FIÈVIIKS PALUDÉENNES. — MALADIES DES MARAIS
elles à la production généralisée de foyers transiloires d’émanations, ou bien au transport du miasme loin des lieux qui lui ont donné naissance? C’est là un point qu’il est difficile de décider.
Cette rapide dissémination est d’autant plus obscure à expliquer, que le miasme palustre parait de sa nature peu transportable; il s’élève à peu de hauteur au-de,ssus du sol et offre peu de tendance à se propager loin de son foyer de production; il stagne là où il s’engendre, et le moindre accident de terrain, une colline, une muraille, un bouquet d’arbres, constituent souvent une barrière suffisante pour s’opposer à ses progrès.
Ceci nous amène à la discussion, tant de fois renouvelée, de la nature du miasme paludéen. Que l’impaludisme tienne à une cause spécifique, à une intoxication spéciale, et qu’elle ne résulte point de causes banales, telles que le refroidissement ou l’action de la chaleur humide, c’est ce qui n’est plus mis en doute par personne. Mais c’est sur la nature et le mode d’action intime de cette cause que les discussions subsistent.
C’est sous l’action combinée de la chaleur, de l’humidité et de la décomposition des matières organiques, partant des matières végétales, que le miasme prend naissance. Le mélange des eaux douces et de l’eau de mer, en amenant à la fois la destruction des espèces marines et de celles d’eau douce (Dutroulau), est une condition favorable entre toutes à la production des eflluves; de là la fréquence et la gravité des affections palustres à l’embouchure des grands lleuves, dans les deltas et les estuaires.
M. L. Colin, qui a observé dans la campagne de Rome, a bien mis en lumière l’iniluence qu’exercent l’incurie et l’absence de culture sur un sol autrefois le siège d’une civilisation brillante. Mais la conclusion qu’il en tire est trop absolue: pour lui, le miasme palustre, qu’il appelle miasme tellurique, ne serait autre chose qu’une déviation de « la force végétative du sol » qui ne trouve pas son emploi. Nous ne voyons pas trop ce que le savant professeur du Val-de-Gràce veut désigner par le mot de « force végétative du sol » ; car il est constant que les fièvres intermittentes les plus redoutables s’observent précisément là où la puissance végétative du sol àrrive à son suprême développement, au milieu de la llore exubérante des zones torrides. Comme le fait remarquer avec justesse .M. A. Laveran, ce n’est pas en épuisant la puissance de végétation du sol, pure abstraction et être de raison, qu’agit la civilisation; mais c’est en assainissant le sol, en desséchant les mal’ais, en endiguant les fleuves; les moissons et les plantations çoutri-
MALADIES Vlltlll, ENTES ET MIASMATIQI ES.
liuenlà celle œuvre en drainant le sol par leurs racines’. Là, et non ailleurs, se trouve l’explication de la iréfpience des fièvres palustres dans les pays actuellement déserts, et qui autrefois étaient les loyers d’une civilisation active et prospère.
Quant a la nature, à la constitution morphologique ou chimique du poison, on peut dire qu’elle est encore imparfaitement connue. Kst-i.e un poison agissant à la fa(;on des gaz toxiques? Cela est peu probable si l’on envisage les manifestations de l’impaludisme, et surtout l’incubalion souvent très-longue de la fièvre intermittente, fait qui la rapproche des maladies zymotiques. La théorie des ferments morbides est plus séduisante; et sans accepter les résultats des expériences plus que contestables du docteur Salisbury, d’après lesquelles les fièvres intermittentes et rémittentes seraient dues à une algue du genre Palniella, il est permis de conclure à l’existence d’un miasme animé, agissant à la façon d un lerment et lié probablement à des décompositions de matières végétales. Cependant, à plusieurs égards, les maladies paludéennes s écartent du type qu’affectent les maladies proprement zymotiques. Les zymoses ont pour caractère de se limiter, de se terminer dans un temps plus ou moins long; la maladie paludéenne est chronique par excellence; sous ce rapport, ses allures rappellent plutôt celles d’une intoxication due à un poison qui se fixe et s’élimine lentement.
Le miasme paludéen est-il unique, ou en est-il de différentes espèces? Ce problème est tout aussi insoluble dans l’état actuel de nos connaissances que celui de la nature intime de cet agent. Les différentes variétés des manifestations de l’intoxication palustre tiennent-elles à des différences correspondantes de qualité du poison? ou bien est-ce une question de dose, de quantité? ou bien encore une façon variable de réagir des divers individus? C’est ce qu’il est impossible de décider. Mais si l’on songe qu’un même foyer palustre peut donner naissance aux diverses formes de l’intoxication paludéenne; bien plus, si l’on considère qu’un même sujet, soumis à l’action délétère d’i;n foyer unique, peut successivement présenter ces formes multiples, on sera enclin à conclure à Vunicilé du miasme paludéen.
Quant au mode de diffusion de ce iniasme, il est certain que c'est surtout l’air qui lui sert do véhicule, et que la voie par laquelle il pénètre de préférence c’est la muqueuse respiratoire. 11 est cependant un fait devenu célèbre et relaté par Rondin, qui tend à prouver que les
’ Trnili^ île» maladies et ('pidemies de» armées, j). Kil. P.iris, 1875.