‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 263 sur 298 · DI [MIT HÉ RIE · texte numérisé non relu

DI [MIT HÉ RIE

Quoique le nom et la notion de cette maladie générale soient de date récente et ne remontent pas au delà de Bretonneau, raffectiou décrite par ce dernier sous le nom de diphtliérie date cependant de la plus haute antiquité. M. Littré, en interprétant avec nue grande perspicacité des observations do paralysies angineuses relatées dans Hippocrate, a montré qu’il s’agit là de paralysies dijihthéritiqucs types. Les épouvantables épidémies de l’époque de la Renaissance décrites par les médecins espagnols sous le nom de (jarvnlillo, |iar les Italiens sons le nom de male in canna, s’appliquent incoulestablomenl à la même maladie. .Mais il a fallu tout le génie observateur de Bretoiiueau pour établir d’une façon décisive qu’il existe une maladie générale, iiilectieuse, contagieuse, caractérisée analoiniquoment par la production de fausses nicmhranes fibrineuses (îtsOîpa. peau), siégeant sur les muqueuses ou sur la peau dénudée ; maladie une dans son cs-cencc.

DlI'IlTIlÉniE.

mais singulièrement diverse dans scs manifestations, (|ui peuvent se borner à une simple angine eouenneuse, constituant à peine une légère indisposition ; tandis que, dans d’autres cas, elle comporte la gravite et la marche foudroyante des maladies les plus pestilentielles.

La diplithérie est une affection éminemment contagieuse. Elle participe à cet égard de toutes les particularités de la variole, par exemple, en ce sens qu’un cas des plus bénins peut transmettre les formes les plus graves, absolument comme d’une varioloïde légère peut naître une variole confluente ou hémorrhagique. C’est là une preuve éclatante de l’unité étiologique du type morbide établi par Bretonneau. Ou'il s’agit bien là d’une affection générale, tolius substanlüe, et non pas d’un processus local, c’est ce qui résulte, non-seulement de l’étude des symptômes mêmes de l’affection, mais encore de ses conséquences et de ses suites : dans le cours même de raffection, quelque bénigne qu’elle soit en apparence, l’albuminurie est fréquente; enlin, comme après la variole, comme après la fièvre typhoï le, et à une époque plus ou moins avancée de la convalescence, on voit survenir des accidents nerveux, et notamment des paralysies, qui témoignent de l’atteinte profonde subie par l’organisme. Nous tenons à bien dégager la portée de cette conception si vraie de la diplithérie, pour protester, à notre tour, contre la confusion déplorable introduite dans la science par l’école allemande, qui a détourné le mot de diplithérie de son acception vraie et clinique, pour n’en faire qu’une simple modalité anatomique.

La diplithérie procède habituellement par épidémie. Nous avons déjà mentionné les terribles épidémies des côtes méditerranéennes obsei*vées vers le quinzième et vers le seizième siècle. Tout le monde connaît les épidémies des bords do la Loire, dont Bretonneau et Trousseau furent les éloquents bisloriens. 11 semble que les épidémies actuelles ont perdu de la malignité profonde qui les caractérisait à cette époque; mais, en revanche, si le mal paraît avoir diminué en intensité, à coup sûr il a gagné en étendue. La diplithérie, qui était surtout cantonnée dans certaines régions, même encore au premier tiers de ce siècle, est actuellement en pleine période de diffusion ; elle existe un peu partout, ne procédant plus par pandémie, mais par foyers extrêmement multiples, permanents, avec recrudescence fréquente, le plus souvent saisonnière (automne, printerniis). Cependant Taffcction se montre surtout dans les pays humides et froids. Toutefois, les régions méridionales sont atteintes au.ssi ; ITtalie, l'Orient, longtemps épargnés, sont envahis. En un mol, la diplithérie s’est généralisée;

MALADIliS VII'.ULENTES ET MIASMATIQUES.

elle est endémique dans la plupart des villes, épidémique dans les pctiles localités, où l’on peut surtout en suivre les étapes et le mode de propagation.

La contagion, pour s’effectuer, nécessite le contact ou l’inoculation. C’est le plus souvent par le transport de particules provenant des fausses membranes et déposées soit à la surface des muqueuses, soit sur la peau dénudée, que la transmission s’effectue. Il suffit de rappeler à ce sujet le tribut payé par le corps médical à cette redoutable alTection. Valleix, Blache fils, Gillette, Cintrât, Carrère, succombèrent en donnant des soins à des sujets atteints de croup ou d’angine dipbthcrique. Il n’est pas encore jirouvé que la transmission puisse se faire par voie miasmatique, sans contact on sans inoculation directe. Le plus souvent la porte d’entrée est une muqueuse, quelquefois cette voie de pénétration est tout à fait insolite. Le professeur Séc cite le fait de la contagion d’une nourrice par son nourrisson, la porte d’entrée étant le mamelon. Dans un cas, c’est une blessure de l’index qui se recouvrit de fausses membranes dont la nature dipblbérique s’affirma par l’apparition ultérieure d’une paralysie. De courageux observateurs, parmi lesquels nous citerons le professeur Péter, s’inoculèrent la maladie, et si cette inoculation n’a pas heureusement été suivie de résultat positif, cela prouve, non pas que l'affeclion n’est pas inoculable, mais uniquement que les expérimentateurs ne possédaient pas la réceptivité nécessaire.

Quelle est la nature du poison dipbtbérique? Le sang est manifestement altéré, et M. Millard, le premier, signala sa consistance poisseuse (gelée de groseille). Dans ces derniers temps, Letzerich. Q'>tcl, Nasiloff, Eberth, ont constaté dans le sang l’e.xistence de micrococcus (zijgodesmus fusais), dont ils font les' agents spécifiques de la maladie. Mais ces faits demandent à être confirmés par de nouvelles rechercbes.

Au point de vue de la prophylaxie, nous n’insisterons que sur deux points : d’une part, étant donnée la nature éminemment contagieuse du mal, la nécessité de recourir à tous les moyens d’isolement et de désinfection que nécessitent toutes les maladies infectieuses. 11 est surtout regrettable de voir, dans les hôpitaux d’enfants, des c.as de croup ou d’angine couenneuse être placés dans les salles communes. Les j instances encore récemment formulées à ce sujet par MM. Berge- ‘j ron et Besnier n’ont malbeureusement pas reçu de sanction admi- j nistrative. D'un autre côté, ces mesures prev<mtivcs doivent s applicpier J non-seulement aux cas graves (croup confirmé, diphtbéric maligne), |

ZüO.NOSES.

mais encore aux formes légères, douteuses (diphthéroïdes, Guider), puisque nous savons qu’elles sont capables d’engendrer les formes les plus pernicieuses.

Rappelons enfin qu’une première atteinte du mal ne confère pas rimmunité.

CIIAPITKE Vltl

ZOOSOSES

11 est un certain nombre de maladies animales qui sont capables d’étre transmises de l’animal à l’homme, soit par inoculation, soit par tout autre mode : c est là la classe des zoonoses . A'ous avons déjà eu occasion de nous occuper d’une zoonose provoquée dans un but prophylactique, et qui n est autre chose que le cowpox et la vaccine ; les maladies d’origine animale dqnt il nous reste à parler sont, au contraire, pour la plupart, remarquables par leur gravité ; elles sont non-seulement transmissibles de l’animal à l’homme, mais parfois de 1 homme à l’homme et de l’homme à l’animal.

Ces maladies sont au nombre de trois principales ; la rage, la morve et le farcin et le charbon. Un certain nombre de pathologistes rangent aussi parmi les zoonoses la trichinose, les cysticerques, etc. Mais c est là une véritable erreur de taxonomie. Méritent seules le nom de zoonoses les maladies offrant l’ensemble ou du moins un certain nombre des caractères [)roi)res aux maladies dites infectieuses et empruntant à celles-ci leur mode de propagation et de transmission spécial, soit par inoculation, soit par voie miasmatique ou autre, qui constitue l’acte de la contagion ; une autre particularité des zoonoses, dans le sens rigoureux que nous otluchons a ce mot, c est d engendrer chez l’homme un processus morbide, sinon identique, du moins siimulièremcnt rapproché de la maladie observée sur l’animal même qui lui a donné naissance. Or, les choses se passent tout différemment pour la trichinose, par exemple ; c’est une véritable maladie parasitaire, résultant de la pénétration, dans l’intérieur du corps de riiommc, d’un certain nombre de nématodes qui, par leur multiplication et* leurs migrations, provoquent l’ensemble des symptômes morbides qui constituent la trichinose humaine. Mais ce n’est pas là une zoonose pro-

PROUST, UTGiÙNE. , .

MALADIES VIllUI, ENTES ET JIIASMATIQL’KS.

prcmont, pas plus qu’on iic dcsigncniil sous ce iioiii les alTcctioiis culaiiécs (pie produit la Iraiisplanlatioii, arlificielle ou spoulaiiéc, de tel ou Ici parasite vivant habituellement sur un animal, sur le Uifiument humain. Ce sont là des faits d’un tout autre ordre, dont les uns relèvent du parasitisme vrai, tandis que les autres ressortissent à la contagion proprement dite. C’est précisément parce (jue cette distinction est trop souvent méconnue, et que la confusion ainsi produite porte non-seulement sur les mots, mais aussi sur la conception exacte des choses, que nous nous sommes permis cette courte digression doctrinale.

Au point de vue propre de l’hygiène, les zoonoses sont particulièrement importantes, en ce sens que là, plus que pour les maladies humaines, le problème prophylactique comporte des données nettes et précises ; tel moyen de destruction du germe morbide, inapplicable dans la pathologie humaine, peut trouver son emploi, dans toute sa vigueur et, partant aussi, dans toute son efficacité, dans les zoonoses. Mais la prophylaxie de ces maladies implique aussi, de la part de l’hygiéniste, non-seulement la notion de la maladie telle qu’elle évolue chez l’homme, mais surtout le pouvoir de la reconnaître chez l’animal et de prévenir, par conséquent, à temps, sa transmission à l’homme. Dans les paragraphes qui vont suivre, nous aurons donc, à propos de chaque zoqnose, à esquisser les particularités de la maladie, telle qu’elle évolue et chez l’animal et chez l’homme; et, étant donné le point de vue surtout prophylactique auquel nous devons nous placer, la partie vétérinaire, on le devine aussitôt, sera celle qui fixera surtout notre attention.

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