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II. MORVE, FARCIiX

La morve (maliens humidus) et le farciv (maliens farciminosus) constituent deux manifestations diverses d’une seule cl même maladie (maliasmo), propre aux solipèdes, transmissible du cheval à riioimne et déterminant chez ce dernier des étals aigus ou chroniques, extrêmement graves, le plus souvent mortels. Quelques détails sur les conditions qui président au développement de la morve et du larcin chez les solipèdes, sont une introduction indispensable à l’élude des conditions de transmission de celte maladie des solipèdes a 1 homme.

Morve et farcin chez- le cheval {et l'âne). — La morve ainsi que le farcin sont caractérisés analoiniquemcnt par le dépôt, soit a la surface des muqueuses, de la muqueuse nasale nolammcnl, soit sous la peau, dans le tissu conjonctif sous-cutané et dans les réseaux lymphatiques, de luhercules morveux. Ces tubercules se rapprochent, pour la constitution histologique aussi bien que pour le mode d’évolution de la granulation luhercidcusc d’une part, des néoplasies syphilitiipies (gommes), et léprf’uses de l’autre (Virchow). Celte parente anatomique entre ces différentes nialadics n’avait pas écluqtpé aux anciens ohservalcui’s;

JIOUVK. — l'AllClN.

quelques-uns même, s’cxagérnnl ces analogies inconlestaMes, avaient conclu à l’identité de ces diveiises alTections, opinion qui n’appartient plus qu’à l’histoire.

La morve, chez le cheval, est caractérisée par une rhinite due à la formnlion et à l’iilcéralion de tubercules spécifiques, d’où un écoulement sanieux, pnriforme, sanguinolent (jetage) et la destruction ulcéreuse de la membrane de Schneider, avec ou sans nécrose des os et des cartilages du nez. En meme temps, on constate hahituellcment un engorgement des ganglions sous-maxillaires et cervicaux (bubons morveux), qui aboutissent souvent à la caséification et à l’abcédation.

La morve, chez le cheval, est chronique ou aiguë. Le type chronique est le plus fréquent; la durée varie de plusieurs mois à un an. Pendant (iueh|ue temps, sauf le jetage, l’aniinHl paraît bien portant et ne présente pas de fièvre; puis il maigrit, la fièvre s’allume, et il succombe soit aux progrès de la cachexie, soit à la suite de localisations trachéales ou pulmonaires de la maladie (pneumonie morveuse) ; ou bien encore, la morve chronicjue se termine par la morve aiguë.

La morve aiguë, qu’elle soit primitive ou qu’elle succède à la morve chronique, est caractérisée par une rhinite suraiguë, par un jetage intense et sanguinolent, par l’ulcération rapide des fosses nasales, par une adéno|)athie étendue, par une fièvre intense ; la mort a lieu en quelques jours, au plus tard en quelques semaines; à l’autopsie on constate, outre les lésions de la muqueuse nasale, l’existence d’abcès morveux dans le poumon, dans le foie, dans la rate, etc.

Le fin'cin constitue une autre localisation du maliasme, où ce n’est plus la muqueuse nasale mais le tissu conjonctif et les lymphatiques sous-cutanés qui sont le siège de la détermination du mal; sous la peau des mendires, du cou, de la poitrine, se développent des nodosités, des boutons pouvant atteindre le volume d’un œuf de pigeon ou d’une noix; ces nodosités se dissipent parfois (farcin volant) ou bien s’ulcèrent et donnent une sécrétion séro-purulente de mauvaise nature. Bientôt les vaisseaux lynq)hatiques de la région se prennent, il se développe une lymphite et une périlymphite, d’où des nodosités échelonnées sur le trajet des vaisseaux lymphatiques qui se dessinent sous la peau sous la forme de cordons noueux, moniliformes : de là le nom de farcin [farcimen).

Los ganglions ne tardent pas à se prendre à leur tour, et à s’abcéder. Comme la morve, le farcin est tantôt chronique, tantôt aigu ou snhaigu; « les animaux farcimineux meurent tantôt cachectiques, tantôt par le développement final d’une véritable morve, c’est-à-dire d’une af-

MU.ADIES VIRULENTES ET MIASM VTIQUES.

fcction pulmonaire et nasale nodnlense et nicérense, avec Ions les svmplûmcs qui sont le propre de celte malqdie. » (Virchow.)

Tels sont, en substance, les symptômes du maliasme chez le cheval; l’àne, le mulet y sont également sujets, et chez eux la maladie aHécte le plus souvent une forme plus grave et plus rapidement mortelle.

La morve est une maladie spécifique, éminemment contagieuse, transmissible, non-seulement du solipède au solipède, mais encore à d’autres animaux (mouton, chèvre, etc.) et à l’homme, transinissihle aussi de l’homme à l’homme, et capable de faire retour de l’homme au solipède, par voie d’inoculation.

La contagion de la morve dans l’espèce chevaline n’est plus contestée; la transmission s’opère soit par le dépôt de la substance morveuse sur la peau ou sur la muqueuse nasale, saine ou excoriée, soit par voie miasmatique, par le séjour des animaux dans la même étable, sans contact immédiat (Viborg, Gerlach, Bouley). Les mangeoires, les auges, les harnais peuvent servir de véhicule au virus.

La morve peut-elle se développer spontanément chez le solipède, c’est-à-dire sous l’inHueuce de causes banales telles que le surmenage, les privations, le rhumatisme, et en dehors de l’action d’un principe spécifique : telle est la question qui a été longuement débattue et qui est de la plus haute importance, au point de vue de la prophylaxie et de la police vétérinaire. On connaît la célèbre expérience de Renault et Bouley qui virent la morve se développer chez un cheval après l’injection dans les veines d’une certaine quantité de pus de bonne nature ; Erdl, Laisné, Vines ont publié des faits analogues.

llornig, Goubaux, Küttner, Gerlach ont soumis ces faits à une critique attentive, et il résulte de leurs travaux et de leurs recherches do contrôle que la genèse spontanée de la morve est plus que douteuse et que les cas invoqués se rapportent soit à de la septicémie ou à de l'iufeclion purulente, soit à des faits de morve où la contagion est inlorvenue à l’insu de l’expérimentateur.

Quelle est la nature du poison morveux? C’est là un point dont la solution, quoique activement poursuivie, est loin d’clrc encore élucidée. D’après Chrislot et Kiener, Uindilcisch, etc., le liquide du jetage elles abcès morveux conlicndraiout des vibrions et des bactéries, qui seraient l’agent virulent ; Bollingcr, dans de récentes recherches, n’a pu vérifier ces données. Selon M. Chauveau, sc basant sur des expériences de diffusion, le principe morbide des liquides morveux résiderait, non dans le sérum, mais dans les granulations élémentaires que rcufermenl ces liquides. Quoi (ju'il eu soit, la virulence l’éside non-seulement dans

MOItVE. — FARCIN.

le produit du jetage, mais aussi dans le sang; la ténacité et la résistance du virus sont considérables ; il résiste à la dessiccation : de la le danger des écuries contaminées, même quand elles ont été évacuées depuis de longs mois.

De la morve et du farcin chez l' homme. — La première observation, quoique incomplète, de « communication du farcin des chevaux aux hommes » remonte à 1812*, et est due à un médecin militaire français, Lorin. D’autres faits, plus importants, ont été recueillis par Schilling, de Berlin (1821), par Rust et Weiss, par Travers, Elliotson, etc. Mais ce fut surtout à la suite de la monographie fondamentale de Rayer* (1857) que la maladie entra délinitivement dans le cadre de la pathologie humaine; la thèse de Vigla (1839) et le travail de M. le professeur Tardieu ont achevé de faire mieux connaître et de vulgariser l’étude de cette épouvantable maladie.

La morve, chez l’homme, lui est toujours transmise par contagion, la morve spontanée de l’homme (Tessier, Trousseau) étant encore bien plus contestable que celle des solipèdes.

Ainsi que le fait remarquer Rayer, la morve se communique du solipède à l’homme de deux façons différentes, tantôt par inoculation tantôt par infection. « Dans le premier cas, les accidents que Ton ob .serve d’abord sont ceux d’une angioleucite, d’une phlébite locale, d’une inllammation diffuse du tissu cellulaire dans une région du corps, et le plus souvent dans l’un des bras; puis surviennent les symptômes et les lésions de la morve. Dans le second, au début, on ne remarque pas ces symptômes locaux d’inoculation, mais tout d’abord se manifestent eeux d’une infection générale. »

Nous n’avons pas à indiquer ici les symptômes ni les lésions caractéristiques de l’affection morveuse chez l’homme, que l’on trouvera exposés tout au long dans les traités de pathologie. Rappelons seulement que l’affection chez l’homme se présente, comme chez le cheval, sous la forme de morve et sous la forme de farcin, qui évoluent tantôt d’une façon aiguë, tantôt d’une façon chronique. La morve humaine se distingue surtout du farcin par l’existence de localisations sur la muqueuse nasale, qui font défaut dans le farcin. Du reste, dans la morve comme dans le farcin, les lésions ])0iTcut surtout sur la peau (érysipèle, œdème purulent, pustules, bulles), sur le tissu conjonctif, le périoste, le larynx, la trachée, les poumons. Môme dans le farcin aigu ou chronique, les engorgements ganglionnaires sont moins accusés que chez le

* Joiirn. lie nied. chir. et phann. 1812.

“ ilcm. de l'Acad. de médeeine, t. VI,

MALADIES VlIlIILENIES ET MIASMATIQUES.

cheval (Tardieu). La morve et le farciii ai;ru.s .sont cori.slainmciil inor- Icls, les sujets succomhenl généralement au bout de deux à trois luaiues. Le larcin et la morve chroniques durent des mois et même des années (onze ans dans un cas, Tardieu) ; ils se terminent par la mort à la suite de la suppuration profuse, ou par une jiou.ssée de morve aiguë; il existe quelques cas de guérison.

Anatomiquement, le maliasme humain est surtout caractéri.sé par la lormation d’abcès multiples de mauvaise nature, mais qui ne rappellent ([u imparfaitement la forme franchement tuberculeuse de la lésion morveuse chez le solipède (Virchow, Cornil, Bollinger).

C est de la pyoémie d une part, de la scrofule de l’autre que 1a morve et le larcin humain se rapprochent surtout, cliniquement aussi bien qu anatomiquement. C’est d’avec ces maladies qu’il importe surtout de les distinguer, comme aussi d’avec la fièvre typhoïde et le rhumatisme articulaire aigu.

Ce sont les conditions étiologiques, les anamnestiques, la profession du sujet qui mettent surtout sur la voie du diagnostic ; ce sont aussi ces conditions qui intéressent particulièrement au point de vue de la prophylaxie et de l’hygiène, et c'est sur ce point i[u’il nous faut insister.

La morve et le farcin se communiquent à l’homme, le plus souvent par une inoculation (par une plaie, une gerçure, une piqûre), quelquclois par simple inleclion sans solution de continuité de la peau ou des muqueuses. Des harnais, des couvertures, de la paille souillée par le jetage de chevaux malades peuvent communiquer la maladie.

La morve est surtout une maladie professionnelle, frappant les individus habitupllemeiit en contact avec les chevaux, les palefreniers, les cochers, les équarrisseurs, les vétérinaires, les soldats, les maquignons. De là sa rareté chez la femme et chez l’enfant. Elle est transmissible de riiomme à l’homme; un élève du service d’A. Bérard, à l’hôpital Necker, chargé de panser un sujet farciueux, succomlia à la morve.

La viande d’animaux morveux, ingérée dans l’c-stomac, paraît ne jias provoquer d’accidents ; le vétérinaire Decroix en ingéra impunément tant à l’état de viande cuite que sous forme de viande crue ; cependant, il ne faudrait pas trop se fier à ces résultats ; on a constate dans ipiclques cas la morve chez des lions nourris dans les ménageries avec de la viande morveuse (Bollinger).

La morve humaine, inoculée au .soli|ièdc, reproduit la morve; c’est là un moyen de diagnostic auquel il faut toujours recourir dans les cas douteux.

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