‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 74 sur 298 · I.’IIOJlJlli AU l’ÜllNI DE VUE DES PROEESSlOiNS · texte numérisé non relu

I.’IIOJlJlli AU l’ÜllNI DE VUE DES PROEESSlOiNS

bcnt une proportion d’alcaloïde beaucoup plus considérable que n’en renferment les préparations de quinquina employées dans la thérapeutique.

Les mêmes faits s’observent à la suite de la fabrication du sulfate de cinchonine. Il est d’ailleurs presque impossible de séparer les effets du sulfate de cinchonine de ceux du sulfate de quinine. Le sulfate de cinchonine n’est obtenu qu’au moyen des eaux mères provenant du lavage du sulfate de quinine ; les eaux mères sont traitées de nouveau par de l’acide sulfurique, et l’on cristallise par le même procédé employé pour le sulfate de quinine. Pendant toutes les premières opérations, le quinine et la cinchonine sont unis; leur influence sur l’ouvrier est donc commune, et ce ne serait que durant le dernier temps de la fabrication de la cinchonine que ses effets pourraient être distingués.

I II reste à savoir si dans ces différents cas l’éruption produite est la même.

Chez les ouvriers, quels qu’eussent été leurs emplois et qu’ils eussent traité le sulfate de quinine ou de cinchonine, elle est apparue chaque fois identique. Il s’agissait toujours d’un eczéma plus ou moins intense.

Mais les éruptions dont le développement a succédé à l’administration interne du sulfate de quinine paraissent plutôt avoir affecté la forme érythémateuse.

Nous arrivons donc à cette conclusion que l’affection cutanée produite par les préparations de quinquina est une éruption polymorphe, tour à tour eczémateuse chez les ouvrieis qui ont subi l’influence des émanations quiniques, érythémateuse chez les malades auxquels on a administré des préparations de quinquina.

Dans un fait observé par M. Potain, l’éruption couvrait le visage, s’arrêtant sur le front, à une ligne déterminée, correspondant exactement au point où posait la casquette, qui paraissait avoir agi comme moyen de protection.

11 n’est donc pas non plus Impossible que les ouvriers subissent l’influence irritante du milieu; et tandis que les malades traités par le sulfate de quinine éprouveraient seulement les effets de l’absorption ; chez les ouvriers, il faudrait y joindre une cause externe d’irritation. La même cause agissant dans l un et l’autre cas, acquerrait ainsi une plus grande puissance dans la fabrication.

La facilité de la récidive est un des caractères frappants de l’affection cutanée quinique. Le fait de l’immunité qui serait acquise par une première atteinte est extrêmement rare. Un tel résultat paraît

L’HOMME CONSIDÉRÉ COMME INDIVIDU

être une exccplion. L’on s’expose ordinairement à des accidents plus graves en persévérant malgré le mal.

On a prétendu que chez la plupart des malades il se produisait ordinairement une fièvre plus ou moins intense, dont la durée, d’après Ilirt, est de douze ou quatorze jours. Nos observations sont contre l’existence de la fièvre.

Les femmes qui travaillent au sulfate de quinine ont quelquefois des mélrorrhagies. Le fait nous a été affirmé dans les fabriques de Nogent et de Grenelle Toutefois nous avons vu, malgré la récidive d’une éruption très-inlense, une grossesse se terminer heureusement.

M. le docteur Delthil, médecin à Nogent, a observé dans plusieurs cas de l’albuminurie : cela n’a rien de surprenant, l’élimination se faisant alors par les reins comme par la peau et les membranes muqueuses.

Les accidents cutanés apparaissent le plus ordinairement après un mois de travail, se montrant surtout fréquents dans le travail des cuves.

Ilirt admet que parmi soixante ouvriers employés dans une de ces fabriques, huit ou dix individus ont été atteints chaque année; mais les éléments de sa statistique sont fort discutables. La statistique est d’ailleurs, en général, fort incertaine sur ce point ; à la fabrique de Nogent, il n'a jamais été tenu compte des malades sur les registres.

On a remarqué que les éruptions quiniques, très-rares chez les ouvriers secs, nerveux, frappaient de préférence les individus lymphatiques, et on a voulu ériger cette observation en principe, en en déduisant (Ilirt) que les ouvriers bruns sont à l’abri de l’éruption, qui n’atteint que les individus blonds. Nous n’avons pas besoin de faire remarquer l’exagération de cette proposition.

On pourrait attribuer l’éruption qui succède à l’administration interne, à l’élimination par la peau du médicament sous forme de sulfate de quinine ou de sulfate de quinidine ; cette hypothèse peut être discutable; néanmoins, M. Briquet n’a jamais pu trouver dans la sueur de sulfate de quinine, que d’autres auteurs disent y avoir rencontré.

Quoi qu’il en soit, en admettant même le fait de l’éliniination sous une forme quelconque, il resterait à établir pourquoi, inoffensive chez la plupart des individus, elle provo(|ue chez quchiues autres un érythème ou un eczéma.

* Nous n'avons en Franco que trois fabriques de sulfate de quinine : à Nopent-sur- Marne, à Grenelle et à Argentcuil.

L’HOMME AU POINT DE VUE DES PH0FESS10NS. ] ij

Sans pénétrer pins profondément dans cette discussion pliysiologi- (pie, nous nous bornons à celte conclusion que l’éruption quinique est le résultat d’une idiosyncrasie et d’une susceptibilité particulière et tout individuelle ; elle ne constitue pas, par conséquent, une éruption professionnelle.

Les faits que nous allons citer viendront h l’appui de notre appréciation.

Trois frères, d’origine savoisicnne, entrentà la fabrique de Nogent; le plus jeune y travaille depuis deux ans. Le second y avait séjourné quinze ans, sans que jamais ils eussent ni l’un ni l’autre ressenti le plus léger inconvénient de leur travail. Seul, le troisième a dù quitter la fabrique npiès quelques semaines; et depuis, le hasard l’ayant amené chez un revendeur qui avait acheté des loques provenant de la fabrique, il a été immédiaiement repris d’éruption au visage.

Un autre ouvrier présenta un exemple de susceptibilité bien curieux ; il avait élé obligé de renoncer à la fabrication, et s'élait fait terrassier. Oi, pour se rendre au champ où il travaillait, il ne pouvait passer sur la voie qui borde la Marne, près de la fabrique, sans s’exposer de nouveau à voir reparaître l’eczéma.

Ln ouvrier que les accidents de la fabrique de quinine avaient amené a la fabrique de bleu, qui, à Nogent, est à coté de la fabrique de quinine, y fut parfaitement bien portant ; l’éruption reparut après qu’il

eut cle chargé de briser un tonneau qui avait contenu des résidus de quinquina.

Chez un autre individu passé dans les mêmes condition.s à la fariquc de bleu, la récidive fut provoquée par la plaisanterie d'un carriai adequi avait substitué à ses chaussures celles d’un ouvrier travaillant au sulfate de quinine.

Nous n avons jamais vu qu’un ouvrier venu directement à la fabrique de bleu, sans avoir préalablement séjourné à celle de quinine, lut exposé aux accidents éruptifs pour avoir manié des outils ou inslruments quelconques ayant été en contact avec le sulfate de qui- ”'i!^ ^ ouvrier ait été pendant un temps quelcopque soumis

m uence du sullate do quinine, pour être doué d’une pareille siiscepliljiiite; chez quelques-uns de ceu.x-ci elle est développée au point qii II laut parlois leur interdire le séjour de la fabrique de bleu.

1 . e ocleui Lequesne a cité le fait, observé par lui à Nogent, d’enan s noiivcan-iiés qui avaient élé atteints de l’éruption caractéristiinie sous 111 ucnce des émanations que rapjiorlaicnt au domicile de leurs nourrices les maris de celles-ci, employés à la fabrique de quinine

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L'HOMME CONSIDERE COMME INDIVIDU

Dans ces cas, d’ailleurs très-rares, M. Lequcsne a dû conseiller aux parents de reprendre leurs enfants.

D’après le môme auteur, l’éruption a pu, il y a quelques années, reparaître chez des individus anciennement éprouvés durant la fabrication quinique et passés à la fabrique de bleu, parce que, dans la cour de ce dernier établissement, ils se sont trouvés exposés à la fumée de chiffons ayant servi à la fabrication du sulfate de (juinine et qu’on brûlait avec d’autres.

En citant ces faits, qui prouvent à quel degré la susceptibilité individuelle se trouve accrue et développée par un séjour, même temporaire, dans la fabrique de sulfate de quinine, nous avons observé néanmoins quelques exemples d’acclimatement. Mais de tels faits ne sont que des phénomènes isolés, et ne peuvent infirmer ce principe que la susceptibilité qui prédispose certains sujets à l’éruption est devenue plus intense encore lorsque l’individu a subi, une première atteinte de cette affection.

En résumé, on observe chez les ouvriers employés à la fabrication du sulfate de quinine et du sulfate de cinchonine une éruption qui présente les caractères de l’eczéma. Les mêmes accidents peuvent succéder à l’administration interne du médicament, mais ils paraissent plutôt affecter la forme érythémateuse ‘.

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CUAPtTRE lit

DÉFORMATIONS ET ATriTUDES VICIEUSES PROFESSIONNELLES. — PROFESSIONS QUI LES PROVOQUENT

M. Tardieu* a considéré divers signes professionnels comme des ; caractères importants d’identité, et les a classés en trois catégories. i Dans la première il range tous les signes qu’il appelle incertains, ^ et qui consistent dans une simple modification de la sécrétion épider- ^

' Voyez pour les éruptions professionnelles les leçons du professeur Hardy, à 1 hôpital , Saint-Louis, et ses articles Eczéma, Lichen, de. (Eoiivcaitdiclionnairc de médecine et \

de chirurgie praligue.) , ■ ■ j .

s Mémoire sur les modifications physiques cl chimiques que détermine I exercice des diverses professions, pour servir à la recherche médico-légdlc de rideiUilé, in Ann. d'hyg., t. XLII.

L’HOMME AU POliNT UE VUE UES PUOI-'ESSIONS.

inique ou de la coloration, et disparaissent plus ou moins rapidement sous 1 iniluence de la cessation momentanée ou définitive du travail.

La seconde catégorie comprend des signes durables, mais qui n’offrent point un caractère suffisant de spécialité professionnelle ; ce sont des signes certains, mais inconstants (callosités, altérations de la paume de la main).

Dans la troisième enfin se trouvent toutes les altérations qui sont permanentes et restent comme un stigmate de la profession dont elles sont la conséquence, telles sont les déformations des doigts par rétraction musculaire ou aponévrotique, les bourses séreuses accidentelles, les hypertrophies musculaires locales, les déviations du tronc ou des membres, etc., tous signes qui sont assez constants pour faire connaître à la fois la cause qui a produit l’altération, le travail dont elle est la conséquence, l’outil que manie l’artisan et l’attitude qui lui esjt propre.

M. Tardieu a décrit avec une grande précision la forme que présentent les doigts et les membres inférieurs chez les tourneurs.

On observe chez eux un durillon sur le bord cubital de l’index; un calus très-gros, dur et saillant sur le pouce, au niveau de l’articulation métacarpo-phalangienne; un autre calus sur le bord cubital de la main, et enfin un sur le petit doigt de la main gauche; tous les doigts de cette main sont fortement serrés.

Le côté droit du thorax est porté en avant par le rétrécissement des cotes, qui proéminent fortement et sont comme renversées en avant, de même que tout ce côté du squelette.

Les pieds sont tous deux très-larges à leur extrémité phalangienne, le gauche plus que le droit.

M. Tardieu a également étudié avec soin les délbnnations qui se montrent dans les deu.x mains du cordonnier.

Du matin au soir, le corps courbé en deux, il pratique dans le cuir et avec effort, des coulures forcées ; aussi, à la main droite, le pouce et l’index, qui tirent le fil pour l’enduire de poix, ont la pulpe aplatie; celle du pouce est un peu déjetée vers l’index; le pli qui sépare la deuxieme de la troisième phalange de l’index est coupé par le fil et présente une crevasse profonde à bords durs et calleux.

.V la main gauche, la pulpe du pouce déjetée, comme à droite, vers index, a la forme d’une spatule très-allongée et l’ongle du même doigt est considérablement épaissi, dur; son bord libre est dentelé, éraillé raye et parlois profondément sillonné par les coups d’échappement c alêne. L une des cuisses présente un aplatissement de la peau et

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nolammcnt des follicules pileux, f|ui sont oblitérés, de iiianiérc que

celle place est souvent lout à fait glabre.

Chez les cordonniers, la pression de la forme sur la poitrine détermine un enfoncement du thorax immédiatement au-dessus de l’appendice xyphoïde; le sternum offre dans ce point un creux profond, régulier, circulaire, très-nettement circonscrit, et sans déformation générale du thorax.

On constate chez les tailleurs, assis les jambes croisées, et le corps conkamment penché en avant, plusieurs bourses séreuses enflammées ; une sur les malléales externes, une autre moins grosse sur le bord externe du pied, au niveau de l’extrémité tarsienne du cinquième métatarsien, une dernière sous forme de callosité rougeâtre sur le cin-

quième orteil.

, Les tailleurs présentent également à la partie inférieure du thorax une dépression considérable causée par la voussure de la poitrine.

L’attitude que prennent les tailleurs pendant leur travail produit au niveau des saillies osseuses sur lesquelles porte surtout le poids du corps, des altérations remarquables du tissu de la peau.

Dans les premiers temps, cette membrane rougit et devient douloureuse, puis, peu à peu, elle paraît s’habituer à 1 irritation lente qui agit sur elle ; mais on trouve alors qu’elle a modifié et augmenté, pour mieux résister, son moyen naturel de défense, la lame épidermique ; des callosités se sont formées sur les malléoles externes, au niveau de 1 extrémité tarsienne du cinquième métatarsien et sur le cinquième orteil.

La position du corps chez les aiguiseurs produit des ulcères aux jambes et une délormation du corps (Chevalliei).

La mauvaise position que prennent les jeunes sujets dans les opérations du dévidage et du bobinage détermine à la longue la déviation

des membres inférieurs. .

M. Masson a fait une étude intéressante sur les conditions liygiémques des ouvriers cloutiers et ferronniers dans l’Àrdenne française. 11 a constaté que la jambe gauche est plus élevée que la droite. Le tronc est penché de ce coté et le poids du corps s’inclinant dans ce sens courbe la jambe correspondante. Ces ouvriers boitent donc presque toujours. Les mains sont déformées, la droite surtout est disposée de telle manière que les doigts sont déviés en dedans, de façon a former un angle avec le métacarpe et à ne pas iiermcttre d’opposer I un à l’autre l’indicateur et le pouce; on observe au.'^si liabilucllcment une contraction des doigts et méiiie de la main qui ne permet ni de les éleiuire ni de les ouvrir.

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