‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 257 sur 298 · VAlilOLE. — INOCULATION. — VACCINE. REVACCINATION · texte numérisé non relu

VAlilOLE. — INOCULATION. — VACCINE. REVACCINATION

SYPHILIS VACCINALE

Lu variole est la plus contagieuse et la plus grave des fièvres éruptives; elle a clé, pendant de longs siècles, une des plus grandes calamités pour l'espèce humaine et ç'a été le triomphe de la médecine prophvlactique de trouver un moyen sûr et commode de se mettre à l’ahri de cette maladie. Grâce k l'inoculalion d’ahord, ensuite et surtout à la uaccûie, la science possède actuellement un procédé certain de conférer l’immunité vis-à-vis de la variole, pourvu toutefois que l’on ait soin de SC conformer à quelques précautions, malheureusement trop souvent négligées. De là résulte que la variole n’est pas encore actuellement ce qu’elle devrait être dans nos pays, une maladie définitivement éteinte. De là CCS nombreuses et récentes épidémies qui ont au moins eu ce résultat de faire cesser une sécurité excessive qui conduisait droit à la négligence; de là aussi, pour le médecin et pour l’hygiéniste, la nécessité d’être bien familiarisé d'une part avec les allures de la maladie varioleuse, d’autre part avec toutes les conditions que doivent rcm|)lir les mesures prophylactiques pour qu’elles jouissent de toute leur efficacité. L’importance de la question justifie donc pleinement les détails dans lesquels nous allons entrer.

Nous ne discuterons pas la question de l’ancienneté plus ou moins reculée de la variole; elle ne paraît avoir régné ni chez les Grecs ni chez les Ilomains, et ceux qui ont cru en trouver la description dans quelques passages d’Hippocrate et de Galien se sont laissé tromper par de fausses analogies. En revanche, elle semble avoir existé de tenqis immémorial en Chine et dans les Indes, et d’après Moore, les annales de ces pays en feraient mention H200 ans déjà avant Jésus-Christ. Ce lut au sixième siècle de notre ère qu’elle fit son apparition en Euro[)e, importée par les Sarrasins qui la tenaient sans doute eux-mêmes de source égyptienne ou abyssine. La première description où elle soit nettement reconnaissable est due à Grégoire de Tours qui l’observa dans les (laules et la décrivit sous le nom de lues cum vesicis, pusula, puslulæ; il n’a garde de la confondre avec sa contemporaine la peste, ou iiiorbus imjuinarius .

La variole, à partir de ce moment, prit pied définitivement en Eu-

MAI-ADIES VIIIUI.ENTKS ET MIASMATIQUES.

rope; les croisades contribuèrent beaucoup à la propager et les médecins arabes, Rbazès entre autres, en donnèrent d’excellentes descriptions et la lirent entrer définilivernent dans le cadre nosolo'dqucils s appli(|ncrent en outre à distinguer cette grande maladie éruptive {morhus, maladie par e.xcellence) de la rougeole et de la scarlatine, auxquelles ils n’attribuèrent qu’une importance secondaire {morbilHY

Une fois implantée à la surface du globe, la variole, dit J. Franck,’ a cause de plus grands ravages que la peste. .Au dix-.septième siècle et au commencement du dix-huitième, elle avait pris les proportions dune véritable calamité publique; toute la descendance directe de Louis .\IV (un enfant de cinq ans, plus tard Louis XV, excepté) y succomba dans un court espace de temps; et il faut lire les mémoini contemporains, ceux de Saint-Simon par e.xemple, pour se rendre compte de la terreur qu’inspirait justement cette redoutable maladie. Dans les pays où elle faisait apparition pour la première fois et qui étaient vierges jusque-là d infection variolique, ses ravages étaient plus grands encore. Lorsque la variole fut importée au Mexique par les compagnons de Narvaez, il mourut 5 millions et demi d’habitants! et il en périt encore 800 000 dans une autre éruption qui eut lieu quelque temps après. Plus que les cruautés des Espagnols et de 1 Inquisition, plus que 1 eau-de-vie et l’invasion anglo-saxonne, la variole a contribué a la destruction des populations indigènes des deux .Amériques. Un rapide coup d œil jeté sur l’étiologie et le mode de propagation de la petite vérole est indispensable pour la connaissance exacte de la nature de cette maladie et des moyens prophylactiques dont on dispose contre elle.

Jamais, dans les conditions actuelles, la variole ne naît spontanément. Elle naît toujours par contagion, c’est-à-dire que pour qu’un sujet sain soit atteint de variole, il faut toujours qu’il soit mis en contact avec un principe virulent provenant d’un individu atteint de cette maladie. La contagion s’effectue par voie immédiate et médiate : immédiatement, par le contact direct de la peau et des muqueuses; médialcment, par rinlermédiairc de l’air qui environne le variolifère, par le séjour plus ou moins prolongé dans la pièce où il réside, par le contact d’objets sur lesquels le poison s’est fixé (vêtements, ustensiles, etc.). Des personnes saines et à l’abri de la variole peuvent transporter le contage par leurs vêlements et le transmettre à des sujets prédisposés.

' Voici, d'aprc.s Hirsch, l’époque d appiirilioii de la variole dans différentes contrées ; France, .‘)S0; Anglelerre, douzième siècle; Islande, 12il ; Allemagne, U05; Amérique, LjUII; Haneinark, 1,527; Suède, 1,578; Groënlaiid, 1733; Kamtchatka, 1767.

VAIIIOLE.

La variole est contagieuse cà toutes les |)ériodes, de son évolution; cependant elle l’est surtout au stade d’éruption, lors de l’éclosion et au début de la dessiccation de l’exanthème. Elle continue à le demeurer en plein stade de dessiccation, et c’est même en prisant la poussière des croules varioleuses que les Chinois avaient pris l’habitude d’inoculer la maladie.

On ignore si 1 inoculation des produits de sécrétion physiologique, du lait, de la salive, de l’urine, sont capables de transmettre la petite vérole, comme le l'ait le liquide des pustules; les tentatives instituées dans cette direction ont toujours échoué ; cependant, d’après Osiaiulcr et Ziilzer le sang des varioleux inoculé à un sujet sain lui trausmettrait la maladie. De toutes façons, il est bien démontré, par de nombreuses observations, que la variole se transmet de la mère au fœtus, chez lequel elle évolue à peu près comme elle le fait pendant la vie extra-utérine; et l’on ne voit guère que le sang maternel qui, dans ce cas spécial, ait pu servir de véhicule au contage.

L’agent contagieux, quand il se propage par la voie aérienne, consiste probablement eu particules très-fines, provenant des produits de sécrétion de l’éruption, et tenues en suspension dans l’air. La transpiration cutanée ,à odeur si caractéristique des varioleux est-elle douée du pouvoir virulent, c’est ce qu’il est au.ssi difficile de prouver ijue de nier; quelques observations cependant tendraient à faire admettre que la variole est déjà contagieuse et inoculable pendant le stade d’incubation, c est-à-dire alors qu’aucune éruption ni même aucun symptôme morbide quelconque ne se sont encore manifestés (?).

Le poison varioleux est très-tenace et peut rester longtemps fixé à dos objets inertes (murs d’une maison, meubles, vêtements, instruments), sans rien perdre de sa puissance. De là aussi l’extrême ténacité de la maladie qui, malgré l’énergie des moyens préventifs, s’éternise parmi nous et existe toujours dans les villes, du moins à l’état sporadique.

L’infection s’opère probablement par la voie respiratoire; il c^t douteux que le poison puisse être absorbé par la voie digestive; cependant Camper prétend avoir olrservé un cas de variole grave à la suite de l’ingestion par la bouche de pus varioleux, et c’est de cette façon, paraît-il, que l’inoculation se pratiquait autrefois dans l’Inde. 11 n’est pas probable que l’agent virulent puisse être absorbé par la peau intacte.

.^ucun âge, aucune race®, aucun climat, ne sont à l’abri de la con-

' Cités par Cursclmianii.arl. Variole, in Xicmsscii’s llaiulbuc/i, l. Il, 2” parlic, p. 3H.

* La race nègre y parait particuliérement prédisposée. ’

PROUST, llrClÈ.SE.

MALADIES VIRULENTES ET MIASMATIQUES

Uif^ioii de la variole; l’enfant dans le sein de sa mère y est sujet aussi bien (|ue le vieillard arrive au terme de la sénilité. L’existence d'une maladie chronique ou aiguë, de la lièvre typhoïde, d’une |)Ucurnoiiic, d’une maladie éruptive même, ne met pas à l’ahri de la variole.

Une seule condition confère une immunité très-grande, c’est une variole antécédente. En règle générale, le même sujet n’est atteint qu’une fois de variole; du moins cette loi est vraie dans la proportion de dix mille cas positifs contre une exception (Condamine).

Quand un sujet ayant déjà eu la variole la gagne une seconde foi-, le plus souvent il ne présente qu’une forme mitigée de la maladie, dans laquelle l’éruption n’arrive pas à suppuration : c’est la t'ano/oü/e. Même dans ce cas, par conséquent, si la première atteinte ne confère pas une immunité absolue, au moins donne-t-elle une immunité relative. C’est sur cette notion fondamentale que repose la pratique de l’inoculation et de la vaccination.

Enfin, quelques sujets, en vertu d’une rlisposition inexplicable, sont réfractaires vis-à-vis de la variole, sans qn’on puisse invoquer aucune atteinte antérieure, même pendant la vie fœtale. Du reste, Uhistoire de toutes les maladies virulentes nous offre des exemples de ces immunités individuelles.

Nous avons déjà parlé de l’intensité et de la gravité des épidémies varioliques, et si, heureusement, nous n’en sommes plus témoins aujourd’hui, nous devons ce résultat à deux. méthodes préservatrices successivement mises en usage, V inoculaiion d'abord, remplacée plus lard avec des avantages incalculables par la vaccine.

Inoculation variolique. — « En voyant la terreur qui s’emparait de toutes les classes de la société à chaque épidémie de variole, dit J. Franck, on ne s’étonnera assurément point de tous les efforts que l’on a faits pour mettre des limites à un aussi grand fléau.... .Vussi les hommes, pour apaiser du moins un ennemi qu’ils ue pouvaient vaincre, se livrèrent volontairement entre ses mains |)ar Vacliat et l'inoculation de la variole. » Lorsqu’une épidémie était bénigne, pour acquérir le bénéfice même de cetle bénignité, les pareuLs avaient coutume d'acheter à prix d’argent l’avantage d’exposer leurs enfants. (|ui n’avaicut pas encore eu la variole, à la cou-lagion. Mais ou devine tous les inconvénients de cette méthode; la variole ne se gagne |>as ainsi à volonté, et souvent, au lieu de l’affection bénigne qu’on recherchait, on provoquait une forme grave et mortelle.

L’inoculation constitua un progrès énorme; on sait qu’elle .se pratiquait de temiis immémorial eu Chine, eu Céorgie et dans 1 Orient; im*

INOCI'I.ATION VAIUüUQUE.

portée en Europe par lady Montagne, elle ne tarda pas à s’y répandre rapidement, malgré de vives oppositions, et à la fin du siècle dernier elle était généralement pratiquée, tant en Angleterre que sur le continent. Cette pratique, qui a fourni de précieux résullals, repose sur deux faits d’observation : d’une part, qu’une première atteinte de la variole, si bénigne qu’elle soit, confère généralement rimmunilé; d’autre part, que le fait de inoculalion de la variole, c’est-à-dire la pénétration brusque et artificielle du virus dans une économie non préparée à son évolution, donne babituellcmenl naissance à une forme très-mitigée, très-atténuée de la maladie, surtout si le virus qu’on choisit comme variolifère est recueilli, par une sorte de sélection, sur un individu atteint lui- même d’une variole bénigne.

L’inoculation se pratiquait pendant les premiers mois de la vie, en soulevant l’épiderme du bras au moyen d’une lancette ou d'un vésicatoire et en y introduisant le pus d’une variole bénigne. Au bout de deux jours apparaissait une papule acuminée surmontée bientôt d’une vésicule qui au septième jour se convcrti.ssait en pustule. En même temps, elle s’entoure d’une auréole rouge qui s’accroît les jours suivants; sur celte auréole se disposent un certain nombre de petites pustules, moins développées que la pustule mère (boulons satellites. Trousseau). En même temps, on voit apparaître un engorgement des ganglions lie la région. Vers le neuvième ou le dixième jour, mal de tête, douleurs lombaires, frissons comme au début de la variole; la fièvre s’allume et au onzième ou douzième jour apparaît une éruption générale, trèsdiscrète, évoluant comme une variole bénigne ou même passant directement à la dessiccation sans su[)puratiou préalable (variolo'ide). L’individu jouissait désormais de l’immunité vis-à-vis de la variole.

Pour avoir une iilée. de l’étendue du bienfait réalisé par la pratique de l’inoculation, il suffit de mentionner les chiffres suivants, recueillis par un médecin anglais, E. Addington,au commencement de ce siècle. La variole, dit-il, attaque la moitié du genre humain et fait mourir 1 malade sur 6; elle lue donc un douzième du genre humain; elle en défigure une autre notable fraction, sans compter ceux (ju’clle frappe ^de surdité, de cécité, ([u’elle prédispose à la scrofule, à la |)blbisie, etc.

La variole inoculée est généralement bénigne; sur 500 inoculés, il n’en meurt qu’un seul; un seul sur 50 ou iO éprouve (celte maladie sous une forme dangereuse *.

ün voit par ces chiffres l’admirable utilité de l’inoculation ; mais on

* Consulter ce taljlenu curieux in extenso dans J. Kraiik, Tenilé^dc p/ithol. interne, Irad. fr. de Bayle, t. Il, p. 188.

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MAI,:VMES VIUUIX^TES ET MIASMATIQUES.

voit aussi que la méthode est loin d’être à l’ahri de tout reprodic; la maladie qu’elle communique, quoique habituellement insi}^ni(iantc, est pavlbis grave, exceptionnellement même mortelle. Loin d’éteindre les germes du mal, elle les propage au contraire volonlairernerit [lar une sorte de culture, et comme la variole inoculée e.'t contagieuse autant que la variole spontanée, et qu’on peut ainsi gagner des forme.s graves aussi bien que bénignes, on multiplie ainsi volontairement les causes de contagion et l’on s’expose .à créer des foyers permanents cl des épidémies constantes de variole.

Malgré tous ces inconvénients, l’inoculation n’en a pas moins été un véritable bienfait pour l’humanité et elle serait encore actuellement

d’un usage courant, si elle n’avait été détrônée par une méthode bien supérieure, la vaccine.

Vaccine. — Nous n’aborderons pas riiistoriquc de la vaccine; il est incontestable que c’est à Jenner que revient tout l’honneur de cette admirahle découverte. Sans doute, longtemps avant lui, on avait, de différents côtés, constaté que les individus qui contractaient auprès des vaches la maladie appelée cow-pox ou picote, jouissaient de l’immunité vis-à-vis de la variole; mais nul n’avait songé à l’inoculer artificiellement à l’homme, ni surtout à transmettre la maladie artificielle, ainsi provoquée, de l’homme à 1 homme. G est ce que fit Jenner, et grâce à ses efforts persévérants, la vaccine retuplaça rapidement l’inoculation, et dès le commencement de ce siècle se ré|)andit dans tout le monde ciMÜsé.

La vaccine est la maladie développée chez l’homme par l'inoculation du virus du cow-pox de la vache. Du moins, telle est la première oiiginc du vaccin; mais la zoonose ainsi développée a la pro[)riélé remarquable de se transmettre indéfiniment par inoculation de l’homme a l’homme, sans perdre de ses propriétés d’une manière appréciable. La vaccine telle qu’elle se pratique habituellement, la vaccine jennerienne est donc la maladie produite par l’inoculation du virus cow-pox linnianisc à travers de nombreuses générations. Nous n’avons pas a faire ici la description de l’éruption vaccinale, ni la façon dont on s y prend pour inoculer le virus et pour le conserver, soit dans des tubes soit dans des plaques; ces notions sont banales et se trouvent partout. Notre but est d’insister sur quehiues |)oints spéciaux de l’histoire de la vaccine, points encore litigieux et qui intéressent particulièrement 1 hygicne et

la médecine publique. . . ,

Sources de la vaccine. — Une première question intéressante est

celle des origines de la vaccine. 11 n’est, en effet, pas indin’érent de connaître la source exacte de la maladie préservati icc, poui pouvoir y

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