DYSENTERIE ÉPIDÉMIQUE
La (hjsenteric épidémique se distingue de la sporadique, non par les symptômes, ni par les lésions anatomiques, qui sont identiques, mais par la cause qui est franchement spécifique dans un cas, commune et banale (refroidissements, indigestions, etc.) dans l’autre. Le caractère endérno-épidémique de la maladie, sa contagiosité, les excrn[)les certains d’importation, sont des |ireuves incontestables de sa siiécilicité.
La dysenterie est, par excellence, une maladie des pays chauds ; les Indes orientales, la Coebinebine, la cote orientale de l’Afrique, l’Algérie, l’Égypte, l’Amérique intorlrojiicale, sont des foyers perpétuels d endémies dysentériques ; celles-ci régnent également dans le sud de
MALADIES VIRULENTES ET MIASMATIQUES
l’Europe, eu Grèce, en Sicile, en Es|)agne. I.’iniluence de la chaleur, surlout de la chaleur humide, sur la production du poison dysentérique n’est donc pas conteslahlc; or, comme cette même iullueuce l’avorise également la malaria, ou s’ex|)li(iue aisément que dysenterie et fièvres palustres soient fréquemment endémiques dans les mêmes localités. Mais il ne faudrait pas partir de là pour rattacher l’une de ces maladies à l’autre, et considérer la dysenterie comme une des manifestations de l’influence palustre, comme l’ont fait Boudin, Bailly, llaspcl, Cambay ; il est des contrées palustres au premier chef où la dysenterie ne règne point, et la réciproque se rencontre tout aussi souvent.
Dans les zones tempérées, la dysenterie est également une maladie des saisons chaudes, et c’est en été et au commencement de l’automne qu’elle fait ses apparitions épidémiques. Mais ce sont surtout les alternatives brusques d’une journée chaude avec une nuit froide, comme cela SC rencontre si souvent dans les pays chauds qui favori.sent l’éclosion de la maladie. L’encombrement, les fatigues, la mauvaise alimentation, l’usage immodéré de fruits mal mûrs (Zimmermann), jouent un rôle analogue. C’est sous l’influence combinée de ces agents divers que le poison dysentérique prend naissance et que la maladie règne eudémiquement dans les pays chauds, d’une façon transitoire dans les zones tcmpéiécs, où elle sévit surtout sur les grandes accumulations humaines, dans les camps, dans les armées, dans les villes assiégées. A ce point de vue, son étiologie se rapproche sensiblement de celle du typhus.
Ce qui prouve bien que la dysenicrie épidémique est due à une cause particulière, spécifique et non à une cause banale, telles que les alternatives des saisons, les indigestions, etc., c’est le lait bien avéré de la contagion de cette maladie. Le mode de propagation d’une épidémie de dysenterie dans une ville montre qu’il existe de véritables loyers d où la maladie irradie cl se propage suivant certaines rues, certains tpiartiers, dans une direction bien déterminée. Le contage a lieu non pas directement, mais très-probablement par l’intermédiaire des déjections, comme cela se voit dans le choléra et dans la fièvre typhoïde. La dysenterie peut aussi être importée d’uuc localité où elle règne dans une autre jusque-là indemne. Dcyncr, qui observait à Nimègue, relate plusieurs faits où la dysenterie lut ])ropagéc de cette ville dans les villages environnants par des sujets malades; en 179i, 1 hôpital d Omtende fut le siège d’une épidémie dyseutéricpie importée par des soldats malades*. Néanmoins, il faut bien reconnaître que le pouvoir couta-
* Eouniier et Viiidy, .irt. Dysciilerie, Pict. des te. mrd.
MALADIES TYPHIQUES.
"icux de la dysenterie est faildc, ainsi que le prouve, dans nos pays, la délimitation habituelle des foyers, et ce fait, d’observation vulfçaire, que la dysenterie des armées se communique rarement à la population civile.
Les indications prophylactiques et hygiéniques se rapprochent de celles des maladie.s palustres et du typhus, et nous ne saurions nous y appesantir, sous peine de tomber dans des redites. Dans les pays chauds, se prémunir contre le refroidissement nocturne, se munir de vêtements de laine et de ceinture de llanelle, s’abstenir de boire les eaux stagnantes sans préalablement les filtrer ou les faire bouillir, éviter les excès de boissons et d’aliments, surtout de fruits non mûrs, tels sont les préceptes qui découlent de l’étiologie de la maladie*.
La propreté des camps, la désinfection des déjections, l’enfouissement méthodique des cadavres d’hommes et d’animaux, la ventilation des tentes et des abris, préviendront l’apparition de la dysenterie dans les armées, ou en enrayeront la propagation.