MALADIES INFECTIEUSES ET CONTAGIEUSES EN GÉNÉRAL
beau, au bout de quelque temps, cautériser ou exciser le point d’insertion, ' infection de l’économie n’en éclatera pas moins (syphilis, vaccine). Cependant certaines maladies virulentes sont locales d’abord et ne se généralisent qu’au bout d’un temps plus ou moins long; c’est ainsi que si par une cautérisation on détruit la pustule maligne, on empêche le passage des bactéridies carbonculeuses dans la masse du sang et la maladie charbonneuse est conjurée. Il est même des maladies virulentes qui sont des affections proprement locales et qui ne se généralisent jamais ; par e.xemple la blennorrhagie*, le chancre mou.
Entre le moment où le principe infectieux est absorbé et celui où ses effets se manifestent, il s écoule un certain temps pendant lequel le sujet contaminé demeure en apparence entièrement sain; c’est ce qu’on appelle I incubation. Il est probable que l’agent morbide exige ce temps pour se multiplier et impressionner l’économie; et c’est encore là un des points qui séparent les maladies infectieuses des empoisonnements qui ne reconnaissent pas d’incubation. La durée de l’incubation varie selon les diverses maladies; elle est de 8 à 15 jours pour les pyrexies exanthématiques, de 15 jours à 5 semaines pour la syphilis; pour la rage, elle peut dépasser une année.
Dans l’étude des maladies infectieuses, il y a à considérer non-seulement l’agent infectieux, mais aussi la réceptivité variable de l’individu (jui reçoit la contagion. Il est un certain nombre de sujets qui peuvent inpunément être soumis à l’action d’un contage ; on dit alors qu’ils jouissent de Vimnumilëh l’égard de cette maladie. Cette immunité tient quelquefois à des conditions tout individuelles et qu’il est impossible de déterminer. Dans d’autres cas. on peut citer certaines circonstances qui, sans expliquer l’immunité ni l’assurer à coup siir, la rendent fréquente et probable. C’est ainsi que, d’une façon générale, les enfants et les jeunes sujets sont bien plus exposés à la contamination que les vieillards®; les sujets laibles et mal nourris, que les sujets vigoureu.\. Cependant, il n y a pas de règle absolue à formuler à cet égard. Une première atteinte d’une maladie virulente confère généralement (mais non toujours) l’immunité vis-à-vis de celte maladie. Il est rare qu’un
1,..,,*'?»^ s>ii- d'imlres muqueuses, sur la vessie, le rec-
uin la coi^onctive ; mais c'est b un Tail de transport et de réinoculation du virus, et non a généralisation dyscrasique d’une maladie i quant au rliumatisine blennorrliam M signilication est encore trop obscure pour qu’il soit permis de se baser sur soiîcvistence pour ranger la blennorrhagie parmi les maladies lotim nubstmüiœ.
Il est \rai que souvent l’immunité des vieillards ne finni h ‘intm oUr. «
altcinteanlérieure de la maladie; c’est ce qui a lieu sni iniit n„ . i ^ qu a une
PROUST, IIYCIÊNE.
MALADIES VinUl.ESTES ET MIASMATIQUES.
iiièiTic sujet soit atlcinl plus d’une lois de variole, de scarlatine, de rougeole, de fièvre typhoïde; cependant, le choléra, la dysenterie, la fièvre jaune, ne donnent pas l’inrirnuriité; une première atteinte de malaria, loin de rendre le sujet réfractaire, 1e rend plus accessilile à une nouvelle intoxication.
C’est sur l’immunité conférée par une atteinte, meme légère, de la variole que repose l’ancienne pratique de V inoculation : on choisissait un virus varioleux aussi bénin que possible, et on l’inoculait à un jeune sujet ; il en résultait le plus souvent une varioloïde légère, et le plus souvent aussi l’individu inoculé était désormais à l’abri de la |)ctite vérole.
Chose remarquable, l’immunité vis-à-vis de la variole ne s’acquiert pas uniquement par une variole antécédente, mais encore par le fait de l’inoculation, à l’homme, du virus du cow-pox, qui est une zoonose bovine se rapprochant beaucoup de la variole humaine. L’usage et la merveilleuse efficacité du vaccin jennérien reposent sur cette notion.
Tantôt l’immunité est totale et absolue, tantôt elle n’est qu’imparfaite; le sujet sera pris une seconde, une troisième fois de la maladie, mais celle-ci sera remarquable par sa bénignité; ce sera une forme légère, atténuée, une varioloïde ou une fébricule ty|)hoïde. L immunité conférée par une atteinte antérieure peut n être que temporaire ; c’est ce qui a lieu pour le vaccin notamment : d’où découle 1 opportunité de la revaccinalion.
Certaines races jouissent d’une immunité, du moins relative, vis-à-vis quelques maladies ; il est hors de doute que les noirs sont moins sujets que les blancs à la malaria et qu’ils sont presque totalement rélractaires à la fièvre jaune; il est vrai que le problème, est plus complexe qu’il ne paraît de prime abord, et que souvent on a attribué a 1 iuiluencc de la race une immunité qui résulte surtout du fait de 1 acclimatement. Ün a accordé à certaines professions le privilège de conlérer diverses immunités. C’est ainsi que les corroyeurs, les fabi'icantsde suit soi aient à l’abri du typhus (Murchison), les ouvriers eu cuivre a 1 abri du choléra ; mais ces propositions ne doivent être acceptées qu’avec les plus sérieuses réserves.
Si nous avons insisté aussi longuement sur ces points qui appartiennent proprement à la pathologie générale, c est parce que nous avons la conviction que ces notions sont de la plus haute impoit.mce pour l’appréciation exacte de la pathogénie et de la prophylaxie des maladies infectieuses. C’est faute de précision dans les termes et paitant dans les idées qu’ils traduisent, cpic tant de malentendus et de
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logomachies régnent encore parmi les épidémiologistes. Beaucoup d’excellents esprits, subissant encore l’inlluence des doctrines broussaisiennes et les tendances anatomiques exclusives qui régnaient au commencement de ce siècle, n’altacbent pas à la notion de laspécilicité toute la portée (|u’il convient de lui attribuer. Et cependant c’est là une donnée Ibndamentale, comme nous espérons l’avoir .suffisamment établi, donnée sans laquelle toute hygiène prophylactique et tonte police sanitaire deviennent illusoires.
Tout ce qui touche aux maladies populaires offre un puissant intérêt, non-seulement au point de vue de l’bistoire de la médecine, mais encore au point de vue social et à celui de l’Iiistoire générale de rinirnanité. La peste d’Athènes décrite par Thucydide; les grandes pandémies bibliques; la peste noire, célèbre par les récits de Boccace; la lèpre au moyen âge; la syphilis lors de la Renaissance; la petite vérole au commencement du siècle dernier; de nos jours le choléra, sont de grands événements qui intéressent l’histoire à un plus haut degré que les révolutions et les batailles. C’est une vérité devenue banale aujourd’hui, que les armées en campagne perdent plus de soldats par les maladies et les épidémies que par le feu de l’ennemi. C’est à l’hygiène à prévenir l'éclosion de ces maladies, à en arrêter les progrès une fois qu’elles se sont développées ; et, chose remarquable, c’est précisément dans les affections autrefois considérées comme si mystérieuses et pour la genèse desquelles on ne trouvait d’autre explication que la colère divine, c’est là précisément que la prophylaxie peut intervenir avec le plus de puissance et souvent avec une efficacité absolue. Ce n’est pas ici le lieu de traiter des différents moyens dont l’hygiène dispose en pareil cas ; ces détails seront mieux placés aux paragraphes consacrés à chacune de ces maladies.
Mais, sans entrer dans le détail, ce qui par-dessus tout prouve l’action directe et énergique qu’exercent l’hygiène et tous les auxiliaires dont elle dispose sur le développement des maladies infectieuses, c’est l’histoire même de ces maladies, et surtout de celles qui après avoir affligé l’humanité ont linalenient disparu devant le progrès du bien-être et de la civili.salion. La peste, la grande maladie populaire de l’antiquité et du moyen âge, a quitté délinitivement l'Europe et même son ancien foyer classique, l’Egypte, et n’existe plus que dans quelques points hniilés de la vallée du Tigre et de l’Euphrate. La suette anglaise, celle terrible maladie qui, nt’e en Angleterre à la .suite de la désastreuse guerre civile des Deux Roses, a décimé tout le nord-ouest de l’Europe au milieu du seizième siècle, a délinitivement disparu du cadre noso-
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logique. Si l’on compare les ravages acluels protlnils |)ar la syphilis à ceux qu’elle occasionnail il y a trois siècles, on ne peut méconiiailre un progrès énorme. Si la pratique de la vaccination se faisait avec toutes les précautions que la science recommande, il ne serait plus question de la variole. Ces exemples, qu’il serait aisé de multiplier, prouvent surabondamment que si les maladie.s infectieuses et contagieuses sont l’un des plus cruels fléaux de l’humanité, ce sont aussi des maladies sur lesquelles nous avons le plus de prise pour en arrêter les progrès et peut-être même pour en détruire définitivement les germes.