existe pas.

Déjà nous avons vu l’Afrique funeste à toutes les migrations européennes. Les faits contemporains, sauf quelques exceptions, ne font que contirmer cette opinion. A Madagascar, nous avons quelques comptoirs et quelques îles : Mayotte, Sainte-Marie, Nossibé; nos garnisons peuvent à peine y tenir une année; un plus long séjour les exposerait à une rapide destruction.

Au Sénégal, il n'y a jamais eu acclimatement des Anglais et des français ; nous'’ n’avons là que des comptoirs, nous n’y cultivons pas, et notre mortalité y est considérable. Nous y souffrons des fièvres paludéennes, des dysenteries, des hépatites et de la lièvre jaune. Les Européens n’y peuvent faire souche; on n’y a jamais vu un produit de la troisième génération. Le vent du Sahara y est particulièrement funeste. La mortalité de nos troupes s’y élève à près de 11 pour lOO, et dans quelques épidémies elle a dépassé la moitié de 1 eflectil (Du-

troulau). , , .

Les comptoirs anglais ne sont pas plus épargnés, et, a bieira Leone,

la mortalité moyenne s’élève à 48,5 pour 100, et au cap Loasl 00,8

pour 100 (Boudin). • i ,

C'est nou,' l’Algérie c|u'a ou lieu surtout la diseussiou .luul nous

avous parlé entre Houdin d'un coté, et Martin et lol'oS'

M. Rocliard tait observer avec raison que l’occupalion de 1 Algérie est bien roceiito pour qu oi, puisse tirer des coiiclu,sio„s dor„,it,vc.s des ails nui V ont été observes. Il signale toulcroiscora.iic grave le cbifire lieséleve’ de la morlalilo qui pé.se sur l'eiilaiioe et qui „e s est point encore abaissé. IVautre part, il cite eu taveur do racclunaleuieut possible des liuropéeus dans le nord de l’Afrique I cvcuiplc des ka biles blonds qui se luaiulieniieul depuis plus de deuv nulle ans dans .A ■ ress, tait que SI «roca a cité à la Société d’Anlbropologio, Aous .ijou

ACCIJM.VTEMENT.

leroiis (jiie dans ce pays les races espagnoles et maltaises sont de beaucoup les plus prospères.

Il ressort de travaux d’Aubert Roche que le premier degré de l’acclimatement, celui qui concerne l’individu adulte, est beaucoup plus facile dans l’isthme de Suez que dans la vallée du Nil. Les terres malécageuses de 1 isthme jouissent de la même immunité miasmatique que celle que nous rencontrons dans quelques îles de l’Océanie (Ilavaï, Taïti, Nouvelle-Calédonie).

Mais ce qui est beaucoup plus remarquable, c’est que les Canaries et Madère, situées sous une latitude qui se rapproche du Sénégal, ont été peuplées par des Espagnols et par des Portugais qui y prospèrent, quoiqu ils cultivent le sol. De même Corée, comme nons l’avons déjà vu, située à quelques lieues de la côte du Sénégal, jouit d’une salubrité relative. A Sainte-Hélène, à Maurice, à la Réunion, on paraît observer l’acclimatement des Européens. La température de Maurice et de la Réunion est très-élevée, elle est au moins égale à celle de Cuba et du Sénégal, ces îles sont presque complètement indemnes de lièvre intermittente. La mortalité de la garnison anglaise à Maurice est de 0,022; celle de notre garnison de la Réunion de 0,020; et on rencontie, dans 1 intérieur de 1 île, une population remarquable, destendants non croisés, dit le docteur Vvan, des premiers colons français, et connus sous le nom de petits blancs. Ils vivent loin des villes, dans le haut pays, échelonnés sur les étroites vallées du centre de l’île, et s J perpétuent ainsi depuis près de deux siècles.

Les faits contraires à ceux (jui se produisent pour notre race sont observables pour la race Éthiopienne, qui ne peut s’acclimater dans le nord. Lorsque Méhémet-Ali recrutait son armée avec des nègres du Senîiaar, ils succombaient presque tous. Les noirs de l’intérieur de l’Afrique transplantés en Arabie y sont décimés par la fièvre, par la dysenterie, et en Europe ils meurent de phthisie.

Roudin a cité à la Société d’.Anthropologie l’exemple d’un régiment anglais, composé de 1800 noirs, envoyé en garnison à Gibraltar en 1 81 7; d fut presque entièrement détruit par la phthisie en moins de quinze mois. M. Rochard observa un fait semblable au bagne de Rrest sur les forçats de cette race provenant des colonies; la tuberculisation pulmonaire en enlevait un cinquième tous les ans.

Nous avons vu précédemment la prospérité des colonisations fran- Ç.'uses dans la Nouvelle-Écosse et au Canada. Il n’en est pas de même aux Antilles: la mortalité de la garnison française est quatre fois et demie plus considérable æ la Martinique qu’en France. Les résultats

CUMATOI.OGIE.

sont aussi déplorables à la Guadeloupe et à la Guyane française. La race anglo-saxonne échoue comme la nôtre dans ces régions, mais la race espagnole a un sort tout différent il parait se faire en sa faveur un véritable acclimatement par sélection. Tous ceux dont l’organisation n’est pas appropriée au climat disparaissent: les autres présentent des conditions de prospérité et de fécondité remarquables.

Les races noires s’acclimatent aussi aux Antilles. Toutefois, dans les colonies anglaises, il y a dépopulation pour les hommes de couleur; dans les colonies françaises, il y a équilibre ; dans les Antilles espagnoles, la population de couleur prospère et se multiplie. Sur les hauts plateaux de l’Amérique centrale et méridionale, Mexique, Nouvelle- Grenade, Bolivie, Pérou, les Espagnols paraissent être parfaitement acclimatés. L’acclimatement des Portugais au Brésil, et des Espagnols au Chili, est uu fait évident.

L’Amérique du Sud est très-favorable aux Européens. Les Espagnols et les Portugais y prospèrent depuis plusieurs siècles; les Allemands eux-mêmes s’y maintiennent et s’y multiplient. La petite colonie allemande de San Leopoldo, fondée en 1824 par 120 familles, dans la province brésilienne de Rio-Grando-Sud, compte aujourd’iiui 12’000 habitants, vivant exclusivement de l’agriculture. Le Paraguay, situé entre le 20° et le 28° degré de latitude sud, présente une puissance d’acclimatement considérable. A partir de 1817, Francia, devenu dictateur, a interrompu toute communication entre le Paraguay et le reste du monde, et cependant la population y serait aujourd’hui très-nombreuse, sans la guerre récente qui a dépeuplé ce

beau pays. , ,

L’Océanie, à l’exception des îles de la Sonde, se montre assez généralement hospitalière aux Européens. Les Anglais prospèrent a Sydney, où ils sont cependant exposés à une chaleur très-analogue à celle de nos côtes algériennes. Malgré ses marécages, ses marais salants et sa température élevée, la Nouvelle-Calédonie est très-.saliibrc. Notre petite garnison y a fait des terrassements; elle n’a pas eu une seule fièvre intermittente, et la mortalité a été inférieure à celle qu’on observe en France. Un certain nombre d’îles de POcéaiiie jouissent de ce privilège de ne pas engendrer la lièvre intermittente malgré leurs nombreux marais, leur situation et leur température tropicale. Telles sont Nouka-lliva, les îles Taïti, Bavai.

< A Cuba, les races cspapiiolcs ont une u.orlalilé moindi-c qnen Espagne ; les naissances donnent «n excès constant sur las décès, cl la natalité est bien supérieure a ce

quelle est en Espagne.

Page 1