VACCINE
l'n point intéressant établi par ces expériences et par celles de la Cüininission de Lyon est le suivant. De même que la vaccination protège l’homme contre la variole, de même la variolation met généralement le cheval et le bœuf à l’abri du cow-pox et du horse-pox. Tous ces faits établissent bien l’autonomie de la vaccine et de la variole.
Propriétés de la vaccine. — Jenner et ses contemporains inclinaient à croire que l’immunité conférée par la vaccine vis-à-vis de la variole était absolue et déllnitive ; de cruelles épidémies n’épargnant nullement des sujets bien et dûment vaccinés ont montré qu’il n’en était pas ainsi et que l’efficacité protectrice de la vaccine va en s’atténuant au fur et à mesure qu’on s’éloigne du moment de l’inoculation. 11 est difficile^ d’une façon absolue, de fixer la durée de cette action préservatrice; on peut dire, en moyenne, qu’elle oscille entre lÜ et 25 ans. Quant aux moyens à opposer à la disparition de la faculté préservatrice du vaccin, il n’est autre que \a revaccinalion. Cette mesure est de la plus haute importance, non-seulement en tem|)s d’épidémie, mais dans les conditions habituelles et précisément comme moyen d’empêcher le retour de ces épidémies. En règle générale, tout sujet vacciné depuis 15 à 18 ans devra être revacciné; et si la réinoculation échoue une première fois, il sera prudent d’y revenir chaque année suivante, surtout au moment des épidémies. A cette condition seule les populations seront sûrement à l’abri de la petite vérole. L'utilité des revaccinations est bien prouvée par ce qui se passe dans les armées, où, comme dans l’armée prussienne, elle constitue une mesure générale et obligatoire ; pendant que la population civile est cruellement atteinte par la variole, l’armée est respectée, quoique, par le fait du casernement et de l’encombrement, elle prête bien mieux que le reste de la population à la propagation de toutes les maladies contagieuses.
Des conditions que doit remplir une bonne vaccine. — On a dit que le vaccin avait dégénéré; que par son passage à travers des séries innombrables de générations humaines, le virus avait perdu de son efficacité. Ce fait est vrai et incontestable, mais les conséquences qu’on en a voulu tirer sont excessives et erronées. On a cru qu’il fallait de toute nécessité revenir au cow-pox, seul moyen de remédier à la dégénérescence du vaccin jennérien.
Cctic dégénérescence n’est malbeureusement pas contestable; mais les causes dont elle dérive tiennent non pas au fait du passage du virus sur de nombreuses séries humaines, mais uniquement à ce que l’on a trop négligé de se procurer et de conserver un virus actif, jouissant de la plénitude de sa puissance et de son efficacité. Si le vaccin a
MALADIES VirUILENTES ET MIASMATIQUES.
flôgénérc inconteslahlemeiil, c’est que l’on .s’est .servi de toute lyrnplie vaccinale, sans s’inquiéter, comme le dit Trou.ssean, de l’àge, dû développement et de la beauté des pustules. On ne saurait éUe trop attentif au choi.v de la lymphe vaccinale; c’est au cinquième et^au sixième jour qui suit l’inoculation (|uc cette lymphe jouit de son maximum d’activité ; c’est donc avec une lymphe de cet âge qu’il faut vacciner, et non pas par septénaire, comme cela se pratique liahituellernent. Kn usant simplement de cette précaution, on produira une vaccine vérilahlement régénérée, des boutons plus précoces, plus gros, entourés d’une auréole inllammatoire plus accusée et mettant un jour ou deux de plus à se dessécher.
Le vaccinifère devra être un sujet sain, vigoureux, un enfant plutôt qu’un adulte, mais âgé de 4 à 6 mois au moins ; au-dessous de cet âge, les nourrissons sont trop chétifs et ne donnent que des boutons médiocres. C’est en pratiquant ainsi la sélection et la culture du virus, qu’on parviendra rapidement à le régénérer et à restituer au vaccin jennérien toute l’énergie native du cow-pox ‘.
Si cependant le médecin a la bonne fortune, rare du reste, d’avoir sous la main du cow-pox naturel, il aura tout intérêt à en profiter et a s’en servir pour vacciner, de préférence au vaccin jennérien ; mais, nous le répétons, ce sont là de véritables bonnes fortunes et sur lesquelles il ne faut pas compter.
Ceci nous amène à la question, si vivement débattue dans ces derniers temps, du vaccin de. (jénisse. L’emploi de cette prati(pie a été. sous l’inlluence de la crainte d’un accident sur lequel nous aurons à revenir, de la syphilis vaccinale, l’objet d’un véritable engouement, et le problème mérite d’être sérieusement discuté.
Comme le cow-pox naturel, spontané, est rare, on a eu l’idée de l’inoculer artificiellement à des génisses ou à des veaux et l’on se servit du liquide des pustules ainsi développées pour pratiquer la vaccination. On a attribué à « ce vaccin de génisse » une efficacité plus grande qu’au vaccin jennérien ; les expériences ellectuées en grand dans les hôpitaux de Paris ont prouvé la fausseté de cette assertion, et tout concorde à attribuer, au contraire, la ju’éférencc à la vaccine humaine, si toutefois elle est mélhüdi(|ueuient pratiquée. Sans doute le cow-pox
' Le nombre de piqûres ii'esl pas iiidilTéreiit pour l'imimmilé plus ou moins grande conlérée i>ar la vaccine : il en l'aul Ü; S seraient mieux encore; il résulte en elTet des chillres recueillis par Eichhorn et Marson que le nombre des cas de variole, cliei les sujets vaccinés, est d’autant plus fréipient, et les l'ormes d’autant plus graves, que le nombre des pnslnles d'inseriion est |dus laible. (Voy. Trousseau, Clwiqur, 2' édit., I. II, p. 08.)
SYIMIILFS VACCINALE.
naturel est plus elïicace que le vaccin, mais il l'aul bien savoir que ce n’est pas ce cow-pox que l’on inocule d’après la trop fameuse méthode de Lanoix. De même (jue la variole sur l’homme s’affaiblit par le fait de l’inoculalion, d’où l’origine même de cette ancienne méthode préventive; de même, si l’on transmet artificiellement, violemment, si je puis pire, le cow-pox par inoculation à des génisses, ce ne sera pas le cow-pox vrai que l’on se procurera, mais une forme atténuée, abâtardie de la maladie; inférieure, nous le répétons, à l’énergie du vaccin'. C’est faute d’avoir fait ces remarques que beaucoup de bons esprits ont cédé à l’entraîneinent général, et ont ])réconisé, à tort, celte méthode plus dispendieuse, moins pratique et, somme toute, moins sûre que la vaccine.
Kn résumé, le médecin, quand il aura cette chance heureuse de rencontrer le cow-pox ne devra jamais la négliger, et user de
cette belle et puissante source vaccinogène; mais, à son défaut, il devra s’appliquer à régénérer le vaccin humain, par la sélection et la culture, selon les préceptes que nous avons établis plus haut. C est une mesure bien préférable .à celle qui consiste à cultiver et à recueillir le virus par des inoculations de cow-pox ou de vaccin pratiquées sur la génisse.
Procès de la vaccine. — Sjipliilis vaccinale. — Comme toutes les grandes découvertes, la vaccine devait trouver des détracteurs; mais il laut bien reconnaître que la plupart des arguments élevés contre elle méritent à peine la discussion. Considérant la variole comme un émoncloire utile, une sorte de dépuration bienfaisante du sang, quelques auteurs ont attribué à la vaccine le fait d’une prétendue fréquence plus considérable d’affections telles que les maladies utérines, la fièvre typhoïde, etc. Trousseau a facilement réfuté ces assertions singulières et a démontré que ces maladies ne sont pas plus fréquentes depuis la vaccine, mais simplement qu'on a mieux appris à les reconnaître à peu près à partir de celte é|)oquc. On a aussi reproché à la vaccine, cl certains statisticiens ont insisté sur ce reproche spécieux, de diminuer il est vrai la mortalité de la première enfance, mais pour grever d’autant celle de l’adolescence et de l’âge mûr; en un mot d’augmenter la mortalité des hommes laits, [ilus coûteux et plus précieux à la société que les enfants en bas âge. De fait, cette objection est la plus illogique de toutes, car elle peut s’appliquer à toutes les maladies infantiles, qui
' Cela est d’autant plus vrai, comme le lait justement remarquer M. Callard, que le cow-pox frappe surtout les vaclies laitières, et non les veaux et les génisses, qui y paraissent fort peu prédisposés. ^ ‘
MAUniES VIRULENTES ET MIASMATIQUES.
toutes, à ce point do vue, peuvent être eonsidérées comme allégeant la mortalité des âges suivants, et toutes, par conséquent, jiourraient i-tre déclarées plus avantageuses que nuisibles.
On a cru aussi que certaines diathèses, la scrofulose, la tuberculose, etc. , pouvaient se transmettre par le vaccin ; rien ne prouve la réalité de cette assertion ; sans doute il faut autant que possible faire choix de vacciuifères vigoureux et bien portants, mais plutôt pour produire une vaccine bien venue et efficace, que dans la crainte de transmettre une prédisposition morbide.
Une question plus grave, et qui mérite toute notre sollicitude, est celle de la sijphüis vaccinale. Des faits, malheureusement trop nombreux et trop bien établis, prouvent que la sYpbilis peut se transmettre par le vaccin pris sur un sujet syphilitique et inoculé à un sujet sain. Il importe peu que la maladie se transmette par le pus du bouton vaccinal ou par son mélange avec une gouttelette de sang du vaccinifere syphilitique (Viennois), puisque rien ne met l’opérateur le plus habile à l’abri du danger de ce mélange si difficile à éviter. Ce point de la question,- intéressant au point de vue doctrinal, l’est beaucoup moins dans la pratique. 11 faut donc éviter avec grand soin de se servir d'un sujet syphilitique ou pouvant être soupçonné de syphilis comme vaccinifère. Dans ce but, il faut, autant que possible, rejeter comme vaccinifères, les adultes, et ne prendre, parmi les enfants, que ceux âgés de 5 mois au moins. On sait, en effet, que la syphilis congénitale met rarement plus de temps à se manifester par des signes extérieurs faciles à constater. 11 faut toujours avoir la précaution d’examiner avec une grande attention l’enfant qui fournit le vaccin, de le découvrir complètement, afin de s’assurer de l’absence de toute manifestation syphilitique. C’est à la négligence de celte précaution élémentaire que bon nombre de cas de syphilis vaccinale doivent leur origine.
11 est certain que si, grâce â ces signes faciles â reconnaître, la syphilis vaccinale n’était facile aussi â éviter, ce serait la un grave inconvénient de la méthode et il y aurait intérêt à ne se servir que de vaccin ayant passé par l’organisme de l’espèce bovine, du vaccin de génisse, par exemple. Celui-ci, en clfet, met complètement a 1 abri delà contamination syphilitique, car l’ou sait que la syphilis n est pas transmissible aux animaux. Mais, nous le répétons, le danger de la syphilis vaccinale n’est pas aussi grand qu on a bien voulu le dire, cl il suffit d'un peu de prudence pour le conjurer en toute sûreté de cause .
* Du restu, si 1« cow-pox ou le liorse-pox iie iraiismeUcnt jamais la sypliilis. lo premier pourrait comiiuiiiii|ucr le charbon, le second le charbon cl la mor^e, cl il n est pas
aOUGEOLE.
Voici, sous forme d’apliorismes, les principales propositions qui découlent de cet exposé :
1" Le meilleur préservatif de la variole est la vaccine jennérienne ;
‘2“ 11 faut vacciner avec de la lynq)he du cinquième ou sixième jour et non pas septénaire ;
5“ Il est utile de pratiquer G à 8 piqûres au minimum ;
4“ Le vacciniière doit être âgé d’au moins 5 mois (les boutons sont plus beaux et la syphilis, si elle existe, est manifeste);
5“ Quinze ans après la première vaccination, il est sage de procéder à la revaccination; si celle-ci échoue, y revenir tous les ans, si cela est possible.
Eu temps d’épidémie de variole, revacciner indifféremment tout le monde ;
G® Comme la vaccination est une mesure d’utilité publique, elle doit èire obligatoire*.