FIÈVRES PALDDÉENNES. — MALADIES DES MARAIS
Les maladies palustres, quelles que soient les formes qu’elles affectent (fièvre intermittente, rémittente, pernicieuse, larvée, mélanémie, cachexie sans fièvres), reconnaissent toutes pour cause l’mtoxication par le miasine paludéen. C’est l’étude des conditions qui président au développement de ce miasme et qui favorisent son action sur 1 économie que nous avons surtout à envisager ici.
La distribution géographique des alfections palustres suffit^ pour faire pressentir le rôle prépondérant que la chaleur et 1 liumidité réunies jouent dans la production du miasme de la malaria. L impaludisme, en effet, domine pour ainsi dire toute la pathologie des zones torrides; à mesure qu’on se rapproche du pôle, la fréquence et la gravite des fièvres intermittentes, comme nous l’avons vu à l’article Climat . vont en diminuant ; en Europe, au delà du 62» de latitude, en .\niérique, au delà du 47», la fièvre des marais ne règne plus. Dans les pays civilisés, elle perd tous les jours du terrain, grâce aux travaux de drainage et d’endiguement et aux heureux effets de la culture. .\msi, on France, la Bresse, la Sologne, la Charente, étaient autrefois le siège d’endémies palustres redoutables qui, dans ces derniers temps, ont notablement perdu de leur gravité. 11 en est de meme de 1 Irlande, de la Hollande et des côtes septentrionales de rAllemagne.
C’est dans les péninsules méridionales de l’Europe, eu Tuniiiie, on Grèce, en Italie, que les maladies palustres continuent à jouer dans a pathologie, un rôle tristement prépondérant; il suffit de rappeler a ce
FIÈVRES PAI.UDÉENNES. — MALADIES DES MARAIS, égnnlja campagne romaine, que le gouvernement italien est occupé à assainir eu ce moment, et les marais Ponlins. En Algérie, dans les Indes, en Cochincliine, au Mexique, dans les Antilles, dans la Guyane, c’est encore l’endémie palustre qui prédomine et qui, seule ou combinée à la dysenterie, agit de la façon la plus désastreuse tant sur les indigènes qne sur les Européens.
11 résulte de l’étude de la l'épartition géographique des fièvres à malaria, que c’est là une maladie proprement palustre, devenant de plus en plus grave et plus fréquente à mesure qu’on s’abaisse des pôles à l’équateur. Cependant il faut savoir qu’il n’y a pas de lois absolues : d’une part, des pays relativement froids, comme les côtes de la Baltique, peuvent être le siège d'endémies paludéennes graves ; d’autre part, des contrées torrides, réunissant en apparence toutes les conditions nécessaires à la production du miasme fébrigène, peuvent en être indemnes. Tous les marais ne sont pas fébrigènes (Boudin) ; en revanche, des pays non marécageux, dans l’acception étroite du mot, jieuvent être, dans certaines conditions, aftligés de fièvres intermittentes.
I Ainsi, dans les îles de l’Océanie, en Australie, à Taïti, à la Nouvelle- Calédonie, les maladies palustres sont rares. Et cependant, comme le fait remarquer Dutroulau, dans cette dernière colonie, il existe des marais réunissant, en apparence, les caractères les plus accusés des marais fébrigènes. « Flore, faune, météorologie et géologie, rien n’e.xplique l’immunité singulière qu’offre cette contrée. »
Si tous les marais ne sont pas fiévreux, les fièvres de marais peuvent se développer dans des pays non marécageux. Mais il faut s’entendre; une localité, sans offrir les caractères objectifs grossiers du marais, peut cependant en recéler, d’une façon permanente ou transitoire, tous les germes nuisibles et toutes les inlluences nocives. Comme le fait observer Griesinger, beaucoup de ]iays à fièvres paraissent au premier abord secs et non marécageux; mais sous leur écorce de.sséchée on trouve bientôt des terrains humides qui donnent lieu au développement d’effluves souterrains (Algérie, Brabant, oasis du désert). Des contrées en apparence placées dans des conditions diamétralement oppo.-ées au dévelojipement des affections palustres, les plateaux des sierras en Espagne, (juelques sommets du l’érou, présentent la fièvre dite des montagnes, ijui n’est autre qu’une véritable intermittente. « On peut’ supposer que ces lieux ont un lond essentiellement poreux et humide, et offrent par conséquent les conditions ordinaires qui engendrent le miasme de la fièvre. » (Griesinger.)
MALADIES VIUUIÆNTES ET MIASMATIQLT.S.
Dps conditions purement locales et Iransiloires peuvent, dans des contrées nullement palustres, créer eu quelque sorte de toiiles pièces le miasme paludéen ; c’est ainsi qu’a^iissent des irrigations mal faites, des alternatives de pluie et de chaleur, et surtout les travaux de terrassement et les grands mouvements de terrains : c’est à des causes de ce genre qu'il faut attribuer les épidémies de fièvre qui régnèrent à Paris lors de rétablissement des fortifications, et, plus récemment, lors du percement des grandes voies nouvelles et de la construction des nouveaux forts. En un mot, outre les marais véritables, il existe mille circonstances qui donnent naissance à des marais locaux, limités à l’emplacement d’une cave, d’un fossé, d’une tranchée, d’une llaque d’eau, etc. La cale des vaisseaux en pleine mer peut, d'après certaines observations qui paraissent concluantes, donner naissance au miasme et le navire est ainsi transformé en un véritable marais flottant.
Il est encore d’autres données qui sont importantes à connaître pour comprendre le mode de production du miasme paludéen et ses allures spéciales. Dans les contrées à lièvres, où celles-ci sont endémiques, elle y régnent pendant toute l’année, présentant cependant des exacerbations à certaines époques déterminées, au printemps et surtout au commencement des pluies d’automne (août, septembre), alors que le sol des marais est alternativement desséché par le soleil et détrempé par les pluies. Ce sont ces alteniatives dans le degré d’imbibition du terrain et les variations de la nappe liquide qui tantôt recouvre, tantôt découvre le sol, qui sont éminemment aptes à la production du miasme. Aussi, pour rendre un marais iuoffensif, il existe deux procédés d’une efficacité à peu près égale : ou bien de le supprimer par une immersion continue sous une couche d’eau suffisamment épaisse, ou bien de recourir à un dessèchement complet et définitif.
Outre les recrudescences saisonnières des endémies, on eu observe d’autres liées à des causes moins régulières, mais cependant appréciables, telles que des pluies excessives, des inondations, surtout des inondations d’eau de mer; d’endémique qu’elle est habituellement, la maladie devient alors eudémo-épidémique.
Mais la fièvre peut quelquefois affecter les véritables allures d'une maladie épidémique, en ce sens qu’elle s’étend au delà de ses foyei’s originels et habituels et se montre dans des contrées qui eu sont habituellement exemptes. Quelques-unes de ces épidémies sont particulièrement remar(]uables par leur grande extension; telle est la pandémie palustre qui a régné sur la majeure partie de l'Europe de 180b a 1811. Ces ai)paritions dans des lieux respectés d'ordinaire tiennent-