FIÈVRES PALUDÉENNES. — MALADIES DES MARAIS
eaux marécageuses, ingérées comme boisson, peuvent donner la fièvre inlermitlcnte. En 1854, le transport V Argo rapatrie 120 militaires d Algérie en France ; les soldats font' usage d’une eau puisée à la bâte a Boue, dans un endroit marécageux, tandis que l’équipage, composé de marins sardes, ne consomme que de l’eau de bonne qualité. 13 soldats succombent à la suite d accès fébriles tiès-violents, pendant la traversée; 98, au débarquement, entrent l’hôpital du lazaret de Marseille, atteints de fièvre intermittente de type variable ; l’équipage, au contiane, était demeuré absolument sain. « Ce lait démontre pérenij)toirement, conclut Boudin, que la matière paludéenne, à l’état liquide comme à l’état gazeux, absorbée par lasurface gastro-intestinale comme par la surface pulmonaire, provoque également l’intoxication*. » Un autie lait qui vient à 1 appui de cette 0|iinion est le suivant. Pendant un voyage en Abyssinie, le docteur Ch. Blanc a constamment réussi à se préserver des fièvres si fréquentes dans cette contrée, en ayant soin de filtier ou de faire bouillir I eau qu’il buvait; ceux dcsescom|)agnons qui n avaient pas recours à la même précaution furent pris de fièvre intermittente ou de dysenterie **.
11 n existe, à 1 égard du miasme paludéen, aucune immunité établie; tous les âges y participent, depuis la première enfance jusqu’à la vieillesse; cependant l’enlance et la jeunesse y sont particulièrement prédisposées (Griesinger). Quant à l’influence des races, il est certain que les sujets de race nègre offrent une puissance de résistance bien pins considérable que les Européens. Dans l'expédition anglaise du Niger, sur 145 blancs, 150 tombèrent malades, 40 moururent; sur 185 noirs. 11 seulement furent atteints, et tous guériront (M. William). Dans la campagne du .Mexique, les troupes noires employées à notre service ont admirablement supporté le-séjour des terres chaudes. Le climat marécageux de -Madagascar est mortel pour les hommes de race blanche; les noirs y prospèrent.
Un point important à signaler et qui distingue la maladie paludéenne des maladies zyrnotiques proprement dites, comme la variole ou la fièvre typhoïde, c’est qu’une première atteinte, loin de conférer l’immunité vis-à-vis d’une atteinte nouvelle, ne fait que créer une prédisposition de plus.
C’est à propos des fièvres paludéennes surtout (pie s’est posée la question de 1 antagonisme, surtout depuis les travaux bien connus de
' Trntlé des fièvres intcrmilleiUcs, p. 00. l’aris 18iS lO^aSL* voyage en Abyssinie. In Gaz. hebcl, 1871,
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MALADIES VIItUl.ENTES ET MIASHATIQEES.
Homlin. D’iipnisce médecin, les pays à malaria seraient rernanpiables par le petit nombre de cas de phthisie et de fièvre typhoïde qui s’y développent ; mais les recherches ultérieures ont démontré le peu de fondement de cette assertion. En revanche, il est certain que la dvsentcric et le choléra d’une part, et les intermittentes de l’autre, régnent souvent ensemble, tant à l’état endémique qu’à l’état épidémique, et que les deux maladies peuvent évoluer simultanément chez le même malade.
Toutes ces notions, dans le développement desquelles nous n’avons pas craint d’entrer, intéressent directement l’hygiéniste; car, nous le répétons, c’est en connaissant les allures et les causes qui président au développement d’une maladie, qu’on apprend à la prévenir.
Dessécher les marais constitue évidemment le moyen le plus radical pour prévenir les maladies paludéennes. On y parvient en endiguant les rivières, en drainant les terres et en les couvrant de plantations.
En Europe et aux Etats-Unis, le domaine des affections à marais se restreint de plus en plus devant les progrès croissants de la culture et du défrichement. A l’époque de Morton et de Sydenham, Londres était encore infecté par une endémie de fièvre intermittente, qui aujourd’hui a complètement disparu; il en est de même de beaucoup de villes du liltoral hollandais et des contrées rhénanes; dans la Sologne et la Bresse, les lièvres intermittentes sont plus rares et moins graves qu’au trefois.
Dans ces derniers temps, une ressource nouvelle et précieuse est venue faciliter l’assainissement des marais dans les pays chauds; nous voulons parler de la culture eu grand de V Eucalyptus globulus. Grâce à sa croissance si puissante et à son étonnante rapidité de développement, cet arbre constitue un vigoureux moyen de drainage ; dans plusieurs colonies anglaises, on réussit ainsi littéralement à supprimer la malaria. Si le dessèchement d’un marais est impossible, mieux vaut l’inonder en permanence et le transformer en étang, pour éviter les alternatives de dessécbement et d’humidité si propices au développement du miasme. S’il est nécessaire de construire des habitations dans le voisinage d’uu marais, il importe de choisir l’allitude la plus grande et l’abri d’une colline ou d’un accident de terrain qui arrête les émanations palustres.
Les individus qui habitent un pays marécageux, surtout s’ils sont nouveaux venus, devront éviter de sortir a la tombée de la mut et au lever du jour, alors (jiie la rosée condense les miasmes et les dépo.se à
la .surface du sol, Us devront éviter les refroidissements, les indigos-
DYSENTEIUE ÉPIDÉMIQUE.
tion.s, les diarrhées, en un mol toutes les causes débilitantes qui auginenteiil la réceptivité à l’égard des miasmes. On aura soin de filtrer ou de faire bouillir les eaux avant de s’en servir.
Il ne saurait être question de racclimatement des Européens à la malaria dos pays chauds; leur mortalité croît dans les pays palustres avec la durée de séjour (.V. Laveran). De là l’indication de renouveler souvent les troupes qui tiennent garnison dans ces pays; quant à la population civile, elle fera sagement de se retirer sur les hauteurs pendant la saison des fièvres. Aux Indes, les Anglais ont établi sur les plateaux de l’IIimalaya des stations sanitaires (sanaloiHa) qui rendent les plus grands services; à la Guadeloupe, le camp Jacob remplit un but analogue.
Les propriétés prophylactiques du sulfate de quininé ou de quinquina ont été généralement contestées ; cependant les médecins américains et anglais (van Buren, Wood) s’accordent à reconnaître les bons effets préventifs de ce médicament; dans la marine anglaise, le vin de quinquina, ou mieux le sulfate de quinine à la dose de 0®'',25 dans un verre d’eau-de-vie, sont administrés quotidiennement aux hommes qui débarquent dans les régions tropicales, et les médecins s’accordent à vanter les lions elTets de cette pratique.
Le café noir est également utile dans les pays à fièvre; ce .serait même, d’après M. L. Colin, un prophylactique préférable au quinquina.