MALADIES INFECTIEUSES ET CONTAGIEUSES EN GENERAL
de propagation indéünic et de repullulation. Il en est autrement pour les maladies infectieuses. Ici la question de dose est moins importante; tout dépend de la qualité de l’agent. Une quantité infinitésimale de virussuffit pour inoculer la variole ou la syphilis à un individu et pour ensuite la propager à une série indéfinie de sujets. Mais quel est cet agent spécial, quel est son principe, sa constitution et son origine?
De tout temps on a eu une leudancc marquée à attribuer l’origine des maladies infectieuses à un contage animé, à des organismes inférieurs vivant en parasites chez les sujets infectés. La découverte des infusoires par Leuwenhoeck parut donner une hase séiieuse à ces simples vues de l’esprit, et la doctrine parasitaire fut acceptée, sans restriction, parKircher, Lancisi, Uéaumur et Linné.
La question fut reprise, avec plus de curiosité et de passion que de véritable science, par llas[)ail, dont les exagérations compromirent singulièrement la doctrine. Celle-ci était presque totalement tombée dans le discrédit, (juand les belles recherches de M. Pasteur sur les fermentations vinrent introduire dans le problème un élément nouveau et décisif. 11 démontra que l’air atmosphérique est le réceptacle d’une infinité de germes vivants qui par leur prolifération et leur multiplication si active déterminent les phénomènes de fermentation et de putréfaction. De là à l’idée, déjà anciennement présentée par Van llelmont, que les maladies infectieuses et contagieuses de l’homme ne sont ellesmêmes que des zymoses, il n’y avait qu’un pas et l’on peut dire qu’aujourd’hui la pathologie animée non-seulement a regagné tout le terrain qu’elle avait perdu, mais qu’elle est définitivement et scientifiquement établie; malgré de nombreuses lacunes, c’est encore elle qui répond le mieux aux exigences théoriques et même pratiques de la science actuelle.
En effet, au point de vue théorique, il n’y a que l’hypothèse d’un agent vivant, quelle que soit sa nature, microphyle ou microzoairc, (jui puisse rendre compte de la puissance de re[)i'oductioii illimitée qui caractérise les virus. Un poison chimique, si subtil qu’il soit, ne procède jamais ainsi.
Du reste, ce n'est pas uniquement sur le raisonnement et sur des considérations théoriques que se base la doctrine des zymoses ; un certain nombre de faits bien établis sont là qui prouvent que tel ou tel organisme inférieur est la cause nécessaire et suffisante pour la production de telle ou telle maladie. C’est ainsi que les recherches de M. Davaine, confirmées par celles de liràuell, de M. Vulpian, de M. Raimbert, ont montré que le charbon co'incide avec la présence dans le sang
MAI, AIMES VIItllI.E.NTES ET MIASMATIQUES.
de lilainoiils bacillaires allonges, les hncleriilies. Le rôle (]uc des organismes analogues, les bncléries, jouent dans la production de la jtyémie, delà fièvre typhoïde etc., quoique moins nettement deU;rrniné, ne laisse pas, dans l’élat actuel de la .science, que d’être prépondérant Sans doute les données absolument précises nous font encore défaut', en ce sens qu’il serait prématuré, <à l’e.vemple de llallier, de vouloir spécifier dès aujourd’hui quel microphyte engendre la variole, ()uel autre la scarlatine, et de ne faire, pour ainsi dire, de tout le cadre des maladies infectieuses qu’une annexe de la botanique; de pareilles exagérations seraient capables de compromettre la plus sage des doctrines. L’histoire de certaines maladies, aujourd’hui bien connues et acceptées par tout le monde comme étant franchement parasitaires, telles que la gale, la teigne, est instructive au point de vue qui nous occupe ; en effet, les anciens les considéraient comme étant la manifestation cutanée d’un vice interne, inconnu dans son essence, et chacun sait le rôle ipie la diathèse psorique a joué dans l’ancienne pathologie; la découverte de l’acarus a coupé court à toutes ces rêveries.
Ces notions, nous le répétons, sont non-seulement intéressantes au point de vue doctrinal, mais leur portée prophylactique et thérapeutique n’est pas moindre, et c’est à ce point de vue surtout qu’elles regardent l’hygiéniste. Maintenant que nous savons que. le choléra ne peut dériver que d’un germe cholérique, que la peste ne provient jamais, chez nous du moins, que de la peste, que la fièvre jaune demande toujours pour son éclosion en Europe, l’importation du germe de la fièvre jaune; maintenant que nous n’acceptons plùs l’origine banale de toutes ces maladies, et que nous nous refusons à admettre que l’usage de fruits malsains engendre le choléra ; maintenant, dis-je, forts de ces notions précises de spécificité, nous savons mieux prévenir ces maladies et nous opposer à leur propagation. Les mesures de désinfection, les quarantaines, la surveillance médicale des foyers d'origine de ces grandes maladies infectieuses, s’imposent actuellement à l’esprit
* M. Cliauvcau a examine, avec l’habileté qu'on lui connaît, le contenu (ie,< pustules de variole, de vaccine, de clavelée, 'de morve, cl, comme bien d’autres observateur.':, il n'a pu constater aucun élément morphologique spécial, caractéristique, de chacune de CCS infections. Cependant ses recherches par la dialyse ont montré que la puissance vinileiiledes liquides palhologiqiie.s ne rési<lc ni dans le sérum, ni dans les globules de pus, mais est lixée « aux granulations élémentaires de protoplasma » que contiennent ces produits pathologique^. Mais, encore une lois, ces granulations ne diflcrenl en rien, pour leur aspect et leurs propriétés, des granulations analogues que contient le pusdelKmne nature; en un mot, aucun caractère, ni microscopique, ni hislochiuiique, ne |vcrmet de distinguer une granulation élémentaire virulente d’une autre qui ne l’est pas (Chauveau, l.fçoiis nur les virus, cours scient. 1871 ).[ — Ces dilTércnces doivent exister ce|>endanl, et c’est à les déterminer que la science actuelle doit s’appliquer.
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de tout médecin instruit, comme une nécessité tout aussi llagrantc que celle de surveiller les progrès de la syphilis, par exemple. Sans la notion de la spécificité (et celle du contage animé s’y rattache étroitement), la police sanitaire perdrait toute raison d’ôtre logique, loiile base scientifique, toute conviction et partant toute autorité.
En thérapeutique, riniportance de ces données est tout aussi considérable et nous n’en voulons pour exemple que l’histoire de la pyémie. Depuis que l'on connaît mieux les causes de ce redoutable processus, dej)uis que son caractère zyinotiqiic est généralement acce|)té, des méthodes thérapeutiques nouvelles ont surgi, ou du moins ont été appliquées avec une rigueur et une persévérance inconnues jusque-là; et personne n’ignore les services que rendent actuellement les pansements antiseptiques, les pansements ouatés et autres pratiques ayant pour but de mettre les jilaies à l’abri des milliers de germes qui engendrent la putridité et la septicémie.
11 est temps maintenant de laisser de côté la nature intime des maladies qui nous occupent et d’aborder leur étude par quelques-unes de leurs propriétés plus apparentes et mieux connues. De tout temps on a distingué ces agents en deux grandes classes, les miasmes et les virus.
Var miasme, on entendait primitivement tout germe morbide disséminé dans l’air et capable de déterminer des maladies. C’est ainsi qu’on parlait du miasme scarlatineux, rubéoleux, etc., et l’on voulait simplement indiquer par ces mots que l’agent de ces pyrexies pouvait circuler et êlrc transmis par l’intermédiaire de l’air. Aujourd’hui, la j)lupart des auteurs emploient ce mot dans une acception plus restreinte, et l’opposent au terme de virus et de conlacje. Par miasme, on entend un agent morbide spécifique, se produisant en dehors de l’économie humaine et sans l’intervention de celle-ci, qui est incapable de l’engendrer et de le propager. Tel est le miasme paludéen, qui se produit dans certaines conditions déterminées et (pu provoque chez l’homme des accidents (pie celui-ci ne peut, en aucune manière, transmettre à l’homme sain.
Par virus, au contraire, ou conlafje, on désigne un principe morbide provenant d'un organisme déjà malade et capable de propager cette même maladie à un individu sain. Le l’ait de cette propagation constitue la conlagion. La rougeole, la variole, la syphilis, la morve, sont des maladies virulentes et se gagnent par contagion*.
‘ I’lusii;urs auteurs, les Allciiiaiids uutainineiil, élablisseiit une classe mixte de maladies infectieuses, (ju ils nuinmenl miasmalUo-coiitagieuset-, et ((ui eoni[)rend le choléra,
MALADIES VmULENTES ET .MIASMATIOUKS.
Les virus sont fixes ou volatils, l'ar virus fixes, on comprend ceux dont le transport ne s’elTectue pas j)ar riiiterrnédiaire de l’air, mais directement d individu à individu, soit par contact, soit par inoculation, soit par dépôt à la surface d’une plaie ou d’une muqueuse aljsorhantc, soit encore par 1 intermédiaire d’objets tels que vêtements, instruments, cuillers, etc. C est ce qui a lieu pour les virus sypbiiiti(|uc, morveux, carbonculeiix, etc. Le virus est dit volatil quand le transfert, à une distance souvent considérable, peut s’effectuer par l'entivmisc de l’air. 11 ne faudrait cependant pas prendre le terme de volatil au pied de la lettre et dans la rigueur de son acception physique; il ne veut pas dire que le virus puisse affecter l'état gazeux, mais simplement qu’il peut être réduit en particules tellement fines, que l’air lui sert facilement de véhicule. C’est ce qui a lieu pour les fièvres exanthématiques, le typhus, la diphthérie, etc.
Le principe actif de certains virus peut se conserver intact pendant plusieurs années (le vaccin par exemple, contenu dans des tubes); des peaux préparées depuis fort longtemps ont transmis le charbon ou la morve; on connaît des épidémies de variole qui ont pris nai.ssance par suite de l’exhumation de cadavres de variolés déterrés plusieurs années après leur mort; les virus de la scarlatine, de la rougeole, de la fièvre typho'ide, paraissent moins tenaces et moins résistants. Mais de ce fait découle la nécessité de désinfecter, de nettoyer les mors et les planchers de salles ayant renfermé des varioleux ou des cholériques, même plusieurs mois après leur évacuation'.
La muqueuse digestive et surtout la muqueuse respiratoire, dont la puissance d’absorption est si grande, servent habituellement de porte d'entrée aux miasmes et aux virus; d’autres virus, celui de la syphilis par exemple, ou de la vaccine, ne pénètrent que par une solution de continuité, artificielle ou accidentelle; ils n’entrent dans l’économie que par effraclioyi (Ricord).
Les virus, une fois déposés à la surface d’une muqueuse ou d’une plaie, sont rapidement absorbés; et le contage une fois ojiéré, on a
la dy.senterie el la lièvre typhoïde. Ces maladies ne se transmeltcnt p.as directement d'un su, jei malade û un sujet sain; elles ne sont donc pas proprement coiiiagiouses. Le transport SC fait à 1 aide des déjections le plus souvent, et. chose rcmarquahic, non pas à i’aidc de déjeclioiis l'raiclies, mais de celles «pii ont séjourm' pendant quelque temps dans les latrines ou dans les fosses, et qui ont ainsi suhi une sorte d’i’dahoratiou analogue à celle qui donne naissance aux miasmes. Et cependant ces maladies ne sont pas toujours miasmatiques dans le sens rigoureux du mol, puisque le principe morbide peut provenir, comme le virus, d'un individu déjà malade.
* Eu Angleterre, il existe un service spécial chargé «le désinfecter les appariements où des maladies contagieuses (scarlatine, variole, eic.) se sont développées.