L'HOMME CONSlDÉItÉ COMME INDIVIHE
liicbat excellemment, tout s’émousse chez le vieillard ; et un coup d’œil jeté sur les modifications éprouvées par l’économie à cette période de la vie en rend compte aisément.
La peau du vieillard est sèche et flétrie; les sécrétions des muqueuses se tarissent; le tissu musculaire et le cœur ne font pas exception, participant de l’affaiblissement général; le cerveau et la moelle perdent leur activité et leur énergie; les fonctions digestives, quoique plus longtemps épargnées, languissent à leur tour, compromises qu’elles sont |)ar la perte des dents et par la diminution des sécrétions gastriques et intestinales. De là un amoindrissement parallèle des fonctions hématopoiétiques et une anémie véritable. En même temps que la masse du sang s’altère, sa distribution à son tour devient défectueuse; les artères perdent leur élasticité par la transformation graisseuse ou calcaire de leur tunique moyenne. En un mot, l’organisme tout entier subit une déchéance lente et progressive dont le dernier terme est le marasme sénile. La pathologie sénile en découle tout naturellement et trouve, pour ainsi dire, scs voies toutes préparées sur un tel terrain. Le système nerveux, le cerveau surtout, est souvent frappé chez le vieillard, mais non pas, comme chez l’enfant, de maladies protopathiques, inflammatoires, mais d’altérations consécutives aux lésions vasculaires que celles-ci engendrent, la rupture et l’hémorrhagie (dégénérescence graisseuse, anévrysmes miliaires), ou bien, au contraire, la mort locale par ischémie, le ramollissement, par suite du rétrécissement athéromateux ou calcaire de ces mêmes vaisseaux. L’asthme et l’emphysème, pour ce qui est du poumon ; les anévrysmes de l’aorte, les dégénérescences cardiaques, pour ce qui est des organes de la circulation; les lésions carcinomateuses de l’estomac, du foie, des organes génito-urinaires constituent des affections fréquentes chez le vieillard.
D’un autre côté la vieillesse crée certaines immunités pathologiques. « Les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, la phthisie sont peu communes à cet âge ; cependant il ne faut pas s’exagérer l’importance de ces immunités, qui sont loin d’être absolues, ainsi que Rayer l’a montré pour la fièvre typhoïde, Murchison pour le typhus et d’autres auteurs pour diverses maladies. Qui ne sait, d’ailleurs, que Louis XV est mort de la variole à l’àge de 65 ans‘? »
Même quand les vieillards sont frappés d’une maladie ordinaire, commune, d’une jnieumonie par exemple, cette affection chez eux évolue d’une façon dilTércnte de celle qu’on observe chez l’adulte. L’àge
'Charcot, Leçons clinir/iics sur les maladies des vieillards. l’aris, 1866, p. tô.
L'IIUMME CONSIDÉRÉ SUIVANT LES AGES
sénile se caractérise par le défaut de réaction, et selon l’e.x pression heureuse de M. Charcot, les organes chez eux semblent souffrir isolément; delà la fréquence, chez le vieillard, des maladies que les anciens appelaient latentes, voulant alléguer par là, non pas qu’elles passent absolument inaperçues, mais qu’elles se dissimulent, en quelque sorte, et qu’il faut savoir les chercher pour les découvrir. La pneumonie lobaire, si solennelle, si franche dans son début et dans sa marche chez l’adulte, procède tout autrement chez le vieillard; là, pas de frisson initial, pas de point de côté, pas de dyspnée apparente, pas d'expectoration, à peine un peu de malaise, de la sécheresse de la langue et de la perte d’appétit ; les malades vont et viennent quelques heures avant de succomber; et le médecin, peu au fait de ces allures insolites du mal, est alors étonné de trouver, àl’autopsie, une énorme pneumonie en pleine suppuration grise.
D’autres exemples encore sont cités parM. Charcot : la lithiase biliaire, si fréquente chez le vieillard, au lieu de se traduire par le tableau formidable de la colique hépatique, ne s’accuse chez lui, le plus souvent, que par un peu d’endolorissement du foie, quelques vomissements, une teinte subictérique, quelquefois par un mouvement fébrile intermittent, plutôt fait pour donner le change que pour mettre sur la voie du diagnostic. Le cancer de l’estomac, du foie, sont également souvent latents chez le vieillard, sans douleurs violentes, sans vomissements (Gillette); le diabète sucré peut exister sans polyurie, sans soif exagérée (Bence Jones, Charcot). Le mouvement fébrile lui-même, alors même qu’il existe, ne présente pas cette turgescence de la peau, cette accélération de la circulation, cette soif vive, cette sueur intense qui le caractérisent normalement, pour ainsi dire ; et c’est chez le vieillard surtout, comme le fait encore observer M. Charcot, à la description magistrale duquel nous empruntons ces principaux détails, qu’il importe de recourir à l’exploration thermométrique, pratiquée autant que possible dans les cavités centrales, pour s’assurer de l’existence et de l’intensité du mouvement fébrile.
Ainsi, ce qui caractérise surtout la pathologie sénile et qui découle directement de la physiologie propre à cet âge, c’est la faiblesse, l’atonie de la réaction, en un mot, la torpeur générale de l’économie.
De l’individu envisagé suivant le sexe.
Bibuoghapiiie. — Plutarque. Propos de table, 1. III, qiiest. 5. — Roussel. Système physique et moral de la femme. Paris, I755< — Moreau (de la Sarllie). Histoire nalurellede la femme. Paris, 1803. — Menville. Histoire médieale et philosophique de la femme. Paris, 1838.
Notre but ici n’est pas de répéter le banal parallèle entre les deu.\ sexes et les différences qui les séparent, non-seulement au point de vue des organes sexuels eux-mêmes, mais aussi à celui de la taille, du développement du système osseux, musculaire, de l’activité des fonctions digestive, respiratoire et aussi intellectuelle, etc., notions qui appartiennent à la physiologie courante et que nous devons supposer connues.
Ce que nous tenons surtout à esquisser rapidement, ce sont les aptitudes et les particularités morbides qui découlent de ces conditions physiologiques chez les individus de sexe différent*
jusqu’à l’époque de la puberté, les deux sexes se confondent, pour ainsi dire, au point de vue pathologique aussi bien que physiologique; mais, au moment de la puberté, brusquement, les différences s’instab lent et s’accusent.
Pour la femme, la pubefté est une période délicate et périlleuse; son organisme subit à ce moment une révolution plus profonde. La vie végétative et les fonctions hématopoiétiques éprouvent souvent une atteinte grave qui se traduit par une diminution dans le nombre des globules rouges telle qu’on ne la retrouve dans aucune autre maladie, par une langueur et une paresse musculaire et intellectuelle extrêmes, par un découragement profond et de véritables troubles |)sycbiques, par l’absence ou la dépravation de l’aijpétit; eu un mot, par l'ensemble des symptômes qui caractérisent cette maladie d’évolution que l’on appelle la c/i/o?’OSe et qui se rattache elle-même étroitement aux divers troubles hystériques si fréquents à cette même période de l’existence.
A partir de ce moment, jusqu’à l’époque de la ménopause, l’his-